Sainte-Hélène, 8 octobre 1816; Las Cases
Après le dîner il a repris l'Odyssée, nous en étions au combat d'Irus contre Ulysse, sur le seuil de son propre palais; tous deux en mendiants.
L'Empereur désapprouvait fort cet épisode; il le trouvait misérable, sale, inconvenant, indigne d'un Roi. «Et puis, ajouta- 1— il, après avoir épuisé tout ce que j'y trouve de mauvais, je devine ce qui m'affecte encore; je me mets à sa place, c'est la crainte d'être rossé par un misérable; il n'est pas donné à tout prince, à tout général, d'avoir les épaules de ses gardes ou des grenadiers; n'est pas portefaix qui veut. Le bon Homère remédie à tout cela en faisant ses héros autant de colosses; mais il n'en est pas ainsi parmi nous. Où en serionsnous, nous autres tous, a-t-il dit en parcourant de l'œil chacun de nous, si l'on en était encore au bon temps où la force du bras était le véritable sceptre. Voilà Noverraz (son valet de chambre), qui nous sert, il serait notre Roi à tous. Il faut donc convenir, a-t-il continué, que la civilisation fait tout pour l'âme, et la favorise entièrement aux dépens du corps».