‹ Documents, discours, lettresChapitre 261 sur 268 · Sainte-Hélène, le 30 août 1 81 7 ; Gourgaud · texte numérisé non relu

Sainte-Hélène, le 30 août 1 81 7 ; Gourgaud

(Sur Marie-Louise) . . . «Lorsque je fus à sa rencontre, je fis arrêter la voiture, car je ne voulais pas qu'elle sût qui j'étais. Mais la reine de Naples, qui était à ses côtés, s'écria: voilà l'Empereur! Je me jetai dans la berline et embrassai Marie. La pauvre enfant avait appris un long discours, qu'elle devait me réciter, étant à genoux. Elle ne faisait que le repasser. J'avais demandé à Metternich et à l'archevêque de Nantes si je pouvais passer la nuit sous le même toit qu'elle, ils. levèrent toutes mes craintes, m'assurant que c'était l'Impératrice et non une archiduchesse. Je n'étais séparé de sa chambre que par la bibliothèque. Je lui demandai ce qu'on lui avait dit en quittant à Vienne: elle me répondit avec ingénuité que son père et Mme Lariska lui avaient recommandé: Aussitôt que vous serez seule avec l'Empereur Napoléon, vous ferez absolument tout ce qu'il vous dira, vous lui obéirez en tout ce qu'il pourra exiger. C'était une charmante enfant. ... Je crois

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cependant, quoique je l'aimasse bien, que j'avais plus aimé Joséphine. C'est naturel, je m'étais élevé avec elle, et puis c'était une vraie femme, celle que j 'avais choisie. Elle était pleine de grâce pour se mettre au lit, pour s'habiller. J'aurais voulu qu'un Albane la vît alors pour la dessiner. Autant Marie était sincère, autant Joséphine était menteuse; elle disait d'abord non pour avoir le temps de réfléchir, elle faisait des dettes, que j'étais obligé de payer. Quand elle voulait se contraindre, chaque mois elle se débondait, disant tout ce qu'elle avait sur le cœur, en vraie Parisienne. Je ne l'aurais jamais quittée si elle avait pu avoir un enfant, mais, ma foi !.. . »

28 1 . <Sainte-Hélène, le 1 6 septembre 1 8 1 7 ; Gourgaud)

(A propos de Buffon, sur l'homme) «. . . On dira tout ce que l'on voudra, mais tout n'est que matière plus ou moins organisée. Quand, à la chasse, je faisais ouvrir les cerfs devant moi, je voyais que c'était la même chose que l'intérieur de 1 homme. Celui-ci est un être plus parfait que les chiens ou les arbres, et vivant mieux. La plante est le premier anneau de la chaîne dont l'homme est le dernier. Je sais bien que c'est contraire à la religion, mais voilà mon opinion, nous ne sommes, tous, que matière ; l'homme a été créé par une certaine température de l'atmosphère. Les hommes sont jeunes et la terre est vieille. La race humaine n'a pas plus de six à sept mille ans d existence et dans de milliers d'années d'aujourd'hui, l'homme sera bien différent de ce qu'il est à présent. Les sciences seront alors si avancées que peut-être trouvera-t-on le moyen de vivre toujours. La chimie végétale, la chimie agricole sont encore dans l'enfance. Depuis peu de siefcles, nous avons découvert les propriétés extraordinaires des corps: que nos connaissances

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actuelles ne peuvent expliquer. L'aimant, l'électricité, le galvanisme.Que de découvertes on fera dans des milliers d'années ! »

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