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TON, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU ROYAUME BRITANNIQUE

Venise, $8 man 1848.

Les provinces de Fancien État Yénitien, en prenant le nom de République, ont cru obéir à leur passé et à lanécessité des cboses. Une nation telle que la nation anglaise, cbez laquelle le respect des traditions est une espèce de dogme social, doit sentir ce qu'il y a de sacré pour ces provinces dans leurs anciens souvenirs. Un gouvernement constitutionnel dans ce pays et dans l'état actuel des esprits, n'aurait été qu'une transition incommode, dangereuse et une cause de révolutions, suivies peutêtre d'un despotisme pire que les précédents. Nous avons cru que le seul moyen de rester indépendants, c'était d'être libres. Mais le même sentiment qui nous conseillait une telle résolution nous impose le respect de tout gouvernement établi. Nous ne doutons point des sentiments de cette grande nation où le sentiment de la liberté est un instinct, et qui, par la grandeur de ses vues et la persévérance de ses volontés, rappelle plus que toute autre les succès et les gloires de Rome ancienne. Le drapeau vénitien, en rencontrant sur les mers le drapeau britannique, recevra toujours, nous l'espérons, un salut amical.

Pour le gouvernement provisoire de la République vénitienne.

Le président, Manin.

Palbocapa.

GOITVERNEMENT RÉPUBLICAIN. 160

LETTRE DE NOTIFICATION

DL' GOtVERNEMEm' PROVISOIRE DE VENISE, AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

Venise, 28 man 1848.

Pour adresser à la République française nos fraternels remercîments, nous ne débuterons pas par les formules de l'ancienne diplomatie. La République française a compati à nos malheurs ; elle sest réjouie de notre délivrance ; elle nous promet un appui qui donne beaucoup à espérer, rien à craindre ; les secours venant d'un pays dont Lamartine est ministre, ne sauraient être dangereux.

Venise est remplie du souvenir de ses anciennes relations avec la France. Cette ville alors valait un royaume ; les temps sont changés, mais les sentiments n'en sont peut-être que plus nobles et plus purs ; il est utile parfois d'avoir été opprimés pour mieux apprécier la vraie grandeur.

Nous faisons des vœux pour la France ; nous lui tendons la main avec un sentiment de gratitude que le temps ne pourra que fortîGer ^.

Signé: Le président jMxmfi.

TomusEO.

< La note mWante, écrite en Italien de la main de Manin, se tronye parmi If s papier» qu'il a laisses : « Notre lettre de notification à la France montrait qne nous étions dl^osés à recourir à l'assistance française, et même nous eûmes à subir beaucoup d'aigres reproches à ce sujet. La France pouvait nous assister moralement, en nous reconnaissant comme gouvernement de fait, ainsi que fit la Suisse, et quand Charles-Albert eut refusé les secours ofTerts, on eût pu se retourner vers nous, très-convaincu que nous ne refuserions pas ! »

Voici nn specimen des attaques dont parle Manln : La Pairia. Miiam, S avril. • Les magnanimes paroles dans lesquelles se résume la question italienne : ntaiia farà dai9,cM paroles qui sont le premier article du symbole politique de tant bon Italien, ne signifient donc rien pour le gouvernement vénitien? Quel vertige, quel délire a troublé Tesprit des ministres de la République de Venise? Nous ne trouvons pas de paroles assez sévères pour flétrir leur conduite. Massabi. »

i70 DEUXIÈME ÉPOQUE.

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE MILAN AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA RÉPUBLIQUE VÉNÉTE.

Milan, 30 man.

Recevez nos sincères reinercîments de votre fraternelle adresse, etc.

Toutes vos idées sur la nationalité sont les nôtres et vous avez TU que nos vœux et nos espérances avaient devancé tout ce que vous avez fait vous-mêmes. Nous sommes certains de votre affection ; certains qu'aucune idée de municipalisme ne saurait prévaloir dans le cœur de ceux qui, à côté de la bannière de saint Marc, ont élevé le drapeau tricolore !

Même au milieu des angoisses de notre lutte nous avons déclaré» qu'en nous constituant en gouvernement provisoire, notre but était de pourvoir aux nécessités du moment ; mais qu'après la victoire la nation seule déciderait. Vous avez jugé devoir vous en référer aux traditions de votre glorieux passé, et faire retentir aux oreilles des Vénitiens le cri qui était toujours resté gravé dans leur cœur ; c'est un digne hommage rendu par vous aux qucitorze siècles de l'histoire vénitienne.

Ce qui nous garantit toutefois notre complet accord au sujet de Y unité ^ base de l'indépendance, c'est votre déclaration : que, l'ennemi une fois chassé dn pays» vous vous réunirez à nous, pour faire d'un commun accord tout ce qui pourra être réclamé par la gloire et l'avantage communs.

CaSATI. — GrKPPI. — GUERRIERI. — StRIGELLI. DuRINI.

CoRRBNTI, secrétaire.

GOUVERINEMENT RÉPUBLICAIN. 171

DÉCRETS DIVERS RENDUS DANS LES SIX PREMIERS JOURS DE LA RÉPUBLIQUE YENÉTB ^.

23 tnars. — Jusqu'à ce qu'une chaire spéciale d'histoire nationale soit instituée, il est recommandé à MM. les professeurs des lycées de s'attacher de préférence dans leur enseignement a l'histoire de l'Italie, particulièrement au point de vue de ses

rapports avec l'histoire de Venise.

Manin. — Toumaseo.

