‹ Documents divers sur le Limousin;Chapitre 90 sur 100 · Partie de Véducsdion · texte numérisé non relu

Partie de Véducsdion

Quant à l'éducation, le principal vient de présenter un projet de règlement à suivre par les régens et par les écoliers; mais le bureau ne l'ayant point encore examiné, ne peut que rendre compte de l'état des classes.

Il y a actuellement trois régens pour le latin et le grec, savoir : led. Tissier, qui enseigne la sixième et a pour honoraires le poids de la ville, la somme de

et le jardin du collège, et les s'* Roy de Pierrefite et

Besses, communalistes de la paroisse de Beaumont, qui enseignent, l'un la cinquième et la quatrième, l'autre la troisième et la seconde. Ces deux derniers, acceptant par zèle du bien public, ont déclaré ne vouloir point d'honcraires ou plutôt ont voulu que ceux qui leur auroient été fixés par le bureau, pour cette année, tournassent à l'ameublement du collège pour l'établissement d'un pensionnat, ou à tel autre emploi qu'ils indiqueront pour le bien de la ville.

Dans ces classes, au lieu de 130 ou 150 écoliers qu'il y avoit communément, il n'y en avoil que 67 arrivés la présente

année, non compris écoliers qui prennent

les leçons du maître écrivain, pour entrer la plupart au collège l'année prochaine.

Le bureau a jugé de la rhétorique comme de la sixième, qu'il falloit un régent particulier chargé de cette seule classe ; mais, ne voyant que peu de sujets capables d'y entrer, il n'a point cru devoir l'ouvrir pour 1764, il a préféré d'en

ménager la dépense pour l'établissement d'un pensionnat qui fait le vœu de la ville et de tout le canton : pensionnat que le bureau se proposeroit d'ouvrir dez Tannée prochaine pour 17G5.

Le bureau ne désespère même point (le sort et les affinres de ce collège étant réglés), dy faire réenseigner depuis la sixième jusque et compris la philosophie. Les fonds en souffrance sont considérables, et dans le besoin, malgré la misère de la ville, que n y auroit-il pas h attendre du zèle des citoyens qui n'ont chez eux d'autre ressource que le sentiment de leur état? Balanceroient-ils à l'épuiser pour soutenir le collège que leurs auteurs ont fondé? Ignoreroientils que c'est transmettre assez à des enfants que d'en assurer l'éducation? Le patriotisme n'est point éteint dans tous les cœurs : les s'" Besses et Roy de Pierrefilte, régens actuels, viennent de le prouver.

Raisons de conserver le Collège.

Le bureau, après avoir rendu ce qu'il devoit à la rérité, attend tout maintenant de la justice. Il ne se déguise point que l'état actuel de ce collège est fort au-dessous de ce qu'il pourroit être; mais les causes directes sont inconnues. Le remède est porté dans l'édit de février 1763 qui ne laissera plus errer Tadministration des affaires, le soin de l'éducation à l'aventure, au gré de la brigue, au torrent des assemblées de toute une ville, et qui, cunfiant l'un et l'autre aux principaux de chaque endrojt, place encore leur conduite sous les yeux immédiats du parlement.

Le bureau voit aussi que les revenus de ce collège sont indiqués, mais ils sont proportionnés à un pays où très peu suffit au nécessaire. Avec un revenu moindre de moitié, mais mieux économisé, le collège de Magnac-Laval est parvenu, dans peu d'années, à un état brillant.

A Guéret, où les denrées sont plus chères qu'Jl Felletin et l'argent moins rare, les Barnabites, avec moins de revenu, y enseignent les basses classes, la rhéthorique et, alternativement, une année la logique, une autre année

la physique, sous la rétribution, il est vrai, de 15 11. par écolier.

Et sans recourir à des exemples étrangers, il y a près de deux siècles qu'avec ces mêmes revenus on a enseigné dans le collège de Felletin, communément et toujours gratuitement, les basses classes et la rhéthorique pendant un an ; on y a même professé la philosophie.

C'est un paradoxe, mais il faudroit savoir avec combien peu on vit dans Felletin : un exemple va le démontrer. Ccliu ville a deux communautés de prêtres séculiers qui vivent décemment du revenu de leur communauté. Il est cependant moindre que la rétribution des régens, et la preuve en est qu'ils préfèrent d'entrer au collège et en briguent les places.

