M. DE LAMARTINE A N. TOMMASEO
Paiis, le 18ayrill848.
ChUI KT ILLCSTRg CITOYEN,
Si je n'ai pas encore répondu au nom de la République, je m^empresse du moins de vous exprimer, comme citoyen, les félicitations que m'inspire la nouvelle et glorieuse situation de Totrc patrie. J'ai été heureux du souvenir que vous avez porté à mon nom au milieu des graves préoccupations dont vous êtes entouré. Votre pensée est tombée juste, car aucun cœur en Europe ne renferme plus d'amour que le mien pour Fltalie, et plus d'admiration et d'enthousiasme pour Venise en particulier ; permettez-moi d'y joindre mon attachement pour vous et pour les hommes généreux qui portent des Alpes à l'Océan la liberté sur leurs mains réunies.
Lamartine ^
• Tdle est la seole réponse que M. de Lamartine ait faite anx oonununiraUons officielles du gouvernement de Venise, et aux dépêches pre sMntes de son propre eonsul. Cette lettre doit terminer la première époque de la Révolution de Venise ; car elle contient le germe de mort pour ses espérances d'aliyanchissement. Nous n'y i^ool^i'on* <iue le récit de l'accueil fait par lord Palmerston aux agents ^éaitlens. La République de Venise, s'appuyant sur la circulaire du 4 mars de M. de Lamartine, ne cessa de demander à la France républicaine d'être reconnue comme goQvemement de fait. C'était le seul mode d'intervention qu'il lui fût permis de réclamer en face des Illusions de l'Italie, nées du mot fatal de Charles-Albert et des hypocrisies de nationalité des autres princes italiens ; mais il était efficace et garantissait pleinement Tavenir. Cest même à ce motif qu'il faut attribuer le silence obstiné de M. de Lamartine, dont l'arrière-pensée, établie par des pièces officielles et par son propre aveu, était dès ce moment de faire de l'abandon de Venise Toilet d'une transaction avec l'Autriche. Voici ce que M. de Lamartine lui-même raconte à ce s^Jet :
• Les envoyés de l'Autriche faisaient M. de Lamartine Juge des offres que le cac bénet de l'Empereur était disposé à faire à la Sardaigne. Il s'agissait de l'abandon « de la Lombardie et des duchés de Parme, d'une constitution donnée à Venise sous
• la vice-royaulé d'un prince de la maison d'Autriche. M. de LamarUne n'hésita
• pas à reconnaître que ces propositions satisfaisaient largement aux légitimes am-
• bitloiis d'aliyanchissement de l'Italie et à encourager le cabinet autrichien à ponr-
• suivre les négodaUons sur ces bases. Deux fols ces ouvertures lui fàrent faites
• seml-offlciellement >avril et Juin), et deux fois il tint le même langage.
• n n'eût été ni homme d'État, ni patriote, s'il les eût repoussées; car la oondn-
i98 DEUXIÈME ÉPOQUE.
M. ZANARDINI A M. le chevalier PALEOCAPA,
MINISTRE DE l'iNTÉRIELR DE LA RÉPUBLIQDB VENÀTE.
LoHvuEs, 21 aTTll, minait.
Monsieur le chevalier,
Arrivés à Londres ce soir à 7 heures, nous avons été reçus à 11 heures en audience particulière par lord Palmerston. Il n'aurait pu être plus gracieux qu'il ne Fa été avec nous, il s'est informé avec intérêt des événements de Milan et de Venise, etc. Quant aux armes et au bateau à vapeur, il nous dit : que le gouvernement anglais étant allié de l'Autriche, il lui était impossible de nous aider; mais qu'il nous restait la ressource de l'industrie privée de l'Angleterre, et il nous indiqua Birmingham; voilà comment le marchand s'est trahi ; en Angleterre , ce que l'homme d'Etat ne peut faire ouvertement par considération
« sion d'un arrangement pacifique permettait à la France de rectifier une de ses « frontières ébréchée après les Cent jours par le second traité de 181 5, et il y pensait « de loin. » (Histoire de la Révolution de 1848, par Lamartine, p. 182.)
