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AUX VÉNITIENS

:)1 mars 1848.

Vénitiens !

Tous les citovens et chacun d'eux ont dans la liberté de la pn*ssc et dans d'autres expédients que donne la liberté, bien des moyens d'exprimer leurs désirs clairement et avec efficacité sans recourir aux cris de la place publique et à des clameurs confuses qui ne peuvent profiter qu'à nos seuls ennemis.

Vénitiens ! montrez -vous dignes de la liberté ; ne fournissez {Vis un sujet de joie cruelle à ceux qui jouissaient et jouiraient de notre avilissement. Le gouvernement provisoire accueille, invoque des avis, des conseils, même sévères ; mais il faut qu'on puisse les comprendre, qu'on sache d'où ils viennent, qu'ils viennent en temps o|)i)ortun, et qu'ils ne troublent pas ses délibérations et ses travaux au lieu d'v venir en aide.

ne DEUXIÈME ÉPOQUE.

Nous n'avons pas assumé les soucis, les labeurs, l'effrayante responsabilité du gouvernement, pour perdre la dignité que nous avons conservée dans notre vie privée et dans des temps difficiles.

Citoyens, enlevez-nous d'un seul coup votre confiance, ou bien respectez-vous vous-mêmes dans ceux qui gouvernent.

Daniel Manik.

NiCOLO TOMMASEO.

GAZETTE OFFICIELLE

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE

ol mars 1848.

Attendu les liens étroits qui ont toujours subsisté entre le gouvernement autrichien et la société du Lloyd autrichien ;

Attendu que les bâtiments du Lloyd pourraient être utilisés pour des usages de guerre par TAutriche qui n'a pas d^autre marine militaire ;

La chambre dn commerce entendue ;

Décrète :

L'entrée dans les ports de la République vénète est interdite jusqu'à nouvel ordre aux bâtiments du Uyod.

Lepyroscaphe : Archiduchesse Sophie^ qui est entré dans ce port sous la foi de la République, partira librement.

Pour tous les autres bâtiments marchands, l'entrée demeure libre conformément aux règles posées dans les instructions du 29 courant.

Signé : Le Président^ Manin.

PlNCHERLE.

GOLVERNEMENT RÉPUBLICAIN, il9

LE CONSIL GÉNÉRAI. CLINTON-DAW KINS A LORD PALMERSTON

Vrnisb, 31 mare 1848.

MlLOU>,

1^ Spit/ire^ steamer de Sa Majesté, commandé par le lieutenant Macdonald, est arrivé devant le port de Venise le matin Ju 28 courant et est remonté jusqu'à Venise dans la matinée suivante; il vient de Corfou d*où lord Featon Ta envoyé s'informer des événements qui se passent ici. Comme il n'y a pas de moyens sûrs de communication avec l'Angleterre dans ce moment, si ce n'est par la voie de Trieste et de Vienne* j'ai dit au lieutenant Macdonald de se rendre demain matin à Trieste avec une dépêche d'aujourd'hui pour Votre Seigneuriç.

D'après tous les rapports qu'on reçoit ici, il semble que les Autrichiens perdent tous les jours du terrain dans le royaume lombard-Vénitien ; on dit que des corps de troupes du Piémont et de la Romagne viennent au secours des habitants. Le maréchal Radctzky est en retraite sur Vérone et Mantoue qui, avec Peschiéra sont, à ce qu'il parait, les seules forteresses restées au pouvoir des Autrichiens, dont l'armée par la défection des trou- |M's italiennes, la désertion et d'autres causes, se trouve réduite à cinquante ou soixante mille hommes qui vont être concentrés à Vérone. Le vice-roi a quitté cette place et est à Bolzano dans le Tyrol. On dit que le général Zucchi, vieux général italien, a battu un corps d'Autrichiens près de Palma-Nuova. Des corps considérables de la garde civique avec plusieurs pièces de canon, S4>nt partis pour attaquer les Autrichiens à Vérone; ils doivent y être joints par des volontaires des autres parties du pays. La tranquillité de la ville de Venise n'a pas été troublée, et la régularité de conduite de ce peuple est remarquable.

U y a cependant un parti dont l'opposition au gouvernement provisoire augmente ; il accuse les membres de ce gouvernement de ne pas avoir assez d'énergie et de ne pas être suffisamment sévères pour les Autrichiens qui sont entre leurs mains. Il faut

^0 DEI XIÈME KPOQLE.

dire, à l'honneur de M. Manin, président du gouvernement provisoire, qu'il montre beaucoup de fermeté en résistant à ce parti ; et jusqu'à présent il a réussi, quoique difficilement, à s'opposer à toute mesure violente.

