‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 54 sur 144 · M. •**, CAPITAINE A L'ARMÉE DE RADETZKY, AU COMTE DE ***, A · texte numérisé non relu

M. •**, CAPITAINE A L'ARMÉE DE RADETZKY, AU COMTE DE ***, A

[Lettre interceptée.)

Du CAMP DE MOJITECHIAIU, 6 avril 1831.

Cher ami,

Vous savez ce que j'ai fait pour vous en 1831 ; pardonnez-moi de le rappeler ; le moment est venu de m'en récompenser. Notre situation épouvante, et elle empire chaque jour. Les revers et l'âge

ont lait perdre la tète a Râdetzky qui s'illusionne sur des secours (jui ne viendront jamais» qui espère que Tempire se reconstruira et que la Vénétie au moins pourra nous rester. Hier soir encore nous avons été appelés en conseil extraordinaire par lui, et, pour la centième fois, on a mis sur le tapis la proposition délivrer une grande bataille ou de traverser TAdige et le Mincio et d'aller nous joindre à Nugent et à Giulay dont les forces, dit-on, grossissent chaque jour. Chacun de ces partis avait de très-chauds défenseurs, mais nul ne voulut démordre de son opinion et on en vint aux injures comme il arrive toujours, et peut-être à un nouveau duel. Je dis nouveau, car je suppose que vous avez appris

celui qui eut lieu l'autre soir entre le colonel et le major

dans lequel le premier reçut une blessure à la main. Voyant la grande discorde qui régnait, Radetzky devint furieux et s*écria en français : « Vous ferez comme ces bétes du conseil aulique qui « ont perdu Tltalie \Mmr avoir voulu toujours attendre. Cette ca- « naille italienne finira par vous assommer I » Après quoi il est sorti et il a couru à cheval pendant trois heures, criant tout seul comme un insensé. Eh bien, cet homme, qui nous parle avec tant d'impétuosité, ne connaît rien de notre situation, il ne sait pas quelles plaies nous rongent, et combien tout est en dissolution parmi nous.

Imaginei-vous, cher ami, qu'il n'y a pas ici deux officiers qui s'accordent ensemble, que toutes les déterminations les plus folles, les plus risquées, les plus déloyales même, sont mises en délibération. Dans certains conciliabules, on parle de passer avec un grand nombre de soldats du côté des Piémontais ; dans d'autres d^arréter Radetzky et de le consigner aux avànt-postes italiens. Ces propositions qui font frémir un homme d'honneur, trouvent cependant des soutiens ; tous les liens de la discipline et du devoir sont brisés ou se relâchent; les quelques hommes intègres qui restent encore n'ont plus qu'à mourir ou à fuir ce camp souillé.

Cette dernière résolution est la mienne, et je me tourne vers vous pour avoir un abri. Ici il n'y a plus rien à faire qu'à se déshonorer, c'est pourquoi je veux partir afin que mon honneur me reste. Accordez-moi un asile ; vous save:: que je n'ai jamais haï ritalie. Ici, il me faudrait participer, ou à la désertion infâme de

mon armée, ou peutrétre, ce qui est plus infâme, à Tarrestation de notre vieux général. J*ai la conviction que si les Piémontais nous attaquent promptement^ nous ne nous défendrons pas ; les soldats jetteront bas leurs armes et se rendront prisonniers ! avant de voir cela, je me ferai sauter la cervelle avec un pistolet. Accordez-moi un asile. Nous avons assisté aux funérailles de l'empire ! Qui l'eût dit, il y a deux ans, à Mettemich ! Mais il est inutile de r^rder en arrière. La comtesse qui vous fait parvenir cette lettre a les moyens de me faire tenir votre réponse. J'attends cette réponse de suite, et je compte sur votre vieille amitié ; sauvez-moi de cet abtme.

Signé:

* On ne lira pas sans intérêt une correspondance, adressée à la même date par un Toyagear allemand à la Gazette eTAugsbourg, et qui complète d'un antre point de vue le tableau commencé par la lettre de Tofflcier autrichien.

« Fefit>«, S arril 1848.— Je vous écris de Venise où J*ai dû revenir aprte avoir vainement tenté de retourner dans la patrie par le Tyrol. Nos amis de Florence m'avaient vivement pressé de renonceT à mon itinéraire; mais Je ne me sois pas laissé intimider par des périls imaginaires, d'autant moins que Je devais avoir pour compagnons de voyage un Jeune couple de nouveaux mariés de Bedin; le succès a pleinement confirmé ma bonne opinion des Italiens. « C'est le l«r avril, à minuit, que commença notre pèlerinage dans la diligence de Bologne; du haut de notre énorme véhicule, flottait un gigantesque drapeau tricolore, ce qui fit que dès le point du Jour nous fûmes reçus par des cris de joie et des chants dans tous les villages et dans toutes les petites villes que nous traversions. Notre voiture ressemblait à un navire pavoisé laissant derrière lui un sillon aussi profond que promptement eflkcé. Jusqu'à Bologne nous arrivâmes sans difficultés ni autre précaution qu'une cocarde tricolore au cfaapeaiit à la différence des Italiens, qui tous y i^outalent les couleurs du Pape, et son portrait. Mais à Bologne, plusieurs Allemands qui y sont établis, voulurent de nouveau nous persuader de retourner sur nos pas pour prendre plutôt la voie de mer par Livoume, toutes les communications étant rompues, et la voie de terre, à ce qu'ils prétendaient, très-dangereuse. Le seul qui nous engageât à persister, fût notre cordial aubergiste de l'hôtel du Pèlerin. 11 se chargea de nous procurer un voiturier de confiance pour Padoue, et nous nous remimes tranquillement en voyage. A défaut de tout danger, nous eûmes sans doute â sabir dans œ trajet une foule de petits ennuis ; mais ils furent amplement compensés par tout œ qu'il omrait d'intéressant.

« Mes longues pérégrinations m'ayant donné un air passablement cosmopolite, je ne courais aucun risque d'être pris pour Autrichien ; mais mes deux oompagnons de route portaient le cachet allemand tellement empreint sur leurs figures et sor leurs lèvres, que je crus devoir me charger seul du rôle d'Ulysse dans notre Odyssée, m'efforçant d'obtenir par des allocutions plus ou moins longues libre

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