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CHRONIQUE DE BRIGUËIL-L'AINÉ

Pierre Vaslet, l'auteur du manuscrit contenant cette chronique^ appartient à une famille fort répandue dans k& environs de Brigueil et de Saint-Junien. On trouve parmi ses membres un certain nombre d'hommes qui se sont distingués par leur talent et qui ont occupé des positions honorables. On cite Antoine Vaulet, médecin, mort à Bordeaux en 1607, qui y a publié de nombreux ouvrages de médecine ; Armand Vaslet, religieux bénédictin, prieur de Beaulieu en 1723 etl7'27, qui a écrit V Abrégé de l'Histoire tle V Abbaye deBeaulieu\ un grand nombre d'avocats au parlement, de juges sénéchaux, de notaires royaux, de procureurs, etc.

J'ai dressé la généalogie de cette famille ; elle est encore inédite; j'en détache la branche à laquelle appartient l'auteur de notre chronique, et où l'on trouve aussi le nom de son premier éditeur :

I. — N... Vaslet eut pour enfants : V Etienne qui suit; 2* Martial, procureur, qui épousa demoiselle Anne Bonnat: ils étaient morts l'un et l'autre lorsque leur fille Françoise Vaslet épousa, le 18 juillet 1729, Léonard Beygondeau, fils de Jean et de Marie Roussillon de la paroisse de Cieux : 3® Catherine, qui fonda, avec Louise d'Hugonneau, la communauté des Fil-» les de la Croix. Par son testament elle donna à cette communauté tout ce qu'elle possédait et mourut au mois d'octobre 171& ftgée de 45 ans.

II. — Etienne Vaslet, avocat. Ce fut lui qui, en 1677, harangua Madame la maréchale d'Humière, lorsqu'elle vint prendre possession de la terre de Brigueil. Il mourut à Brigueil, à l'âge de 80 ans, le 9 février 1735, et fut enseveli dans l'église.

(I) Cette localité de rarroodiisement et du caDtoQ de Coafolens (Charente) faisait partie avant la Révolntion dn diocèse de Limoges.

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Il avait épousé Marie Hugonneau, qui était morte en 1728. De ce mariage naquirent : 1* Pierre qui suit ; 2** Catherine qui entra dans la communauté des Sœurs de la Croix, à Brigueil, en 1726. Demoiselle Hugonneau en était alors supérieure; 3® Marguerite qui épousa F. Hugonneau, sieur de la Flattière.

III. — Pierre Vaslet, sieur de Reilhac, avocat au parlement, à écrit la Chronique de Brigueil. Il est mort à Brigueil, à l'âge de 36 ans, le 3 juillet 1734. H avait épousé demoiselle Jeanne Roy s (alias Beix), fille de Jean Roy s, bourgeois, et de demoiselle Marie Bastier. Elle se remaria à Limoges, dans l'église de Saint-Michel-des-Lions, le 8 avril 1737, avec Jacques Vaslet, procureur fiscal, après avoir obtenu de Rome la dispense d'un double empêchement d'affinité. [Elle eut de son premier mariage : V Etienne qui suit ; 2® François qui vient après son frère et sa postérité. Du second mariage, vint: 3^ Etienne Vaslet, sieur de Morange, qui en 1764, était vicaire à Saint-Cristophe, et fut en 1774 aumônier au château du Fraisse. En 1776 M* Jean Périgord, curé de Maisonnais, le prit pour vicaire, et il mourut dans cette paroisse le II octobre 1778, âgé d'environ 40 ans.

IV. — Etienne Vaslet, bourgeois de Brigueil, notaire et procureur, mourut à Brigueil le 7 pluviôse 1793, âgé de 64 ans. Il avait épousé le 20 février 1755 demoiselle Marguerite Bérigaud, fille de François Bérigaud, marchand, et de Jeanne Jon- ^uet. Leurs enfants furent : 1* François, qui suit; 2** N... Vaslet qui épousa, en 1788, Joseph Meunier de la ville de Limoges.

V. — François Vaslet, maître chirurgien, était présent à l'enterrement de son oncle, & Maisonnais, le 12 octobre 1778. D épousa le 5 février 1785 demoiselle Marguerite Dousset, fille de Pierre-Joseph Dousset, négociant, et de demoiselle Valérie Cuisse, demeurant à Limoges, paroisse de Saint-Pierre du Queyroix. Elle mourut à Brigueil, à l'âge de 30 ans, le 19 août 1790. De ce mariage naquit Valérie Vaslet, qui a épousé le 15 prairial an XII [4 juin 1804], Jean-Baptiste de Lagarde, fils de Louis et de Marguerite Dupin, du village de Vérinas, paroisse de Lesterps. De ce mariage est né le docteur Henri de Lagarde^ qui a publié à Confolens, en 1846, la Chronique de BrigunU^ ré* digée par Pierre Vaslet.

IV bis. — François jVaslet, bourgeois, mourut à Brigueil le 18 février 1773. U avait épousé le 29 juillet 1765 demoiselle

i CHRONIQUE

arguerite Pérîgïard, fîUe fie feu François Périgord, sieur de Valade et de demoiselle Uarguerîte Taslet. De ce mariage tquirent : 1' Slarguerite, qui épousa, à V&ge de 29 ans, le 19 iréal au IV (8 mai 1796), Jean Tidal, demearant à Bellac, s de Jean Vidal, marchand, 'et de Léonarde Mallebay, 2* anne, qui épousa à l'âge de 30 ans, le 30 germinal au VIII ) avril 1800), André Bomnesset, officier de santé, fils de JeanlyBonnesset etde Marguerite Mallebay, demeurant &NeoTic.

La Ckronique de BrigueU a été éditée, comme nous venons le dire, en 1846, sous un double titre assez confus : Annales : Briqubil-l'Aisé. Ghroniqub ^r Pien-e Vasiei, «eocat en parnént, découverte au miiieu de papiers de famiite et Uvrée à l'im-

exjiou par le docteur Henri de Lagarde, un de aei deecendanlt

ufolens, imprimerie de P. I. Sire, iiiS. (Iq-8" de 36 pages]. Ce re est suivi d'un court avertissement de l'éditeur. Comme tte publication est devenue presque introuvable, nous la reoduisons ici intégralement en y Ajoutant quelques annotions.

A. Lbclbs.

Od ne fait sûremesit l'histoire qu'au moyen d«s chartes des chroniques qui sont particulières à chaque pays. Il a quelque utilité -& les recueillir -, aiin de les mettre à la sposition des écrivains .géoéralâsateurs; aussi croyonsus de notre devadr de yenn*, mu par l'impression, sauver jne destruction, déj'jt bien >avaDcée, un manuscrit poueux, que l'humidité et les v&n «e disputent depuis bien- : un siècle et demi.

Au commoHcemeiit de cette '«uvre, «□ trouve une longue iserlation sur l'origine et l'-élymelogie du mot Brigueuil ; ûs elle ne renferme ^ue des conjectures et des opinions lividuellea. L^irteur (fit ensuite qu^il fût surnommé Brieuil TAlné pour le distinguer de deux bourgs du même m qui aaoX dans le pays (1), et sur lesquels il avait nme un droit d'aînesse par sonantiquité et par plusieurs irogatives. ■ Le brocard d'&ne, ajout«-t-il, qu'on lui at-

.) Il y a BrigueU-lfrCbantffl, caoUnictt UTrioionllle,aiTou<ïis(emeBt da ttDiorilloti, Vleiuie.

