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CHARLES-ALBERT, ROI DE SARDAIGNE, ETC

De notre quartier général de Somma-Campagna, 2S mai I84S.

Arrivé sur les rives de TAdige, notre regard et nos pensées s'adressent directement à vous, peuples de la Vénétie, à vous

nanimiié, le pouvoir exécutif à prendre pour règle de conduite le vœu snivaiit :

Pacte finitemel avec TAllemagne ; ^Reconstruction de la Pologne ; Affiranchissement de Tltalie.

Ce vote eut lieu après un discours de Lamartine en réponse à de pressantes interpellations et aux rumeurs croissantes de son entente secrète avec TAutridie. Voici quelques passages de son discours : « No» / il n'est pas vrai, comme on Va r^Mmdu, qu^il y ait eu à Végard de l'Italie la moindre entente^ même confidentielle, contre la liberté. Italienne eittre le ministre des Affaires étrangères de la république Française et FAu" triche ! Cest là une de ces calomnies dont on a cherché à flétrir la politique du gouvernement provisoire ; et quand le voile tout entier pourra être déchiré^ vous verrez que cette calomnie tombera avec tant d'autres! « Le dernier gouvernement avait , il est vrai, une semblable politique envers l'Italie. Mais, à la minute même oit la politique étrangère de la France a été entre les mains de la République, cette politique a complètement changé... Vous savez ce que nous avons dit : Pour leur gloire, pour leur honneur, pour la solidité même de leurs institutions, il faut que ces peuples les achètent de leur propre sang. Voilà la vérité, — Mais si ces peuples étaient trop faites dans leurs droits légitimes, etc., la France est là; elle reste au pied des Alpes: elle est armée ; elle vous déclare tout haut, à tous ses mnis, à vous ses ennemis, qu'à votre premier signal elle franchira les Alpes, et vous tendra cette fois-ci la main libératrice de la France /... • Mais vous disiez qu'on nous appelait en Italie ? » Après avoir lu plusieurs dépêches qui prouvent le contraire, H. de Lamartine continue :

< Mais que les amis de l'Italie se rassurent ; si ce cri de détresse dont je vous « parlais tout à l'heure venait à se faire entendre, la France interviendrait à son c mode et à son heure. Dans aucun cas, l'Italie ne retombera sous le Joug quelle a m si glorieusement secoué; dans aucun cat la France nemanquera à cette flraiemiié m pour vingt-six millions d'hommes, qui a été sa loi dans le passé et qui est • son devoir dans l'avenir! etc., etc. >

Malgré les premiers avertissements de ses agents et le silence étrange de Lamartine, le gouvernement de Venise ne put conserver de soupçon après un td discours et le vote qui le suivit.

Quelle était pourtant la réalité des faits? Le jour même, où ces magnifiques paroles furent prononcées, H. de Hummelauer

que, dès le commencement de la guerre, nous avions compris dans les paroles inspirées par la situation des provinces Italiennes s'affranchissant subitement de Toppression étrangère. Nous avons pris les armes pour assurer Tindépendance ita-

présentait à lord Palmerston le projet, conseillé et patronné par M. de Lamartine, d après lequel la Lombardle devait cesser d'appartenir à T Autriche, mais non la Vénétie I Lord Palmerston refusa de se faire médiateur d'une pareille proposition, par la simple raison qu* elle serait indubitablement repoussée par les Vénitiens en ce moment indépendants. •

Si la France et si le gouvernement Vénitien eussent pu se douter alors du sens réel des paroles de Lamartine et des excellentes dispositions du cabinet Anglais envers les Vénitiens, les événements eussent pris un autre cours. Hais le t;r<it ici n'était pas vraisemblable et,comme nous l'avons dit, l'un et l'autre cabinet étaient intéressés à dissimuler leurs véritables intentions.

Noos reproduisons ici le projet Hummelauer, pour ce qui concerne la Vénétie, ainsi que la réponse de lord Palmerston. (Voir Correspondence respecing affaires of Italy, i. U, p. 531.)

MEM0RAia>UM DE M. HUMMELAUER PRÉSENTÉ A LORD PALMERSTON.

Le 24 mal 1848.

La Lombardle cesserait d'appartenir à l'Autriche et serait libre de rester indépendante ou de se réunir à tel autre État italien de son propre choix. Elle se chargerait, par contre, d'une part proportionnelle de la dette autrichienne, qui serait définitivement et irrévocablement transportée sur la Lombardle.