Enfin, trois motifs également puissans sollicitent la conservation de ce collège: la faveur de sa fondation, la nécessité absolue dont il est à la ville et au pays, et le peu d'utilité que sa réunion apporteroit à tout autre collège.

Non seulement cet établissement est le plus ancien de la province en ce genre, le seul qui y ait donné, qui y donne encore une éducation gratuite et publique, mais si Ton remonte jusqu'à sa fondation, il n'y en eut jamais de plus recommandable. — Quelques citoyens l'ébauchèrent, toute la ville l'a fini. En détail, a-t-il fallu acheter des bàtîmens ou les réparer? Elle s'est cotisée. Les plus pauvres ontpartagé, r.hacun suivant ses facultés, la gloire d'y contribuer. Eo gros, elle a sacrifié son patrimoine. Ces revenus que la charité, réconomie, l'aliénation de ses communaux avait amassés pour soulager la misère de ses habltans, elle les a employés à leur donner de l'industrie et de l'éducation qui puissent les en garantir. Jusqu'aux droits du poids, jusqu'à ces bois taillis et communaux, elle les a cédés au collège. En un mot, elle s'est dépouillée de toute sa petite richesse pour assurer de l'éducation à ses enfans : éducation qu'elle communique aussi gratuitement aux étrangers qu'aux siens propres. Et si l'on examine les motifs de ce sacrifice, peut-on ne point aimer à voir toute une ville s'assembler et

faire un pareil établissement» dans la vue, d*une part, de donner chez elle-même, à sa jeunesse, une éducation qu'elle ne se sent point en état de lui donner au dehors, et d'autre part de se conserver, près de rhérësie-ff*». étoit à ses portes, une foi toujours pure? Sous le règne du roi très chrétien, la ville de Fellelin pourroit-elle êlre punie d'avoir été catholique, ou le seroit-el le d'avoir été au devant de la misère pour la repousser, en mettant ses enfants à même dëtre capables de quelque chose plutôt que d'attendre une indigence oisive et forcée pour la soulager.

LavilledeFelletin necraindroit point pour son patrimoine, pour ses revenus, s'ils se distribuoient encore en charités. Pour être maintenant mieux distribués, employés, en seroient-ils devenus moins sacrés?

Oui, cette ville qui dans ce moment fait les plus grands efforts pour revenir pas à pas à son ancien état, pour sortir de l'extrême misère, se croiroit condamnée à finir, si elle voyoit transporter à une ville plus heureuse et moins utite peut-être à l'État, un établissement si respectable par son origine. Ce n'est point ici de ces fondationstléterminées par l'orgueil de faire passer son nom à la postérité avec le titre de fondateur, et dont les fonds ne sont souvent que restitués au public, à l'Etat. La nécessité, la religion ont été les motifs de celle-ci; la substance de toute une ville en a fait les fonds.

S'il est essentiel, à l'égard de toutes les villes et de tous les pays, qu'il y soit possible d'élever les enfans, il en est où les établissements destinés à procurer ces avantages sont d'une nécessité encore plus absolue.

D'une part, l'éducation peut encore, moins qu'en beaucoup d'autres endroits, venir d'elle-même dans Felletin. Le physique n'influe que trop sur le moral. Les habitans ne font point le climat et le climat peut beaucoup sur le tempérament des habitans. Partout où le pays est rude et montueux, l'air vif, le tems inconstant et revêche, où la terre ne dcmne d'elle-même que des productions hérissées, ceux qui y habitent ne participent que trop à toutes ces qualités. Il faut que chez eux l'éducation combatte sans cesse la nature.

— ■ --.-- • - ' - - -"^^ T^ T^-TT '-,-.— -• ». , -^-^^^. .^T^^^XW; ^ -^,jç.^^„^ ,^-^^, ..Ç„,^,^,j^^^.^

autrement ils sont disposés à être durs à la fatigue, mais rudes dans leurs manières, emportés, indociles; et plus leur esprit est vif, plus il est à craindre. On ne rougit point de le dire : le pays de Felletin est un des plus stériles et des moins gracieux; mais sans ce collège les habitansyseroient encore plus sauvages que le climat.

