SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE
?iOTRE TRKS CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Au milieu des troubles qui agitent rëglÎ9e de France^ et qui nous paroissent surpasser tous ceux que' les siècles précédents offrent à notre souvenir , troubles dont la source principale est le mépris qu'on fait de Tautôrité du Saint-Siège et de l'église universelle, ensorte qu'après avoir, secoué le joug de cette autorité, les choses en sont venues insensiblement au point, que par une licence trop commune , chacun , a son gré , ose avancer des opinions nouvelles^ qui sont non seulement contraires à la foi catholique , mais qui ne tendent à rien moins qu'à l'entière destruction de la religion chrétienne : au milieu, dis-je, de ces troubles^ le ministère apostolique dont nous sommes chargés, exige que, vu l'inutilité des moyens que nous nous sommes efforcés de prendre pour remédier aux maux qui désolent ce royaume florissant/ nous donnions du moins toute notre attention à préserver des mêmes malheurs cette portion du troupeau de J.-C, où les loups qui l'environnnent et *qni tournent sans cesse
autour d'elle, n'ont point encore pénétré. Vos états de Lorraine, N. T. G* F. en J.-C, sont une de ces portions précieuses, que la divine providence semble avoir Qiuni d'un mur de protection spéciale. On le reconnolt manifestement au bonheur qu'a cette province^ d'avoir été jusqu'à oe jour préservée des nouvelles erreurs, qui en ont infecté tant d'autres. Mais si on' éloigne ceux qui, par leur doctrine et leur exemple, sont au pasteur d'un si grand secours pour la garde du troupeau, n'est-il pas à craindre qu'il ne soit bientôt atteint de la même maladif contagieuse, qui fait tant de ravages autour de vous ?
C'est donc en faveur de cette portion du troupeau de J.-C, que nous réclamons les secours et la protection royale de Votre Majesté. Elle n'ignore pas do quelle utilité ont été, pour toute l'église, les clercs réguliers de la Compagnie de Jésus ; Elle sait de quelles douleurs ,ont été pénétrés presque tous les évéques de France, en voyant ces religieux arrachés à leurs diocèses. C'est pour détourner un semblable malheur de dessus une province qui paroît être le plus cher objet de votre affection , que vous avez remplie de Vodeur de vos vertus, et que la sagesse de votre gouvernement a rendue heureuse et florissante ; c'est pour la mettre à l'abri du danger dont elle peut être menacée, que nous vous supplions et conjurons, au nom du Seigneur, de faire ce que fit autrefois Josué , lequel étant parvenu à une extrême vieillesse , convoqua le peuple d'Israël , les anciens , les prêtres , les chefs des tribus, les docteurs de la loi , et leur dit : « J'ai fourni une « longue carrière : vous voyez tout ce^ que le Seigneur « a fait , ce qui est arrivé à toutes les nations voisines « qui vous environnent. Armez- vous de force et de « courage ; observez avec zèle et avec la plus exacte « fidélité tout ce qui est écrit dans le livre de la loi de a Moïse. Si vous venez à suivre les erreurs de ces na-
« lions qui demeurent parmi tous , sachez que vous « tomberez dam leurs pièges , et qu'elles vous entraî- « neront avec elles dans le. précipice » . A Texemple de Josué , c'est ainsi que Votre Majesté parlera aux grands qui r environnent, et qu'elle exhortera surtout les magistrats à défendre la religion et la foi catholique , à conserver et à protéger des religieux qui ^ ne se refysant à aucuns travaux, ne se laissant jamais intimider par aucuns périls, ont combattu avec tant de constance pour la maintenir, cette religion sainte, dans toute sa pureté. Vous mettrez, par-là le comble à tout ce que vous avez fait jusqu'à présent de glorieux et de grand, à l'avantage de la religion catholique.
