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DE MANIN A LA CONGRÉGATION CENTBALE

NOUVEL EXPOt'É DES PRINaPAlX BESOINS ET otsiRS DU PAYS.

Vemse, 8 janvier 1848.

Illustre Congrégation centrale vénète,

Puisque mon humble voix a été écoutée avec bienveillance, et que les représentants nationaux vénètes ont, eux aussi, compris la gravilé de l'étal actuel des choses et résolu d'en faire sans relard le sujet de leurs plus sérieuses études, afin de sauver la patrie d'un danger imminent, et la conduire à de meilleures destinées, je sens que j'ai encore deux devoirs à remplir.

Le premier est de reconnaître que le plus grand nombre des députés centraux vénètes se sont dignement comportés dans la mémorable séance du 5 janvier et qu'ils ont droit, par cela même, aux plus vifs remerciments, remerciments que je leur adresse en ce moment d'une àn^e sincère et émue.

L'autre devoir est plus sévère. J'ai dit, dans ma note du 21 décembre dernier, que les citoyens lombards-vénitiens ont beaucoup de vrais besoins et de justes désirs. Je dois maintenant justiiier mon assertion en exposant quels sont véritablement, à mon avis, ces principaux besoins et ces principaux désirs de la nation,

2i PREMIERE ÉPOQUE.

({uelles sont les réformes que l'état des choses exige et que l'opinion publique réclame.

Avant tout, il faut que les lois souveraines j régulièrement pu-bliéesj soient loyalement observées par tous et toujours ; qu'il soit reconnu, non-seulement comme un droit, mais comme un devoir, de désobéir aux lois non publiées^ qui jiar conséquent ne sont pas des lois, aussi bien qu'aux ordres de sujets (ministres ou huissiers) qui ne seraient pas strictement conformes à la loi même ; qu'il soit reconnu non-seulement comme un droit, mais comme un devoir, d'empêcher que l'arbitraire de l'individu chargé de la faire observer ne soit substitué à la volonté souveraine et ne la domine. Que toute loi secrète disparaisse donc, ainsi que tout décret, toute notification, toute circulaire, toute instruction, tout avis, etc., par lesquels des sujets du plus haut rang comme du moindjje osent aujourd'hui abroger les lois souveraines publiées, ou y faire des appendices, des mutilations, des altérations, des modifications.

Surtout, il convient que les lois constitutives de ce royaume, données en 1815, soient de fait loyalement remises en vigueur, suivant la lettre et l'esprit. D'après ces lois :

Notre nationalité devait être respectée.

Les territoires lombards et vénitiens devaient former un royaume séparé, et non une province, bien moins une bourgade de Vienne.

Nous devions être gouvernés suivant notre caractère et nos mœurs.

Nous devions avoir une représentation nationale vraie.

Nous devions avoir une presse modérément libre, qui pût contrôler et éclairer les chefs du gouvernement et les représentants de la nation .

Dans ces lois constitutives se trouvaient les germes d'une amélioration sociale raisonnable qui, en se développant peu à peu, eussent servi à modifier les lois d'après la marche progressive de notre civilisation. Mais, depuis 1815, trente-deux ans se sont écoulés, et ces germes ne se sont pas développés; au contraire, pendant que la civilisation avançait, la législation reculait, sinon strictement au point de vue du droit, à coup sûr au point de vue du fait. De là nul progrès; ces germes précieux furent négligés.

Celui qui aurait parlé des lois constitutives de 1815 aurait été regardé comme un maniaque ou un archéologue.

U nous faut aujourd'hui regagner le temps perdu, et, sous la puissante pression des dangers présents, ne pas seulement remettre en vigueur les lois constitutives de 1815, suivant la lettre et l'esprit, mais donner d'un seul coup aux germes précieux qu'elles renferment le développement auquel ils seraient arrivés graduellement dans les trente-deux ans écoulés, s'ils n'eussent été n^ligés. Nous demandons en conséquence :

i* Que le royaume Lombard- Vénitien soit un royaume séparé et distinct, un royaume vraiment national et italien, avec un monarque autrichien. Qu'un vice-roi assisté d'un conseil des ministres, représentant le monarque, soit revêtu des pouvoirs actuels des dicastères auliques de Vienne ; qu'il en soit tout à fait indépendant et ne relève que du souverain.

i" Que l'armée et la marine militaire soient entièrement italiennes; que toutes les troupes italiennes restent dans le royaume, que les autres en soient rappelées.