Il est juste d'i^outer que les projets du ministre des aflUres étrangères de la République lui étaient entièrement personnels; qu'aucun de ses collègues du Gouvernement provisoire n'en eut connaissance et que lui-même n'en a fait Taven qu'en I8â0. En lisant les chaleureuses dépêches du consul Limperani, on comprend aussi que M. de Lamartine n'ait pas cru devoir le mettre dans sa confidence. Il faut se rappeler ici qu'à Venise il n'y avait point d'agent diplomaUque dans le vrai sens du mot. Les consuls fran<;ais et anglais, sans instructions spéciales, ignoraient même les intentions réelles de leurs gouvernements, et suivaient Tun et l'autre leurs tendances personnelles fort en désaccord avec celles de leurs gouvernements respectifs. Cette situation fut pour Venise un grand malheur ; elle omtribua puissamment à maintenir une erreur fatale, mais qui par des motifs opposés convenait aui deux cabinets: d'un côté, l'esprit du peuple anglais (très-sympathique à l'Italie, mais éminemment pacifique lorsque son intérêt matériel n'est pas directement en jeu) ne pouvait permettre à lord Palmerston de donner aux Vénitiens des espérances qui auraient pu ressemblera un engagement -.c'est pourquoi il préférait de beaucoup qu'ils ignorassent ses sympathies réelles. Du côté français, au contraire, les sentiments généreux de la nation, les promesses faites en son nom, les principes hautement proclamés de la République eussent rendu impossible l'exécution des secrets projets de Lamartine, si un appel positif ou des interpellations précises du Gouvernement vénitien l'eussent forcé à sortir de Téquivoque. 11 Importe, en lisant les documents qui suivent, de ne jamais perdre de Tue cette situation.
GOUVERNEMENT HÉPUBLICAIN. 199
politique, il permet qu'on le fasse dans Fintérët du commerce. Au milieu de tout cela, il nous a pourtant dit une grande parole, c'est celle-ci : « Tout ce que nous pouvons faire dans la question « italo-autrichienne^ c'est de rester spectateurs. >»
Malheur à lui du reste s*il faisait autrement ! L'opinion publique en Angleterre nous est tellement favorable en ce moment, et cette opinion est tellement redoutée ici par les hommes à la tète des affaires, qu'une interrention armée contre nous me paraîtrait non-seulement impolitique, mais impossible. Ils savent d'ailleurs fort bien qu'au premier coup de canon la France répondrait, et ils y regarderont à deux fois avant de le tirer. En parlant de Venise nous avons eu soin d'assurer : « Que tous nos VŒUX, toute notre ambition se bornaient à être province italienne ; que les vieilles traditions n'ont aucune valeur aux yeux de notre jeune république ; et que personne surtout ne songe à vouloir reconquérir une suprématie maritime. »
Il parut satisfait de nos explications ; mais en grand politique qu'il est, il n'a pas laissé échapper une parole qui indiquât ses intentions pour l'avenir. Nous avons fait entendre comment l'Italie était pleine de reconnaissance et de sympathie pour tout ce que l'Angleterre avait fait dans la question des réformes : que lord Minto, ou plutôt lord Palmerston, avait été, après Pie IX, la providence de l'Italie, etc. Il répondit : a Qu'il avait fait son possible pour aider le développement de nos libertés ; » mais quant aux traités de 1815 ou à notre nationalité, il n'en a pas dit un mot.
En somme, nous avons été assez contents de lui, car la neutralité, à laquelle il parait bien décidé, est pour nous un vrai bienfait; grâce au Ciel, en ce moment l'Italie peut se suffire à ellemême {fare da se) et la liberté ne peut se consolider pour elle, que lorsqu'elle l'aura payée par son propre sang et ses propres sacrifices, etc.
Zanardini.
J'ai omis de dire que lorsque nous parlions de notre grand malheur, d'avoir perdu presque toute notre flotte, il fit un soubresaut et dit : « Comment! vous n'êtes pas contents d'avoir la ville entre vos mains ? »
ou CACHÉES.
ROME — KAPLES — FRANCE.
Tant que dore dans le sooTeraia pontife T anion de» deux pouvoirs , il ne peut pas être Pape et gaSant homme. (Hahir, Pensées détachées,)
Tous les souTeraiûs d'Italie, eieepté le roi de montf sont hostiles à la cause Italienne ; cela simplifie U question, et U dislingue de Petat de choses de 1848, où il fallait avoir égard aux intérêts de princes prétendus fsTorahles à Tindépendance, et an Pape préttmdn chef du mouvement.
(1IÂ5III, Pensées détachées, IS5«.)
La France pouvait nous assister moralement en nous reconnaissant comme gouvernement de fait, etc.
(Mahih, Penaées détachées.)