Il est encore de votre dignité royale , de prévenir la ruine de ce que vous-même et vos prédécesseurs avez fait, et de pourvoir à ce qu'on ne renverse pas (ce qu'à Dieu ne plaise ) les sages mesures que vous et eux avez prises pour la sûreté de la religion dans vos états. Depuis que Votre Majesté est en possession de la Lorraine , vous lui avez tellement fait ressentir les inclinations de votre cœur gfânéreux,.vous l'avez comblée de tant de^ bienfaits , qu'on y voit partout des monuments quii attestent votre libéralité^ votre magnificence et plus encore votre tendre piété envers Dieu , et votrcf zèle ardent pour la religion. Non content de faire sei^vir vos tFésors à augmenter les pieuses fondations faites par les princes vos prédécesseurs,, qui se sont toujours distingués par leur piété, par leur attachement à l'église catholique, et qui ont gouverné, cette province avec, tant de gloire, votre royale libéralité s'est étendue à, de nouveaux objets, dont il ne peut revenir k l'Église que de nouveaux avantages. La Lorraine n'aura donci pas moins à se louer delà prévoyance de Votre Majesté^ qu'à se féliciter' dj& ses bienfaits, si par de sages précautions, elle assure la conservation des biens qu'elle lui a procurés, et les met à couvert de ces hommes
plusattachëB aux intérêts de leur pat-ti, qu'oècttpés à c^efcndre ceax de l'Église.
Il me semble, N. T. C. F. en J.-C, Toir la Maison des missions que tous arez fondée en fateur des clercs réguliers de la Compagnie de Jésus , élever vers tous des mains suppliantes, dans les alarmes qui Fagitent| et la crainte où elle est, qu'après que tous aurez terminé le cours de cette vie ^ et qu'elle aura perdu celui qui lui tient lieu de père , devenue orpheline , elle ne languisse dans la douleur, exposée aux plus tristes revers. Il nous semble aussi entendre TUniversité de Pont-à-Mousson implorer votre secours, et intéresser votre religion à ce qu'une académie qui a garanti jusqu'il présent la Lorraine dès e(rrears de Luther et de Calvin , de BaTus , de Jansénius et de Quesnel , ne vienne à tomber entre les mains de gens suspects, et peu éloigné» peut-être de donner dan& ces nouveautés.
Quant aux moyens de pourvoir à la conservation des établissements fondé» par Totre Majesté ou par vos prédécesseurs, ce n'est pas k nous à les suggérer à un prince aussi sage et aussi profondément versé que votis l'êtes dans le maniement des plus grandes affaires, ni à chercher à vous exciter par nos instances et nos exhortations à faire ce que vous inspirent assez votre piété et votre zèle pour la gloire de Dieu. En effet, notre ch^ fils, quel prince fit plus respecter sa vieillesse, et confirme mieux que vous, par ses mœurs, par ses vertus, par la noblesse et l'élévation de ses sentiments, la vérité de ces paroles du sage : «t La grande expérience est la couronne des vieillards, et la crainte du Seigneur fait leur gloire? »
Mais ce que nous ne pouvons passer sous silence , et que nous ne devons pas oublier , c'est que lorsque vous verrez notre très cher fils, le Roi très-chrétien, votre gendre, vous le conjuriez d'unir son autorité à la vôtre, pouf confirmer tous les établissements dont nous avons fait mention ci-dessus , et de partager avec vous le mérite
d'un^ œuvre si {glorieuse pour F un et pour Tautre. Il TOUS sera d'autant plus facile d'y réussir , que vous aurez à traiter avec un Monarque inyiolablement attaché k la religion catholique, et plein d'amour pour la justice, lequel ne souffrira jamais qu'on anéantisse de pieuses fondations, qui n'ont pour objet que la sanctification des âmes et leur salut éternel.
C'est du fond de notre cœur et dans la tendre effusion de notre affection paternelle , que nous donnons notre bénédiction apostolique à Votre Majesté , au Roi Totre gendre, à Totre fille la Reine de France, plus illustre par l'éclat de sa piété et de sa religion que par la splendeur du trône ,.au Dauphin votre petit-fils, que ses qualités personnelles et ses éminentes vertus , mais surtout son amour pour la foi catholique, et l'exccilente pureté de ses mœurs, rendent également cher à Dieu et aux hommes, à la Dauphine sa royale épouse, aux Princesses vos petites-filles , et à tous vos chers arrières-petits-enfants.
Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du Pécheur, le 34 août 1763. La sixième année de notre Pontificat.
fW\lVVAK/W\iVV^IIVV\IVSMVVVV\tVV\IVVV\;VVV>AIV\lVVV^niV\^rW^
CLEMENT XIII, PAPE