3* Que les finances soient distinctes; qu'après avoir prélevé une contribution annuelle fixe, pour les frais généraux de la monarchie, le reste des revenus soit employé au bien-être du royaume. U n'est pas juste que notre argent passe à des dépenses qui ne nous prpfitent en rien, qu'il serve par exemple à soutenir don Miguel en Portugal, don Carlos et son fils en Espagne, le Sunderbund en Suisse, et tout ce qui s'ensuit.

4* Que la dette publique du royaume soit réduite d'après les traités et la patente du 27 août 1820.

5* Que les attributions des Congrégations provinciales soient étendues; que, des deux Congrégations centrales, on forme une diète du royaume, chargée de vérifier le budget annuel, de voter ses impositions, les emprunts et les nouvelles lois.

6* Que les lois électorales soient réformées de manière que le droit d'élection et l'éligibilité soient notablement élargis ; que les employés royaux ne puissent être ni membre ni présidents des Congrégations ou de la Diète ; que les séances soient publiques.

7* Que la pernicieuse tutelle qui pèse sur les administrations communales soit supprimée ou notablement adoucie.

S** Que la procédure pénale soit réformée ; qu'il y ait défense, oralité, publicité, jurés.

9"" Qu'on fasse une loi qui détermine les attributions de la police, et qu'on arrête l'arbitraire; qu'on régularise par des lois l'exercice de la force publique, afin d'en empêcher et d'en punir l'abus.

10* Que la presse soit libre, la censure préTentive abolie, et remplacée par une loi pénale modérément répressive.

11° Qu'on forme une garde civique qui seule peut servir efGcacement au maintien de la tranquillité publique, parce qu'elle est respectable et respectée.

12"* Que le royaume adhère à l'union douanière italienne.

IS** Que les distinctions injustes et odieuses entre citoyens d'un culte différent disparaissent; que les israélitcs soient émancipés en conséquence et participent à tous les droits politiques et civils comme tout autre citoyen.

14° Que la procédure civile soit réformée : qu'il y ait oralité et publicité.

15° Que les fiefs soient abolis.

16° Qu'on fasse la révision générale de toutes les lois, afin que celles qui répugnent à la raison, ou au sens moral, ou à la civilisation moderne, ou à notre caractère, ou à nos mœurs, soient rapportées ou modifiées. L'uniformité des lois dans une monarchie polyglotte est une grave erreur du gouvernement, et un grand malheur pour les populations.

Voilà comment, dans ma pensée, se trouveraient accomplies les promesses des lois constitutives de 1815, et comment on recueillerait d'un seul coup aujourd'hui le fruit de ces améliorations qu'elles contenaient en germe, et qui auraient pu et dû, au fur et à mesure, se développer dans les trente-deux ans qui se sont écoulés. J'ajoute trois vœux d'une autre nature qui concernent les besoins de la prospérité matérielle; s'ils étaient exaucés, ils pourraient aussi servir indirectement à l'utilité générale du royaume, tout en profitant plus directement à notre territoire, à cette province et à celte ville; les voici :

Qu'on encourage efficacement la construction d'un chemin de fer de Vérone par Trente et Inspruck aux confins bavarois, en

oromeltant à la société qui s'en chargerait les mêmes privilèges importants que Charles-Albert accordait aux constructeurs du chemin de fer par le Luckmanier.

Qu'on achève avec la plus grande activité la digue, la contredigue et le phare du port de Malamocco.

Que le magistrat de santé de Venise soit indépendant de Trieste ou de toute autre ville.

Ayant ainsi rempli, autant que je le pouvais, mon second devoir, il ne me reste plus qu'à recommander cette note à la bienveillante indulgence de l'illustre Congrégation centrale , en la priant de croire que je n'ai été mû que par le profond amour de notre patrie commune, pour le service de laquelle aucun sacrifice ne me paraîtra jamais trop grand /aucun danger ne saurait m'épouvanter.