DR BRIGUEIL-L*ÂtNÉ. 49

tribue, lui a été donné par dérision, et naît de Taliusion qui existe entre les deux mots àne et a!né. » Il suffit en effet de retrancher Tl du second pour composer le premier. Vaslet se plaint aussi de n*avoir rien pu découvrir sur Tépoque précise de la fondation de cette ville, qui dut prendre date aux temps les plus reculés, puisque dès 1094 Âimeric de Rochecbouart avait déjà donné droit de chauffage dans la forêt de Brigueil au monastère de Saint-Junien. Une charte de 1296, octroyée aux habitants de Rochecbouart dont le château existait lors de la bataille de Poitiers, en 507, fait également ressortir la vieille origine de Brigueil. Il y est dit qu'un vicomte de Rochecbouart, époux de 6ermatie de Pons, fille de Rudel Geoffroi, sire de Pons et de Bergerac, devait conduire à ses frais les habitants de Rochecbouart pour faire la guerre dans la chatellenie de Brigueil {in castellaneis de Brigolio), et qu^ils n'étaient tenus de le suivre en armes qu*au nombre de 60 hommes, et pendant 12 jours, ppur la défense de la terre du noble homme (1). L'auteur continue de déplorer ensuite de ne pouvoir rencontrer aucune de ces vieilles marques de l'antiquité, par lesquelles les peuplesaiment à remonter à la source de leur première origine. C'est pour mettre le temps où il vivait à l'abri de ce reproche, dit-il, qu'il se détermine à rapporter ce qu'il a vu et pu entendre dans ses entretiens avec les personnes qui pouvaient le mieux l'instruire sur son sujet.

(1) Cette charte a été publiée en 1838 dans le Limousin Historique, p. S04. On y lit : Sequl tenentur cnm sexageata hominlbus solum per vigenti et imam dles intn caftallaniam de Rapccavardi tantum, et in expensis ipsius nobilis in caatellaniis seu locis de Brigoiio et de la Gossière, cum dicto numéro et per diçtos vigenti et unnm dies.

V\niaitr^ W: ^ K r^*'* ' -S. i^BRt I-^IH- HITr-^ "ii»I5 J5* IffCt

^^i^/J4iil IM nt$/\n'4UV'Mé'ux kti*^ qo^ rAfQiUio^ appartint abjc PUntaffa^ iît'^utk \4*Hti*fhfui tU* Uinn If, t-u iV,ï, ia^/jnaQ traité de liMK, on œmple tlHHfHiiU' AUhi'*'^ 4f. iftu'rtc'f Xfift\t% rfaUi^ureni ji^.ar notre pays, on noas ^fffffun Ht''Unrti n$'nr 4^ li//n, ;i(niki qo*f ^^m p^rp et s€s frère*, toujours mi\n^ i\f \t\\Uri\% "t i\t' M^HfttU, (>% horiirn^« *oldé5 pour le meurtre et la 6t*tifUi'i\t$u^ /îli/'f/'h;i»Mit <lafl» 1*'» r,i\»iué*% t*i tUn% la capture des prisoDniers^ \t» mftft'ti i\n %itu*i,i\rt*, h li'wr» (^OhamUffi. Mai» \\s n'ont rien fondé, ni rien

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Quoiqu'il en soit, il est à croire que le premier ouvrage qui fut bâti est cette enceinte de murailles telles qu'on les voit pour servir apparemment d*un fort à ceux du pays contre les insultes et les attaques de leurs ennemis. Elles sont très-hautes, très-larges et munies d'une tour qui était beaucoup plus élevée autrefois ; elle sert présentement de prison. Le circuit du fort, le long de ces murailles, est de soixante pas, desquelles on faisait le tour en passant dessus. Encore aujourd'hui il y a quelques endroits où Ton pourrait passer.

Il y a deux portes (1) dont la plus grande a son issue sur la place publique; Tautre, qui regarde du côté de l'occident a «a sortie sur une espèce de plate-forme qui est plutôt un ouvrage de la nature que fait de la main de l'homme, que nous appelons le Puy-de-Bagnou, dont la vue est une des phis belles et des plus agréables du royaume ; je ne dis point cela par figure, mais par le témoignage de ceux qui, ayant voyagé, ont avoué n'avoir vu une plus riante campagne.

Cette vue s'étend fort loin; car de là on distingue des objets qui en sont éloignés de quatre à cinq lieues.

Il s'y présente d'abord un grand espace de plat pays qui frappe agréablement la vue, non seulement par sa grande étendue, mais par les bois qu'on y découvre de tous côtés ; et par une diversité délicieuse que font des prés, des vignes et des terres qui produisent tout froment; les prairies sont arrosées par un ruisseau dont la source est près de Brigueil, lequel les rends très fécondes, de sorte que c'est une chose merveilleuse et fort agréable à voir.

Mais avant d'entreprendre la description des dehors de Brigueil, il ne sera pas hors de propos, ce me semble^ de faire plutôt celle des édifices qui sont dans le fort. Premier rement les tristes restes d'une ancienne tour qui était autrefois le plus bel ornement de Brigueil, puisqu'en son entier elle était une des plus superbes et des plus hautes du ro-

(1) On signale encore aujourd'hui deux portes de râucienne enceinte (Géographie de la Charente, par Joanne).

yàume; comme il est aisé d'en juger par les vestiges qui en •ont restés; mais elle est, suivant les dures lois de la destinée des choses sublunaires qui périssent par le cours des années qui les consument, réduite au déplorable état où nous la voyons aujourd'hui ; elle fut construite au milieu du fort, et presque au milieu de la seigneurie, chose étrange et peu croyable à la postérité, mais les vestiges en font foi. Tel est le sort commun : les bâtiments courent leur destinée aussi bien que les hommes : tout est périssable dans la nature, les rochers même, les arbres et les matières de la plus dure résistance. Sa hauteur, prise avec la couverture, égalait celle du clocher; sa structure était carrée comme l'attestent ses ruines; il y avait une basse-fosse au rez-de-chaussée, et par des degrés fort étroit9 Ton montait jusqu'au haut, où Ton trouvait de larges créneaux, de plus il y avait trois chambres dont celle du second étage, qu^on appelait chambre du Thryon, était voûtée. Il y avait une grande armoire remplie de livres qui contenaient, à ce qu'on dit, le trésor des Chartres et les titres de la seigneurie ; mais ils se perdirent par un accident assez singulier, et voici quelle en fut l'occasion : En l'année 1664, il arriva qu'un homme ayant été emprisonné pour la somme do trente francs, fut renfermé dans cette chambre où il y avait une fenêtre qui donnait sur la cour; comme elle n'était point grillée, il résolut par là de s'échapper et pour cola il jeta tous les livres dans l'endroit où il croyait tomber, s'imaginant que par ce moyen sa chute serait moins dangereuse, n'ayant gardé quele plus gros avec lequel il enveloppa sa tête; il se précipita la nuit sans que le livre lui servit à autre chose qu'à rendre sa chute plus violente, de sorte que tous les livres se dissipèrent et ce malheureux reçut, par sa mort, la peine que méritait sa témérité. Il m'a semblé que je ne devais pas oublier cette petite circonstance qui fait voir de quelle manière se perdirent ces livres ou vieux documents où l'on aurait peut-être trouvé des choses curieuses. Cependant s'il faut ajouter foi à ce qu'une personne m'en a dit^ ils ne contenaient qu'une déclaration des rentes et revenus de la seigneurie.

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Mais pour me renfermer dans mon sujet, cet édifice, dont la hauteur le faisait voir de quatre ou cinq lieues, après avoir résisté à toutes les injures du temps durant les révolutions de plusieurs siècles, tomba enfin en ruine au commencement de celui-ci ; car le 21 décembre de Tannée 1702, jour de saint Thomas, environ vers les sept heures du matin, la muraille, avec le coin qui regardait du côté de Féglise, fut tout à coup abattue par une violente pluie et un orage, qui, par une dernière secousse, abattit cette muraille qui avait été déjà écroulée par le moyen d'une petite fente qui s'y était faite, laquelle s'était peu à peu agrandie faute d'avoir muré une petite fenêtre qui était au-dessus. Mais cependant les autres trois coins subsistèrent avec une partie de la couverture, qu'on regardait comme un chefd'œuvre tant elle élait artistement faite, jusqu'en l'année 1714 qu'on les réduisit au point où ils sont aujourd'hui, parce qu'on appréhendait que les pierres en se détachant ne tombassent sur les passants. Voilà la décadence de co bel ouvrage dont les restes ne servent plus maintenant que pour marquer la place et qu'à donner sujet à ceux qui prennent quelque intérêt en ce qui concerne l'ornement et le bien des choses publiques à regretter cet édifice en son entier, qui était comme l'un des yeux de Brigueil.