Depuis que la République a été proclamée, les bateaux à vapeur du Lloyd autrichien qui font le service entre Venise et Trieste, avaient été saisis, à leur arrivée ici par les autorités, qui les employaient au trans[>ort des troupes, et leur refusaient la permission de porter des passagers à Trieste ; il en était résulté de grands inconvénients, et la compagrfte du Lloyd autrichien à Trieste s*était adressée au gouvernement d'ici |)our obtenir la permission de recommencer ses voyages ; celui-ci promit qu^un steamer pourrait entrer et sortir comme à l'ordinaire ; hier, dans l'après-midi , un steamer est donc arrivé de Trieste ; mais à peine avait-il mouillé, que la populace s'est rassemblée sur la place Saint-Marc, et a demandé à grands cris que le steamer fût retenu, malgré la promesse donnée, parce que les habitants de Trieste avaient maltraité Téquipage vénitien d'un navire de guerre autrichien.

La foule appelait violemment Manin, qui s'est enGn montré, et a parlé énergiquement à la multitude, lui disant : «Qu'il lui parlait peut-être pour la dernière fois, parce que aucun gouvernement n'était possible s'il lui fallait à chaque instant venir justifier ses actes sur la place publique ; qu'il ne se soumettrait jamais à cette obligation ; que le steamer était venu à Venise avec la garantie du gouvernement et que rien au nK)nde ne le déciderait à la violer ; qu'il était prêt et disposé à abandonner le poste que le peuple lui avait donné ; mais que tant qu'il y resterait il ferait respecter les devoirs que ce poste lui imposait, et qu'il montrerait autant de détermination pour préserver la paix et l'ordre public, qu'il en avait mis à renverser un ennemi puissant. » Ce discours fut accueilli par des applaudissements, et le peuple se sépara tranquillement; toutefois l'autorité qui repose sur la voix d'un seul homme, ne peut inspirer beaucoup de confiance, et si M. Manin perdait son influence sur le peuple, je crains que l'anarchie ne s'ensuive.

Le gouvernement a adopté différentes mesures populaires.

Les punitions corporelles ont été abolies dans Tarméc et dans la marine.

Le prix du sel a été réduit d'un tiers.

Leteslatico, ou capitation, est abandonné.

Dix bataillons de garde mobile seront organisés.

Cependant, on ne m'apprend pas que le gouvernement provisoire, constitué à Venise, soit vu avec beaucoup de respect dans les villes de terre ferme, dont quelques-unes se croient au moins les égaies de Venise et sont peu disposées à lui céder la préémi* nence dont elle jouissait à l'époque de la vieille République ^.

J'ai, etc.

Signé * Clim-om G. Dawkiius.

LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE SARDAIGNE AU PRÉSIDENT DE lA RÉPUBLIQUE DE >'EMSE.

31 mars.

Monsieur,

La nouvelle de la formation d'un gouvernement provisoire et de l'expulsion des troupes autrichiennes de votre sol nous est ar*

* M. Diwkliu, tory, ancien secrétaire de lord Aberdeen, intimement lié avec touta la société autrichienne à Venise, était tr^hostile an mouTement italien. Ne pouvant nier Tadmirabie attitude du peuple Vénitien, M. Dav^klni voulut y voir on fait accidentel dû au seul ascendant de Manin, assertion que ce dernier a toujours déclarée complètement erronée.* Les Vénitiens, disait Manin, sont le peuple le plus réeUement républicain^ le moins servile et le plus énergique au besoin; mais en même temps le plus doux, le plus intelligent, et le plus ouvert à tout sentiment booDéte et génàpeui; tout homme loyal, sincèrement dévoué, obtiendra de ce peuple des miracles de docilité et d*héroisme. » Parmi les papiers laissés par Manin, se trouve la note suivante: « n ne /kut accepter qu'avec beaucoup de réserve les appréciations do consul m anglais à Venise, dont les sympathies étalent acquises à l'Autriche, et qui a filt « tout son possible pour pousser le gouvernement national à une reddition honteuse, « c'est-à-dire lorsque tous les moyens de résistance n'étaient pas encore épuisés • et que tonte espérance n'était pas encore perdue. •

rivée par la voie publique et les journaux. S. M. le roi de Sardaigne, à la première demande du gouvernement provisoire de Milan, mû par ce sentiment d'amour pour l'Italie, qui, dans tous les temps. Ta recommandé à notre reconnaissance, s'est résolument élancé à la tête de son armée en Lombardie, décidé à ne point déposer l'épée tant qu'un étranger restera en deçà des Alpes. 'Suivant cette impulsion généreuse, le gouvernement de Sa Majesté ne pouvait se dispenser d'envoyer ses congratulations au gouvernement provisoire de Venise sur son avènement aux affaires et de lui offrir, avec ses relations de bonne amitié, les secours matériels nécessaires pour arriver à la complète indépendance de l'Italie : secours et relations que, selon l'expression sublime de Charles-Albert, le frère doit au frère ^ team à Vanù. Enfin pour établir des rapports plus intimes entre nous, et travailler avec plus d'ardeur et d'efficacité au saint résultat de l'indépendance et de la liberté nationales, le gouvernement sarde envoie à Votre Excellence, en qualité de chargé d'affaires provisoire, M. Lazaro Rebizzo, déjà connu depuis longtemps par son zèle pour la cause italienne, et nous vous prions de l'honorer de toute la confiance dont il jouit auprès de notre gouvernement.

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