A VIENNE
Vemse, 21 décembre 1847.
Excellence,
Le discours ci-joint, qui traite de quelques abus dans TÉtat ainsi que des moyens d'y porter remède, a été écouté par un grand nombre de personnes des plus considérables de Venise et interrompu seulement par des applaudissements adressés, non au talent de Torateur, mais à la complète vérité de ses paroles.
La pétition à laquelle il a servi de prétexe a été signé par beaucoup de personnes d'un esprit cultivé, d'un nom illustre, de sentiments modérés. 11 est bon que le gouvernement sache que ce pays-ci n'est ni satisfait ni impossible à satisfaire. Tant qu'on procède la loi à la main, il est facile à l'Autriche d'ouvrir aux Italiens une voie pacifique de satisfaction, de s'ouvrir à elle-même une voie de salut honorable.
Je vous adresse ce discours avec demande d'en autoriser l'impression h Vienne même ; la défendre serait inutile, car plusieurs copies en circulent déjà en Italie ; la permettre serait sage et convenable, en montrant que Vienne sait nous écouter et nous comprendre.
D'autres pétitions suivront sous peu, demandant que les congrégations provinciales et centrales ne restent pas une chose illusoire, que le royaume Lombardo-Vénitieu soit un royaume et non une province ou plutôt une bourgade dépendant de Vienne.
Moyennant trois choses : une administration conforme au caractère de la nation, des députés représentant réellement la volonté de cette nation, la faculté pour tout citoyen de manifester
* Le 30 décembre, Tommaseo, d'accord avec Manin, ayait lu à l'Athénée un diKours sur l'état de la littérature en Italie, daAs lequel 11 démontrait que la loi de cenaure autrichienne de 1815 était plus libérale que celle qui venait d'être accordée en Sardaigne et en Toscane, mais qu'il s'agissait d'obtenir qu'elle fût exécutée. Séance tenante, une pétition rédigée depuis cinq moi» par Tommaseo fut signée dans ce but par tout l'auditoire; de nombreuses copies en furent envo\éos dans les provinces.
20 PREBflÉRË ÉPOQUE.
par la presse ses propres désirs et le désir général; moyennant ces trois choses (qui ne sont pas à concéder, mais à mettre en pratique, car elles existent en vertu de lois depuis longtemps décrétées), le pays trouvera sa tranquillité, et l'Autriche une sécurité honorable.
Dans le cas contraire, le déshonneur et la ruine feront des progrès chaque jour ; le revenu couvrira de moins en moins les frais ; le gouvernement autrichien fera doublement faillite.
Si le mouvement des frères Bandiera lui inspira tant de crainte, que Votre Excellence réfléchisse à ce qu'il en serait aujourd'hui que l'autel n'est plus du côté du trône, aujourd'hui que l'intérêt de plusieurs puissants souverains et la conscience du genre humain plaident pour l'Italie! Ou il faut connaître nos droits, ou bien il faut périr, après une agonie d'autant plus maudite qu'elle se sera prolongée davantage.
Je sais qu'au fond du cœur Votre Excellence comprend ces vérités et qu'elle les a exprimées; je ne m'étendrai donc point en de longs raisonnements ; mais si d'autres personnes venaient me demander de quel droit je me mêle de traiter un tel sujet : Du droit, dirais-je, d'un écrivain honorable, d'un homme qui abhorre toute violence, qu'elle vienne des peuples ou des rois, d'un homme qui ne demande rien et qui n'espère rien pour lui, qui n'a d'autre ambition que de ne pas plus désirer les décorations des princes que les applaudissements des ennemis passionnés des princes, d'un homme enfin, qui désire souffrir et voudrait être jugé digne de souffrir pour une cause aussi sacrée.
NiCOLO TOMMASEO.