‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 91 sur 144 · M. CLINTON DAWKINS A LORD PALMERSTON · texte numérisé non relu

M. CLINTON DAWKINS A LORD PALMERSTON

VonsB, 14 Juin 1848.

Je transmets à Votre Seigneurie la copie d'une notice imprimée qu*on a affichée hier sur les murs de la ville, invitant ceux des habitants de Venise qui sont d'avis de demander du secours à la République française, à inscrire leurs noms sur des registres ouverts dans ce but. L'assemblée, qui devait se réunir le 1 8 de ce mois pour décider sur Tà-propos d'une déclaration au sujet des destinées politiques du pays, vient d'être prorogée.

Le général Pepe, avec la partie des troupes napolitaines qui ont refusé d'obéir à Tordre de retourner à Naples , et qui s'élèvent, ditron, à peu près à trois mille bonunes, est arrivé hier à Venise.

Clinton Dawuns.

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE

Vbkisb, l&Jain.

DiciiiB :

Le lieutenant-général Guillaume Pepe est nommé général en chef de toutes les troupes de terre de la Vénétie.

Paoujgci. Le Président^ Manoi.

MâNIN a mm. ALEÂRDI et GAR, ehyotès de la R^ubuqce véxête

auprès ds la république française.

Vemse, 16 join.

Nous sommes en possession de vos dépêches datées de Paris, 1, 2 et 5 courant, et nous vous prions de continuer à nous teuîr au fait des événements et des opinions politiques qui prédominent dans cette ville.

Nous joignons à cette dépêche vos lettres de créance pour le ministre Bastide, qui sans doute connaît déjà les derniers événements de notre guerre. Radetzky , qu'on supposait défait à Goîto, s'est lancé avec 40,000 hommes et plus de 1 00 canons sur la Vénétie, et, tandis que Charles-Albert se laissait tenir en échec par quelques troupes qui menaçaient de descendre du Tyrol, Radetzky, lui, prenait Vicence, s'emparait dePadoue, presque sans coup férir, faisait prendre Trévise, et s'en retournait ensuite renforcer Vérone, qu'il avait laissée avec peu de monde et qui, dans l'intervalle, aurait pu être attaquée avec des chances de succès.

VoUà tout le fruit que les villes véuètes ont retiré de leurs adhésions si honteusement précipitées.

Notre gouvernement, pressé par un grand nombre de citoyens d'invoquer le secours de la France, ne pouvait à lui seul décider cette grave question : d'abord pour ne point appeler sur sa tétc les imprécations des autres Etats italieus ; ensuite parce que la seule demande de ce secours pouvait provoquer les Anglais a nous fermer la mer ; et enfin parce que c'eût été aussi déclarer la guerre au Piémont, que les troupes françaises auraient dû traverser en ennemies.

Tout ce qui était possible et de notre devoir, nous Tavons fait. Nous avons écrit à Charles-Albert : « Pouvez-vous réellement, par vos propres forces , mener cette guerre à bonne fin ? ' Nous avons écrit aux autres États italiens : a L'Italie peut-elle réellement se suffire à elle-même (/are da se) ? Si elle le peut,

qu*elle envoie des secours ; si elle ne le peut, réunissons-nous pour appeler le secours de la France en commun, et avec des conditions honorables. »

Nous vous envoyons copie de ces lettres.

Vous savez probablement , si l'ordre du jour du général Oudinot, qui fait faire à l'armée des Alpes un mouvement vers ritalie, n*est qu'une simple menace, ou bien si c'est un encouragement pour nous à réclamer son secours?

En tout cas, il convient à la République de l'ignorer, et de faire proposer par votre intermédiaire à la France, d'intervenir des deux manières suivantes :

De même que la parole pacifique du pontife s'est interposée entre nous et T Autriche, de même une parole plus guerrière, entre conseil et menace, venue de la France, pourrait lui imposer la paix.

Quels que fussent les événements subséquents, cette manière d'intervenir serait toujours honorable pour la France, et sauvegarderait aussi notre dignité; car elle prouverait en même temps, et que nous ne nous sommes pas lâchement précipités audevant des armes étrangères, et que ces armes ne se sont pas avidement précipitées sur nous.

L'autre démarche à faire serait : que la France elle-même adressât à Charles-Albert la question que de notre côté nous lui avons adressée : a L'Italie /7et//-elle réellement se suffire a elle-même dans cette lutte ?» Il se pourrait que le roi se trou- ^ât, par cette question, soulagé du pénible embarras de devoir réclamer lui-même le secours étranger, après tant de vanteries ; et en même temps il serait évident que si nous invoquons le secours de l'étranger, ce n'est point pour nous dispenser de la reconnaissance que nous devons au roi.

En tout cas ces démarches seraient uu puissant stimulant pour soulever notre nation tout entière, et l'engager à déployer toute son énei^ie ; car il est certain que, si plusieurs millions d'hommes le veulent^ ils peuvent chasser les Autrichiens, fussent-ils un million au lieu d'être cent mille !

Ce qui serait surtout à redouter de l'intervention française, c'est que la guerre ue devint non-seulement européenne, et l'Italie

arène et proie commune, mais encore qu'elle ne deytnt sodak, c'est-à-dire une guerre entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien ; et dans ce cas elle serait plus redoutable que la résolution du siècle passé ; car alors les principes dominaient les passions, tandis qu'ici les passions, et les plus ignobles, fendent taire les principes.

Pour échapper aux maux que nous menons d'indiquer, il faat nous entendre avec les hommes de France les plus respectés pour leur probité, de manière que si la guerre doit avoir lieu, ce soient eux qui imposent, pour ainsi dire, le cri de guerre et de ralliement! (il cansare i mali accermaii, giova rivolgerd agli uomini di Francia più auiorevoli per probità, sicchê, se la gtierra hà ad essere, dien essi per cost dire l'inionazitme al gridodiguerra.)

Vous voyez, mes amis, de quel poids peuvent peser dans nos destinées les paroles que vous allez prononcer en notre nom !

Le président, Manrv.

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