Vous, nos dignes députés, dans votre sagesse éclairée, soutenus par votre expérience des affaires et par les vœux des représentants communaux et provinciaux, vous saurez voir beaucoup mieux que moi ce qui convient au bien durable de la nation. Je suis sûr que vous vous en occuperez avec un soin tout particulier; avec savoir, avec amour, avec constance, avec courage, et vos noms, bénis par les générations présentes, seront glorifiés par la postérité.

Daniel Mamn.

Ptt'ienié U 8 janvier 1848.

A l'illustre CONGRf^.GATION CENTRALE DES PROVINCES Vl£>fcTES.

Instance de Daniel Manin, ci-domicilié à Saint-Luc, par laquelle il adresse des femercinients, pour l'accueil qui a été fait à son instance du 21 décembre 1847, n. ^3:»?, et expose quels sont, à son avis, les principaux désirs du pnys.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKLNS AU VICOMTE PALMERSTON

Milan, G Janvier 1848.

MlLORD,

Je TOUS ai transmis, avec ma dépêche du 31 décembre, un papier qui circulait à Milan pour inviter les habitants à s'abstenir de fumer, et je vous ai dit qu'on avait insulté quelques personnes pour ne pas s'être conformées à cette invitation. J'ai le regret de dire qu'il en est résulté des conséquences beaucoup plus sérieuses. 11 paraissait généralement admis qu'à partir du 1*' janvier tout le monde s'abstiendrait de l'usage des cigares ; toutefois le 1*' étant un jour très- pluvieux et presque personne ne passant dans les rues, il n'y eut rien à noter. Le jour suivant, dimanche, la population tout entière se pressait dans les rues, et d'abord on vit à peine un fumeur. Cependant, un peu plus tard, plusieurs fumeurs se montrèrent, bourgeois et soldats; les premiers furent généralement forcés par la foule de jeter leurs cigares, et les der* niers furent pour la plupart siffles et hués. Comme on craignait des troubles, de forts détachements d'infanterie et de police, et des détachements plus faibles de dragons et de gendarmes à cheval firent des patrouilles dans les rues. Une grande foule s'était réunie en face de la grand'garde et devenait très-incommode ; on la fit balayer par des troupes. Pendant ce moment, le podestat ou maire de Milan, qui était venu dans le but d'apaiser le peuple, reçut un coup de crosse de fusil; mais il n'y eut pas de lutte sérieuse.

Le lundi 3, des rassemblements eurent lieu dans les principales rues, et presque tous ceux, y compris les soldats, qu'on vit fumer furent insultés et parfois maltraités. De bonne heure dans l'après-midi, la police publia une proclamation contre ces procédés, avertissant le peuple que les rassemblements seraient dissipés par la force. Malgré cela, les rassemblements se formèrent le soir; ils furent dissipés par les troupes, et quelques personnes furent blessées. Les troupes ne tirèrent pas ; mais je tiens de bonne source que deux coups furent tirés sur les soldats, d'une maison située près d'une des portes de la ville; les soldats entrèrent dans cette maison qu'ils ravagèrent, n'épargnant pas ceux qui s'y trouvaient.

Le mardi 4, les patrouilles continuèrent ; mais tous les soldats qui n'étaient pas de service furent consignés dans les casernes. Il est très-malheureux que cette mesure n'ait pas été adoptée plus tôt, car la veille, le 3, un grand nombre de soldats qui n'étaient pas de service, réunis par groupes de quinze à trente, paradaient dans les principales rues, chaque homme ayant un cigare a la bouche. Ces réunions de soldats amenèrent plusieurs collisions avec la populace ; je regrette de dire que dans ces collisions les soldats ne montrèrent pas beaucoup de modération, et que plusieurs hommes du peuple furent blessés ou tués. Il était naturel que les soldats, voyant que lorsqu'ils étaient seuls ou en petit nombre ils couraient risque d'être insultés ou attaqués, se soient réunis pour se défendre; pourtant dans cette circonstance, leur réunion avait toute l'apparence d'une provocation, et elle ofifrait un prétexte aux gens mal intentionnés d^afûrmer qu*on les avait envoyés exprès pour faire naître une collision.*