D'une autre part cependant, si ce collège ne subsistait point, où prendroient-ilsdeTéducation? Felletin est à quinze lieues, qui valent vingt-cinq lieues parisiennes, de Limoges et de Clermont, à huit lieues, qui en valent douze, de Guéret, où d'ailleurs l'éducation n'est point gratuite ni le collège presque connu. Mais au reste ce seroit très en vain que des villes plus heureuses offriroient à celle-ci et aux environs une éducation même plus brillante; ils ne seroient point assez riches pour en profiter. Dans Felletin, le tapissier avec cinq, sept, huit, dix sous, qu'il gagne par jour, vivote et élève sa famille; le marchand, à qui son commerce rend 200 11. par an, se soutient; avec quatre ou cinq cens livres de revenu on vit bourgeois, et à peine y a-t-il, dans la première classe, deux maisons qui ayent 3,000 11. de revenu. Chacune dans son état y vit cependant et donne de l'éducation à sa famille. Mais s'ils veulent sortir de la ville, on se souvient des Spartiates qui portoient chez les Perses de la monnoie de fer. Leurs revenus cessent de suffire à leurs dépenses. Aux environs il en est de même. Le bourgeois avec 100 11. ou 120 11. de pension et un entretien très modique, tient son enfant au collège de Felletin; le laboureur un peu aisé loue une chambre à 5 ou 6 livres par an pour le sien et lui porte toutes les semaines sa nourriture. Oter au pays le collège de Felletin, ce seroit enlever toute possibilité d'éducation, perte d'autant plus à regretter que l'éducation qui s'y donne est plus pure. Tout ne consiste point en effet à donner du latin, il faut donner des mœurs. Or, il est d'expérience que, dans les villes considérables, le luxe et l'oisiveté n'y sont que trop suivis de la débauche qui y est encore favorisée par les voiles que lui prête la multitude. Une petite ville n'est point dans ce cas, elle est toujours moins corrompue. Les jeunes gens n'y trouvent pas les mêmes

f' 376 PIÈCES DIVERSES.

il; exemples, les mêmes occasions, encore moins la même

l impunité. Ils sont perpétuellement sous les yeux de leurs

V. régens, de leurs parents, de tout le public et de la police ;

|], aussi a-t-on toujours vu nombre de personnes préférer ce

^ collège à d'autres plus proches et plus fameux. La ville de

l^ Saint-Léonard qui est à quatre lieues de Limoges, pendant

^ qu'elle est à douze lieues de Felletin, Limoges même lui a

$ confié nombre de ses enfans, dans les tems où il v a eu de

? bons régens. VA la protection que M. Tévêque diocésain

veut bien accorder, l'intérêt que son séminaire prend à ce qui le touche, sont des témoignages irréprochables du nombre de bons sujets que ce collège est en possession de donner.

Enfin, la ville de Felletin et le pays perdroient avec le collège ce qu'ils ont de plus précieux. Et de quel avantage en seroit la réunion à un autre collège? Si elle se faisoit, la ville espéreroit de la justice du roi le retour de son patrimoine et des revenus que sa charité et celle des seigneurs voisins avoient consacrés au soulagement de ses pauvres. Et dez lors tous les revenus seroient évanouis. Mais quand on les transporteroit ailleurs, à quoi se réduiroient-ils?

Les bâtiments ne seroient pas plus heureux que nombre d'autres qui sont vacans dans la ville et qui tombent, en attendant depuis longtems des acquéreurs. Le droit du poids de la ville, ce droit dont la perception n'est assuré que sur l'intérêt unanime des citoyens à le conserver, s'anéantiroit en se transportant.

Les redevances, données par fondation avec des charges, ne pourroient point se transporter, non plus qu'avec ces mêmes charges. Et d'ailleurs elles doivent s acquitter dans le lieu et les écoliers y assistant.

Les autres redevances se réduisent à de très minces objets de rentes, la plupart quérables, non solidaires, d'une coupe, un boisseau, une quarte, une émine, un, deux, trois, quatre setiers au plus, à prendre dans chaque hameau, les lever par soi-même. Si le collège étoit k dix, quinze lieues, ce seroit impossible ; il faudroit donc les affermer à perte considérable, eu égard à la multiplicité, médiocrité et dis-

■J^-^-W-^ W - T^^ .'^t-'W^Vî

pension des objets. Qu'en reviendroit-il ? Le droit à un fermier de se venger du peu de profit possible sur Tobjet affermé, par celui qu'il se ménageroit sur des frais d'autant plus barbares que l'objet seroit plus modique.

Mais quelle apparence qu'il puisse môme être question d'ôter à la ville de Felletin, son collège! Les plus beaux motifs, les ressources les plus pures le fondèrent. Les avantages ont varié avec l'administration; mais en la fixant, l'édit de février dernier les a assurés. Ce collège est aussi nécessaire à tout le pays que l'éducation même, et ce monument de la piété, de la charité, de la générosité, de la sagesse de nos ayeux nous seroit enlevé en pure perte ! Ce }ïe peut point être l'intenlion du meilleur et du plus juste des rois.

