POUR DEMANDER LA CONSERVATION DES JESUITES
Sire ,
JliBi voi» demandant aujourd'hui la conservation des Jésuites, nous avons Thonneur de présenter^ à Votre Uajestéy le vœu unanime de toutes les provinces ecclésiastiques de son royaume. Elles ne peuvent envisager sans s'alarmer la destruction d'une société de religieux recommandables par l'intégrité de leurs mœurs , Taustérité de leur discipline, l'étendue de leur travail et de leurs lumières , et par les services sans nombre qu'ils ont rendus à FÉglise et à l'État. Cette Société, Sire , depuis la première époque de son établissement ^ n'a cessé d'éprouver des contradictions : les ennemis de la foi Font toujours persécutée , et, dan^ le sein même de TÉglise^ elle a trouvé des adversaires aussi dangereux rivaux de ses succès et de ses talents, qu'attentifs à profiter de ses fautes les plus légères ; mais, malgré ces secousses vio« lentes et réitérées , ébranlée quelquefois , jamais renver* sée, la Société des Jésuites jouissoit, dans votre royaume, dSin état sinon tranquille, au moins honorable et florissant). Chargés du dépât le plus précieux pour la nation,
dans rëducation de la jeunesse, partageant, sous l'autorité des évéques, les fonctions les plus délicates du saint ministère, honorés de la confiance des rois, dans le plus redoutable des tribunaux, aimés, recherchés d'un grand nombre de tos sujets, estimés de ceux mêmes qui les craignoient, ils avoient obtenv une considération trop générale pour être équivoque ; et des lettres émanées de TOtre autorité, les déclarations enregistrées sur les effets civils de leurs vœux, des arrêts des parlements rendus «n conséquence de ces déclarations, des procédures multipliées où ils ont été admis comme parties, des donations, des unions faites en leur faveur et revêtues des formes légales , la durée de leur existence , le nombre de leurs maisons, la multitude des profès, la publicité de Jeurs fonctions, leur genre de vie entièrement consacrée à Futilité publique, tout jusqu'aux obstacles mêmes dont ils avoient triomphé, Içur annonçoit:u;a avenir heureux. Et qui auroit pu prédire, Sire , Forage affreux qui les menaçoit? Leurs constitutions, dénoncées au parlement de Paris, sont un signal qui est bientôt suivi par les au très parlements; et dans un délai si court, qu'à peine aurok-il été suffisant, pour Finstruction d'un procès particulier, sur les rapports de vos avocats généraux ou sur la délation de quelques conseillers de vos cours souveraines, sans entendre les Jésuites, sans admettre leurs plaintes et leurs requêtes , leurs constitutions sont déclarées impieâ, sacrilèges, attentatoires à la majesté divine et à l'autorité des deux puissances ; et sous Te prétexte de qualifications aussi odieuses qu'imaginaires, leurs collèges sont fermés, leurs npviciats détruits, leurs biens saisis , leurs vœux , annulés ; on les dépouille de l'avantage de leur vocation , et on -ne les rétablit pas dans ceux auxquels ils ont renoncé; on les prive des retraites qu'ils ont choisies, .on ne leur rend pas leur patrie. Proscrits, humiliés, ni religieux, ni citoyens, sans état.
sans biens 9 sans fonctions, on les réduit à une subsistance précaire ) insuffisante et momentatiëe. Et celle qu'on leur fait espérer sùffira-^t-élle a dès hommes ac3 coutumes à yivre en communauté 'et à se contenter du simple nécessaire , mais à le trouver sans peine et saris fatigue, et Courbés pour la plupart sous le poids des années et des trayaux? Une révolution si subite, et dont là* rapidité étonne ceux mêmes qui en sont les auteurs , sembleroit annoncer, Sire , de la part des Jésuites de France, quelque attentat énorme qui a dû exciter là vigilance des magistrats. Quand nous voyons, dans le quatorzième siècle, les deux puissances se réunir pour la destruction desTempliers, nous voyons, en même temps, que cet ordre fameux étoit un sujet de scandale et d'eflroi ; et nous sommes presqjiie autant étonnés de la patience avec laquelle on Fa laissé subsister si long-temps, ique de la rigueur avec laquelle on Ta détruit. Aujourd'hui, Sire, nous cherchons en vain les causes qui ont dû armer la sévérité des lois : on ne reproche aux Jésuites aucun crime; un magistrat célèbre dans cette aSaire, convient même « qu'ils ne peuvent être accusés du fanatisme » qu^il attribue k Tordre entier » ; et pour avoir le prétexte de les condamner, on est obligé'de renouveler d'anciennes imputations contre leur doctrine et leurs constî tutions. Mais, Sire, si cette doctrine et ces constitutions sont aussi condamnables qu'on le suppose, comment se peut-il' faire qu'aucun Jésuite de votre royaume ne soit coupable
desexcès qu'on prétend qu'ellesautorisent?Quelleétrange contradiction que de proposer comme des sujets fidèles et vertueux les membres d'une société, qu'on assure être vouée, par serment, a toute sorte d'horreurs; et de' supposer que des milliers d'hommes puissent être attachés à des principes qui révoltent la nature et la religion , sans qu'aucune de leur actions se ressente de la source empoisonnée qui doit les corrompre !