J*ai le regret de dire que le peuple a été extrêmement irrité de ce procédé, et quoique toutes les personnes raisonnables reconnaissent que la tentative faite pour empêcher de fumer soit injustifiable, qu'elle est la cause première de tous les malheurs qui ont eu lieu, et mérite d'être punie, néanmoins la conduite des autorités militaires, permettant que ces corps d'hommes armes, sans ofliciers pour les diriger, se promenassent ainsi dans la ville au milieu d'une population sans armes, est hautement blâmée.

Le nombre des personnes tuées dans ces rixes monte à cinq, et on compte environ trente blessés ; mais comme beaucoup de per-sonnes n'ont pas fait connaitre leurs blessures, il n'est pas possible de savoir exactement le nombre de ces derniers. Malheureusement, ainsi qu'il arrive souvent en pareil cas, la plupart des victimes étaient très-innocentes et se trouvaient dans la foule par accident ou par curiosité. Une tentative a été faite par la populace, dans une rue étroite^ pour couper les brides des chevaux d'une patrouille; mais en général, le peuple n'avait pas d'armes.

Depuis le matin du 4, les troupes sont restées dans les casernes, à l'exception des patrouilles de service, et j'espère ne plus * avoir à signaler d'autres excès ; mais l'exaspération est telle en

ce moment que la plus légère collision pourrait produire les conséquences les plus graves.

J'ai l'honneur de joindre à cette lettre la copie des proclamations faites par la municipalité et par le vice-roi. Votre Seigneurie verra que la proclamation de la municipalité, qui désire se concilier le peuple et se tenir en bons termes avec lui, fait allusion au premier acte d'intimidation comme étant le fait de personnes qui auraient cherché à remettre en vigueur une ancienne loi tombée en désuétude. Pour expliquer cela, il faut rappeler qu'il existe une loi, qu'on n'observe plus depuis longtemps, défendant de fumer dans les rues. Cependant, l'idée de personnes se réunissant pour faire observer ce vieux règlement, est une supposition indigne d'être mise en avant.

D'un autre côté, les promoteurs du plan pour abandonner Tusage de fumer, sont je crois, assez alarmés du tour que leur idée a pris. Ce qu'il y a de curieux, c'est que cette idée s'est promptemcnt répandue dans la classe moyenne et dans le peuple, d'où elle n'est certainement pas originaire. On a reçu ici la nouvelle d'un mouvement simultané et dans le même but à Come, Brescia, Crémone, Mantoue et d'autres villes de Lombardie, sans cependant qu'il ait été suivie au moins à ma connaissance, de résultats sérieux. Des deputations des principales familles de Milan se sont rendues chez le vice-roi et chez le gouverneur, se plaignant de la conduite des troupes ; et je crois que c'est par suite de leurs représentations que les troupes sont consignées dans les casernes. La police a pris différents arrêtés; et, entre autres mesures, le gouvernement a dissous le club où se réunissaient les jeunes gens des plus grandes familles de Milan. Les principaux Milanais ont résolu de prendre le deuil en mémoire des personnes tuées, et de s'abstenir d'aller au théâtre pendant trois jours. J'ai, etc.

LE MÊME AU MÊME

Milan, 11 janvier 1848.

MlLORD,

Depuis que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Seigneurie, le 6 du courant^ la tranquillité de cette viUe n'a plus été troublée.

Les troupes ne sont plus consignées dans les casernes, et peuvent circuler comme à l'ordinaire; il y a seulement quelques patrouilles de plus dans les rues. Milan a repris son apparence ordinaire; cependant je crains que l'irritation causée par les derniers événements ne soit très-profonde et qu'elle ne s'efface pas facilement. Je suis fâché d'avoir à dire que le nombre des personnes blessées dans les malheureuses dernières luttes, est plus grand que je ne l'avais mentionné. 11 s'élève, m'a-t-on assuré, à environ soixante, dont une ou deux sont mortes depuis de leurs blessures. Une autre proclamation, dont je joins ici la copie, a été faîte par le vice-roi ; Votre Seigneurie verra qu'il y est encore fait allusion à l'espoir que l'on concédera à Vienne quelques réformes. Si ces réformes ne répondent pas à l'attente du peuple (et il est presque impossible de satisfaire à l'attente qu'on a laissé concevoir jusqu'à présent), je crains que la désaffection et le mécontentement ne s'ensuivent.

