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LE CONSUL GÉNÉRAL DE FRANCE LIMPERANI A M. DE LAMARTINE

Venise, 8 avril 1848.

Monsieur le Ministre,

J'avais demandé à voir M. Manin: c'est tout le gouvernement en corps qui m'a reçu. Monsieur Manin a bien voulu me dire

1 Cette Justification était nécessitée par Jes plaintes croissantes des TlUes de terre ferme qui voyaient les Autrichiens envahir ies provinces sans que les troupes pontificales fissent un mouvement en avant; I'inmiohilite du général Durando provenait du refus de Pie IX de lui envoyer Tautorisation nécessaire pour passer ie P6. Mais les Vénitiens, comme tous les Italiens,étaient bien loin alors de soupçonner la défection du Pape, et s'en prenaient à l'apathie supposée de leur gouvernement, qui pourtant avait vidé déjà le trésor et l'arsenal de Venise et venait d'expédier deux agents à Paris pour acheter 20,000 fusils et un bateau à vapeur, afin de secourir les provinces. Les défections qui devaient faire échouer la guerre dindependance semèrent ainsi dès les premiers Jours le trouble et les discordes.

gol\i:rnement républicain. «st

que j'étais attendu avec impatience ; que sans douter des dispositions de la République française à l'égard de sa jeune sœur de TAdriatique (je cite les propres paroles de M. Manin), on n'aimait pas moins à recevoir à cet égard quelques assurances directes. Quoique parti de Paris sans instructions spéciales, je n^ai pas hésité de répondre à M. Manin, que l'émancipation de ritalie avait été accueillie en France par le gouvernement comme par la nation entière avec la plus vive sympathie ; qu^il n'y avait point de pays en Europe dont l'indépendance fût plus chère à la France que celle de la nation italienne ; qu'on pouvait compter sur ses sentiments, et que tout le monde savait (|ue les affections de la France, quand elle possédait elle-même la liberté de ses mouvements, ne sont jamais stériles. M. Manin m^a dit alors : « Qu'il espérait que les efforts réunis des diffé- « rents Etats de l'Italie, que l'ardeur qui animait les populations « de la Péninsule suffiraient pour chasser l'ennemi de l'Italie ; « qu'au besoin on aurait recours à l'héroïque générosité de la « France ; que dès à présent cependant on aurait été heureux « de voir quelques bâtiments de la marine française se montrer « dans l'Adriatique et qu'il me priait même instamment, mon- « sieur le Ministre, de vous en faire la demande au nom du « gouvernement. »

Signé : Limpébani,

CoDSul-général de France.

MESSIEURS NANI ET ZANARDINl AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE >.

Paris, 9 avril.

Arrivés ce matin, nous avons déjà été reçus par monsieur de Lamartine. Il venait de recevoir la lettre de notification du

* VéDitiens envoyét à Paris et à Londres pour l'achat de 2,000 fusils et d'un baten à vapeur.

gouYernement de Venise. Il nous a reçus gracieusement et il a bien accueilli notre demande pour Tachât des fusik. D doit en parler à ses collègues, notamment au Ministre de la guorre et nous donner une réponse définitive dans deux jours; l'acquisition d'un bateau à vapeur paraît souffrir plus de difficultés ; nous tftcheronSi dans ce cas, de nous en procurer ailleurs^ etc*

(11 avril.)

Monsieur Bois-le-Comte, chef du secrétariat, nous a donné une lettre pour le sieur M^^ (propriétaire des fabriques d'armes à Tulle), l'autorisant à retirer des arsenaux de Toulon, Mon^>ellier et Grenoble vingt mille fusils à percussion et à baïonnettes du modèle de 1 840 (que le gouvernement français fera remplacer par des fusils d'un modèle plus récent) ; mais le prix doit être préalablement déposé en argent comptant à la banque de France (soit à Paris, soit à la succursale de Marseille). Aucun autre mode de paiement n'est admis ; car aucune maison de banque ne semble présenter en ce moment des garanties suffisantes. Nous avons représenté l'immense difficulté pour nous de transporter 770,000 fr. en numéraire à Marseille ! et nous avons proposé d'expédier les armes à Venise par un bâtiment français accompagné d'un employé de confiance de M^^, qui rapporterait la somme. Mais on oppose même à cela toutes sortes de difficultés, et je crains bien qu'il n'y ait d'autre moyen que d*envoyer l'aident comptant si on veut avoir les armes, etc. *.