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Nous ne vous rép^teron» points Sirè » i^vt ce que k» ëvèques assemblés par vos ordres, au Akois de décembre^ ont eu rbonneur d'exposer à Votre Majesté au sujet de» constitutions des Jésuites. Après les éloges qu'en o^t faits le concile de T|r<ente, rassemblée de 1574 ^ et plusieurs papes qui ont illustré la chaire de Ss^itCtrPierre par Péclatde leurs lumières et de leurs yertus, comment a-t-on pu o^eir 1^ traiter d'impies ei de saeriléges? La conduite çle la soci^y pendant cinquaïite ané , n'étoit-^Ue pas suffisante pour rassurer sur les craiates que polirroient inspirer ses privilèges? Et quand même il y auroit eu , dans rinstitut des Jésuites , quelques défauts susceptibles de précaiitions y ces défauts pouvoient-ils être une raison de les détruir0?Si Texpression trop générale d'un devoir uécesfitai^e, si des privilèges trop^étendua, mais abolis par U renQncîation de ceux même qui les ont o)>ténus, si d^idangers purement possibles, suffii^nt pour détruire m|e. ^Qpiété qui réunissoit en sa fareur la possesiion de d^V^^i^^l^^» ^^ ^'approbation des deux pù&sailcés, quel Q^f, ^r^f Tordre r^Ugieux» dans tos Etats^ qui put se flatter de ne pa$ éprouver le mèm« sor|? Il n'en est aucun dont les qonstiiutipp^aieut subi l'examen qu'on aùpppse ai^ourd'hui nécesstâre» Quelle est la règle qui^ dans tous s€;^:articlçs, p0u4 ^e proiûetire d'être entièrement supérieure À une critique sans bornés? Les privitégés de tous le$r<eUfi;iAux sQPt.pre^quç Ums les mêmes ; et les Jésuites sQQ^^U ceux qui en ont le plus abuaé7.Noliane nôupptr- Ji^çtt^i}^ pi^ , $ir«t de soupçonner des mpigislrpts d'agir par d'fl^tres vufiç §pm par ceUcp df là jusjtice; mais si la p$girt^al)f^^'s(paA4i<ît&l9S arrêts^ que me deit paacraindre d^ le^rs principes tout le clergé régulier der votre royauu^ç? '
Nos craintes sont particulièrtsmeutifondées sur la nou* velle jurisprudence qui coinjïuwice à s'établir et à s'accréditer. L'état civil 4«s sociétés religieuses a toujours
iut parûd du droU popili^^ et ne peut étredmdé que par votre autorité royàkf la fortune des parûcttliers e6t réglée par les ordonnances générales émanées de ^otre trdne ; celle des comiiivaiauiés est fondée suv les* lois qui leur sont relatiTes. Si c'est par vos lettres-pateutes qué c^s communautés doivent être établies, e^est aussi par vos lettres-patentes seules qu'elles peuvent être exclues. N^Hs rédamons , Sire ^ en Saveur des Jésuites , le maintien.n»éme de votre autorité: daignez les jtiger voufr* ulêmei et s'ils doivent éire Condamnés (c'est oe qu'ils ne peuvent craindre de la justice et de la botité de votre ooeur)^ ils auront au moins la consolation d'avoir été jugés par celui qui doit seul être l'arbitre de leur sort.