Dans quelque temps il ne restera rien de cette merveilleuse tour, on ne saura pas même où elle était; et si l'on en conserve le souvenir, le malheur de sa ruine la fera mépriser. J'aime bien mieux qu'on ne parle point de moi, que d'en parler avec mépris; il est fâcheux de ne plus être ce qu'on a été.

Il y avait sur le portail, par où Ton entre dans le château, de belles armoiries relevées en pierre, au-dessus desquelles était une grande ouverture très bien construite, apparemment pour servir de fenêtre à quelque édifice; de l'autre côté on voit encore dans la muraille de la tour des marques par où l'on peut connaître qu'il y a eu un bâtiment, y joignant, lequel s'étendait jusqu'à cet autre bâtiment où l'on fait maintenant le vin, dont la porte avec une grande ouverture au-dessus qui a depuis peu été bouchée, fait juger

que c'était le commencement d^un beau corps de mais qui n'a jamais été parachevé.

Pour ce qui est du château, il parait fon ancien et ne semble pas être construit selon les règles de rarcbitecture, parce qu'on Ta bâti auprès de la muraille du f<ul, laquelle est construite en ligne courbe, ce qui cause une des irrégularités qui se rencontrent ; on n'y voit rien de curieux, sinon que depuis la cave on entre dans un endroit sous terre et creusé dans le tuf, qu'on tient être le commencement d'un chemin dont la sortie était dans le pré appelé Prémou, lequel avait été apparemment pratiqué afin de servir à ceux qui se trouveraient dans la nécessité de faire une retraite étant assiégés dans le fort, ou plutôt afin de conduire par ià les munitions nécessaires pour leur défense. Lorsqu'on y entre et qu'on y est un peu avancé, on trouve deux voies; au bout de l'une et par côté, on y voit, avec de la lumière, une espèce d'armoire faite d3 pierre; au bout de l'autre, on dit qu'il y avait une ouverture aboutissant au puits qui est dans la cour du château par où Ton y pouvait puiser de Teau. Ce qui fait juger que c*est l'entrée du susdit conduit, c'est qu'en l'année 1660, un bouvier labourant dans un jardin qui est situé entre les fossés et Prémou, vit tout à coup la terre s'affaisser sous les bœufs, et il paraît, par le trou qui s'y fit, que c'est le conduit dont on parle qui passait sous ce jardin, et encore pour confirmer ce que je viens de dire sur ce chemin, c'est qu'il y a environ trente ans qu'en creusant assez près de Téglise, du côté de la sacristie, pour faire les fondements de quelque bâtiment, on découvrit un souterrain de vingt pieds de profondeur, lequel sert maintenant de cave où Ton descend par un escalier composé de douze marches, que l'on y a bâti depuis. Il est aisé de croire que c'est une autre partie de ce chemin, car il parait venir du côté du château et tirer vers l'endroit où se fit l'ouverture dans ce jardin.

Je no dois pas oublier une particularité qui est qu'en l'année 1686 y ayant eu une si grande abondance de vin, le fermier de la seigneurie, ne sachant où le loger, s'avisa de faire construire dans ta terre auprès du château qui

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regarde du côté de la chaussée» une grande cuve avec des baliveaux carrés et joints ensemble, laquelle on appelait, foudre, à la manière d'Allemagne. On avait mis dans le mur un tuyau qui devait porter le vin depuis ce vaisseau dans la cave. Il ne fut pas sitôt rempli de cent vingt barriques de vendange, qui étaient sa juste contenance, que tout le vin en sortit à travers ces baliveaux qui n'avaie^nt pas apparemment été assez bien joints; la terre ayant été abreuvée d*une partie, l'autre coula jusque dans un puits qui est au-dessous du château, en sorte que cet ouvrage, qui d'abord avait fait admirer l'industrie de ce fermier, ne lui procura cependant que de la perte et de la confusion. Voilà ce qui se peut dire touchant la tour et le château ; on n'y saurait trouver autre chose.

Maintenant il faut parler do l'église. Elle fut fondée et édifiée à la même époque que la tour; le temps nous a dérobé la connaissance de cette vérité; mais il est permis do le présumer ainsi (1). Elle est bien bàlie et bien illuminée ; on y voit huit chapelles qui y ont été construites à diverses fois, ainsi que cela est démontré par leur structure toute différente. Les deux principales sont dédiées, l'une, qui est à la droite, ci- devant à Saint-Paul, et maintenant à Notre- Dame, et l'autre à Saint-Roch (2). Dans la première, sur la pierre qui fait clé de voûte, j'ai remarqué des mains qui y sont attachées, comme on peut le voir. Je me suis persuadé

(i) L'église de Brigaeil est du X(I1« siècle, mais elle a été remaniée à plusieurs époques.

(2) Le Pouillé manuscrit de Tabbé Nadaud] nous apprend que outre la vicairie de Jean Bocher, dont il est parlé plus loin, on trouve encore dans cette église :

Une vicairie fondée par Guillaume Marthonis avant itô5, à Tautel de Sainte-Catherine.

Autre 1513, io22, i\ Tautel de Saint-Pierre et de Saint-Paul. C'était le seigneur de Brigueil qui y nommait les titulaires.

Autre, fondée par Martial Broilhet, prêtre, à Tautel de Saint-Cosme et Saiut-Damien, 1569. C'était Tarchiprêtre qui conférait, sur la nomination du plus proche parent. Ce fut Broilhet, dit Mérigot, du lieu de Roffenche paroisse de Javerdat, en 1530.

Autre existant en 1630, à l'autel de Sainl-Jean, à laquelle nommait de Per.

Autre à l'autel du Crucifix en 1482.

ob^rrver ^iW\ 'î^ M r iTiî- fi-* \\ m-ri: >• i ^ ruiîn gâî>:h^. ca (>r:Iî As'Ii-ei i-: J an:: r:r rri::: ir piir la C"aia**>i;:é «i j •^\=rr.-rir: cir «i LiTrr. il j»>-ti;: assister aux ofiir-^ iwiii* r-r^-*r:::lr a-rji-r::::-:!.: li ri^-i^ur el Haeommcfiit^ d'j fr:;ia:j movec iunr ••Lr-iL.iL-ee -i rr-i :-3 voit encore îes traces.

Les Te^tizes de la p^îiie o'jrerT'jre p^r eu Q pc-urait entrer pour ouîr la n^^^ qui se 'iivtit i chaque asjîel de régiîse, paraî-serjt encore diES îa muraille. II n'y a pas mt-me loni^emp? que ce cabinet a ëî^ ferair^: îi est encore dans la uiuraille, comme i! était auparavant: il nV a rien de changé, sinon qu'on a feuché la p>rle arec une fenêtre qui ressort dans la nef- Dans la seconde chapelle, c'est-à-dire celle qui est dédiée â saint Roch, il n*v a aucune chose disrne d'être ol-servée, «inon une fondation de quelques messes et dont on ne doit point dérot^er la mémoire à la postérité, puisqu'elle lui apprendra que Brigueil a vu naître dans l'enceinte de ses murs un homme qui a été élevé à la dignité épiscopale.

Il est vrai que Tantiquité ne nous fournit point de preuve par écrit de cetfe histoire, mais la tradition qui s'est conservée dans la mémoire des hommes en persuade.

