‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 63 sur 144 · RICHARD COBDEN A MANIN · texte numérisé non relu

RICHARD COBDEN A MANIN

LoroiBS, 9 mai 1848.

Je n'ai reçu votre lettre que ce matin ; le relard provient de ce que j'habite la campagne pendant les vacances parlementaires.

Je suis peiné de voir que vous supposiez à notre gouvernement une attitude hostile vi»-à*Tis de votre pays.

Soyez persuadé que le peuple ici nourrit les sentiments les plus sympathiques pour l'Italie^ et particulièrement pour vous dans votre lutte contre l'Autriche. Peut-être bien y a-t-il exagération dans ce qu'on raconte de l'hostilité témoignée par notre ministre à Turin aux insurgés de Milan ; je n'ai pas de renseignements précis à cet égard; j'admets toutefois qu'il se soit cru obligé de faire des efforts pour empêcher Charles-Albert de se rendre agresseur de l'Autriche, et que n'y réussissant pas, il ait protesté ; il aurait suivi en cette occasion la même voie que l'Angleterre a déjà suivie dans l'affaire de Cracovie (quand les trois puissances protectrices ont détruit son indépendance), et il Taurait suivie par le même motif, qui est : que l'Angleterre, ayant malheureusement participé au grand arrangement ou plutôt au grand dérangement de FEurope en 1815, ses hommes d*État se croient obligés de protester contre toute violation de ces mêmes traités.

Je crois qu*en y réfléchissant avec calme, vous trouverez que

la règle qui régit les relations iotemationales forçait notre goa* Ternement d'en agir ainsi ^.

Mais j'ai la certitude absolue , que le ministère n'outrepassera pas cette limite, et qu'il ne tentera de soutenir les inlé-

1 Le ministre anglais à Turin était sir R. Abercromby, l'an des hommes les pins déTOuës à la cause italienne. Une de ses dépêches, adressée à lord PalmemoD datée du même jour que la lettre de M. Cobden, prouve la justesse des vues de ce dernier.

TuRiH, 10 mai 1848. Mtlobo,

Les craintes d'une invasion française, sous prétexte de venir en aide à la cause italienne, augmentent de jour en jour en Piémont

J'ai toujours répondu à ce propos r « que l'Italie doit s'arranger de manière à ne pas donnera la France un juste motif de revenir sur sa déclaration à ce siqet; quels prompte fin de la guerre serait la solution la plus sûre de cette question, et que si on pouvait y arriver par un consentement mutuel, ce serait infiniment préférable à la lutte armée.

Mais, pour que cette solution fût possible, il ne faudrait rien moins que l'entière évacuation de l'Italie par les Autrichiens, et* la reconnaissance formelle de son indépendance. J'ai puisé cette conviction dans mes rapports avec les gens qui connaissent le mieux l'état des écrits dans ce pays, et ce qu'on peut ou ne peut pas faire.

Je ne prétends pas dire que les Italiens soient en position d'empêcher Radetiky (lorsqu'il aura reçu ses renforts, de réoccuper militairement la Lombardie et li Yenétie; mais il est certain que, même dans les circonstances les plus favorables, le gouvernement des provinces reconquises par la force des armes sera toujours pour l'Autriche une cause de lourdes et permanentes dépenses.

Toutes ces considérations devraient, ce me semble, disposer l'Autriche à écouter la voix de la raison et un i)on conseil. Pourvu que son honneur soit sauf, elle devrait réfléchir si vraiment elle ne ferait pas mieux, dans son propre intérêt, d'en venir à un arrangement large et déflnif avec les provinces italiennes.

Mais toute nouvelle tentative de mesure dilatoire ne pourrait aboutir qu'à un échec, outre qu'il en résulterait pour le présent et l'avenir un sentimoit de méfiance contre n'importe quelle proposition venant de l'Autriche.

Si l'Autriche pouvait une fois se résoudre à négocier honnêtement (make up her mind to negociate honestly), pour l'évacuation de ces^provinces et la reconnaisaance du nouveau royaume constitutionnel de la haute Italie contre un arrangement pécuniaire avantageux, elle trouverait certainement les dispositions les plus libérales» tant dans ce pays que dans les provinces qui s'y unissent.

Je suis persuadé que nous ne pourrions rendre de plus grand service à ee pays et i Tltalie en général, qu'en l'aidant par tous les moyens en notre pouvoir à terminer la lutte actuelle en Lombardie,^ d'une manière prompte et satisfaisante. Mais pour qu'elle soit satisfaisante, 11 est indispensable que les Autrichiens évacuent l'Italie, qu'ils reconnaissent son entière indépendance. Toute autre toluiion quelconquene ser>irait qu'à préparer pour l'avenir de nouveaux soulèvements et de nouvelles luttes.

Abehcrohbt.

rets de TAutriche contre l'Italie ni par la voie des armes, ni par celle de la diplomatie.

L'opinion publique est fortement opposée en Angleterre à toute intenrention dans les affaires intérieures des gouvernements du continent, et bien que notre gouvernement soit, comme vous le savez, en grande partie dans les mains de Faristocratie, le peuple y est assez fort pour empêcher qu'un ministre des affaires étrangères, quelconque, ne nous entraîne dans une guerre pour le maintien du statu quo dans n'importe quelle partie de l'Europe. Quel que soit donc le langage de nos journaux, croyez bien que les forces anglaises ne pourront jamais être employées contre la nation italienne. Toutes nos sympathies sont avec vous et nous attendons avec joie le moment où, délivrés du joug de l'Autriche, vous servirez de nouveau de modèle au monde entier en fait de liberté, de science et de civilisation.

Rappele^moi à nos amis communs.

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