Nani. — Zanardini.

< On trancha la difficulté en décidant qu'un bâtiment français Irait d'abord chercher Targent à Venise, et qu'après son retour, les armes si impatiemment attendues partiraient. Dans l'intenalle les agents vénitiens espéraient pouvoir opérer l'achat d'un bateau à vapeur en Angleterre.

(;OlVERNEMEiNT RÉPUBLICAIN. iS'J

I>: I ;oi VEHNEMENT PROVISOIRE AIX POPULATIONS Dl' CADORE >.

Venise, il avril i848.

1,-e gouvernement provisoire de la République vénète a reçu avec joie l'adresse de la population du Cadore exprimant ses sentiments généreux en faveur de cette République^ qui a pris |M>ur devise : Lgalilé absolue de droits et par conséquent de devoirs pour tous les citoyens, tous étant frères. Il se réjouit de voir le même sentiment régner dans le cœur de tous les braves habitints du Qidonj, tant de la Piaveque dcTAronzo ; il apprécie grandement celte parfiûte union, se rappelant vos hauts faits et votre anti<|uc dévouement à la république de Saint-Marc ; pen- «lanl plus de quatorze siècles vous ave/ grandement contribué a sa défense et à s.n puissance ; vous y contribuerez encore toutes les fois que la patrie l'exigera.

!>; gouvernement a vu aussi par votre adresse, votre ardent ciêsîr de voir maintenir Tunité compacte dans nos arrangements intérieurs ; mais vous dont Tintclligence est éclairée et juste autant (]uc votre bras est fort, vous comprendrez qu'il n'appartient qu'àrAssemblée nationale 6e2//<? de décider sur ce point, comme sur toutes les conditions politiques de TÉtat.

Lors(|ue celte assemblée pourra se réunir, vous aurez le droit incontesté de choisir librement et d'envoyer vos représentants en pro|K)rtion de votre |)opulation ; et ces représentants devront faire valoir vos désirs à cet égard, aussi bien que vos besoins et ce (|ui concerne les conditions spéciales de votre territoire.

Le gouvernement hâte autant ({u'il dépend de lui ce jour; il désire ardemment rapprocher le moment où la représent<ition sincère de la nation Si* trouvera réunie. Mais juscjuc-là, braves fladoriens, il faut que vous donniez une nouvelle preuve de votre |>atriotisme, de votre amour pour V ordre dans la liberté ; que vous attendiez avec calme, conservant ainsi cette concorde, qui, dansTét^it provisoire des choses, ne pourrait s*altérer parmi nous

* I^ population du Cadore avait envo\é au Gouvernement pro\iM)ire une adio^^ pour lin expiimrr sp«« préférences |Mmr la forme repu bl km me. et pour «'opposer à t«Hile niodifiratton en sens cfnilraire.

sans les plus fâcheuses conséquences. 11 en est de même pour les

départements, qui ont exprimé des vœux et allégué des motifs

afin que l'état actuel soit modifié.

Le Président^ Manik.

Palbocapa.

M. LIMPERANI, consil de fhance, A M. DE LAMARTINE.

Venise, i% avril 1848.