î'n jeune garçon, appelé Jean Boucher, natif du fort de Brigueil, étant pauvre et dénué des biens de la fortune, toutefois fort avantageusement partagé de ceux de Tesprit, comme Tévùnement le montrera dans la suite, s'en fut dans la ville de Toulouse, où son sort le conduisit; et là trouva le moyen d'entrer en la maison de M. l'archevêque, lequel prit ce jeune homme en amitié, à cause de son esprit qu'il lui trouva si prompt pour les lettres que, l'ayant fait étudier, il le fit prêtre, ensuite archidiacre de Narbonne;

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après avoir passé par tous ces degrés, il s'éleva, par son mérite, à la dignité de Tépiscopat ; car il fut élu évêque de Lavaur, ville du Languedoc. Il montra l'affection qu'il ressentait pour son pays natal, (tant il est vrai que les honneurs n'influencent, ni n'aveuglent les hommes qui en sont dignes), en envoyant à Briguciî un officier de sa maison, nommé Beausoleil, avec l'ordre d'y faire la fondation d'une chapellenie au nom de Saint-Eutrope (1).

. La fortune peut faire changer de patrie; mais la nature ne permet pas que l'amour qu'elle inspire puisse changer jamais. Ce de Beausoleil exécuta ponctuellement ses ordres et acheta les dîmes d'un fief appelé Prévérieux, situé entre Lesterps, Saulgond et Étagnac, dont il dota la susdite chapelle, qui est la même où saint Roch est honoré. Il chargea le prêtre qui serait pourvu du bénéfice de dire des messes chaque semaine; le droit de patronage appartient aujourd'hui à la famille des Duchêne, et le curé de Brigueil en est le collecteur comme il est porté par la fondation qui fut faite en l'année 1417. Cette date m'a été donnée par maître Jean Blanchon, chapelain de Saint-Eutrope, qui m'a dit l'avoir tirée du titre de cette fondation. Cette église a changé

(1) Le PouHlé manuscrit de Tabbé Nadaud donne les renseignements suivants : Vicairie fondée par Jean Bocherii, évoque de Lavaur, érigée par Bulle du 19 février 1484, vieux style, obtenue par maître Simon dé Beausoleil, licencié en décrets, notaire apostolique, pour un prêtre séculier. Elle est appelée de Fieux, ou d'Affieux, de Panis, de Préverieu. Elle est à l'autel de Saint-Eutrope, aujourd'hui de Saint-Roch.

L'arcbiprôlre [de Saint-Junien] doit conférer les pouvoirs au titulaire dans trois jours. Autrement ce serait l'évéque qui aurait ce droit. Les héritiers et successeurs le nomment. L'archiprétre nomma en 1618. Panis en 1^2, Pauls, bourgeois, en 1618. Boireau avec Panis en 1626. Duchesne, de Panis et Boireau, en 1630. Beausoleil, marchand de Lesterps, en 1660. Martial de Pauls, écuyer, sieur de Sieurat, diocèse de Lavaur, comme héritier de Beausoleil, archidiacre de la même cathédrale, 1660. Boireau, 1660-1686. Duchesne, notaire royal de MonteroUet, avec Panis, 1661. Blanchard, journalier, avec Barataud, sa femme, comme tuteurs de Duchesne, laboureur, ûls de ladite Barataud, 1731. Chabroux^ marchand de Mortemar, avec Brugeron, marchand de Blou, comme flls des Duchesne, 1732.

On peut voir la déclaration des biens de cette vicairie, faite par Pierre Danglard, qui en était chapelain, le 20 février 1790, dans VInventaire des Archives communales de la Haute-Vienne, par M. A. Leroux, p. 291.

agréablement de figure dès 1679 (1), qui fut Tannée que madame la maréchale d'Humière, à qui cette terre appartenait pour lors, vint à Brigueil. Elle y fit faire plusieurs réparations qui lui donnent comme une face toute nouvelle.

Le maître autel était anciennement situé de telle façon que la sacristie se trouvait par derrière. Elle le fit renouveler et placer dans Tendroit où il est maintenant. Le tableau qui est cramponné et attaché à la muraille du bout de Téglise, était autrefois sur cet ancien autel. Elle fit aussi bâtir Tarcade par où Ton entre de la nef dans la chapelle de Notre-Dame. Celle qui entre dans la chapelle de Saint- Roch a été construite depuis. Au-devant du lieu où elles ont été ouvertes, il y avait deux autels érigés, l'un qui était du côté droit, à Notre-Dame, Tautre à Saint-Etienne, à Saint-Antoine et à Sainte-Catherine.

De plus, elle fit encore réparer cette partie de Téglise, séparée de l'autel par des balustres, destinée pour ceux qui chantent, qui est ce que nous appelons le chœur ; et pour cet effet, on employa la pierre de taille qui se trouva dans les ruines de la chapelle du cimetière dont il sera parlé.

Il y avait autrefois une chapelle au-dessous de celle qui est dédiée à Saint-Jean, appelée la Chapelle-de-Puy-Labourier, dont on pourrait encore observer Tarcade qui fut fermée; car ayant remarqué que la muraille, qui était audessus, était un peu fendue, de crainte qu'il n'arrivât quelques ruines par cette fente, on jugea nécessaire de construire un mur qui remplit entièrement l'arcade, pour prévenir et pour empêcher les suites fâcheuses de cet inconvénient dangereux.

On voit encore les vestiges d'une porte qui était dans la muraille, au bout de l'église, par où l'on peut juger, à mon avis, qu'il y a eu une tribune en cet endroit, et que cette porte en faisait l'entrée depuis la maison presbytériale, qui, apparenoment, joignait anciennement à l'église. Il y a quatre

(1) II y a dans le texte 1779, ce qui est évidemment une erreur.

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sépulcresi le premier est dans la chapelle de Saint-Eutrope, où Ton inhuma les chapelains; le second est à rentrée du sanctuaire, lequel a été fait de nos jours pour servir de monument aux curés ; le troisième est àous Tarcade de la

chapelle de Saint-Roch qui fut aussi construit de notre temps, et dans lequel les Filles de la Croix sont inhumées ; enCn le quatrième se voit dans la chapelle de Notre-Dame, duquel nous avons assez parlé ci-dessus, ce qui nous dispensera d'en dire ici davantage. Les bancs, tels qu'ils sont iiujourd'hui, furent faits par Tordre de la maréchale d'Humière, qui voulut que tous ceux qui avaient droit d'en avoir dans l'église ôtassent les anciens, parce qu'ils étaient mal façonnés, et qu'ils en missent d'autres à la place et en l'état que nous les voyons aujourd'hui. Voilà ce qui est digne de remarque dans l'église.

Il faut présentement passer au clocher et parler de la manière dont il a été construit : il semble & propos de dire d'abord quelque chose de l'ancien, qui était d'une structure bien différente de celui que nous voyons maintenant, car il était sans impériale, avait la flèche à quatre coins. Il y a apparence qu'il était fort antique; sa caducité le montrant assez ; et comme les choses les plus solides trouvent leur fin, il menaçait ruine, en sorte qu'on jugea nécessaire d'en édifier un nouveau ; et pour cet effet, maître Jean de Mallevaud, curé de Biigueil, ayant entrepris d'amener cet ouvrage à sa dernière perfection, commença, dès le mois d'octobre de l'année 1699, à faire conduire les bois nécessaires pour cette construction, dont on en prenait une partie dans la forêt, et l'autre dans les domaines des particuliers.