Une légère émeute, qui a commencé parmi les étudiants, vient d'avoir lieu à Pavie ; les troupes ont été appelées à disperser le peuple ; il y a eu quatre ou cinq blessures légères.

Les Milanais se conforment généralement à la résolution de ne plus fumer ; cependant, on voit quelques rares fumeurs qui passent sans être molestés. On a fait l'essai, qui a en partie réussi, de dissuader le peuple de mettre à la loterie, dans le but avoué de nuire aux revenus du gouvernement.

Clinton G. Dawkins.

PKOCLAMAtlON DU VICE-ROI DE LOMBARDIE

AtX HABITANTS DE LA VILLE ROYALE DE MILAN.

(Incluse datis la lettre précédente,)

BfiLA!!, 8 Janvier.

« Les dernières paroles cjue je vous ai adressées ont trouvé, j'en suis sûr, le chemin de votre intelligence ; je n'ai pas besoin de dire de vos cœurs, parce qu'elles partaient du mien.

« Mais on me ditque vos pensées sont inquiètes, que le trouble

est dans vos familles. Je reviens donc vers vous comme un père, et comme chef suprême du gouvernement que notre souverain m'a conQé, pour vous assurer de nouveau que, si votre ville a été alarmée par un conflit, causé par des circonstances si extraordinaires, qu'on n'a pu les combattre parce qu'elles n'étaient pas de nature à être prévues, j'ai maintenant réuni plus fermement dans mes mains les rênes de ce pouvoir qui vous défendra. Comme personne parmi vous ne peut douter que j'aie le désir d'user de ce pouvoir pour restaurer l'ordre public, et remettre chacun dans la sphère de sa vocation, ainsi que dans les limites de son devoir, soyez sans inquiétude, bien-aimés Milanais, et aidez par votre bonne conduite les autorités qui ont le soin de veiller à la sécurité personnelle de chacun.

(( Je saisis cette occasion pour vous répéter aussi l'expression de mes espérances très-fondées *, que les prières qui m'ont été exprimées par une voie légale, et qui ont été ou qui vont être présentées au trône, seront prises en considération par la sagesse souveraine de Sa Majesté qui les recevra favorablement.

« En même temps^ ne faites aucune attention aux dires mensongers, habilement répandus pour entretenir l'inquiétude et la fermentation dans les esprits. Les rapports envoyés par les provinces de tout le royaume concourent à prouver que Tordre public n'a été troublé nulle part.

« La conûance mutuelle sera toujours la source la plus fertile du bien : ayez foi en moi comme j'ai foi en vous. »

Régnier.

I Lorsque cette proclamation parut, la loi martiale était signée à Vienne depuis le 2 i novembre (bien qu'elle ne fût publiée que le 22 février suivant) . Le langage doucereux du gouvernement autrichien, calculé pour tromper l'Europe, non les Italiens eux-mêmes, les exaspère plus encore que sa brutalité. Les proclamations du vice-roi Régnier et ses prétendues espérances sont devenues proverbiales en Italie; pour caractériser d'un seul mot le dédain que leur Inspirait la circulaire de l'archiduc Maximilien, en 1868, ils disaient qu'elle leur rappelait les espérances fondées (fondate speranie) de l'archiduc Régnier.

Manin écrivit à ce sujet en 1853 à un publiciste français : ■ Vous dites, mon- ■ sieur, des choses bien énergiques sur la tyrannie de l'Autriche, mais vous « oubliez ce qui la rend particulièrement odieuse et insupportable : sa ruse, son • hypocrisie, sa mauvaise foi. »

liriTE LEGALE. ««

MAMN Ar COMTE GHERARIK) FRESCHI, a idine.

