MANIN AU GÉNÉRAL DURANDO
COMMANDANT LE COBPS d'aRMÉE PONTIFICAL.
Venise, Il avril 1848
Général ^y
Nous sommes heureux d'apprendre que les troupes sous tos ordres s'apprêtent enfin à porter secours aux provinces qui en
(1) Le général Durando s'était enfin décidé à passer le Pô sans Fautorisatlon do Pape, à la condiUon que le GouTemement venète se chargeât de solder les troupes, 06 qui eut lieu. Les corps francs pontificaux, qui seuls avaient passé, dès le 7 avril, venaient de faire publier Tinterpellation suivante:
« L'opinion publique se plaint hautement de l'inertie persistante du général « Dnraiido et des troupes sous ses ordres, on ne sait comment expliquer cette « inaction en face des sollicitations pressantes, réitérées de tontes les parUes de « la Lombardie et de la Yénétie. Il se peut que la faute n'en soit pas au général; « mais alors que nos ministres s'expliquent! Une grave responsabilité pèse sur
attendent depuis si longtemps, et vis-à-vis desquelles notre bonne foi se trouve engagée par les promesses faites.
En nous bâtant devousenvoyer les cent mille livres que vous ré* clamez, nous croyons qu'il est de notre devoir de vous dire francbementy général, que, si une partie des troupes sous vos ordres est nécessaire, comme vous Tobservez justement, pour protéger Yicence et appuyer les mouvements de Tarmée piémontaise, la présence d*une autre partie, et non la moindre, est indispensable pour défendre la ligne de Tlsonzo, qui se trouve à la merci de l'ennemi, dont le nombre augmente chaque jour et qui pourrait bien, laissant Palma-Nuova de côté, aller concerter ses mouvements avec ce qui reste de forces autrichiennes dans Mantoue, Pescbieraet Vérone. Cest évidemment le plan des Autrichiens; comme c'est le seul gui puisse les tirer d'affaire, ils sauront vaincre leur lenteur habituelle et le mettre le plus vite possible à exécution.
En abandonnant Tlsonzo, on abandonne aussi la brave population du Frioult qui jusqu'ici a fait tant d'honneur à l'Italie, et on donne lieu à l'Europe de dire ou de supposer, qu'au milieu du mémorable mouvement italien, il y a une chose qui manque : l'accord des volontés et des intentions ; enfin que là où l'aide promise était le plus urgente, c'est là précisément que l'aide promise a fait défaut.
Il s'agit de l'honneur du nom Piémontais et Romain, de l'hon» neur du nom Italien ! tout retard pourrait compromettre le mérite des sacrifices déjà consommés, la gloire de la victoire remportée. Déshabitués du métier des armes depuis des siècles, enchaînés comme nous l'étions du bras et de la pensée, nous ne rougissons point de tendre la main à des frères mieux aguerris, qui nous fi-
• eux : qn*0D suppose an échec des aimes Italiennes, nos braves soldats sont « accusés de n*avoir porté aocnn secours; si c'est une victoire, leur cœur éproo-
• vera d'amers regrets de n'avoir contribué en rien à la gloire des armes italiennes. « Lorsque des circonstances impérieuses, lorsqu'un peuple tout entier réclament
• la gnerre pour une cause Juste et sainte, Il faut savoir la faire résolument et
• avec énergie. Défait voos avez déclaré la guerre par votre drapeau, par vos pro-
• damaUons, par beaucoup d'autres actes, vous aves beau rester maintenant au « delà du ?6, le monde entier n*en sait pas moins que Home et l'Autrlcbe sont en
• guemi »
rent des pij>mes8es sacrées, de la tendre, après avoir (ait nousmêmes, tous les efforts possibles, pour nous armer, pour nous mettre eo mesure, pour nous transformer subitement.
Les troupes piémontaises et romaines, ni leurs princes, ne peuvent douter de notre sincère gratitude. De notre côté, gêné-* rai, nous comptons entièrement, avec des sentiments fraternels, sur votre secours loyal et immédiat.
Signé : Le Président j Manin.
PaolucgI, Ministre de la guerre.