EXTRAIT DU JOURNAL LTNDKPENDANT
(Du 6 juiHet 1848 *.)
(( Venise vient d'îivoir ses trois journées de vie parlementaire ; comment faut-il la juger sous ce rapport entièrement nouveau pour elle? Pour établir un jugement fondé à l'égard du mérite d*une assemblée, il y a àconsidérer principalement trois choses: la sagesse des délibérations; le mérite des orateurs; Tattitudc de l'assemblée. Sur la première question, nous dirons notre avis franchement.
(( L'acte de réunion de Venise aux États de Sardaigne avec la Lombardie et les provinces vénètes, prononcé moyennant le sa-
< L'article de V Indépendant, Tun des organes les plus ardents du parU républicain, indique comment l'acte de Manin fut jugé par ses coreligionnaires politiques. Tous les autres journaux continrent des articles dans le même esprit. Une note de Manin, écrite en français, dit ce qui suit à ce sujet -.
€ Pourquoi je m'étais op}>osé à la fusion ? — La guerre nationale devenait
• dynastique ; la nation seule avait le droit de décider ; la question devait rester « non préjugée ; inopportunité des discussions politiques entre le canon ennemi et
• le canon allié, avec l'ennemi en face; la France républicaine et hostile au royaume
• subalpin.
« Pourquoi en Juillet foi cessé de fn*oppo^er à la fusion ? — Les partis dans « l'Assemblée partagés de manière à ne pouvoir donner à aucun d'entre eux une
• majorité considérable. Conséquence de la lutte dans les deux cas, de victoire ou
• de défaite : dans les deux cas, le parti vainru aurait conspiré contre le parti « vainqueur, au lieu de l'aider localement dans la lutte contre l'étranger.
« Tous les journaux répulilicains m'approuvèrent; le parti républicain sorlil de « la lutte plus fort et drapeau déployé. •
crifice évident, spontané du parti républicain, est un acte plein de sitrt*sse et de patriotisme. Nous ne discuterons pas tous les argu* nients produits par les hommes pratiques et positifs en faveur de cette fusion immédiate ; ce qui est certain, c'est que, si les Républicains avaient voulu se donner la peine d'y répondre et de soutenir la lutte parlementaire, ils n'auraient pas manqué d'orateurs distingués ; il n'y a nul doute non plus qu'ils eussent rem- |H)rté une victoire définitive; la composition de l'Assemblée et la force respective des partis la leur assuraient. Mais cette victoire dans le vote aurait entraîné de grands malheurs, d'abord dans la salle même des séances, et ensuite dans le pays, car il eût été bien difiicile d'éviter la guerre civile. Il n'est point douteux que, dans une pareille lutte, les Républicains l'eussent emporté ; mais quelle triste victoire que celle-là, et combien ils ont eu raison de la re|)ousser ! Sans compter qu'en tout cas le concours de Venise eût été perdu pour la cause italienne, si même les Autrichiens nes*en étaient de nouveau emparés!...
« A nos yeux il est donc évident que Venise a été sauvée |»ar la décision prise. Par cela même que nos divisions pou- >aient profiter à l'ennemi commun, il était nécessaire de lui prouver que nous savons au besoin être unis et ne songer qu'à la défense de fa patrie !
« Quant à la discussion, elle a été abrégée par Yacte de Manin qui enleva à beaucoup de députés l'occasion de parler, et tout le débat n'a été soutenu que par deux orateurs seulement, ministres tous les deux.