Monsieur le Ministre,

Je crois devoir revenir sur un sujet important, que je n'ai pu suffisamment développer dans ma dépéché du 8 de ce mois, mais sur lequel cependant je me suis assez arrêté pour avoir, je l'espère, éveillé votre sollicitude. Je vous marquais, monsieur le Mi* nistre, que la République vénitienne était jusqu'ici le seul Etat de ritalie qui eût adopté notre forme de gouvernement ; que se détachant des anciennes traditions, elle s'étiit prononcée pour les institutions démocratiques ; que c'était surtout l'exemple de la France qu'elle tenait à suivre, et que c'était sur l'appui de la France qu'elle comptait pour consolider une œuvre aussi grande que patriotique.

Venise, presque encore sous le feu des batteries autrichiennes^ a accompli ce que le peuple milanais n'a pas osé ou n'a pas cru pouvoir faire après les prodiges de son héroïque réyolution et dans tout l'élan de son triomphe. C'est que le mouvement, qui a eu lieu dans les deux pays, quoique ayant le même but, n'a point été marqué par les mêmes caractères. A Milan, il faut le dire, l'aristocratie a eu une grande part dans la révolution : elle a contribué à la préparer par son patriotisme, et, quand elle a éclaté, elle s'y est lancée avec une ardeur toute populaire.

Il n'en a pas été de même à Venise. C'est le peuple surtout qui y [a fait la révolution ; ce sont les énergiques manifestations des ouvriers de l'arsenal, qui ont frappé de terreur les chefs des troupes autrichiennes, et ont amené leur capitulation. Ce n'est pas que le patriciat vénitien eut vu ce mouvement de mauvais œil ; au contraire, il s'y est franchement associé et n'a pas été étranger à la lutte. Mais il n'a point pris l'initiative comme l'aristocratie

<i()LVERNEMENT RÉPrBLICAIN. iOI

lombarde ; il n'a produit aucun dévouement marquant, et quand le peuple assemblé sur la place de Saint-Marc a dû former son «rouvernement, il n'y a eu que des noms plébéiens qui soient sortis de sa bouche et aient obtenu ses acclamations.

J*ai hàtc de le dire aussi, il lui était difGcile de mieux choisir. I-,*^ membres qui composent le gouvernement provisoire sont tous des citoyens connus par leur désintéressement autant que |iar leur patriotisme. Je ne puis omettre de faire une mention fwirticulière du citoyen ToiToli, simple ouvrier, et du citoyen Pincberle, Israélite, dont la nomination oiTre un contraste frappant avec les dispositions des chart(;s napolitaines et sardes en matière de liberté religieuse.

Mais les deux hommes marquants du gouvernement provisoire sont sans contredit les citoyens Manin et Tommnseo. Partout oii la vertu, le patriotisme et les lumières sont en honneur, Manin vi Tommaseo occuperaient un poste eminent; ce sont de vrais républicains, républicains par les mœurs autant que par les principes; et quand on voit de pareils hommes diriger les premiers pas de la nouvelle République, on ne peut manquer de bien augurer de son avenir. Mais il ne faut pas se le dissimuler, pour accomplir ses destinées, le nouvel Etat a deux grands obstacles à surmonter : Tobstacle extérieur et ^ol)^itacle intérieur. La

République Aénitienne est de tous les KtaU italiens celui qui si* trouve le plus exposé aux attaques de Tennemi ; elle a à se défendre à la fois de TAutriche par trois frontières diflérentes, celle du Tyrol, celle du Frioul, et la frontière maritime. Malheureusement c'est de tous ces mêmes Klats celui qui est le moins préparé pour la guerre, parce que tout y est nouveau , tout y est improvisé : l'armée, la marine, les Gnances, l'administration. Li République de Venise n'a, dans le moment, de chance de salut (pie dans les st»coursqui lui seront api)ortés par l'armée du roi Charles-Albert; mais ces secours amènent avec eux des dangers d'un autre genre. iji sont ceux que je désignais tout à Theure comme provenant de rintérieur. On connaît le projet du roi Charles-Albert. La Lombardie, la Vénétie, les Etats de Parme et de Modène arrondiraient admirablement son petit royaume qui, par ces diverses agglomérations, deviendrait pres(iue une puissance de premier ordre, eu

«irî DElXlEMIi ÉPOOIK.