{Archives communales de Felletin. Original sur papier^ transcrit par M. F. Autorc/e,)

Lettré d'un sieur Paradis, au sujet de la ctiaire de ttiéologie du collège des Jacobins de Limoges,

Monsieur et cher amy,

J'ay l'honneur de vous écrire pour me renouveller dans votre souvenir et vous prier de me donner, si vous pouvez, quelque éclaircissement. Voicy le fait : M. le doyen me fit apeler (sic) chez lui, depuis quelques jours; il me dit que M. l'évêque ne voulait point que le Père Bordereau enseignât icy (1) la théologie, parcequ'il, à ce qu'on dit, aurait paru penser comme le P. Lambert au sujet de la fameuse thèse de ce dernier. Je ne vois comment notre prélat avait pensé à cela, si quelqu'un ne luy en avait parlé ou écrit. Je

(i) C'esl-à-dire, selon toute vraisemblaoce, au collège des Jacobius ; car le collège royal avait pour professeur des prêtres séculiers.

378 PitCES DITER!

cherche d'où a p*j partir le coup :

quelque religieux de votre maison vous élitrz à Paris, de parler à Sa C s'agit, et que vous, de bonne foy, e qu'OD vous avait marqué. Si cela ( de me le dire; nous n'en serons pas je vous garderay le secret et je sei soupçons à cet égard. Faites-moy d'une réponse (vous pourrez l'envi d'être persuadé des sentiments rc j'ay l'honneur d'être, .Monsieur et humble et très obéissant ser\'ileur.

Llruogei, le S aoast 17H.

{Lettre sans adresse, en la posi Arbellot. de Lin\

Lettre de J.-F. Barailon sur de Combraille en î

Monsieur,

II n'est point en France de pay aussi triste que celle du Combraill douze à quatorze lieues de long su on ne trouve aucune institution p pauvres ou de la jeunesse. Nous so isolés au milieu de nos landes,

(1) L'original de celle Icllre existe daus les lation da départemenl de l'Allier, qui l'a pob Bulletin, it a paru ulite de la reproduire d documents historiques relatifs à la Marche et :

Jeaa-Frattçois Barailon, ai à Viersat (Creuse) 1816, Tut député de la Creuse i la Coaventiou. tur ta nicettité d'ajourner te jugement de Loui. Beeherches lar let peupla Cambiovieenut <180e

^ jf

TïJT^r

rT' -^

commerce, et éloignés de vingt-cinq à trente lieues de Bourges, Moulins, Clermont et Limoges, qui sont à proprement parler les seules villes qui nous environnent et que nous avons à fréquenter.

Il en résulte que l'éducation est ruim^use, difficile et infructueuse. Les plus anciennes maisons de la Noblesse et du Tiers-Elat ne peuvent souvent la procurer aux leurs. L'agriculture n*est pas celle qui en souffre le moins; les progrès sont ralentis par une foule de préjugés et de pratiques absurdes. Nous n'avons pas un seul chirurgien en état de faire une opération ; nos femmes enceintes sont assurées de p?rir pour peu que l'accouchement soit laborieux. Nous sommes contraints de faire quarante ou cinquante lieues pour consulter un avocat; on ne verroit pas tant de contestations, souvent aussi étranges que ridicules, si le pays en avoit d'éclairés, et conséquemment les procès seroient moins nombreux.

Enfin, une meilleure éducation élèveroit l'àme, feroit naître le sentiment; nos gentilshommes deviendroient utiles et ne contracteroient plus de ces alliances honteuses qui se multiplient de plus eu plus ; notre clergé seroit aussi plus éclairé, certainement plus décent, et les mœurs y gagneroient à tous égards. Je serots fondé à ne faire grâce à aucun état; partout Uigporance est extrême et à peine paraissons-nous sortir du dixième siècle.

