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TROISIÈME SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE

{^juillet,)

La séance est ouverte à neuf heures du matin.

Le député Olper : « Avant d'élire les membres du nouveau gouvernement, je crois devoir appeler l'attention de l'Assemblée sur un point important.

(( 11 est important que, si un membre du ministère venait à se retirer, soit par suite de dissentiment, soit autrement, il est, dis-je, infiniment important qu'il y ait une autorité légalement constituée qui puisse le remplacer, afin que les affaires ne restent pas un seul instant interrompues. Or cette autorité ne peut être que celle de l'Assemblée. Je soumets donc à la sagesse des députés les propositions suivantes :

a i"" Jusqu'à ce que l'acte de fusion avec le Piémont soit entièrement consommé et mis en pratique, TAssemblée se déclare en permanence.

« 2"" Durant la même période, le nouveau gouvernement provisoire ne sera responsable de ses actes qu'envers la seule Assemblée. »

[Bruit. Une longue et confuse discussion s'engage sur la légalité de cette proposition.)

Le député Manin : « 11 faut ramener la question aux termes très-simples dans lesquels le député Olper Tavait posée. Voici ce

qu'il dit : « Nous nommons aujourd'hui un nouveau gou- « vernement, qui devra administrer la chose (lublique dans un (I temps extrêmement difficile, c'est-à-dire jusqu'à ce que la fu- « sion soit devenue un fait accom/>/t par Facceptation et par toutes « les dispositions ultérieures qui devront nous placer sous une « administration sarde. Or, pendant cet intervalle, qui pourrait et être plus ou moins long, attendu que la longueur du temps « ne doit pas se mesurer au nombre des jours, mais à la gra* a vile des événements possibles [adhésion)^ pendant cet inter- « valle, il pourrait arriver que les membres du gouvernement ne « fussent pas d'accord, entre eux ; que, dans cette grave circon** « stance, la minorité du gouvernement voulût se retirer, pour ne « pas prendre la responsabilité d'actes importants qu'elle désap- « prouverait. Eh bien ! dans ce cas, le ministère lui-même devra « venir nous dire : Vous, Assemblée , convoquée déjà une pre- « mière fois pour remplacer des ministres démissionnaires, a remplacez de même ceux qui veulent se retirer aujourd'hui. )>

a Cette proposition est parfaitement opportune, elle est même nécessaire, et ne sort aucunement de la légalité, car la troisième partie de notre mandat est très-vaste et très-importante.

« J*ai dénié franchement à l'Assemblée actuelle les pouvoirs souverains ; mais je crois qu'elle a toute faculté d'interpréter le troisième point de son mandat de celte manière étendue. » [Ap^ piatidissemenis.)

{Le député Varé propose d'adjoindre au nouveau ministère une commission de sept ou huit personnes, représentant plus |iarticulièrement l'intérêt de Venise. Une nouvelle et très-vive discussion s'engage sur cette proposition; bruit; le président rappelle l'Assemblée à l'ordre.)

Le député Manin monte à la tribune [applaudissements) : « Dans tout pays, quelque démocratique qu'il soit, le gouvernement doit être fort, mais particulièrement dans les temps difliciles ; mettre une commission à coté d'un gouvernement, c'c*st raflfaiblir, le paralyser ; si j'ai parlé de désaccord possible entre les membres du gouvernement, c'était \\owt faire mieux ressor-

:m4 deuxième époque.

tir la nécessité d*un pouvoir ayant faculté de pourvoir, en cas de besoin, au remplacement des membres démissionnaires. Maintenant je dis au ministre qui se trouverait en minorité que, si la question lui semble d'une importance secondaire, il doit rester au gouvernement; s'il la juge au contraire assez grave pour n'en pas vouloir assumer la responsabilité, je dis au président : a Veuillez convoquer l'Assemblée, afin que les députés eux-mêmes pourvoient immédiatement à la vacance. »

(La proposition du député Olper qui déclare l'Assemblée en permanence, dans le seul but de pourvoir au remplacement des ministres démissionnaires, est adoptée.)

Le député Malfatti : a Venise vient de dire à Tltalie : a Le 22 mars j'ai rompu l'inique traité de Campo-Formio et a recouvré ma liberté ; j'ai choisi alors la République démocra- <c tique, mais je suis prête à sacrifier mes préférences, si cela a doit être utile à mes frères et à l'unité de l'Italie ! »

(( Pour répondre dignement à ces paroles si vraiment italiennes de notre grand citoyen, je crois juste et honorable pour nousmêmes de déclarer solennellement qu'il a bien mérité de la patrie ! » [Applaudissements unanimes,)

Le député Manin : « Tous les Italiens ont bien mérité de leur patrie ; si pourtant mes concitoyens veulent se montrer recon* naissants de mon acte si simple, je les supplie, je les conjure de faire en sorte que la concorde inaugurée hier dure tant que l'ennemi sera en Italie ! qu'on ne parle plus [avec émotion]^ pour l'amour de Dieu ! qu'on ne parle plus jamais de partis, tant que l'ennemi n'est pas chassé ! Nous en parlerons ensuite; nous en parlerons entre nous! fraternellement! C'est l'unique récompense que je vous demande. » [Longs applaudissements.)

On passe au vote pour nommer les membres du nouveau gouvernement provisoire. Résultat du premier tour de scrutin :

Manin 70 voix.

Paleocapa 42 —

Castelli 9 —

FUSFON. :M3

Le député Manin : « Je remercie vivement TAssemblée de ce nouveau témoignage de confiance et d*aflection, mais je ne puis l'accepter ; je n'ai point caché que je fus^ que je suis^ que je reste républicain. Je ne puis rien être dans un Etat monarchique ; j'y puis être dans l'opposition^ mais non dans le gouvernement. Je prie mes concitoyens de ne pas me contraindre à faire une chose contraire à mes idées ; j'ai fait un sacrifice^ je n*ai pas renié un principe. Puis, je suis fatigué, harassé par les joies mêmes de ces derniers mois ; physiquement, je n'en puis plus ; croyez-moi, ma tête n'y résisterait pas, je ne pourrais que mal faire ; je prie vivement que l'on me dispense, d [Non ! non I Vive Manin I applaudissements,)

Le président Rubbi : « Vu la déclaration du président Manin... » [Interruption : Non! non! vive Manin I)

Le député Bellinato ; « Le citoyen Manin a demandé d'être dispensé, il faut donc consulter l'Assemblée pour qu'elle accorde cette dispense » [Non, non!)

Le député Manin : « Je déclare de nouveau que, si je suis élu, je n'accepterai pas. »

A la suite de ce nouveau refus, les membres du nouveau gou* vernement provisoire sont nommés dans l'ordre suivant :

Castelli. — Paleocapa. — Cambrata.

Martinbisgo. — Cavbdalis. — Rbali.

La séance est levée.

DE TÉMOINS OCULAIRES

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