LÉGATION DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE A TLTIÏN
TcRiN, 28 août 1848.
Messieurs,
J'ai reçu la demande que vous m'avez fait l'honneur de m'a* dresser, à l'effet d'obtenir que Venise fiit comprise dans l'armistice jusqu'à l'exécution de la négociation à intervenir. Il m'eût été bien agréable, Messieurs, de répondre à cette demande d'une manière favorable; mais la mission qui avait été assignée aux plénipotentiaires français et anglais résidant à Turin, était déjà accomplie lors de mon arrivée dans cette ville, et il ne m'appartient pas d'y rien changer. L'armistice a été regardé par eux comme un fait accompli, et ils ont dû l'accepter comme tel, pour ne pis compromettre, par une négociation préliminaire, qui eût eu pour base de la changer, la négociation relative à la paix. Ils Siéraient sans pouvoir aujourd'hui [K)ur revenir sur ces faits. Je regrette vivement que ces circonstances me privent de la salisfaction que j'aurais eue de contribuer à interrompre les hostilités qui menacent la ville de Venise, et de servir ainsi les intérêts d'un peuple aussi digne de la sympathie de la République française. Mais je me suis empressé d'envoyer à mon gouvernement votre demande en l'appuyant vivement. Je n'avais pas attendu jusqu'à ce jour pour réclamer ses bons offices en faveur de la ville de Venise, et déjà j'avais envoyé au ministre des afliiires étrangères de la République, une note de votre compatriote M. Paleocapa^ contenant la même demande, en l'appuyant avec tout l'intérêt qu'elle méritiit.
Recevez, Messieurs, l'assurance de ma haute considération,
Signé : Bois-le-(^omte.
Î.E MINISTRE DES ÂFF. ÉTR. DE S. M. LE ROI DE SARDAIGNE A LL. ER. LE PRÉSIDENT ET LES MEMBRES DU GOUV. PROY. DE VENISE.
TiiM]i,28aoùtl84S.
Excellences,
Les sentiments exprimés par Vos Excellences dans leur dépèche du 20 août, envers mon auguste souyerain, sont une preuve de la rectitude de leur jugement, mais en même temps ils honorent le cœur qui les a manifestés. Certainement, c'est un acte de justice rendu au prince qui le premier a inauguré en Italie la lutte pour la cause de l'indépendance, et qui, laissé presque seul. Ta soutenue sur les champs de bataille de la Lombardie d*un cœur intrépide et par tous les moyens que la Providence a mis entre ses mains. Honneur donc vous soit rendu, à vous qui avez su discerner la vérité au milieu de tant de bruits mensongers ou intéressés, ou payés. Les sentiments que vous avez manifestés seront pour le cœur du généreux monarque une immense consolation ^.
Si nous sommes forcés aujourd'hui de subir et d'observer fidèlement les conditions d'un armistice qui fut la suite de nos revers, il n'est pas douteux que, d'un autre côté, les bénéfices de 9cette convention doivent s'étendre aussi à la ville et province de Venise, que les hostilités doivent y être suspendues, en attendant qu'une médiation delà France et de l'Angleterre ait réglé les
1 Ces sentimeDts étaient réels. Tout en reprochant à Charles-Albert d'avoir fut naître des illusions et soulevé des dissensions politiques fatales au moment de la lutte, tout en croyant même à quelques lenteurs calculées de sa part au commencement de la guerre dans l'intérêt de la fusion, Manin avait toujours refusé d'ajouter foi aux bruits d'une entente secrète entre Charles-Albert et l'Autrirhe. \jà première lettre qu'il publia dans son e\il résumait ainsi sa pensée au sujet de Charles-Albert (Voir le Siècle du 20 juin I8&3) :
« J'ai été nn des adversaires politiques de ce roi. J'ai cru et je crois encore que la propagande pour l'annexion a été la cause principale du non-succès de la guerre d'indépendance en 1848. Mais ce dissentiment politique n a jamais altéré mon jugement au point de voir la trahison là où il n'y avait qu'erreur on faiblesse. »
Les événements du 1 1 août et l'attitude des commissaires royaux, loin de diminuer la confiance de Manin dans les mtentions du roi et du gouvernement sarde, n'avaient pu que l'augmenter malgré l'armistice et tonte abstraction faite des sympathies qu'inspire toujours l'infortune aux cœurs généreux.
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destinées futures de notre chère patrie. C'est bien ainsi que nous comprenons l'article lY de cette convention, et le gouvernement du Roi a déjà fait des démarches dans ce sens auprès des puissances médiatrices, afin qu'elles s'opposent à toute hostilité du général ennemi, si jamais il devait en méditer contre la ville et province de Venise ! etc.
Votre agent, M. Nani, s'est directement entendu pour les fusils avec le ministre de la guerre. Quant au contre-amiral Albini, nous ne savons s'il est encore dans vos eaux, ou si, conformément aux ordres expédiés, il s'en est éloigné et, dans ce cas, où il se trouve.
Nous regrettons profondément dene pouvoir par ce motif lui envoyer immédiatement Tordre de mettre à votre disposition les 600,000 fr. expédiés pour vous de Gênes et qui sont entre ses mains. Si le trésor royal n*était presque épuisé, si notre gouvernement n'était pas obligé de pourvoir aux dépenses énormes qu'exige la réorganisation de l'armée (but pour lequel il vient d'émettre un emprunt qui ne se remplit que lentement et difficilement), nous ne ferions que suivre l'impulsion de notre propre cœur, en vous envoyant tout ce dont nous pourrions <lisposer pour venir au secours de votre héroïque ville dans sa terrible |K)sition ! Dans l'état des choses, c'est pour nous impossible, et cela reste un simple vœu de notre ardente sympathie I
Agréez, Excellences, l'assurance de ma profonde estime et de
ma haute considération.
Signé : de Perron.