APOSTOLIQUE
jNous venons y Sire> implorer encore la puissante protection de Votre Majesté. Mais ce n'est plus seulement en fayeur des religieux de la Compagnie de Jésus, ou pour leur intérêt, que nous l'implorons cette protection puissante; c-est pour la religion elle-même, dont la cause est étroitement liée avec la leur.
Il y a déjà long-temps que les ennemis de cette religion sainte ont eu pour objet la destruction de ces religieux, et l'ont regardée comme absolument nécessaire au succès de leurs complots. Les voilà qu'ils sont au moment de voir réussir leurs projets. Nous déplorons avec la plus vive douleur l'anéantissement de cet ordre qu'on est sur le point d'exécuter dans les états de Votre Majesté , où ces religieux s'emploient si utilement à l'éducation de la jeunesse, à l'enseignement de la sainte morale età toutes les œuvres de piété, qui cultivent et qui nourrissent la religion et la foi.
Nous savons que Votre Majesté est tout aussi vivement pénétrée quenous-méme de ces tristes événemens. Nous n'ignorons pas qu'elle s'en est fort occupée, et qu'elle a beaucoup travaillé pour les prévenir et pour les empè-
cher; mais il est nécessaire, Sire^ que Totre Majesté mette en œuvre, et qu'elle ftissouiage de toute la suprême puissance que Dieu lui a donnée , dans une affaire qui intéricsse si fort la religion.
Il s'agit en effet des droits les plus sacrés de la reli- |;ion, lorsque les puissances de la terre prétendent eiij> trer dans le sanctuaire , en s* érigeant en maîtres de la doctrine ^ en se faisant arbitres et j.uge8 des liens les plus solennels par lesquels Thomme se consacre à Dieu, et en condamnant avec les quâifications les plus injurieuses les règles d'une société de fidèles , règles qui ont été si :solennellement louées et approuvées parle Siège apostolique/qui est cette chaire à laquelle Jésus-Christ a promis son assistance et ses lumières pour la conduite de son troupeau.
anus f attendris jusqu' au plus intime dé l%:ne à la vue de ce bouleversement si' étrange, effrayés par la érainte'de maùSL plus grands encore, nous connoissom que tous ces désordres sont les effets de nos péchés; mois instruits que TOf aison des hnmbljes pénètre le ciel, housayons eu recours aux prières publiques et particulières J nous avons conjuré le Père des miséricordes, en le suppliant avec un cœur contrit de suspendre son courroux, et de nous donner Tassistànce nécessaire pour le Succès des démarches que nous sommes obligés dé faire, à Texemple de lïo's prédécesseurs, pour remplir le devorr indispensable de notre ministère apostolique, contré -les actes des magistrats, afin de venger et réparer lès injures faites à rÉglise, et de remédier au scandale qui en •est résulté pour tous les fidèles. Après Dieu, Sire, nous îie pouvons avoir de refuge que dans Votre Majesté. Aussi nous jetons-nous avec une confiance paternelle xlans ses bras , en la conjurant par les entrailles de Jé- $us-Christ, d'employer toute la force de sa main royale ipour soutenir le tem,ple qui s'ébranle, et de s'opposer £omme un rempart invinéible au débordement de ces
«aux y qui aprèâ avoir rompu toutes les digues nous menacent insolemment.
C'est donc, dans cette même vue, que nous réclamons aussi le secours et le zèle de nos frères les évéques , assemblés actuellement à Pans > nous les exhortons à s*aller présenter au trône de Votre Majesté, pour lui exposer le danger pressant où se trouve l'Église de Fratoce 9 cette portion si grande et si noble de F Eglise universelle. Nous espérons que Votre Majesté voudra bien entendre, par Torgane de ces saints prélats , la voix de l'Eglise, ses gémissements, et les frayeurs qu'elle éprouve, en voyant qu'on arrache de son sein, que dis-je, qu'on éteint de si nombreux et de si courageux défenseurs , et cela en un moment où ses enneipis , répandus autour d'elle, augmentent chaque jour en nombre et en force. Nous espérons que Votre Majesté daignera écouter leurs conseils, parce que c'est à eux qu'appartient spécialement la plus grande sollicitude pour les dangers présents. Ils sont mieux instruits que tout autre des besoins de la maison de Dieu, et dès-lors, ils sont plus en état de suggérer à Votre Majesté^ les moyens les plus proportionnés et les précautions les plus s&res.
Nous continuerons , en attendant , de répandre , devant le Seigneur, les prières les plus ferventes et les plus humbles, afin qu'il éclaire d'un[nouveau rayon de sa divine lumière, l'esprit sublime de Votre Majesté, et qu'il lui donne la force et le conseil nécessaires pour triompher des obstacles qui s'opposent à vos intentions trèspieuses et très-droites. C'est avec le plus vif sentiment de notre tendresse paternelle que nous donnons à Votre Majesté; et à toute la famille royale, la bénédiction apostolique.
A Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le 9 juin 1762 et de notre Pontificat le quatrième.
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