égard surtout à la richesse de ces provinces. Est-il dans riiilérét de la Republique française d'augmenter ainsi la puissance d'un roi voisin et ambitieux? Et puisque, dans cette même partie de ritalie si ardemment convoitée, nous trouvons un Etat, la Vénétie, qui, parle gouvernement qu'elle s'est donné, s'est en quelque sorte, associée à nos propres destinées, la politique de la France, d'accord avec ses principes, ne conseille-t-elle pas d'aider et de soutenir cette jeune sœur de f Adriatique * dans la voie où elle vient d'entrer avec une si énergique détermination?

Si telles sont, comme je n'en doute pas, les vues de la France, je pense, monsieur le Ministre, d'après ce que j'observe ici, que le temps est arrivé de les faire prévaloir. Les émissaires du roi de Sardaigne sont nombreux et s'agitent beaucoup. Si on laisse le champ libre à leurs intrigues, il deviendra plus tard difGcile d'en paralyser reflet. Ces craintes me sont manifestées par le gouvernement provisoire lui-même ; et c'est avec son autorisation, que je vous en fais part. Le gouvernement provisoire ne demande à la France ni de grandes manifestations, ni de grands efforts ; il désirerait seulement être rassuré sur ses intentions par une communication qui les exprimai nettement^ et il atticherait surtout une grande importance à la présence, dans l'Adriatique, de quelques bâtiments français, dussetit-ils n'y apparaître que sous une couleur de neutralité. CVst un vœu que j'ai déjà eu Thonneur de vous exprimer dans ma dépêche du 8 courant. Il m'est si souvent exprimé à moi-même par le gouvernement provisoire que je vous prierais, monsieur le Ministre, de vouloir bien me mettre à même de lui donner une réponse.

Après avoir rappelé plus particulièrement votre sollicitude sur la République vénitienne , comme sur celui de tous les Etats italiens qui m'en paraît le plus digne, je manquerais*! mon devoir si j'oubliais d'ajouter que tous les bons patriotes me paraissent ici désirer une fusion complète entre les provinces lombardes et vénitiennes, et que la constitution qui doit les régir soit la même et purement démocratique. Ces considérations sont indépendantes du vœu qui me parait unaninœ et qui voudrait que

* Expressions de Maniti.

(;OUVEK]Nli:M)i:NT,RË^l<BUCAlN. 193

tous les États de l'Italie fussent réunis en une confédération, ou même régis par une loi commune. Dans Tun comme dans l'autre cas, ne convientril pas à la France de seconder les partisans des institutions démocratiques? Il y a, à la vérité, une difficulté assez grande, celle du siège du nouveau gouvernement, auquel Milan et Venise prétendraient avoir les mêmes titres. Mais on peut concilier ces prétentions en établissant tour à tour, dans chacune de ces deux villes le siège du gouvernement. Je crois pouvoir avancer que Venise consentirait à cet arrangement. Le Ministre de Tlntérieur me dis^iit encore ce matin que Ton préparait une loi électorale pour la convocation de la {prochaine assemblée constituante, et que Ton se proposait de la communiquer au gouvernement de Milan , en rengageant à adopter les mêmes bases, celles de la loi française récemment décrétée. On i*encontrerait peut-être à Milan un autre obstacle, celui qui serait élevé par les prétentions de Taristocratic, fière de la part qu'elle a prise dans la révolution qui vient de s'accomplir. Mais ce n'est pas au temps où nous vivons et dans un pays où les principes de l'égalité française se sont depuis longtemps naturalisés^ que l'on peut considérer cet obstacle comme sérieux. Ces idées, monsieur le Ministre, ne sont pas seulement les miennes : ce sont aussi celles du gouvernement provisoire lui-même; elles, m'ont été exprimées par ses principaux membres, avec lesquels je me trouve dans des rapports que je puis appeler iptimes. M. Tommaseo a du vous parler de cette confiance réciproque qui nous unit, dans une lettre qu'il vous a adressée dans ce seul but au nom de ses collègues; et si je rappelle cette lettre, c'est moins comme un titre que parce qu'elle vous aura témoigné que je puis servir ici la République avec quelque efficacité.