M£|i» quelle humiliation ne seroit-ce pas pour eux et pour tous les ordres du royaume, si^ soua prétexte de Tappel comme d'abus , de simples arrêts de ros parlc'** mentspbuvoient détruire des établî^ements consacrés par une possessioa constante, des fonda liokis, mcmuments ruspéctables de la libéralité de vos anoêires, des maisoils dévouées à ritiatmctfon de ta jeunesse, k ressouit:e des fti« nuUesfUEinçoiseà et rasile desétrang^rs, qui yen voy oient avec empressemiéfatileifrs enfant» recevoir des teçoiM de sagesse et de vertu ! Nou^ ne pouvons, Sire, vous exprimer ossesforteaicnt les inconvénients qiï) dtilVeilil i*ésuU ter de la destructiofi des collège^ déis Jé^ices dans nos viljbca et dams nos i»rovinoes/ L'éducation est le«nei^f et la foroe des Etants :. c'est elle qui prépare les événenientâf des génératioi|{d simanc^ ç <l'es>t ÂlM l'intérieur des collèges qim se^ldribcntees hon^iyies'snpéyiews qui doivent' to JQor jédairca* ei-oonidulre leur haiâotf, ces tii;ini$tres de l'Ëvatsgilè qui sont cbargés de guider léyeupW d^n$ h. VOIS' dorsâllut) cea éi«eyéHs fidèles et terite«i)t qui sont ^ornement delapàti^fe et sa douCfe oonsolation. Cette édoeatÎM»!! ne doit^oiiSfrir d'atitre tariati^n quecelle qui peut tendre à la perfection ; et toute imerf«f>ttof\ ar^-
i^ . ACTES
«once .nHécQSftairemeift an.vi^^f ^w^ se fait aéntbr ^ tôt oit lacd, pa^rl^s malheurs aLiabhés à rigaorànoettt à la cor^
; Ces malheurs, Sire, serotitT^uDe suite inéyiiable des ai^réts qui , par un mémejugement, ferment toutes le» éjçoles des Jésujtes. Qustiicl il seroit facile de remplacer une société qui y pai* lu naUive de ses engagements , la inpltitud^ des sujets, la variété d^ talents , peut suffire à toupies âges et à toutes les conditions ; ces maîtres nouvy^u^ , substitués à. des maîtres consommés , auront^îlft acquis, eo un instant, Texpérienoe qui leur seroit neces* saire? Et, supposant que dans chaque ville il s'éleveroit uu:ordreide citoyens consacrés à Véducation de la jeu- U^^e y Qom^iett de temps ne .leur faudroit-il pas pour égaler PQUX diont ils tiendront la place? Ils auront euxméines b^oin d'une. espèce d'éducation qui aura ses progjrMi^ntâiet suocessifs , et le temps qu'ils y emploieront s^a juj^ lemp» perdu, pour la nation; perte irréparable q^t^ÎT^^rreraJe^. limites de nos connoîssances ^ et dont nQ^,iif«veM:(. «senjtiroot encore plus que nous les effets. . Nous ne vous dissiinulerons pas, Sire, un autres sujet d<9-nos craiutes, dans les. nouveaux 'coUéges qu'on subs* iiiue a c^iisL des Jésuites. Le but principal de Téducation u'est^ pas seulement d^instruire les hommes : son objet est^de Jes élever et de lés former à la religion et k la v:ertu.; sanis.cela ks lumières méine deviennent dangereux^,, et Içs/connoi^sances les plus étendues ne sont qu'un éc^eil, et pour celui qui les possède et pour ceux ù.qui il les conamuiaique. Ce rapport essentiel des institutions publiques à .la Jbi' et aux mceurs, est le principe du droit qu^ont les évéques de veiller à l'éducation. Ce droit est fondé sur. celui de prêcher et d'instruire qu'ils ont reçu de Dieu,, sur la sainteté de leur caractère, sjar la nature des sciences, divines qui font partie de l'instruction, sur la condition des régents et princi-
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paux » pf es^nè toujourt'ècelésidtitTqu0& ^ 'suf i'ânportafve^ du iihoix ' d^ libres iriètnei otemque^^ dtttis^ l«è fpremièràs études y enfin surlesordoiisancès des JVfAs ^i esthori* tent les évéques à établir dans leurs diocèses des écoles et ootlëgçs, où les B€te]icei;dÎ¥tnes et. hamâtnes soient enseignées sous leur autorité. Nous n'avions nulle inquiétude, tant que Téducation étoit confiée à des çom- Énunautés dont nous connoissions le zèle et l'amour pour la religion. Aujourd'hui quelles ne doivent pas être nos alarme^ ! I^es parlc^œeiHs, au. lieu de reconnottre le droit que nous avons sur l'administration des collèges, l'attribuent aux officiers municipaux, sans même parler de notre concours et de notre intervention. A Dieu ne plaise que nous voulions déprimer ces officiers : nous savons que , dans les grandes villes , ils réunissent presque toujours beaucoup de probité et de talent ; mais leur autorité sera-t-ellc aussi utile que la notre? ont-ils le même droit? leurs occupations leur permettront-elles la vigilance nécessaire ? Et dans les petites villes , Votre Majesté sait elle-même que ceux qui remplissent ces emplois sont presque toujours des^ gens obscurs, sans talent, sans éducation? Sera-ce en de pareilles mains que vous laisserez la partie la plus précieuse de vos sujets, dont le sort doit décider, un jour, de celui de la nation ?
Ainsi , tout vous parle , Sire, en faveur des Jésuites. La rdigion vous recommande ses défenseurs, l'Eglise ses ministres , des âmes chrétiennes les dépositaires du~ secret de leurs consciences , un grand nombre de vos sujets les maîtres respectables qui les ont élevés, toute la jeunesse de votre royaume , ceux qui doivent former leur esprit et leur cœur ; ne vous refusez pas , Sire , à tant de vœux réunis , ne soufirez pas que, dans votre royaume, contre les règles de la justice, contre celles de réglise, contre le droit civil , une Société entièr<î
sa ACTES DU CLBRGE.
SQÂI dëâruite f aau» Vf tdît «kmté» L'imév^t de Tptrq aotôriié ipène Texige ^ et nous faisons profession <i*étre aussi jaioi^ de ses droits que dès-nôtres.
Nous
, avec la ^liis respectneuse soumission,