Mais comment remédier à tant d'abus ? Si ce n'est par un établissement public où, en outre de la langue latine, on enseigneroit les sciences qui nous seroient les plus nécessaires et les plus utiles. Cette institution ne coûteroit absolument rien à l'Etat et on trouveroit les fonds suffisants dans les revenus des deux monastères dont l'inutilité est bien prouvée et qui d'ailleurs s'éteignent faute de sujets. Tel est l'objet d'un placet, projeté depuis longtemps ; mais nous n'avons personne pour le présenter à Sa Majesté et en faire valoir les motifs. L'administration provinciale du Bourbonnais, par laquelle nous allons être régis comme étant de la Généralité, ne pourra sans doute s'occuper de cette partie qui, en outre, lui sera peut-être étrangère.

ir.

380 P4ÈCES DIVERSES.

D'ailleurs nous sommes si peu connus ou tellement oubliés qu'il est h croire que nous ne fournirons pas un seul membre ou député pour soutenir nos droits et faire coanaître nos intérêts à rassemblée. Vous pourriez, Monsieur, mieux que personne, nous rendre un service de cette importance : vous jouissez d'une considération bien méritée à la Cour, et l'auguste monarque qui vous accorde sa bienveillance ne demande qu'à connaître le bien pour l'effectuer et rendre ses sujets heureux et contents. Nous serons tous pénétrés de la plus vive reconnaissance, si vous voulez bien nous obliger, et le succès vous rendroit cher à notre postérité la plus reculée. Je joins ici ma faible voix aux vœux de tant d'honnêtes gens, dont je ne suis que l'interprète, et je me fais gloire d'être en particulier, avec toute l'estime que méritent vos talents et tout le respect dû à votre personne, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

lÎARAlLON.

Chamboii-eu-CombraiJle, le 31 mars 1780.

Extraits du Journal de Génébrias de Gouttepa-

gnon. - 1774-1794 (7).

L'événement de ma jeunesse qui m'a le plus frappé est la maladie épidémique qui régna à Bellac, en 1774. Elle emporta beaucoup de monde.

Au mois de juillet 1789, l'alerte eut lieu à Bellac, comme partout ailleurs. Je fus, un beau matin, réveillé par le tocsin et par mon oncle qui m'annonça qu'un nombre très considérable de brigands, qui mettaient tout à feu et à sang, arrivait et menaçait de brûler la ville. Cela me parut fort extraordinaire. Je n'y crus guère, mais je fis comme les

(1) Ce JoMiial a été cité et utilisé par M. Tabbé Granet dans sa récente Histoire de Bellac (p. 27i). H s'étend jusque vers 1830. Ou n'en reproduira ici que ce qui concerne les premières années de la Hérolution.

autres : je me levai et je courus aux armes. Les propos les plus contradictoires se répandirent; leur invraisemblance me désabusa. La peur fit de telles impressions qu'on assurait, au pont de la Forge, que la ville était brûlée jusqu'à la fontaine. Les uns se sauvaient presque nus, d'autres jetaient leur argent pour mieux courir; quelques-uns sont morts de frayeur, d'autres sont devenus fous. J'ai vu un homme d'un âge fait, envoyé à Confolens, revenir et assurer qu'on se battait dans un des faubourgs. Toute la France parut alors frappée d'un esprit de vertige qui paraîtra toujours incroyable à ceux qui n'en ont pas été les témoins. . . .

En 1790, lorsqu'il fut question de choisir les électeurs, je réunis, quoique jeune, assez de suffrages pour être désigné. La convocation des électeurs eut lieu au mois d'août 1790. L'assemblée dura 15 jours quoiqu'il ne s'agit que de nommer des administrateurs au département. Cette assemblée élait, généralement, bien composée. Je fus nommé administrateur et, ensuite, membre du Directoire, ce qui m'obligea à résider à Limoges

Mon entrée en exercice dans mes nouvelles fonctions se fit sous de fâcheux auspices. Un violent incendie consuma une partie de Limoges, le 6 septembre 1790. Mon premier acte d'administrateur fut une visite au lieu de rincendie. Je parcourus les ruines embrasées : c'était un spectacle affreux. Plus de deux mois après, on voyait encore du feu dans les caves.

Mes collègues du Directoire étaient MM. Pétiniaud de Beaupeyrat, président; Aubugeois de la Ville du Bost, du Dorât; Chaubry de la Roche, originaire de La Flèche; Garât de Nedde, Roulhac du Cluseau de Limoges, Garebeuf de Chàlus, Faye de la Roche-l' Abeille, Maublanc de St- Victurnien, et Dumas, procureur général

J'eus à peine resté quelques jours à Limoges, que je commençai à me repentir d'y être venu et que mes fonctions me devinrent insupportables. Les partis étaient très prononcés et très aigus : les Jacobins prirent un ascendant insurmontable et dominèrent toutes les autorités constituées. Le premier sacrifice qu'il fallut leur faire fut celui de la

382 piicES DtvEi

Société des Amis de la Paix. C que plus violents. La résistance refus de m'agréger à leur secte,

yeux. Je ne passai plus que pour — .-^

crate prononcé et dangereux.