On peut dire que chacun y contribua selon son pouvoir, c'est-à-dire qu'ils permettaient librement qu'on coupât un ai'bre dans son domaine, lorsqu'il se trouvait propre pour faire quelque chose; tellement que le nombre de charretées de bois monta à cent soixante-une, sans y comprendre ce qui serait de l'ancien, La flèche fut prise près du village de la Touraille et donnée par la maison de la Jaraudie. Le sieur de Mallevaud, dont les soins ont contribué à la gloire

d'une œuvre si sainte, passa un contrat avec Jean Cordeau, entrepreneur, originaire de la Basse-Marche, qui s'obligea à cette construction moyennant la somme de cinq cents livres; et, en conséquence de ce prix, il commença à détruire l'ancien, le 25 du mois d'avril de l'année 1700; et le nouveau fut parachevé à la Saint-Michel de la même année. Il y eut un autre prix de cent vingt livres pour la couverture; en un mot j'ai appris que toute la dépense pouvait monter à mille cinq cents livres, si ont eut achelé tout le bois. Au reste, je passe quelques petites circonstances touchant celte construction, lesquelles je juge à propos d'omettre pour n'être pas trop long. Je me contenterai de faire mention de cinq cloches, dont la plus considérable est très belle et a le son très bon ; c'est pourquoi je me suis donné la peine de monter dans le chocher pour voir si je déchiffrerais les lettres qui sont sur les cloches; car j'avoue que j'ai une curiosité extrême et insatiable pour tout ce qui peut me faire connaître l'antiquité. Cependant je l'ai mal satisfaite en ce que j'ai vu que ces caractères sont en lettres gothiques, dont nous n'avons maintenant aucun usage, ni presque de connaissance ; tout ce que j'en ai pu connaître a été à la seconde cloche, où j'ai observé qu'il y avait dessus des caractères qui étaient en caractères anglais que chacun peut lire librement, s'il en a la curiosité. Pour cela je dirai seulement qu'elle a été fondue en 1640 (1). Depuis il y a une horloge qui est assez bien réglée et entretenue.

Après avoir parlé de ce qui est au-dedans du fort, il ne reste plus, suivant l'ordre que nous nous sommes donné, qu'à décrire ce qui est au dehors.

Il y a eu toutefois un pont-levis à la porte qui a son issue du côté de la halle, lequel a été détruit depuis 70 ans, peut-être même d'avantage. Ce que nous appelons

(i) Eq 1846 le clocher de Brigneil fut atteint par ia foudre et incendié. l\ possédait alors trois cloches; on en fit faire une par un fondeur ambulant avec les débris recueillis après cet incendie. Elle pèse iOOO kilos et ne porte pas d'inscription, Le parrain fut M. des Montiers et la marraine M>n» de la Guéronnière.

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aujourd'hui les fossés, est véritablement le lieu où était le fossé qui servait à la fortification des murailles, dans lequel on a pratiqué un chemin dès 60 ans en ça; auparavant il était bien en état et tout rempli d*eau, n*y ayant qu*un sentier par où Ton passait le long du mur. Il était divisé en trois espèces d'étangs, dont la chaussée de Tun était située auprès du Puy-de-Bagnou, vis-à-vis du coin des murailles, lequel faisait remonter et regorger Teau jusqu'au milieu du fossé, où il y en avait un autre qui faisait pareillement remonter Teau jusqu'au pied de la tour, de manière que ces fossés en étaient tous remplis. Le troisième subsiste encore : il n'est pas nécessaire d'en parler, puisqu'on reconnaît assez de quel ornement et de quelle utilité il est à Brigueil ; car, soit qu'on considère l'embellissement, on verra, lorsqu'il est plein, que la vue en est fort agréable, et qu'il sert d'ornement à la place, soit qu'on regarde Tutilité, chacun y trouvera sa propre commodité, en servant d'abreuvoir aux chevaux. Il n'est pas encore d*une moindre utilité en cas d'incendie, attendu qu'on y pourrait prendre de l'eau et la porter assez facilement dans les endroits où le feu se serait mis; et on a vu de nos jours la vérité de ce que j'avance et combien il est nécessaire d'entretenir la fontaine dont l'eau l'emplit, auprès de laquelle était autrefois un réservoir où l'on mettait le poisson du seigneur, en sorte que l'eau, après avoir passé par ce réservoir qui était renfermé, coulait par un conduit dans l'étang, et le fournissait d'eau comme elle fait cncor g aujourd'hui. Mais enfin il est inutile de s'étendre sur l'avantage qui en revient au public, puisqu'il parait à l'instant même qu'on en parle; et puisque je suis tombé sur le sujet de la fontaine, je dois dire quelque chose des trois qui sont à Brigueil.

La première, qui est celle dont nous parlons, est située à la place publique et prend sa source dans de^ vignes, assez près de la croix appelée de Saint-Jean^ vient se rendre dans le bassin par des canaux, dont il s'en trouve tOi\jours quelques-uns de gâtés, ce qui fait que l'eau y manque assez souvent.

La seconde est appelée du Pissot : sa source jette de Teatt eh abondance, car elle, forme un ruisseau qui, après avoir arrosé Prémou, qui est le pré de la seigneurie, traverse les prairies qui sont au-dessous du Puy-de-Bagnou pour aller se joindre à plusieurs autres ruisseaux, dont la petite rivière de Gouëre est composée, laquelle, après un cours de quatre lieues, va se joindre à la Vienne à Confolens. Cette fontaine, en Tannée 1723, fut d'un très grand secours au public; la source de celle qui est à la place ayant entièrement tari, aussi bien que celles de tous les puits, à cause d'une grande sécheresse qu'il fit en France, l'espace de neuf mois entiers, elle fournissait d'eau la plus grande partie des habitante, sans qu'on reconnût que son cours ordinaire eût en rien diminué.

La troisième se nomme de Saint-Barban, laquelle est beaucoup moins abondante que l'autre; cependant elle entretient d'eau tout le quartier qui est au-dessous du Puyde-Bagnou.

Je reviens maintenant à la place publique, où se trouve la halle qui est une des plus grandes de tout le pays, sous laquelle le parquet était autrefois situé, dans le coin qui est à main droite, et allant du côté du four. Ce dernier fut détruit en l'année 1660.

Il y eut ci-devant trois maisons qui, ayant chacune son aspect sur cette place, lui servaient de décoration et d'embellissement; l'une joignait aux murailles du fort, près de la porte. Entre les agréments qu'elle avait, on remarquait qu'elle était bien percée, ayant d'un côté la vue sur la place et d'autre part sur la rue qui va à l'église ; il y en avait une autre qui était assise dans l'endroit où il y a présentement un jardin, proche de la halle, en tirant du côté du four. Pour ce qui est de la troisième, ses ruines en font assez remarquer la situation ; elles sont tombées en ruine par l'injure des temps et par d'autres accidents, il y a 30 à 40 ans. De plus, il y a encore une maison bâtie derrière

l'église, dans le lieu qu'on appelle la Maison-de-Per; une autre, où est aujourd'hui le jardin de la communauté des filles de la Croix, en sorte qu'en tous les endroits où les

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murailles du fort se trouvent démolies, il y a eu autrefois des bâtiments ou maisons.

Il y en avait encore plusieurs autres situées en clivers quartiers de Brîgueil, desquelles il reste peu de vestiges, et même de quelques-unes il n'en parait rien du tout, y ayant maintenant des jardins ou des cours dans les lieux et sur le sol où elles étaient édifiées, de sorte que présentement on pourrait croire qu'elles n'ont jamais existé, si la tradition ne nous assurait du contraire; mais on peut dire (Jue la difformité causée par les ruines est en quelque sorte réparée par les nouvelles maisons que Ton a construites depuis, dont il est à propos de faire mention et principalement de trois ainsi que du nom de ceux qui les ont fait bâtir. Je trouve une sorte de devoir à honorer ainsi la mémoire de ceux qui ornent de bâtiments les villes et les bourgs.