« Le maintien noble et grave de Tommaseo, sa voix douce et |iassionnée, lui auraient attiré les sympathies du public, si déjà ces sympathies ne lui avaient été acquises par sa vie entière. A l'émotion causée par son discours, succéda le calme produit par le discours de Palcocapa ; selon toute apparence il improvisait, et n'était nullement préparé à prendre la [Kirole. Il s'adnjssa non pas au cœur mais à la tête des hommes p^mtifsj se servant des maximes de la pratique, d'une argumentation subtile, d'une parole facile, exempte de toute passion comme de tout ornement. Il {uirla longtem|)S, toujours avec la niênie précision, sans se gêner iK)ur ré|)éter plusieurs fois la
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même idée, dès qu'il le jugeait utile, pour être certain d'être bien compris par tous. Le mauvais état de sa santé, sa Yoix aCTaiblie lui donnaient une contenance adaptée au rôle qu'il représentait, et son air de souffrance, en taisant la description des dangers de notre position, augmentait la crainte dans l'âme de ses auditeurs. (( En résumé, on peut affirmer que ces discours seraient justement appréciés, bien qu'à des points de vue différents, même dans les pays parlementaires, où l'on a le plus l'habitude de la [larole. i>
(o JUILLET — il agit)
m Pour me juger, il faudrait avoir étudié la marche de toute ma conduite politique; on verrait que mon but a toujours été le même et que j*ai toujours suivi U même voie. •
(Mamii, Peméfi détaekéeM,)
• Pcut^tre sans le 4 juillet le il aoAt eût-il été impossible. •
(Matvik. — Penêéei délachret, 1852.)
LE LIEITENANT-MARÉCHAL WELDEN A M. DANIEL MANIN,
rnf>ii)Kîn du col* verne ment pnovTsoinE de i.a népuBUoiE de n-empe, a vexise.
Trétisb , t JulUe;.
Monsieur,
Vous avez proclamé les principes de la liberté et tous tous êtes efforcé de les soutenir aTec ce caractère ferme et cette habileté qui TOUS distinguent. Je tcux croire que tous aTez agi par le sontiment d^une couTiction intime et non par un aveugle enthousiasme, puisque votre but était de fonder la félicité du pcuplt\ U est inutile d'entrer à cet égard en discussion, car toute opinion politique quelconque trouve son appui dans l'histoire. Nous voyons des peuples prospérer sous des monarques sages^ aussi bien que sous la forme républicaine. La forme du gouTernement n'est don<5 pas la chose la plus essentielle, et nous voyons tomber des empires et renverser des républiques quand ils vio-
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lent les lois, el leur force primitive dégénérer en faiblesse. Ce n'est donc que sous Tégide des lois, là où les droits sont sacrés, où Tordre et la tranquillité sont maintenus, qu'on peut espérer de fonder le bien-être des nations.
Si votre nouveau régime est établi sur de pareilles bases, je désirerais traiter avec vous sur deux points :
Dans les premiers moments d'un enthousiasme effréné , le droit des gens fut violé, les traités rompus, et à la honte de la civilisation moderne tant vantée, plusieurs centaines de sujets autrichiens tant civils que militaires furent confinés étroitement à Venise, et privés de la liberté qu'ils avaient droit d'obtenir. Les otages pris par TÂutriche se trouvent déjà^ grâce àla clémence de notre empereur, rendus à leurs familles, et cet acte de clémence s'est étendu jusqu'aux parjures qui, abandonnant leurs drapeaux, tournèrent les armes contre nous. Eux aussi n'ont reçu aucun châtiment et sont rentrés librement dans leurs foyers. J'en appelle. Monsieur, à vos sentiments de justice, à ces principes d'équité que vous avez toujours professés, comme homme et comme légiste. Je ne puis me tromper sur vous.
Le second point concerne les instances de plusieurs chefs de famille, mes compatriotes, qui avaient cru mettre leurs proches en sûreté à Venise, et qui maintenant demandent leur retour. Il s*agit de femmes, d'enfants, de vieillards qui pour la plupart lullent contre le besoin et la misère.
Vous qui avez à cœur de captiver les sympathies des peuples, vous ne pouvez rejeter leurs prières. Votre condescendance m'inspirera de l'estime pour vous ; car je sais apprécier ud caractère honorable, même lorsqu'il m'est hostilement opposé.
Signé ; Welden, licuteDant-maréchal.
HÉGIMK PlEMOxYTAlS. 323