‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 15 sur 144 · REQUÊTE · texte numérisé non relu

REQUÊTE

BB DANIEL MANIN A l'iMPÈRUL ET ROYAL BUREAU DE CENSURE ^

Ve3(18i, Janvier 1848.

Je demande rautorisation de faire insérer dans le journal //

Pescatore le petit article ci-annexé en deux exemplaires, sans

qu'il y soit retranché ou modifié une parole. J'espère que Tauto-

risation ne sera pas refusée ; si toutefois elle l'était, je prierais de

m'en dire le motif.

Manin.

antagonisme pernicieux.

« C'est une question de savoir lequel des deux exerce le plus de pouvoir sur l'action des citoyens / la loi ou P opinion publique ? L'une et l'autre^ cela est certain, exercent une grande puissance; et lorsque les deux forces marchent d'accord, leur puissance devient pour ainsi dire irrésistible, tandis que lorsqu'elles se con-iredisent, la puissance de celle qui succombe est anéantie dans la lutte, et diminuée dans celle qui triomphe.

« Dans le premier cas, il y a produit total de la somme. Dans le second cas, un résidu seulementde la soustraction.

« Les sanctions de la loi sont essentiellement matérielles; celles de l'opinion, essentiellement morales. La loi punit par la prison, les chaînes, les échafauds; elle récompense par l'argent. L'opinion récompense par la gloire et punit par le mépris.

« D'où il résulte que l'action de cette dernière est plus puissante sur les âmes et plus noble. Elle forme les mœurs que la loi ne peut former, et elle est parfois la base la plus solide de la

moralité publique.

Daniel Manin.

* Un jeune Vénitien, Pedrigo, ayant créé un Journal, pour le mettre à la disposition (le Manin, celui-ci avait envo}é plusieurs articles (le Sens communales Vtopiesy etc.) . La censure les mutila ou les supprima tous sans alléguer aucune raiton, bien que selon la loi eiUstaote, les censeurs en cas de refus, fussent obligés d'en alléguer le motif. Il n'était guère douteux que l'article ci-dessus n'eût le même sort. Mais Manin voulait mettre les censeurs en demeure de se conformera la loi.

Toutefois rautorisation demandée fut refusée, aucun motif n'en fut donné; mais on enjoignit au Journaliste de ne publier aucun article, quel qu'il fût, signé du nom de Manin.

MANIN AU COMTE PALFFY, gouverneur des provinces véNèrEs.

7 janvier 1848.

Excellence,

Dans un récent entretien, qui ne peut être ignoré de Votre Excellence, le directeur général de police m*a recommandé de vouloir bien employer mon inQuence à ce que Tordre matériel ne fût point troublé. Je répondis que cette intention avait toujours été et était encore la mienne ; que l'agitation légale y aidait puissamment en facilitant Tépanchement régulier de celte vive et universelle commotion qui, sans elle, aurait pu éclater en manifestations tumultueuses ; mais qu'il fallait que le gouvernement, de son côté, aidât à maintenir la tranquillité en réglant sa conduite suivant l'exigence des temps. Et en expliquant ma proposition, j'ajoutai : « Puisque le gouvernement reconnaît qu'il doit et qu'il est nécessaire d'accorder des réformes, il faut qu'il accorde beaucoup, qu'il accorde vite et qu'il proclame de suite son intention d'accorder, carie pays se méfie de lui, et cette méfiance est entretenue par son attitude qui a été contraire à la manifestation légale des vœux du pays. »

Je crois devoir répéter ici à Votre Excellence ce que j'ai déjà dit au directeur général de la police : « Pour que l'ordre matériel ne soit point troublé, il faut accorder beaucoup, accorder vite et déclarer de suite la volonté qu'on a d'accorder. »

Et pour cela, il faut éviter avec soin tout ce qui peut sembler fait pour tromper l'attente nationale, tout ce qui peut être considéré comme indice d'un sentiment contraire ou ])eu disposé aux concessions.

Que Votre Excellence me pardonne si je prends la liberté de citer un exemple : Le député central, comte Nani Mocenigo, se montre ennemi déclaré des réformes; ceci est non-seulement connu, mais notoire; et pourtant, il a été nommé membre de la commission des réformes. Que Votre Excellence réfléchisse à l'effet que cette nomination produira dans le pays.

Qu'elle ne s'étonne pas non plus si ce pays qui a tranquillement et Yaineraent attendu trente-trois ans, se montre impatient et méfiant aujourd'hui.

Daniel Manix.

Présenté à V enregistrement présidial le 7 janvier 1848.

A S. E. Mgr UE Comte Louis PALFFY d'Erdod» gouverneur des Provinces Vénètes.

Instance de Daniel Manin.ci-domilié à Sain t>Luc, demandant la coopération du gouvernement pour que Tordre matériel ne soit point troublé.

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