‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 52 sur 144 · RÉCIT DE L'AFFAIRE DU LLOYD AUTRICHIEN · texte numérisé non relu

RÉCIT DE L'AFFAIRE DU LLOYD AUTRICHIEN

(Trouvé dans les papiers de Manin,)

Venise, 30 man 1848.

Un des bâtiments du Lloyd qui font le trajet habituel entre Venise et Trieste, entra aujourd'hui dans notre port. Quelques spectateurs qu\ avaient appris les mauvais traitements exercés

^ Ce récit fut écrit le Jour même d'après les indications de Manin. Son discours au peuple se trouTalt écrit sur une feuille détachée que nous avons lue en 1851 , mais qui n'a pu être retrouvée. En réunissant deux citations, la première tirée d'une dépêche o01cielle du consul d'Angleterre, l'autre d'un article de la Gazette itAugshourg, 18 avril 1848, le discours se trouve touteroLs intégralement rétabli, tel que nous l'avons lu dans l'original. Il est à remarquer que le consul anglais supprime la fin du discours qui contient une leçon à l'adresse de M. de Mettemich et du gouvernement autrichien, tandis que la Gazette d'Augsbourg (alors ultralibérale, omet le c/>mmencement qui en contient une au peuple; ce qui caractérise Manin, c'est qu*il y avait l'une et l'autre.

L'avis suivant, affiché la veille dans Venise, explique la cause de cette fermentation. «Vénitiens, la villedeChioggia a conclu le 23 mars un traité avec le commandant « de cette place (alors prisonnier), en vertu duquel tous les militaires allemands

• devaient en partir le plus t£t possible. Le surlendemain, 80 canonnieris, escortés « par 13 soldats italiens, furent embarqués et dirigés sur Trieste. Mais une fols

• arrivés là (admirez U loyauté et la générosité triestines !) nos soldats furent inear-

• eéréi, désarmés, maltraités d'une manière lâche et brutale, et privés de nourri-

• ture. On leur accorda la vie pour ainsi dire par grâce, et on leur permit le retour

• à charge de nous dire que, dans quinze jours, nous nousreverrionsl » Fiex-vous donc, etc., etc.

à Trieste par le gouyernemeni autrichien sur les Chioggiotes, escortant les troupes allemandes renvoyées de Chioggia, ainsi que sur les Vénitiens montant les deux bâtiments de notre marine qu'on avait conduits et retenus à Trieste, voulaient en finir avec les Triestins et prétendaient qu'il fallait fermer sur eux le port.

Cette pensée/ partagée d'abord par quelques personnes seulement, le fut bientôt par beaucoup d'autres, du moins en apparence. La foule se rassembla sous les fenêtres du gouvernement et demanda connaissance de ses dispositions à cet égard.

Les membres du gouvernement qui siégeaient au conseil, furent péniblement affectés de cette démonstration de la place publique^ de cette perturbation de l'ordre, car, bien que pacifique, elle était en contra^diction manifeste avec cette confiance et cette affection que leur avait témoignées la bonne et sage population de Venise.

Formuler une réponse n'eût pas été de la dignité du gouvernement ; ce n'était pas un exemple à donner et on ne l'a pas fait. Pourtant l'affection pour ses concitoyens l'emporta chez Manin ; il comprit qu'il n'y avait aucune idée préconçue de désordre chez ce peuple non encore habitué au nouvel état de choses, ni à se servir de la liberté, quoiqu'il en fût digne ; que, loin de vouloir entraver l'action du gouvernement, il était au contraire guidé par un bon sentiment, et même que laformede sademande, quoique illégale, avait été adoptée très-innocemment. U descen* dit donc, se mit à la tête d'un détachement de la garde civique, traversa la place et entraînant sur ses pas toute la foule agglomérée sous les fenêtres du gouvernement, se fit suivre ainsi jusque sur la Piazzetta qui regorgeait de monde. Le plus profond silence s'établit aussitôt dans cette foule, tandis que Manin prit la parole et dit ^:

« Qu'il leur parlait peut-être pour la dernière fois, parce qu'aucun gouvernement n'était possible, s'il lui fallait à chaque instant venir justifier ses actes sur la place publique; qu'il ne se soumettrait jamais à cette obligation ; que le steamer était

^ Cette partie du discours est reproduite d'après la dépêche du consul anglais (voir plus loin), le reste, d'après la Gazette d'Augsbourg,

(iOUVEHNEMENT RÉPUBLICAIN. tTJ

vonu à Venise avec la garantie du gouvernement et que rien ne le déterminerait à la violer ; qu'il était prêt jeb disposé à aban- «lonner le poste que le peuple lui avait donné, mais que, tant «ju'il y resterait, il emploierait autant de fermeté à préserver la |mix et Tordre public, qu'il en avait mis à renverser un ennemi puissant. »

« Nos ennemis, ditr-il, se sont montrés lâches et cruels, mais jamais la déloyauté ci In cruauté n'ont porté bonheur à un (>euple. La République a g.iranti les propriétés privées ; le bâtiment du Lloyd en est une ; s'en emparer serait dès lors un acte <k* piraterie. N'amoindrissons pas le renom si bien mérité de la foi hospittilière des Vénitiens, opposons-nous au contraire, en er- <;iquenient à tout acte qui frapperait le commerce, cette vie de Venis4î; toute autixî conduite serait digue de l'Autriche ; il faut laissiT cela aux Metternicli ! Quant à moi, Maiiin, je n'y cx)nseniirai jamais, dut-il m'en coûter la vie ! »

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