L'État vénitien resterait sous la souveraineté de l'Empereur. Il aurait une administration séparée, entièrement nationale, concertée par les représentants du pays eux-mêmes, sans Tlntervention du gouvernement Impérial, et représentée auprès du gouvernement Central de la monarchie par un ministre, qu'elle y entretiendrait, et qui serait chargé des rapports entre elle et le gouvernement centrai de l'Empire.

L'État vénitien supporterait les Trais de sa propre administration et contribueralt aux dépenses centrales de la monarchie, comme le maintien de la cour Impériale, le service diplomatique, etc., en proportion de ses ressources et en prenant pour point de départ ce fait que le royaume Lombardo- Vénitien réuni serait chargé, sons ce titre d'un paiement annuel de quatre millions de florins environ, etc., etc.

La troupe vénitienne sera toute nationale, quant à son personnel ; mais comme elle ne saurait être d'une force suffisante pour former une armée séparée, elle devra naturellement participer à l'organisât ioti de l'armée Impériale et être pla» rée sous les ordres directs du ministre de la guerre de V Empereur. En temps de paix elle sera cantonnée dan* l'État vénitien en fournissant un contingent pour le service de garnison à Vienne ; en cas de guerre^ les troupes de l'État vénitien suivront l'appel de l'Empereur pour la défetise de l'Empire.

Les frais de la troupe vénitienne seront supportés par l'État vénitien., etc.

Signé, HcMMELACia.

lienne ; jusqu'à présent Dieu a béai la sainte entreprise ; mais, pour la conduire à bonne fin , il faut dans tous ceux qui y participent de la confiance et une constante fermeté. Autant notre intention de poursuivre jusqu'à la fin notre entreprise est iné-

RÉPOlfBE ME LOU» PaLHBISTON A M. DI HuSIIELAIJEft :

Foudcn-Ofpigb, 3 Juin I84S.

« Monsieur,

« Je me sois empressé de mettre sous les yeux de mes eollègoes et de Sa Xi^esté, vos communications écrites et verbales au sujet de ritalie, et le désir que vous m*avez exprimé au nom du gouvernement autrichien d'arriver» an moyen de nos bons offices, à un arrangement amiable du conflit qui existe dans le nonl de ritalie.

« Je vous prie d'être persuadé, etc., etc., etc.

« Mais avant de faire aucune démarche dans cette affaire, il est néeeaaaire pour le gouvernement de Sa Mi^esté de sTentendre avec le gouvernement antrichien, sur les bases de l'arrangement qui pourrait être foit, etc. « A première vue, il pourrait sembler que le mieux (au point de vue de llntéréc autrichien) serait de recouvrer toutes ses provinces italiennes. Mais alors même qu'il serait possible d'obtenir ce résultat, soit par la force, soit par la persnaskm, encore serait-il très-douteux que ce fût un élément de puissance et de force réelles pour l'empire autrichien.

« L'esprit de nationalité et d'indépendance est devenu si universel et si fort chez les Italiens que, pour maintenir sa domination, 11 faudrait, de la part de l'Autriche, une dépense de forces militaires et d'argent telle, qu'aucun des avantages qu'elle pourrait en retirer ne pourrait offrir une compensation suffisanté. On sait en effet que, au congrès de Vienne, cette opinion fut manifestée par le gouvernement autrichien lui-même, quant à la Lombardie, et que c'est contrairement à son propre désir que le dernier empereur fut Induit à comprendre la Lombardie dans les domaines de sa couronne. « Il est vrai que, d'après votre communication, l'Autriche propose un arrangement par lequel la Lomfjardie serait libre de disposer d'elle-même comme il lui conviendrait, à la seule condition de prendre à sa charge une part proportionnelle de la dette de l'Empire. Mais, en même temps, d'après cet arrangement, les provinces vénitiennes continueraient, à des conditions modifiées, de faire partie de l'Empire.

« Si cet arrangement était praticable, il est possible que, sous certains rapports, il soit le plus avantageux, non -seulement pour l'Autriche, mais encore pour les provinces vénitiennes .