La première, qui est située au-dessous de la halle, ne Contribue pas peu à l'embellissement de Brigueil ; sa belle structure en fut bâtie en 1655, selon la date qui est audessus de la porte, par maître Louis Plaisance, curé de Brîgueil, et Pierre Plaisance, son frère. La seconde, qui est assise près du Puy-de-Bagnou, fut édifiée, c'est-à-dire cet appartement qui fait face en entrant dans la cour, par maître Jean Robin, juge de Brigueil. On rapporte qu'il fut parachevé en l'espace de quinze jours : cette grande diligence ayant été employée afin de la mettre en état de recevoir M. le maréchal d'Humière, qui était alors seigneur de Brigueil. En effet, il logea en cette maison pendant le séjour qu'il fit à Brigueil.

Il reste à voir le cimetière, lequel est fort spacieux; il fut clos de murailles en 1670. Cette réparation y était très nécessaire, car auparavant il s'y commettait ua abus que l'usage avait autorisé contre les principes et les règles de la religion, en ce que ce lieu saint et consacré au repos des reliques de nos pères, était profané par les foires du bétail qu'on y avait tenues jusqu'alors, et par un chemin où passaient les bœufs avec leurs charrettes, dont les traces paraissaient encore il y a peu de temps; enfin par d'autres sem-

blables impiétés qui étaient autant de sacrilèges. On voit dans son enclos les ruines d'une petite église qui était dédiée à Saint-Michel. En deux de ses côtés il y avait deux chapelles dédiées, Tune à Sainte-Claire et Tautre à Sainte- Anne (cette dernière subsiste encore). Enfin, cette église, suivant le sort commun de ces édifices publics, que la piété d'autrefois consacra et bâtit en Thonnour de Dieu et de ses saints, mais sur lesquels il n'y a ni rentes ni aucun revenu, croula en Tannée 1665. On y prit toute la pierre de tailla pour paver l'église, comme il a déjà été dit. De plus, on voit une chapelle, située dans un coin du cimetière, qu'on appelle du Crucifix, où il n'y a rien de digne d'être observé, sinon que la veille de la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge on y va processionnellement chanter un magnificat; apparemment qu'il y a quelque fondation pour cela : voici H peu près tout ce qu'il est permis ici d'observer de curieux (1).

Je viens maintenant à la description de toutes les choses qui se trouvent dans le territoire de la seigneurie. La forêt est ce qu'il y a de plus considérable; elle a environ trois lieues de circuit; le bois y est fort bon et très épais : on en tire un grand profit en fournissant les provisions de bois à brûler pour le peuple des environs; elle s'étend beaucoup plus en longueur qu'en largeur. Il ne s'y trouve point d'autrès bêtes sauvages que des renards, des loups et des sangliers en assez bon nombre ; c'est ce qui fait qu'elle est très fréquentée pour la chasse. On y voit une grande abondance de belles pierres grises propres pour faire de beaux édifices; elle contient en son étendue des prairies et deux beaux étangs : l'un d'eux, appelé de la Boulonie, faisait battre une forge, laquelle se reconnaît encore à plusieurs marques ; it reste pourtant peu de vestiges du fourneau, et pour ne rien omettre, puisque je suis sur ce sujet, il est à propos de dire ici quelque chose en passant d'une autre forge qui était

(i; Le Pouillé de Nadaud, signale ainsi les chapelles du cimdtière :

Chapelle au cimetière UOI, dédiée à sainte Anne.

Chapelle an cimetière 1491, dédiée à sainte Radegonde; est en ruine.

DE brigueil-l'aIné. 65

as&îse sur la rivière de Glane, près du Pont- à -la -Planche.

Quoiqu'elle fut hors du territoire de la seigneurie, elle en faisait néanmoins partie : on y fondait et raffinait le fer; elle était entretenue du charbon qui se faisait en grande quaïitité dans la forêt. Il y a environ trente ans qu'elle a été abandonnée» et tous les outils et instruments qui servaient à son usage furent transportés au château de Brigueil.

Or, pour nous renfermer dans nos limites en revenant à la Boulonie, dont nous avons entrepris de parler, c'est un lieu situé solitairement dans le bois, où Ton trouve une chapelle d'une structure fort ancienne et antique(l). Elle eat dédiée à Saint Georges; il est à croire qu'il y a eu autrefois deux cloches, car l'endroit où elles étaient placées y paraissait encore en son entier il n'y a pas fort longtemps. On voit presqu'au milieu de cette chapelle un petit bâtiment fait en forme ronde, lequel est voûté et très bien construit en pierres de taille, au dedans duquel, après qu'on y est entré par une porte fort basse, on observe, avec de la, lumière, un tombeau qui y est élevé, sur lequel il y a un visage ciselé dans la pierre : on remarque encore qu'il y a de petits crochets de fer attachés dans la voûte. Dire au vrai quand et comment furent bâtis ce monument et la chapelle, serait chose très difficile.

Ce fait est enseveli dans l'oubli et la révolution de plusieurs siècles ; il est seulement aisé de juger que le tout est très ancien et qu'il y a eu quelque fondation et quelque bénéfice affecté. Elle est à présent en fort pauvre état : la paroisse de Brigueil y va tous les ans en procession le 23 avril, jour de la fête de Saint Georges. On dit qu'autrefois les parroisses de Javerdat et Montrollet ce même jour s'y rendaient semblabloment en procession, mais elles discontinuèrent à l'occasion des querelles qui s'élevaient ordinairement parmi les personnes de ces paroisses différentes, en sorte qu'il n'y a eu que celle de Brigueil qui dût persévérer dans

(I) Le Pouiilé nous dit : la Boulonie avait des rentes en 1409, 1477; c'est un hermltage ruiné, sous le patronnage de Saint-Georges.

éB CflllOKlQUB

cette pieuse et aneiétine coutume; il n'y a pas loDgtemfs (|a*oil y disait la messe et même qu'on y a vu prêcher dans une charrette.

On voit dans le territoire de Bfigueil des marques qui témoignent d'une grande afitiqttité : ce sdot quatre retranchements qu'on appelle vulgairement châtres, du mot latin caslra^ qui veut dire en notre langue le lieu où une armée est campée ; le premier est situé près du village d'Anglard (1), le second* près du village de Roudaretx, le troisième, près de chez Roubadeau, enfin le quatrièntie est assis sur le bord de la forêt, du côté du village des Bordes. Je ne saurais fixer exactement l'époque où furent construits ces restes admirables de l'antiquité, c'est pourquoi je laisse à chacun la liberté d'en juger comme bon lui semblera. Quant à m(»i, je les considère comme dos choses très singulières et dignes d'admiration, d'autant mieux qu'il ne s'en trouve point ailleurs de semblables. II est à croire que ce sont encore des marques de la guerre que Jules César fit pendant dix ans dans les Gaules, dont ce pays fait partie, et que c'était de petits camps où il faisait hiverner son armée, car les troupes n'étaient pas épandues en divers lieux comme à présent: voilà une conjecture sur cette antiquité.

Il faut faire observer en dernier lieu qu'il y a un village appelé Bussièreix, qui est tout rempli d'antiquités, lesquelles on voit, non seulement dans ce village, mais encore dans les champs qui sont aux environs. La tradition du pays dit qu'il y avait eu autrefois une ville qui depuis a été rasée et démolie : cela ne paraîtra pas fort difficile à croire

(i) Le camp romain d'Anglard est signalé dans la Géographie de la Churente de Joanne. Sur la carte de P£tat-Major, il porte le nom de camp de César. — Le Tillage de Bondareix est à un kilomètre à TEst de celui d'Anglard. — Quant k celui de Roubadeau, il est encore plus à TEst, dans la commune de MontroDet. J'ai visité, en 1866, son camp romain qui à cette époque était dans un parfait état de conservation. Situé au milieu d'une plaine, il a lÔO mètres de long, et 90 de large, son entrée unique est à l'ouest au milieu du plus petit côté, ses fossés sont bien conservés, le retranchement qui les surmonte à l'intérieur s'élève à 4 mètres au-dessus de leur niveau. — Le Yillaige des Bordes est sans doute celui qui se trouve au sud-est de a Boulonie, mais dans le département de la Haute-Vienne.

