II
persécutions, la mort elle-même ne pourrront me détacher de la fidélité que je porte à cette Église*. »
Geoffroi de Vendôme eut assez souvent à se louer du Saint- Siège pour que ce sentiment de dévouement se fortifiât en lui. On peut cependant se demander si, Tautorité pontificale ne s'exerçant point à son gré, son enthousiasme pour l'omnipotence romaine n'en eût pas été diminué.
La lettre de Geoffroi à Pascal II *, après l'accord du pape avec le parti impérial, en 1111, fut assez libre et assez agressive pour exciter quelque scandale dans le clergé et faire accuser Tabbé d'avoir calomnié le souverain pontife*. L'auteur qualifiait la conduite de Pascal d'inexcusable et l'acte du pape d'hérétique; il ajoutait qu'un pasteur s'écarlant de la foi, perdait sa dignité et devenait adversaire de l'Eglise. « Il y a des gens, écrivit-il à ce propos dans un de ses opuscules (Opusc. II, p. 215), qui s'imaginent que tout est permis à l'Église romaine, et qu'elle a une licence particulière pour agir autrement que ne le prescrivent les saintes Ecritures. Pareille pensée est insensée, car ce qui n'a point été permis à Pierre est moins encore permis à l'Eglise romaine après lui. » Sauf le sentiment que le successeur de S. Pierre pouvait se tromper et agir indignement, la lettre même de Geoffroi ne contenait toutefois rien qui atteignît la théorie des prérogatives pontificales. Le jugement de l'abbé .touchait le pape seul ; la matière de son appréciation n'intéressait directement ni la hiérarchie, ni la discipline ecclésiastique. Une autre affaire, d'importance bien moindre par elle-même, est cependant plus propre à donner la mesure des scrupules de Geoffroi touchant l'autorité absolue du Saint-Siège quand elle n'était pas à son avantage.
La congrégation vendômoise était sans doute une alliée, utile de la papauté; néanmoins, elle ne pouvait se comparer àla puissance d'une association telle que celle des Clunistes. Le monastère bourguignon obtenait de Rome les marques
1. II, 9. L'abbé emprunte ici les expressions que saint Paul avait appliquées à l'amour de Dieu. Ep. aux homaim^ VIII, 35, sqq.
2. l, 7. Voir ce qui a été dit du rôle de Geoffroi dans l'affaire des investitures.