Le système de la plus Iftche persécution prévalut. Ce qui donna une nouvelle vigueur au parli jacobin fut la promotion de Gay de Vernon à l'épiscopat. J'atlribueà cet homme la plus grande part des maux qui ont affligé ce pays. Je ne retracerai point ici toutes les peines, tous les dégoûts dont j'ai élé abreuvé pendant mon séjour à Limoges. Je ne saurais rendre tout ce que j'y ai souffert. Quelque dur que puisse être le sort que la Providence me destine, je ne crois pas qu'il puisse avoir rien de comparable à celui que j'ai éprouvé pendant la durée de mes fonctions publiques. J'ai cherché à oublier et j'ai réellement oublié loua les faits dont j'ai été le témoin et couvent auxquels j'ai pris une part plus ou moins grande.

Une moitié du Directoire devail-étre renoevelée vn 1791. Après une année passée dans les pim pénibles angoisses, j'avais l'intention de donner ma démission. Le décret qui déclara la patrie en danger m'en ôta la liberté. Je fus obligé de tirer au sort; je fus, malheureusement, du nombre des restants. Nous perdîmes MM. Faye et Chaubry, qui furent nommés députés, Fétiniaud et Roulhac. Dumas devint président du tribunal criminel et Aubugeois, procureur général. Nous reçûmes, en échange, Durand pour président, Navières de Limoges, Hugonneau-Sauvat, Langeau des Bregères et Morin de St-Léonard, pour nouveaux confrères.

La nomination de Vernon au Corps législatif fut une calamité pour le pays. Il devint le moteur de toute les intrigues, de toutes les extravagances du club. L'admioistration se trouvait dans la situation la plus perplexe, entre le gouvernement qui la rappelait sans cesse à. l'exécution des lois, et le corps légidatif qui poussait h l'insubordination, à la révolte. Nous avions l'air d'être quelque chose et nous n'avions réellement aucune autorité. Tout le pouvoir résidait dans le club Je jouissais de la plus mau-

vaise réputation en fait de patriotisme. Une adresse au Roi, que je souscrivis après Tinsulte du 20 juin 1792, acheva de me perdre. Nous ne fûmes que quatre signataires : Durand, Garebœuf, Garât et moi. Langeau refusa de la signer; les autres étaient absents

La place ne fut plus tenable pour moi ni pour mes autres collègues signataires. Nous étions continuellement traînés dans la boue. On nous brûla en effigie sur la place des Bancs. Enfin, le 18 août, le club se porta en masse au département et, par une pétition signée de huit ou dix individus, on demanda que je cessasse mes fonctions. En me rendant à mon poste, je fus très étonné de voir les cours et Fescalier pleins de gens qui paraissaient agités. Je hâtai le pas, pour me rendre plus promptement au lieu des séances. Je parvins jusqu'au milieu de Tescalier. Mon secrétaire, qui m'aperçut, courut au devant de moi. Je lui demandai la cause de ce tumulte. «Retirez-vous, me dit-il, c'est à vous qu'on en veut». Je ne mêle fis pas dire deux fois. Je traversai toute la multitude sans être reconnu ; j'allai faire mes paquets et je partis le lendemain pour Bellac. Ainsi se termina ma carrière administrative, par une expulsion qu'on appelait ignominieuse et que je regardai comme honorable. Des autres signataires dont on demandait la destitution, Garât était en mission, Garebœuf était chez lui ; ils furent obligés de se retirer. Durand, à force de prières auprès du club, d'intercessions, de largesses, obtint sa grâce. Il resta président. Toute sa famille étant alors réunie : « nous aurions pu vivre heureux, continua-t-il,"^ si nous ne fussions pas devenus l'objet de la persécution. » Mon père fut déclaré suspect et, peu de temps après, désarmé. Par une inconséquence singulière, au mois de novembre 1792, je fus nommé procureur de la commune et obligé d'accepter, pour dissiper les soupçons qu'on disait planer sur ma tête

(1793) . . Des troubles sérieux avaient éclaté dans la

Vendée. Les insurgés menaçaient Poitiers, Niort, et l'admi-

Page 1