DE briqueil-l'aIné. 67

quimd 00 oùMidèrera les preuves pkrticuliôii99 qu'on voit encore tous les jours dans ce viHage. Or, pour démontrer qu1l y a eu une ville, on le juge d*abord par la découverte que Ton a faite de plusieurs restes de masures, de murailles très antiques et des caves avec des monceaux de briques que Ton trouve en grande quantité répandus dans les terres : il est à croire que les édifices de cette ancienne ville étaient tous de Iniques, parce qu*on tient que la brique est la meilleure et la plus saine de toutes les matières propres à la maçonne» ce que Ton juge encore par les chemins beaux et larges qui aboutissent de tous côtés à ce village; enfin par le buis qui se trouve en abondance dans les buissons (1), qui est un arbrisseau pourtant assez rare partout ailleurs ; et quoique les endroits, où Ton tient que cette ville a été b&tie, soient maintenant des terres labourables, cela ne doit pas trop surprendre en considérant que nunc seges ubi troja fuU, Ton ne saurait mieux appliquer cet hémistiche de Virgile ; encore le grand nombre de siècles qui se sont sans doute écoulés depuis sa ruine. Mais, dira quelqu'un, de quoi sont devenus tous ces matériaux? A cela, je réponds qu'il y a lieu de conjecturer qu'une partie fut employée à bâtir Brigueuil et l'autre transportée ailleurs : ce que l'on juge en un mot par la tradition à qui on ne doit pas faire difficulté d'ajouter foi ; car pourquoi ne croira-t-on pas que ceux qui ont vu ruiner et démolir cette ville ne l'aient pas dit à leurs neveux, et ceux-ci pareillement à leurs enfants, et enfin que ce témoignage ne soit parvenu jusqu'à nous par une tradition perpétuelle et continue de père en fils? Tel est ce que j'ai cru devoir dire ici pour faire remarquer au lecteur cette antiquité.

Jusqu'ici nous avons parlé des édifices et des antiquités de Brigueil; il est bon maintenant de donner une idée générale ifes coutumes qui y ont été pratiquées par nos ancêtres, et lesquelles ont été abrogées dépuis quelques

(i) Od a remarqué que le bais se trouve presque toujours dans les lieux kabités par les Romains. Il semble eu être aiusi à Bussiereix qui doit encore son nom à la présence du buis dans ce lieu.

CiB CHRONIQUE

années. Celle qui se présente la première est que les jeanes messieurs de BrigueuiU étant la nuit de Xoél habillés en pasteurs, se rendaient avec les hautbois à Féglîse où ils dansaient ayant leurs houlettes à la main; mais qwMque le respect dû aui temples soit comme gravé dans le cœur de. tous les hommes par les mains même de la nature, cependant parce que les meilleurs sentiments s*altèrent par la sucession des temps, et que le respect se change souvent en mépris par habitude des choses, cette coutume apparemment instituée en mémoire des pasteurs qui furent adorer rK)nfant Jésus né dans la crèche, se changea dans la suite en galanterie, en ce que cette jeunesse avait la précaution de se munir de petite présents, quelle donnait aux demoiselles qui assistaient à la messe de minuit. Lorsqu'on eut observé que cette coutume, telle que je 1 ai apprise de nos

ancêtres qui en ont été temoins oculaires, était devenue un usage manifestement abusif, et qu'elle n'était plus accompagnée de cette louable et sainte simplicité que nos pères y avaient apportée dans son institution, on Tabolit en Tannée 1650 environ, quoiqu'elle ne fut fondée sur un principe vicieux, tout au contraire sur une bonne cause, mais qui avait produit un méchant effet.

Il est nécessaire d'informer la postérité de ce qui se pratiquait autrefois à la fête de Saint Martial, patron de cette paroisse, dont voici le récit : Le dimanche précédant la fête, tous ceux qui étaient enregistrés dans la confrérie de ce saint étant assemblés dans Téglise, le secrétaire publiait à haute voix que la royauté était à donner moyennant un certain nombre de livres de cire, en sorte que celui d'entre les confrères qui en offrait le plus était déclaré roi. Il y avait plusieurs offices dépendant de cette confrérie qui étaient pareillement donnés au plus offrant, de manière qu'on ramassait assez de cire pour entretenir les autels pendant toute Tannée (1). Enfin, après que le nom du roi

(I) Dans presque toutes les paroisses du diocèse de Limoges on trouvait de semblables confréries où les dignités de roi, de reine, etc., étaient mises aiux eucbères. J'ai eu occasion d'en signaler plusieurs : Bulletin de la Société archéologique du Limousin. XXXIV, 137.

H/tW»'

DE brigueil-l'aÎné. 69

et celui des officiers avaient été mis sur un registre avec le nombre de livres de cire auquel chaque charge avait été fixée, alors deux des confrères le portaient, assis sur leurs bras croisés, depuis la balustre où se faisait cette élection jusqu'au bout de l'église, et là une belle cérémonie se faisait à l'imitation de nos anciens gentilshommes gaulois qui la pratiquaient autrefois en l'élection de leurs rois, ainsi que nous l'apprend l'histoire. Cette chose est que Ton élevait sur un bouclier porté par des gentilshommes le plus digne et le plus homme de bien, pour montrer que sa grandeur n'avait point de fondement plus ferme ni plus assuré que leur force et leur puissance ; puis ils le proclamaient roi, et pour marquer la confirmation de sa royauté, il sonnait deux ou trois fois la grosse cloche; ensuite il se retirait avec pompe en sa maison, précédé de tous les officiers; voilà les formalités qu'on observait en cette élection,

La veille de celte fête étant venue, les confrères faisaient venir des hautbois, une trompette et un tambour, qui étaient payés au moyen de douze boisseaux de froment de rente assignés par divers particuliers sur certains domaines, dont une partie avait été reconnue par un nommé Marteau qui ordonna, pour la mémoire et la conservation de cette fondation, que tous les ans, le lendemain de la Saint- Martial, les confrères enverraient le trompette donner une fanfare sur son tombeau dans le cimetière, ei en effet, cela s'est régulièrement observé pendant le temps que la confrérie a subsisté. Ce blé est aujourd'hui affecté aux chantres de l'église de Brigueil.

Pour continuer cette relation, les confrères, étant accompagnés de tous les joueurs d'instruments, assistaient à vêpres, ensuite à la procession solennelle qui se faisait encore tous les ans à pareil jour, et tenant chacun à la main un cierge, marchaient en ordre, gardant chacun son rang suivant la dignité de son emploi dans la confrérie. Le lendemain, qui était le jour de la fête, les confrères, après avoir ouï la messe qui se disait le matin à leur intention, montant tous à cheval, se rendaient avec les hautbois, trompette et tambour, chez le roi qui leur donnait à déjeuner;

70 CHKOiriQce

après qooit ils allaient fUre le circuit que r<m fait à la fM-emière procession des Rogations. Enfin étant de retour, ayant chacun une branche de vigne au chapeau» ils formaient un cercle au milieu de la place, et là le roi donnait une paire de gants blancs à celui qu'il reconnaissait pour un des plus robustes, lequel, après les avoir pris et en tenant un k la main, faisait le caracol autour de la troupe; pour lors, celui qui se sentait assez de force pour remporter ce gant, se détachait, en empoignait la moitié, et il arrivait ordinairement qu'avant queTun d'eux pât Tarracher de la main de son adversaire il fallait qu'il fit des efforts jusqu'à se jeter en bas de son cheval. Pour lors il était contraint de céder le gant, ensuite le vainqueur le mettait à son chapeau pour marque de sa victoire. Après que cet exercice était fini, qui ne tendait qu'à prouver sa force, on en faisait un autre où chacun faisait preuve de son adresse et de sa dextérité : on mettait à terre un poteau du cdté du pilori, sur lequel était la figure d'un homme à demi-corps, faite de bois, qu'on appelait Guintaine (1), de Tinvention d*un certain Guintanus; ayant un trou par le bout, il était posé sur ce poteau qui avait une cheville de la longueur d*un demf-pied, laquelle en ne remplissant pas entièrement le trou faisait que cette figure pouvait être ôtée assez facilement hors de sa situation par celui qui courait à cheval ayant à la main un gros bâton dont il donnait adroitement dans son bras gauche, qui était ployé, et la jetait par terre en la faisant sortir hors de la cheville ; mais s'il arrivait que le cavalier manquât son coup, la Guintaine, comme pour se venger, lui donnait avec roideur de son

(1) Il faut lire la Quintaine. Le jeu ou l'exercice de la quintaine semble avoir été assez en usage en Limousin. Le lieu de la Quintaine, près Limoges, dans la commune de Panazol lui doit probablement son nom. Les exercices d'adresse que comporte ce jeu ont été en usage jusqu'à nos jours à Saint-Léonard.