« Mais le gouvernement de Sa Majesté craint, que, tout raisonnable que puisie être ce projet, et tout calculé qu'il soit pour être accepté des Vénitiens i^ilileiir avait été proposé 11 y a quelques mois, les choses aujourd'hui ne soient allées trop loin, pour que l'on puisse supposer qu'il serait accepté par eux on qu'ib puissent être amenés à Taccepter, si ce n'est uniquement par la force miit taire.

branlable, autant notre foi est grande que vous seconderez nos pensées et nos efforts : les uns comme les autres n'ont d'autre but c[ue rentière déliyrance de la commune patrie du joug étranger.

C'est le vœu de toute Tltalie ; c'est le besoin de l'époque et le devoir suprême que nous voulons accomplir.

Que votre confiance réponde donc à la nôtre ; une fois la Tictoire remportée, cette cause pour laquelle nous combattons toos, ne saurait faillir.

Charus Albbrt.

• C'att poorquol le gouTeniemeDt de Sa Bf iU«>té ne saurait consentir à se mêler d*niie négociation qui, dans son opinion, n'offlre aucune chance de succès, ni à fklre une proposition qui, 11 en est certain d'aTance, serait repoussée absolument par une des parties intéressées.

• Il appartient au gouvernement autrichien de calculer les chances que peut lui oflHr la prolongation de la guerre pour une réoecupation permanente et «Tantageuse des provinces vénètes. Sous ce rapport, il y aurait présomption de la part du gouvernement anglais à vouloir émettre une opinion. « Mais le gouvernement de Sa Majesté la reine est convaincu qu'en calculant les éventualités de l'avenir, le cabinet autrichien ne perdra 'pas- de vue le nomlire et la nature des forces de toute espèce que Tannée autrichienne pourrait avoir à combattre, ainsi que la difficulté de transformer de nouveau en sujets fidèles, une population qui aura été engagée presque tout entière dans une lutte ouverte contre les forces autrichiennes.

• Si donc le gouvernement autrichien, après avoir mûrement pesé toutes les circonstances, était disposé à consentir à un arrangement basé sur les conditions développées dans le Memorandum de M. Hammelauer, en date du 24 mai an sujet de la Lombardle, mais en les étendant en outre tur telle partie du territoire Vénète qui serait cont^enue entre les parties respectives, le gouvernement de Sa M^esté s'empresserait d'entamer sans délai une négociation sur

cette base.

c Palhoston. >

Quelques Jours plus tard, pressé de nouveau à ce sujet par lord Ponsonby au nom de Varchiduc Jean, lord Palmerston développe les mêmes arguments et ajoute (Voyes Correspondance, t. Ill, p. IS et 39) :

• Il y aurait sans doute quelques difficultés pour déterminer la ligne de fh>ntière

• cotre riUlie et TAuUiche. 11 faudrait qu'elle fût tirée quelque part entre Trieste

• et Venise ; peut-être le Tagliamento pourrait-il former la ligne de démarcation.

• Au nord du Tyrol, la ligne pounait être Urée quelque part entre Trente et Bol-

• sano. Mais ce sont U des poinU de dêUilà discuter lorsque les bases fondamen-

• taies auront été agréées par les parties. »

c Pauobsto». •

LE GOUVERiNEMENT PROVISOIRE AU ROI CHARLES-ALBERT.

Venise, 29 mai i84S.

Sirs,

Des rives de TAdige, comme des ri^es du Tessin, vous a?» voulu nous adresser la géaéreuse promesse de vouloir délivrer notre sainte terre italienne de la présence de l'étranger. Déjà votre vaillante armée combattait Tennemi dans sa lutte désespérée ; déjà vos vaisseaux déployaient leur glorieux drapeau sous le rocher hostile d'où sont partis des bâtiments pirates menaçant notre ville ; déjà ils témoignaient ainsi solennellement de Faccomplissennent de vos premières promesses.

Sire, vous avez aussi voulu répéter aux Vénitiens cette première assurance généreuse que Tunique but de vos efforts et de vos pensées est de délivrer la commune patrie du joug de ïétranger.

Grâces vous soient rendues, Sire, de l'intention toute patriotique de cette assurance.

Notre confiance, vous l'avez tout entière ; notre reconnaissance est égale à la grandeur du bienfait.

C'est sur l'histoire que compte l'Italie pour donner au champion de son indépendance la seule récompense qui soit digne de lui.

Le président^ Manin.

Palbocapa.

MANIN A MASSIMO D'AZEGLIO, aide-de-cahp du général dlrando.