Venise, 12 Janvier 1S48.

Cheb ami,

Je vous remercie viven^nt et je vous prends au mot. Vous ferez très>bien d^adresser des plaintes sérieuses à Sa Majesté, du long retard apporte à la ooncession de la Société agricole frioulane ; faites-le tout de suite et énergiquement, mais cela ne suflU pas ; il y a autre chose que vous pouvez et devez faire.

La motion du député Morosiniet le mémoire que j'ai présenté à la congrégation vous diront quelles sont mes idées sur l'état légal du pays, et quelles sont les réformes que je crois utile de ilemander comme accomplissement des promesses des lois constiiituvesde 1815, et comme développement des germes féconds que les lois renferment.

Si vous partagez mon avis, répandez ces écrits dans les pro* \inces et, par Tautorité de votre parole, comme de votre plume, faites que ces idées deviennent populaires. Ensuite il faut que la congrégation provinciale d'Udine ainsi que le plus grand nombre possible des congrégations communales du Frioul envoient des «dresses à la congrégation centrale vénète, demandant toutes ces mêmes réformes, aiin que la clameur, par sa concordance, devienne puissante. C'est à quoi, par votre influence, vous pouvez et devez donner l'impulsion.

Si Ton vous objectait que je demande trop, répondez : que demander moins que ce qu'il faudrait accorder pour que nous fussions satisfaits serait de l'hypocrisie ; que demander beaucoup sert à obtenir plus facilement quelque chose, et sert aussi à constater que nous nous proposons, si on nous accorde moins que ce que nous demandons (tout en remerciant de la concession et la mettant à profit) de demander encore tout le reste, toujours, constamment, légalement, jusqu'à ce que nous l'obtenions.

Vous verrez par la note que je vous envoie et que vous pouvez répandre, combien nous avons travaillé ici, du 21 décembre au S janvier courant. Je joins aussi la |)étition de Tommaseo au

34 PUEMIÈRE ÉPOQUE.

sujet de la censure. Un grand nombre de signatures ont été apposées sur les deux exemplaires qui circulent ici et à Vicenee ; d'autres exemplaires se signent à Padoue, à Vérone, à Trévise, à Rovigo. 11 serait bon qu'il en fût de même dans votre province, et c'est à quoi vous pouvez et devez vous employer avec zèle.

Vous remarquerez que, dans mon mémoire à la congrégation centrale vénète, la demande de la liberté de la presse se trouve subordonnée à la demande d'une réforme de la procédure pénale. Sans cela, la liberté de la presse n'ofiPrirait aucun avantage; car la peur d'un procès pénal à la façon autrichienne serait encore plus forte que la crainte de la censure. 11 vaut donc mieux demander en attendant, et comme état de transition, que l'esprit libéral de la loi de censure autrichienne de 1815 soit niaintcnu et observé dans la pratique.

Ce qu'il faut surtout prêcher hautement^ infatigabletnenty c'est qu'aucun acte arbitraire, aucune fmude, aucun abus de pouvoir ne doit jamais être toléré; que toute violation de la loi, qu'elle provienne de dicastères supérieurs, secondaires ou inférieurs doit être immédiatement repoussée par d'énergiques réclamations, et cela non-seulement par Tindividu directement lésé, mais par tous ; car on fait tort à la société entière lorsque, contrairement aux lois, on fait tort à un seul citoyen,

Et ceci vaudra mieux que les coups dont, à ce qu'on dit, vous avez gratifié votre délégué ; non que je sente grande compassion pour ses épaules, mais l'acte ne me parait pas digne de notre sainte et noble cause. Si vous le jugez utile, répandez même cette lettre. Légalité, publicité^ persévérance et courage: avec cela nous obtiendrons que notre sort s'améliore et que le dédain des étrangers et des nationaux pour notre pays se change en respect.

Maintenant vous voyez si je vous prends au mot? Agissez en de même avec moi, car, bien sincèrement et dans toute l'étendue de mes forces, je me mets à vos ordres pour tout ce que vous pourrez exiger de moi.

Cher ami, cher frère, adieu,

iMamn.

1,1 TIE I.K(;ALK. 35

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