Je suis avec respect, etc.

LE MÊME AU MÊME

Vi!(isE, 14 avril I84K.

Monsieur le Ministre,

{In grand pas vient d'être fait par la République vénitienne dans la voie qui doit réunir en un seul faisceau les différentes

fU DEUXIÈME ÉPOQUE.

provinces et assurer au pouvoir central celle action vigoureuse, qui est un besoin de tous les temps, mais surtout des circonstances actuelles. Ces provinces avaient, à la vérité, envoyé leur adhésion à la République et reconnu le gouvernement provisoire créé à Venise. Mais les citoyens composant ce gouvernemeni appartenaient à la seule ville de Venise, et cette considération, jointe à d'anciens souvenirs puisés dans l'histoire du pays, donnait lieu à de légitimes appréhensions et affaiblissait beaucoup le lien qui devait réunir ces provinces au chef-lieu.

Le gouvernement provisoire ne tarda pas à reconnaître le besoin de détruire ces appréhensions et de fortifier son action par un concours plus direct et plus actif des différentes parties du corps social.

En attendant la convocation de l'assemblée constituante, il rendit, à la date du 31 mars, un décret qui appelait à Venise une consulte, composée de trois membres par province, et destinée à servir de conseil au gouvernement dans toutes les branches de l'administration publique, et dans toutes les mesures exigées par les circonstances.

Cette consulte a commencé ses travaux le 1 2 de ce mois. Toutes les provinces, Venise, Padoue, Vicence, Trévise, Udine, Bellune, Rovigo y sont représentées.

Il n'y a que la ville de Vérone, qui, se trouvant au pouvoir de l'ennemi, n'a pu y envoyer ses délégués. Bien que cette assemblée ne soit encore qu'une ombre de ce que sera plus tard l'assemblée constituante, sa réunion a été accueillie avec les marques du plus vif intérêt, et a suffi pour calmer toutes les défiances. La loi électorale sera un des premiers objets de ses délibérations. Déjà les bases en ont été posées par le gouvernement. J'en ai eu communication : elles sont exactement les mêmes que celles de la loi électorale française. On profitera de Toccasion pour changer une disposition de la loi civile en vigueur, qui exige pour la majorité l'âge de vingt-quatre ans. Il eût été peu rationnel que l'on fût apte à vingt-un ans à remplir les droits politiques, tandis qu'on en aurait exigé vingt-quatre pour l'exercice dés droits civils.

Plus j'étudie, monsieur le Ministre, les mœurs de ce pays, plus je me confirme dans la conviction, que je m'étais formée depuis

GOUVERNEMENT KÊ PUBLIC AIN. 1d5

longtemps, qu*il est fait pour les insliUitions républicaines autant que tout autre pays de l'Europe, sans en excepter riiênriela Trance. On est frap|>é des sentiments de fraternité pratique qui animent ici toutes les classes ; du peu d'ambition qui s'y manifeste au préjudice de la chose publique ; du dévouement de tous pour la cause commune. Je le répète, je crois ce pays mûr pour les institutions les plus démocratiques. Les circonstances sont on ne peut plus propices. La France, en lui accordant son appui, fera un acte «le généreuse philanthropie en même temps que de bonne politique. La République vénitienne, se présentant par ses délégués au futur congrès ililien, est appelée à y exercer l'influence la plus utile aux idées françaises. On a célébré hier, dans l'église Saint-Marc, un service funèbre pour les âmes des citoyens morts en combattant pour l'indépendance italienne. Tous les consuls des puissances étrangères y avaient été invités et s'y étaient rendus, à l'exception des consuls d'Angleterre et de Russie. Celte solennité a été marquée par un discours prononcé par le cardjnal-patriarche, discours aussi patriotique qu'aurait pu le prononcer le président du gouvernement provisoire lui-même. En même temps que le patriarche tonnait du haut de la chaire évangélique contre la domination étrangère, un prêtre éloquent faisait entendre, sur la place attenante, les mêmes accents au public que la basilique n'avait pu contenir.

