‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 465 sur 509 · Voir la théorie de l'abbé sur l'autorité épiscopale · texte numérisé non relu

Voir la théorie de l'abbé sur l'autorité épiscopale

5. Cf. I, 4, où Geoffroi se plaint à Pascal II de Tévêque de Chartres. « ... Imploramus. quatenus educto de vagina beati Petri gladio, episcopus et qui sibi in injuriis nostris obtemperaverunt sic corrigantur ut caeteri timeant. »

6. V. 13 : (( Decretum etenim sive concilium nullum ratum legitur quod non fuerit apostolica auctoritate firmatum. »

en ces matières ; ici, il n'y avait presque personne pour s'opposer ouvertement et par principe à l'action pontificale. Les esprits étaient bien acquis à la domination de l'Église de Rome. Mais le difficile était que le maître des âmes ne fût pas aussi maître des corps et des forces temporelles, qu'il ne pensât la vie du monde faite pour le service de la vie divine, et les royautés du siècle pour le trioiuphe du royaume de Dieu. Les grands papes ont eu ce rêve ; par eux-mêmes ils ont conçu de franchir ce pas qui séparait la domination des âmes de celle des corps. Rome était le lieu où devait éclore cet idéal. Il fallait, pour que cette ambition s'affirmât, ou une autorité spirituelle plus redoutable, ou une force temporelle plus grande que celles dont jouissaient les agents subalternes du Saint-Siège. L'opposition et Tintrigue du clergé régulier ne pouvaient s'exercer aussi efficacement contre les souverainetés laïques que contre les prérogatives de l'Eglise séculière. Mais, pour l'appuyer moins efficacement, les auxiliaires delà papauté n'en étaient pas moins maîtres d'énoncer avec le Saint-Siège cette ambition qui donnait au successeur des apôtres la direction de toutes les forces chrétiennes. L'abbé de Vendôme a dit sa pensée sur la subordination du pouvoir temporel à l'autorité spirituelle et souveraine du pape : « Notre Seigneur et maître, Jésus-Christ, a voulu que le glaive spiritusl et le glaive matériel fussent pareillement pour la défense de l'Église \ » L'image employée par l'abbé résumait un idéal de gouvernement chrétien ; la conception qu'il exprimait était celle d'un grand parti ecclésiastique ; la comparaison qu'il faisait dans ce passage semble lui avoir appartenu en propre. L'allégorie des deux glaives au service de l'Église a fait son chemin par la suite ; en l'émettant en un temps où une métaphore valait un raisonnement, Geoffroi devint digne d'être compté parmi les défenseurs utiles de la souveraineté pontificale au temporel. Ses vœux étaient pour le triomphe du Saint-Siège en tout.

Ainsi le pape était propriétaire, chef spirituel immédiat , défenseur particulier de l'abbaye de Vendôme ; il était

1. Opusc. IV : a Volait bonus Dominas et magister noster Christus spiritualem gladium et raaterialem esse in defensione Ecclesiae. »

CoMPAiN. Geoffroi de Vendôme. 16

maître irresponsable de l'Eglise universelle; autant la Trinité se disait affranchie des autres puissances spirituelles et temporelles, autant elle devait se reconnaître sujette au pouvoir pontifical. Elle le devait comme fraction de la société ecclésiastique; elle le devait plus encore comme directement rattachée à Rome. C'est ce que Tabbé de Vendôme a dit et pratiqué.

Sa manière de parler au pape est à peu près celle-ci : « Il est de votre avantage de nous appuyer, car au besoin vous pouvez compter plus sur nous que sur nos adversaires qui ne sont vôtres que déplus loin. » Pour gagner les bonnes grâces de Pascal II contre les réclamations de l'abbé de Saint- Aubin d'Angers, Geoffroi écrit au pape : « Le monastère de Saint-Aubin n'a jamais servi l'Eglise romaine et ne la servira jamais qu'autant qu'il pensera avoir besoin d'elle. Mais notre abbaye appartient tellement à S. Pierre, que dès sa fondation, elle lui a été donnée en alleu et patrimoine*. » Geoffroi se compte comme de la famille pontificale et s'honore du titre de serviteur intime du Saint-Siège*. « Je veux parler à mon seigneur, écrit-il à Calixte II, et quoique je ne sois pas toujours utile serviteur, je suis son serviteur à jamais fidèle. Je veux parler à mon père que j'aime de tout mon cœur, de toute mon àme, de tout mon être^. » L'autorité générale du pape comme chef de l'Eglise se joint aux motifs plus particuliers du dévouement de Tabbé. Il a aimé surtout à répéter que rien dans la vie ni dans la mort ne pourrait le séparer de la sainte obéissance qu'il devait au pape *. Il s'est dit prêt à supporter toute injure et la croix même pour le Saint-Siège \ Il a repoussé la prospérité qui ne lui viendrait pas de l'Église romaine... Je veux soufl'rir avec elle, et je refuse la fortune sans elle... La bonté de S. Pierre ne me fera point défaut... Ni la faim, ni Tépée, le dénuement, le malheur, l'affliction, les

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