DU ROYAUME DE FRANCE
▲SSEMBLJÉS EXTRAORBUrAIREMEKT 4 PARIS.
SALUT ET BENEDICTIOif APOSTOLIQUE.
irEAsoNi^E ne peut' mieux comprendre que vous, nos vénérables frères , combien grande est notre douleur à la vue de Fétat ou se trouve à présent Téglise catholique. Votre piété, votre religion, votre zèle pour le culte de Dieu, ont dû, depuis long-temps, vous faire sentir, comme à nous, la plus vive amertume, quand vous réfléchissez sur les injures qu'on fait au Siège apostolique et à répiscopat dont vous êtes revêtus. Mais jusr qu'où se répandra ce débordement de maux qui fondent sur rÉglise ? c'est à quoi on ne peut penser^ sans la plus accablante tristesse et le plus violent effroi. Nous crûmes d'abord , il est vrai, qu'aidée premièrement du^ secours de Dieu, ensuite de votre confiance et de votre vertu , comme - aussi de la piété du Roi très-chrétien et de son grand zèle pour défendre la religion, nous devions «attendre en silence le salut de Dieu (i);» mais voyant que « tous nos ennemis ont la bouche ouverte sur nous (2), » ^ ' ■ ' ■ I 111 I ■ Il j I .11 ■ I I ■
(i)Thren ,111, 6.
(a) Ibid.
que la majesië de FEglise a'affoiblit chaque jour, dans vos contrées ; que Fautorité qu'elle tient de Dieu est foulée aux pieds et comme anéantie > « que les eaux enfin couvrent presque sa tête (i) ; » ne nous laissons pas plus long-temps abuser à la vaine confiancequi nous vient des hommes , mais mettons notre espoir en Dieu seul , qui o peut même rendre la vie aux morts (a)- » « PrionsJe en esprit; n veillons en le priant avec les plus grandes instances et les plus humbles supplications , « nous couvrant de Tarmure de Dieu , afin que puissent ainsi s'amortir tous les traits enflammés que lance le méchant esprit (3), v et dont vous voyez Tincendie s'étendre plus que jamais, comme vous le prouvent les maux dont vous êtes témoins.
Vous voyez en effet, nos vénérables frères, que ceuxlà, chez vous, dont les sentiments s'accordent avec ceux de l'église catholique, sont de pire condition que ceux qui depuis long-temps lui font une guerre horrible et criminelle. Vous voyez qu'on ferme tellement la bouche aux défenseurs de la foi , qu'il ne leur est pas même permis de dire un mot pour soutenir les Constitutions apostoliques et les décrets de l'église universelle* L^ novateurs cependant, vous le voyez encore, ne se taisent point ; mais ils combattent de vive voix et par écrit , selon que la passion le leur dicte, les décrets dogmatiques de nos prédécesseurs ; ils redoublent d'efforts pour saper l'autorité de l'Église. On vexe, on met aux fers, on exile, on note d'infamie les ministres saints, qui ne veulent dispenser les sacrés mystères que con*formément aux règles prescrites par l'Eglise (4). Ce n'est
(i)Tlireii, 111,54* (a)n. Cor. IX, V. 19. (3)Eph.vi, f8, a,i6.
(4) Ce passage fait allusion aux attentats du parlement^ dans la scandaleuse affaire des billets de confession . {Note de l'Editeur.)
pas assez. On tous a presque dépouillés de ta discipline des choses spirituelles; et sans tous consulter, ou même k Totre insu y on établit des maîtres pour former la jeunesse avec un grand péril de la foi orthodose. Mais ce quHl y a de plus funeste a la république , de plus contraire aux intérêts du peuple fidèle, de plus injurieux au Saint-Siège et à tous, c'est que la faction est arriTée à ce degré de crédit de pôuToir opprimer parmi tous, et dissiper la Compagnie de Jésus , qui a tu sortir, en tout temps, de son sein, les plus ardents défenseursde la foi catholique, et qui a toujours été « comme un signe pour ser- Ttr de but à la contradiction (i). » Son institut approuTé par réglise catholique dans le concile de Trente, comblé d'éloges et de bienfaits par tant de papes nos prédéces-^ seurs, soutenu jusqu- ici de la protection, du.pouToir, et. de la bienTcillance des Rois irès-chrétiens, des plus religieux princes, loué par Tous-mèmes, moin^ par recon* noissance que par un jugement dicté par Téquité, «protestant hautement que tous en retiriez les plus grands serTicesdans tos diocèses (2); » cet institut, on le couTre aujourd'hui^ on Taccable d'un tas d'insipides et misérables calomnies; on le représente înjurieilsement comme une tache inhérente à l'Eglise : on le liTre enfin, aTCC la dernière infamie, aux yeux de tout un peuple, et entre les mains du bourreau, pour être jeté dans les flammes. Mais le comble d&; l'absurdité, c'est de Toir des laïques qui déclarent nuls des Tœux , sur la Talidité desquels l'Église seule a droit de prononcer (3).
Quelques-uns cependant qui , sans aToir part à ces
(1) Luc II, 34.
(3) Voyez VAvis des E^ues, etc. , p. 9 et s«q.