La Quintaine appelée ailleurs Quintau, est un mannequin monté sur un pivot, il a la main armée d'un fouet ou d'un bâton, de manière qne lorsqu'on le frappe maladroitement avec la lance, on le fait tourner et il donne un coup sur le dos du cavalier.

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fHras droit, qu'elle avait tendu, un coup 3ur les épaule», ce qui f^iigait rare la poputace.

Les coufrères, après avoir mis pied à terre, ^ssistaiei^t à la procession, où ils reprenaient leurs rangs, c'est-à-dire que chacun d'eux tenait la mérae place que dans celle qui s'était faite la veille; l'on y portait, comme on fait encore aujourd'hui, l'effigie de Saint Martial, ensuite on célébrait la grand-messe, où l'on faisait le panégyrique de ce saint. L'aprës-dtneron courait la bagiie(l). Pourceteffet les confrères remontaient à cheval, se rendaient avec les étrangers, qu'on admettait dans la lice, auprès du cimetière, au coin duquel commençait la course et se terminait devant la dernière maison du faubourg, où il y avait un poteau fiché en terre qui avait une espèce de bâton, au bout duquel la bague était attachée; et près de celle-ci il y en avait une autre d'or pendue à un ruban que le roi fournissait pour le prix et la récompense de celui qui se maintenait le plus adroit dans ce noble exercice, en sorte que chacun courait avec une lance à son rang et suivant qu'il était assigné par le roi. Après que l'un d'eux avait donné dans la bague, il mettait aussitôt pied à terre, et accompagné d'un de ses amis, il saluait et en même temps embrassait toutes les demoiselles qui se trouvaient spectatrices et témoins de son adresse, cela lui tenait lieu de récompense ; le second qui donnait dans la bague remportait ou gagnait celle d'or qui était le prix, de la dextérité. Après que cet exercice était fini ils assistaient tous à vêpres. On voit assez que ce noble exercice était un reste précieux de ces vénérables reliques de l'antiquité, un glorieux monument de la vertu et de la générosité de nos ancêtres, dont la mémoire n'en pourrait être effacée sans quelque espèce de crime. Ma pensée est que tous ces jeux avaient été inventés afin que dans les jeux, dans les plaisirs d'un spectacle agréable, l'habitude format insensiblement quelque disposition et dextérité au maniement des armes, et que l'occasion ou la nécessité survenait l'on pût reconnaître et employer utile-

(i) Ce jeu est eucore pratiqué de nos Jours à Saint-Léoaard.

ment ceux qui avaient donné des preuves de leur adresse et de leur courage. Il serait à souhaiter que toutes ces actions louables et innocentes, que tant de siècles n'auraient pu effacer, se renouvelassent pour exercer la jeunesse à la vue de. tout le monde, afin de l'exciter à bien faire par la jalousie et Témulation qui est le plus puissant aiguillon de la vertu. L'on sait encore que dans les petits endroits où l'on manque également et d'occupations sérieuses et d'entretiens de plaisirs, il est bien séant, même nécessaire de conserver tout ce qui peut servir de matière de divertissement honnête au peuple.

Pour terminer la f«^te tout le monde s'assemblait, après souper, à la place, et là le roi commençait la danse, laquelle on continuait pendant toute la soirée; enfin elle finissait lorsque tous, se tenant par la main, avaient fait en dansant deux ou trois fois le tour de la halle. Mais la solennité du jour ne se terminait pas là, car le lendemain on s'assemblait encore sous la halle, où l'on allumait du feu, sur lequel on mettait une grande marmite dans laquelle on jetait les restes du pain et de la viande du jour de la fête. Finalement chacun ayant une écuelle y prenait du bouillon et en trempait sa soupe; ainsi ils mangeaient tous ensemble en y apportant tout ce qui était nécessaire pour cet effet, ce qui était un témoignage évident de l'union parfaite qui régnait alors parmi nos pères. Voilà ce qu'on peut dire pour donner des notions générales de ce qui se passait à la fête de Saint-Martial. Je crois qu'on ne me saura pas mauvais gré de les avoir ici insérées, puisqu'elles font connaître co que nos ancêtres oht durant plusieurs siècles pratiqué jusqu'en mil six cent huitante, qui fut Tannée qu'on cessa de créer un roi, de faire tous ces exercices, en un mot que la confrérie de Saint-Martial fut abolie.

Je serais maintenant ennuyeux, sans doute, si j'entreprenais de raconter par le menu combien d'autres choses sont venues hors d'usage depuis quelques années; c'est pour cela que je me contenterai de faire seulement mention de deux principales. La première qui se présente, c'est que tous les lundis on tenait à Briguèil un marché qui a été

DE brigueil-l'aIné. 73

aboli il y a environ quatre-vingts ans. Les grosses pierres * qui sont sous la halle, où il y a le setier du boisseau et de la coupe, rendent un témoignage certain de cette vérité et de Taugure qui doit en être gardé à Brigueil; mais la perte qu'on avait reçue par la privation de ce petit commerce est avantageusement réparée aujourd'hui par les foires qui ont été établies pour le bien public, depuis vingt-cinq ans en ça, lesquelles se tiennent régulièrement les seconds lundis de chaque mois; et, si le jour ordinaire se trouve un jour de fête, on en prend un autre et le plus souvent celui qui suit.

Brigueil est redevable à René Panys de cet établissement; car, soit qu'il eût eu en vue son profit et intérêt particulier comme étant cabaretier, ou seulement le bien public, il est constant que c'est lui qui s'avisa de faire publier dans les marchés et foires circonvoisins qu'il s'en tiendrait une le second lundi de chaque mois, de manière que cela réussit heureusement. De plus, on y tient par an quatre autres foires célèbres. J'ai appris qu'autrefois on en tenait deux autres encore : Tune le jour de Saint Etienne et l'autre la veille de Saint Pierre.

La seconde est qu'autrefois le père révérend des Récollets de la ville de Saint-Junien envoyait à Brigueil, pendant le temps de Tayent et du carême, un religieux qui prêchait deux fois la semaine, savoir : le dimanche et le lundi ; l'on en était quitte en ce que les bourgeois donnaient chacun un repas à ce prédicateur, et en ce qu'on faisait après Pâques une quête par toute la paroisse, où l'on ramassait plusieurs choses fort utiles pour le couvent; mais cette louable institution a été interrompue depuis vingt-cinq ans.

Je finirais en ce lieu cette partie de mon ouvrage touchant la description de Brigueil et la relation de ce qui n'y est plus en usage; mais il me souvient que j'ai promis de rapporter les choses remarquables qui y sont arrivées. J'en ai appris et vu quelques-unes qui méritent qu'on en parle, et les voici suivant Tordre des dates. En l'année 1678, au mois de mai. Monsieur d'Humière, alors seigneur de Brigueil, fut fait maréchal de France. Les habitants, pour

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