„ Vemse, 29 mai.

Cher ami.

Les nouvelles de la guerre insérées dans la Gazette de Venise^ proviennent de personnes qui se trouvent sur les lieux, ordinai-

rement des comités départementaux. Dans le cas où il s'y troù- Terait des inexactitudes, elles peuvent être rectifiées. Nous ferons insérer dans la même gazette les rectifications envoyées par vous ou par le général Durando.

Quant aux opérations militaires de ce général, je ne suis pas juge compétent de ce que vous me dites à ce sujet. Je remarque toutefois qu'on n'y trouve pas Fexplication de trois points importants qui sont les suivants : ^

Je désire que ces faits puissent être démentis ou expliqués ; car je désire pouvoir estimer sans aucune réserve tous les champions de la guerre d'indépendance actuelle. %

Continuant avec la môme franchise, je désiré qu'on puisse démentir aussi le bruit public, selon lequel le corps du général Durando servirait à un but plutôt politique que militaire, et d'après lequel ce général, au moyen de ses agents, ferait répandre partout le bruit a que les provinces Vénètes ne seraient point secourues efficacement tant qu'elles ne se seront pas données au roi Charles-Albert »; ce qui aurait semé les dissentiments et la discorde, relâché les liens entre les autorités départementales et l'autorité centrale, et rendu difficile cette unité d'action sai)s laquelle on ne peut bien conduire ni l'administration ni la guerre.

U ne saurait échapper à votre haute intelligence, combien un pareil bruit fait tort au caractère du roi, qui a promis un secours désintéressé, une guerre d'afiranchissement, non de conquête il ne peut vous échapper combien il est nuisible à la cause italienne, de susciter des luttes de partis, dans un moment où tous les esprits devraient être dirigés vers un seul but : chasser r étranger ; il ne peut enfin vous échapper combien cela est

nuisible, même au point de vue de l'intérêt sarde, puisqu'en y

I Le marquii à^Aztglio atait écrit à Manin pour se plaindre des attaques laneéea de tons côtés contre le général Durando, et des rapports malveillants envoyés des comités départementaux à la Gazette de Venise. Après en avoir démontré rii^ustice, il demandait à Manin, à la fin de sa lettre, de lui dire sincèrement si quelques points des opérations du général Durando lui paraissaient encore obscurs? Pour répondre à cette interpellation, Manin mentionne brièvement les divert griefs du général Ferrari, connus déjà par les lettres précédentes. Nous sapprimona toute la partie militaire de cette correspondance, pour ne nous occuper que de la partie poliUque.

ralliant les âmes lâches ou vénales, on en éloigne celles qui sool fortes et généreuses.

La dernière proclamation de Charles-Albert répète, il est Trai, la promesse généreuse d'un secours désintéressé ; mais au même moment une nuée d'agents sardes parcourent le pays, répandant partout des déclarations toutes difierentes, opposées même à celles de la proclamation, et donnant ainsi un démenti faonteoi à la parole royale. Il parait certain que plusieurs de ces agents se trouYcnt auprès du général Durando. La noble mission de démasquer et de chasser ces semeurs de discorde, ces calommateurs du roi vous appartient, à vous qui professez la loyauté, qui aimez l'Italie et qui respectez votre souverain.

Quant à la lettre que le comité de Trévise a écrite au générai Durando, vous pouvez être certain que notre gouvernement n'y a eu aucune part. En semant Tinsubordination dans nos provinces, les agents pseudo-sardes dont je vous parle, ont obtenu ce résultat, que les comités départementaux ont pris Thabitode d'agir de leur chef sans aucune dépendance ; et le même jour, où le comité de Trévise écrivait au général Durando, il écrivit aussi à notre gouvernement une lettre encore plus acerbe, et il la fit imprimer et afficher, non-seulement dans Trévise, mais dans Venise même, sous nos yeux, à la porte de notre résidence.

Si nous voulons que la guerre de l'indépendance puisse réussir, et certainement vous le voulez, remettons, par pitié, toute discussion sur le meilleur système politique à suivre à l'intérieur à des temps plus calmes, laissant à la nation le soin d'en décider alors par un vote éclairé, libre et légaL

Aimez-moi, et croyez-moi,

Makin.

LE flIARQUIS D'AZEGLIO A MANIN.

YicBNCB, 30 mai.

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