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ENVOYÉ DU ROI DE NAPLES AUPRÈS DU ROI DE SARDAIGNR

Venisb, 24 mai 1848.

EXGELLENGS,

La belle flotte napolitaine envoyée dans nos eaux, il y a peu de jours, a été accueillie et fêtée avec enthousiasme par toute la population : sa seule présence a suffi pour délivrer notre ville du blocus dont elle commençait à être enserrée par la flotte autrichienne, qui avait pu se renforcer à Trieste, au moyen de la réquisition, et de l'armement en guerre des bâtiments de commerce, au grand détriment de la patrie commune. '

Mais au milieu des élans de la reconnaissance publique, le bniit se répandit subitement que la flotte napolitaine avait reçu un ordre de rappel. Ce bruit accrédité de mille manières jeta * une profonde consternation dans les esprits. Excellence, vous

êtes dépositaire des hautes volontés du monarque qui a déclaré : « Vouloir contribuer avec les autres princes de l'Italie, à la « sainte guerre de l'indépendance italienne par TenYoi d'un « large contingent de terre et de mer. »

Nous avions tous compté sur ce contingent ; l'envoi subséquent de la flotte et de l'armée est effectivement venu nous donner raison de nous être fiés à la parole de votre roi. Mais si le bruit qui s'est répandu était vrai , non-seulement tous nos plans de défense se trouveraient ruinés, mais encore les mouvements de l'ennemi profiteraient d'autant mieux du manque subit du secours promis, que ce secours avait déjà commencé à coopérer avec nous, et que nous sommes par conséquent d'autant moins en mesure d'y suppléer aujourd'hui.

Nous n'ignorons pas, Excellence, vos nobles et énergiques efforts pour empêcher que Tarmée ne soit arrêtée dans sa marche vers nos provinces. Nous ne pouvons donc douter qu'au besoin vous sauriez aussi vous opposer efficacement au renvoi de la flotte, vous appuyant sur les instructions reçues de la main de votre souverain, si plein de zèle pour l'indépendance italienne. Vous saurez, dans votre haute position et votre ardent patriotisme, nous donner des assurances propres à dissiper des craintes peut-être mal fondées ^.

Le président^ Manin.

PlNCHBBLB.

* Le joor même de l'arrivée de la flotte à Venise (i& mai), avait eu lieu à Naples la langlante oontre-révolutioii qui dispensa le roi Ferdinand de continuer le semlilaiit de guerre nationale inaugurée par sa proclamation du 7 avril. Le 32, le général Pepe reçut à Bologne Torlre Inattendu de rétrograder. 11 s'y rerusa comme on sait et prit le parti d'écrire à Naples dans le vain espoir d'obtenir un ooQtre-ordre. Ce jour-là, M. Léopard i se trouvait à Bologne et il avait soutenu le général autant qu'il avait pu.

Le mois de mai I84S fut fatal à l'Italie ; des dérectlons, soit ouvertes soltca» chées, vinrent de toute part se Joindre aux efforts de l'Autriche, pour lui enlever de nouveau son indépendance. Le i«rmai la dérectlon du pape avait été connue à Venise; le 34, ce fut la trahison du roi de Naples. Que se passait-il ailleurs au même moment ? U est nécessaire de le rappeler pour faire comprendre la marche Xoneste des événements et les documents qu'on va lire.

Ce même jour, 24 mai, l'Assemblée nationale en France, sur la proposiUon de M. Drooin de Lhuys, président du comité des allàires étrangères. Invitait à Pu-

23if DEUXIÈME ÉPOQUE.

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