23 i7iar5. — La peine du bâton et des verges, répugnant aux

mœurs italiennes et à la dignité humaine, est abolie dans l'armée

<le terre et de mer.

Manin. — Paolucci.

24 mars, — De ce jour le droit naturel de défense est restitué

à tout accusé, quelle que soit la nature de l'imputation. Jusqu'à ce

que la procédure actuellement en vigueur ait été modiGée, le

juge, lorsque le procès aura été conduit au point de n'avoir plus

qu'à prononcer le jugement, devra donner communication de

tout le procès à un défenseur nommé par l'inculpé ou d'office,

en lui assignant un laps de temps convenable pour l'étudier et

préparer sa défense.

Manin. — Castelu.

26 mars. — Considérant que l'application de toute peine par laquelle un citoyen doit souffrir dans sa liberté, son honneur ou sa personne, est de la compétence exclusive du pouvoir judiciaire dont l'indépendance absolue est la sauvegarde des immunités personnelles des citoyens ; Décrète :

Comme recours contre la première instance politique (police),

\* Le govemo *est remplacé par le tribunal criminel.

2* Le dicastère politique ' est remplacé par le tribunal d'appel.

Manin. — Castelli.

> Noos croyons que quelques décrets des premiers Jours suffiront pour apprécier l'esprit qui animait le nouveau gouTemement de Venise à Tintérieur et en même temps les abus incroyables du gouvernement précédent, aujourd'hui rétablis.

* et * Espèces de tribunaux politiques ou conmiissions Judiciaires.

i72 DEUXIÈME ÉPOQUE.

26 mars. — Considérant que, dans le système actuellement en Tigueur, il n'existe d'autres registres publics, établissant la propriété immobilière, que les livres censuaires; que toute inscription sur lesdits livres est prise en considération dans rexamen des droits immobiliers des citoyens ; que par ce motif aucune inscription ne doit être faite sur ces livres sans avoir été consentie par le possesseur, ou bien lui avoir été imposée par une décision judiciaire que toute partie intéressée peut invoquer contre le possesseur ;

Considérant que le fisc ne peut prétendre à aucune prérogative en matière civile, mais se trouve dans la même condition que toute autre partie intéressée ;

Considérant que les annotations de toute nature existantes aujourd'hui sur les livres censuaires, y ont été inscrites sur 5miple injonction administrative sans le consentement des propriétaires, ni inter^'ention d'aucune décision judiciaire ; qu'elles lèsent par conséquent le droit des possesseurs , les transactions, les propriétés, et toutes les garanties qui reposent sur elles;

Considérant qu'il est urgent, en raison de leur haute importance, de ramener ces droits et ces transactions sous la protection des principes étemels qui doivent les régir ;

Décrète :

Sur l'instance dûment justifiée des ayants droit, les commissaires de district devront annuler toute annotation sur les livres censuaires inscrite en vertu d'une simple injonction administrative.

Manin. — Castelli.

29 mars. — Tous les citoyens de la République de Venise, quelle que soit leur confession religieuse, sans en excepter aucune, jouiront de l'égalité absolue des droits civils et politiques. Toute difierence existante dans la législation actuelle, contrairement à ce principe, est virtuellement abolie.

Manin. — Casislli.

GOLA-ERNEMENT RÉPUBLICAIN. 173

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE AUX VÉNITIENS

Vexise» 30 mars 1848.

Les troupes autrichiennes refoulées deposition en position par la population lombarde, enserrées par le soulèvement général du peuple Italien, tiennent encore, dans les territoiresdeMantoue et de Vérone, leur dernier refuse. Déjà nos frères piémontais ont firanchi la frontière; ceux des Etats pontificaux et de la Toscane vont la franchir.

L'issue ne saurait être douteuse, mais il faut la hâter, il faut hâter le jour où, le pied d'aucun oppresseur ne foulant plus le sol italien» l'Italie et Venise pourront procéder avec calme à l'œuvre constituante qui nous assure des améliorations sociales et la gloire du nom Italien.

Concourez tous à ce but, Vénitiens 1 en maintenant, en augmenr tant de plus en plus l'insurrection qui s'étend déjà dans toute la couronne des Alpes, toute la grande vallée du Pô. Que de là elle se fonde dans le mouvement général de l'Italie !

Debout donc, Vénitiens» qui avez démenti de longues calomnies par des actes , debout , en armes ! Vous serez bénis par ritalie, admirés du monde civilisé !

Le président^ Manin.

TOHVASBO.

i74 DEUXIÈME ÉPOQUE.

MâNIN, président de la République venête^ a M. DE LAMARTINE,

MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE FrANCX.

Venise, 30 man 1848.

CiroYCN Ministre,

Le peuple de Venise, après avoir secoué la domination autrichienne, a proclamé la République le 22 mars, et le 23, a élu un gouvernement provisoire ; plusieurs provinces de la terre ferme ont envoyé leur adhésion, celle des autres est attendue prochainement.

Par une circulaire adressée à vos agents diplomatiques du 4 mars, vous avez déclaré que : les traités c/e 1815 avaient cessé (T exister en droit j et que les circonscriptions territoriales de ces mêmes traités n'étaient admises qu'à titre de fait seulement. Aujourd'hui, par rapport au territoire venète, ce fait n'existe plus : L'heure de la reconstruction a sonné pour la natùmaJité opprimée des Italiens, dans les décrets de la Providence. »

Le jour même où fut institué le nouveau gouvernement, le consul de votre généreuse nation nous fit savoir par une démarche spontanée...^.

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