INSTITUTIONS MILITAIRES DE LA NAVARRE
I. Le service militaire d'après le Fuero General. Fcodalisation de la Navarre. — II. Concessions de fiefs; restitution, à titre de fief, de biens confisques. — III. Concessions de rentes : mesnadas et cacerias. Conrentions spéciales avec les chefs de bandes. — IV. Caractère militaire de cotte féodalité fiscale ; réserve de ligece. — V. Recrutement des troupes, cavaliers maures. Mobilisation à l'arrivée des Compagnies. — VI. Soldes et indemnités d'entrée en campagne. EiTectif de quelques bandes. — VII. Défense territoriale : réparation des places. Capitan, alcaïd. Fonctions administratives de Valca7d. Garnisons.
I. — On connaît à peine les institutions militaires de la Navarre ; c'est une lacune regrettable, car Texposé de ces institutions, du xii" au xiv^ siècle, serait des plus intéressants.
Le FuerOy dans ses plus anciens chapitres du moins, ne semble avoir prévu, en fait de guerre offensive, que les escarmouches et les razzias. Les Navarrais se réunissaient secrètement, traversaient soudain TEbre ou la rivière d'Aragon, poussaient une pointe sur le territoire ennemi et se retiraient, chassant devant eux les troupeaux enlevés et emportant à Tarçon de leur selle le butin qu'ils avaient conquis : là se bornaient leurs faits d'armes. Dans le cas d'une campagne de ce genre, le Roi ne pouvait retenir les infanzones que pendant douze jours ; pendant les trois premiers jours ils devaient se nourrir; durant les neuf jours suivants leur entretien et celui des montures étaient à la charge du monarque. Si Tarmée ennemie, pénétrant en Navarre, assiégeait une ville ou un château, la gravité de la situation imposait aux sujets des devoirs plus étendus: ils restaient avec le souverain jusqu'après la délivrance de la place attaquée.
Le service militaire avait un tout autre caractère qu'en
XXVI INTRODUCTION
France: îl n'était pas la conséquence d'un contrai de vasselage ; il n'était pas payé par une concession, par un fief. Si les Navarrais prenaient les armes, c'était pour la défense de leurs intérêts communs, c'était comme citoyens et non comme vassaux.
Lorsque les monarques de Pampelune connurent l'organisation de la féodalité, ils furent porlés à modifier dans ce sens les institutions de leur pays ; ces changements s'imposèrent quand la Navarre aspira à prendre part aux luttes de l'Europe continentale. Pour arriver à la féodalisation de la Navarre, les Sanchcs, lesThibauts, ne pouvaient songer à recourir à la violence, à exiger de leurs sujets qu'ils prétassent hommage pour leurs terres: c'eut été enfreindre ouvertement les fors, que de nos jours encore on ne viole pas impunément. Il fallait donc créer de toutes pièces une vassalité, un système féodal, au moyen de concessions dont l'objet fut une terre, plus souvent une rente.
II. — Il est remarquable que le premier exemple d'hommage connu en Navarre est Thommage d'un seigneur gascon; il remonte à 1196. Cette année-là, Arnaud- Raymond, vicomte de Tarlas, avoua Sanche comme son seigneur : recipit Sancium, regem Navarre, in dominnm super oni7ies homines, et se déclara son vassal ; en retour, Sanche devait donner à Arnaud-Raymond un fief quelconque, benefacluram, au sujet duquel le vicomte de Tartas s'en remettait à son suzerain : de benefactura ponit se in miseratione et catisimento Sanciiy régis Navarre, Aimaidus Raymundi, vicecomes Tartaxensis^. On comprend aisément que dans un pays depuis longtemps conquis, depuis longtemps partagé, il était difficile de créer un grand nombre de fiefs territoriaux. On peut voir, par les docu-
1. Voir ci-après, document I, et aux documeuts LXXXV et CXCVI Thommage du captai de Bucli, pour les possessions des anciens vicomtes de Tartas en Mixe, juillet 1362, et celui de du Guesclin pour le château de Tiuchebray, le 4 février 1369.
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mcnts que nous donnons, que les concessions de ce genre eurent le plus souvent pour objet des terres con- Gsquées: les rois de Navarre, en rendant ces terres à leurs anciens possesseurs ou en les attribuant à de nouveaux tenanciers, mettaient cette occasion à profit pour exiger le serment d'hommage. C'est ainsi qu'en 1342, Arnaud-Guillaume de Gramont, en recevant du Roi son château de Bidache, que ce souverain avait pris en sa main, promit d'y laisser les panonceaux aux armes de Navarre, en signe de vasselage.
III. — Il arrivait beaucoup plus fréquemment que l'objet de la concession était une renie annuelle. L'usage de CCS renies était fort ancien ; les rois avaient du de tout temps solder une garde, qui était peut-être composée de ces vasayllos de soldada, vasmjl/osde cosimeiit dont parle le Fuero. Yanguas cite des exemples de caverias dès 1162, 1193*. Les mesnaderos étaient engagés par une convention de ce genre : ils recevaient annuellement une ou plusieurs mesiiadas ; ils devaient, en retour, entretenir un cheval et des armes et marcher au premier appel.
M. Francisque Michel pense, d'après Yanguas, que, vers 127G, les caverias furent remplacées par les mesnadas ; mais, d'une part, cet auteur reconnaît lui-même qu'on continua à employer le terme de caverias, et, d'autre pari, il est à remarquer que les rentes servies sous ce dernier nom sont de beaucoup plus importantes que les mesnadas ; ainsi, en 1266, Thibaut II donna en fief à Arnaud-Guillaume de Gramont et, après lui, à son fils dix caverias et six à leurs successeurs; en 1277, Jean Corbaran recevait 1500 livres tournois et iXufio Gonsalvez, 8000, por complimiento de cavaillerias ; en 1354, le fameux alferez de Navarre, Martin Enriquez, était inscrit au compte des dépenses de la Trésorerie pour 620 livres au chapitre des cavayllerias et pour 300 seule-