Après la cérémonie, le corps consulaire ayant jugé à propos d'accompagner le gouvernement provisoire au palais national, j'ai été chargé d'exprimer, en son nom, les sentiments que cette imposante cérémonie a fait naître dans tous les cœurs généreux. Le gomernement a été très-sensible à cette démonstration, et a consigné l'expression desa reconnaissance dans le journal ofliciel.

Le général Durando étak le 14- à Ferrare et s(î proposait d'investir la citadelle.

On attend le 18 à Padoue une colonne de quatre cenls volontaires pontificaux^ qui doivent être dirigés sur la frontière.

Hier est arrivé à Venise le général délia Marmora, que le roi dcSardaigne a mis à la disposition de la République. Je suis, avec respect, votre très-humble siT\iteur.

LlMPRRAMI.

196 DEUXIÈME EPOQIE.

MANIN AU (^.OMTE FHANZIM, ministre de la GrsRRE di* roi de saruaigne '.

Venise, i7 ami 184X.

EXGBLLBNCE,

Notre gouvernement a été informé que le corps autrichien stationné sur l'Isonzo etàGoritz se grossit chaque jour par des troupes croatestjue les bâtiments duLIoyd de Trieste transportent deSegra àDuino. Le but de celte concentration serait Tenvahissement de la Vénétie d'après un plan de campagneconcerté entre les généraux, et dont l'exécution aurait été confiée au général Nugent. Les dernières nouvelles Bxent le passage de l'Isonzo au 20 courant. Dans tout le Frioul il n'y a que la forteresse de Palmanuova suffisamment garnie de troupes, il y a bien quelques corps francs, mais fort mal armés par suite de notre irrémédiable défaut d'armes. Nous avions chargé le comte Citadella d'en référer à S. M.; mais apprenant que le comte est en route pour Venise , nous nous adressons à V. E.,en la priant de solliciter de Sa Majesté, les mesures nécessaires pour empêcher la rentrée de l'ennemi sur notre territoire ou pour le repousser.

Il nous paraît impossible que ce secours, nécessaire pour la Vénétie, ne soit pas en même temps conforme aux plans stratégiques de S. M., afin d'empêcher la jonction des deux corps ennemis de Vérone et de Tlsonzo ; il est en tout cas conforme au magnanime projetde délivrertout le sol italien de l'ennemi commun.

Paolixci. Le Président^ Manin

1 En même temps que cette lettre arriva au camp du roi une adresse du comité départemental de Vicencc, promettant clairement l'annexion tu prix d'un prompt secours. Lel<ruit commençait à circuler dans les provinces épouvantées, que l'absence de tout secours pieniontais et peut-être même l'immobilité de Durando (placé nominalement sous les ordres du Roi' teriaità un calcul politique de Charies- Albert. Le comité de Vicence résolut alors d'envoyer sa deputation au quartier général, elle y reçut bon accueil et des promesses de secours, mais à Venise cette démarche illégale causa une vive émotion ; ce fut le premier brandon de discorde; l'avocat Varè termina ainsi un remarquable article à ce sujet: « On parle dans cette adresse comme si l'on n'avait pas librement adhéré à la République vénète; comme si aucune forme de gouvernement n'était encore établie ; comme si Vicence avait une existence séparée, disponible; comme si enfin un comité départemental était un corps souverain. Si le Gouvernement provisoire autorisait de pareils actes, ou les tolérait par son silence, il courrait h sa perte et à celle de l'État ; car ce serait autoriser la dissoluiiov. et l'anarchie.

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