G. Vind. ep., L
d'une faveur toute particulière; les papes veillaient sur lui « comme sur la prunelle de leur œil », et tant de bienveillance pouvait inquiéter ceux qui entendaient résister à l'œuvre de domination et d'unité tentée par Cluny parmi les membres du clergé régulier. Un moine de la Trinité s'étant rendu chez les Clunistes sans y être autorisé par Tabbé de Ven<iônae, la susceptibilité de (ieoffroi se réveilla à ce propos; il écrivit longuement à TabbéPons et l'opposition qu'il témoigna aux privilèges de Cluny n*était pas éloignée de s'attaquer au pape qui les sanctionnait': « S'il vous a été concédé, dit-il, un droit pour retenir sans la permission abbatiale un moine appartenant à un monastère régulier et célèbre, l'autorité de ce privilège est une atteinte k la règle de S. Benoît. Il dépasse la puissance qui a été accordée par le Christ à S. Pierre. Dieu a donné à Pierre le droit de lier et do délier ce qui devait l'être, non d'autoriser les hommes à manquer à leur parole et à se parjurer^ » Par ces paroles, Geoffroi traçait une limite aux prérogatives pontificales. 11 parlait excellemment ; sans doute il ne s'apercevait pas qu'il raisonnait d'une manière tout à fait semblable à celle de l'évéque Ives de Chartres, lorsque ce prélat s'opposa à l'annulation de la profession abbatiale de Geoffroi*. Il n'avait pas fait grand cas des arguments d'Ives; c'est qu'alors l'abbé profitait de l'intervention pontificale.
La querelle entre Geoffroi et Cluny n'eut pas de suites. Des rivalités de cette sorte auraient pu donner aux congrégations affranchies l'occasion de se disputer sur les limites dans lesquelles il était permis au pape de déroger aux lois établies dans l'Église. Il valait mieux pour le Saint-Siège et pom: les immunitaires que ces discussions fussent engagées le plus rarement possible. L'abbé de Vendôme était moins puissant que l'abbé de Cluny, mais il était aussi dans la faveur de la papauté, il était de ses subordonnés intimes, et l'appui du souverain pontife, « qui ne fait défaut à aucun
1 . On a déjà parlé de cet incident, mais en Texaminant au point de vue de la résistance de Geoffroi aux empiétements de Cluny.