(3) L'audace du parlement étoit aUée jusqu'à prouoncer la nullitédes vœux des Je'suites , et même à exiger, sous serment, qu'ils renonçassent à leur institut. L'exil punissoit ceux qui ne vonloient pas separjurer devant Dieu. Presque tous furent exilés. (iVote de V Editeur.)
troubles, «ontdéjà fait naufrage dans Iafoi(i)»etsoiiisatii» religion, repaissent leurs yeux du spectacle de ces divisions affligeantes qui se sont élevées entre l'Église et la puissance séculière; ils en triomphent de joie, ils se flattent d^avance que ^ les afiaires de l'église catholique allant ainsi parmi vous en décadence, ils pourront bientôt y détruire toute marque de christianisme ; ils traitent avec dérision les fidèles qui se font un devoir d'obéir à rÉgiise; ils les outragent de paroles^ ils les déchirent par des libelles.. Nous prions très-instamment et nous conjurons, avec un ^esprit plein de crainte, le Dieu des miséricordes qui a toujours regardé avec bonté le très? florissant royaume de France, de vouloir bien en écarter ces maux qui ne vont à rien moins qu'k détruire la religion jusque dans sa racine; et d'en bannir avec eux tous les ennemis de son i\pm. ,
Mais pourquoi, nos vénérables frères, vous faire parl;.\ ici de lios plaintes ? Âh ! c'est pour exciter votre vertu et fortifier votre constance. C'est a présent plus que jamais, qu'il vous faut montrer ce zèle pour TEglise et ces vifs empressements que vous avez eus jusqu'ici ; à présent plus que jamais^ il, faut ranimer dans vos cœurs cette fermeté épiscopale que la vertu de Dieu rend invincible, et que vous avez reçue dans votre consécration^ « afin que vous puissiez résister, dans le jour mau^ vai« (2). »
Mais ce que nous voudrions surtout, c'est qu'à l'occasion de cette assemblée générale, que les affaires temporelles de ' vos églises vous ont obligé de convoquer à Paris, vous conférassiez ensemble sur ce qui fait l'objet de nos inquiétudes et des vôtres ; que vous avisassiez aux moyens que l'on pqurroit prendre pour aflermir , dans ce royaume, l'autorité de l'Eglise prête à déchoir ,^
(i) I. Tim.,i, 19.
(a)'Eph., v:, i3.
que TOUS allassiez, s'il le faut, porter aux pieds d'un lîoi très-zélé pour l'église catholique, le sujet de vos plaintes et de votre douleur, lui représentant queFEglise, «ce*corps mystique' de J.-C. (i)» est cruellement assaillie des traits de ses ennemis ; qu« ses sacrés ministres sont înéprisés, eux dont J.-C. nous dit cependant que «qui les méprise> le mépriselui-même(2);» qu^ilestbienàcraindre que si l'on ne venge promptemen|; les injures qu'on fait à cette Eglise, a le prince des Rois de la terre, J.-C. le Seigneur de gloire (3), » ne les venge Idi-méme; qu'en attendant il n'est point de danger qu'on n'ait à redouter dans ce royaume. L'Eglise votre sainte Mère, l'amour que vous avez pour votre patrie, votre piété, votre fidélité envers le Roi, votre réputation même et le rang que vous occupez, exigent de vous ce devoir. Il n'est pas à craindre que le Roi très-chrétien , le fils aine de l'Eglise rejette les prières que lui fera sa Mère pour le maintien de sa gloire, par la bouche des ses saints prélats ; lui surlout qui se fait un plaisir de reconnoilre que c'est aux prières solennelles de cette même Eglise auprès de Dieu , qu'il doit son salut et sa sûreté , comme aussi l'état florissant du royaume de France, qui s'est vu mille fois arraché aux plus redoutables périls.
Pour nous, en attendant, prêts k tout souffrir pour J.-C. , nous soutiendrons de tout le pouvoir de notre autorité apostolique, l'église son épouse, ceux qui la défendent, et vous spécialement , nos vénérables frères , à chacun desquels a été confiée une partie du troupeau du Seigneur, en récompense de votre foi bien éprouvée et de votre vigilante sollicitude, afin que vous montriez, de jour en jpur, une vigueur plus mâle dans l'exercice de votre épiscopat.
(i) Ibid.f i, a3.
(q) Luc,x, i6.
(3) Apoc, i, 5 ; Cor. ii, 8.
Remplis enfin pour vous de la plus vive inquiétudey à cause des combats continuels qu'il vous faut lirrer, des peines et des angoijsses que vous ressentez, et que notre charité paternelle nous remet sans cesse devant les yeux , nous prierons, en tout temps, le Dieu des miséricordes, pour votre conservation et votre véritable et solide gloire en J.-C. ; mais c'est surtout en offrant Thostie dé propitialion , que nous redoublerons nos vœux Les plus ardents, pour vous obtenir la grâce et le secours dont vous avez besoin. Nous vous accordons cependant, avec une tendre affection; nos vénérables frères, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, à Saihte-Marie*Majeure, sons Faaneau du pécheur, le 9 juin de Tan 1762, et de no^e pontificat le quatrième.
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