‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 20 sur 69 · PREMIER DOUTE · texte numérisé non relu

PREMIER DOUTE

Il faut suspecter tous les monuments de l'histoire moderne, bu accorder aux premiers Jésuites la gloire d'avoir été des hommes éminents en science et en vertu. Un Ignace, un Xavier, un Laynés, un Salmeron, un Lefèvre ^ un Rodriguès.

Suivons la Société d'âge en âge : nous verrons partout le même esprit^ le même zèle, les mêmes talents, les mêmes vertus renaître, se reproduire, sous des noms différents. Borgia hérite de l'esprit d'Ignace; de nouveaux apôtres prennent la place de Xavier; et tandis qu'un Anchiéta étonne, par ses prodiges, le Nouveau- Monde; qu'un Oviédo dans FEthiopie, un Canisius dans rAUemagne, un Possevin en Moscovie, un Edmon Campian en Angleterre, ramènent à l'Eglise des millions d'hérétiques, on voit se former à là sainteté la plus suhlime, par la pratique constante de leurs règles, les Gonzagues, les Koska, les Régis, les Berckmans, les Clavers» les Alvarès, les Dupout.

J'ai nommé des hommes vénérables par leur sainteté;

et je n'ai point encore parle de oe nombre prodigieux de martyrs que la Compagfme de Jësus a donné à TEglisc. Toutes les parties de la terre ont été arrosées de leur sang : « Ils ne le donnent pas seulement, disoît, dèg l'an 1571, un saint pape, Pie V(de Tordre de Saint* Dominique), ils le prodiguent. » Cô seroit à mon gré une belle apologie que la liste de plus de huit cents missionnaires qui, dans Fespace d'u» sièele, ont été martyrisés pour la foi de Jésus*Christ.

Passons à des temps moins reculés; et, pour me ren^ fermer dans ce qui est de mon sujets ne parlons que des Jésuites françois. C'est en France qu'on les attaque; c'est en France qu'il faut les suivre et les étudiei^ On leur y accorde des talents : voyons si on y est en droit de leur disputer les vertus. \

C'est un fait facile k vérifier qu'il n'y a peut-être pas, dans le royaume, une seule ville un peu considérable qui ne révère quelque Jésuite comme son apôtre : Chau-* dran, Sandret, Maunoir, Huby, noms obscurs, noms ignorés parini nous, mais qu'on ne prononce qu'avec vénération, qu'on invoque avec confiance dans les pro^ vinoes ou ils ont vécu. La ville de Lyon seroit*eile asses ingrate pour avoir ouîilié les soins que prit Edmon Auger pour la conserver au roi et à TEglise? Que dirai-je d'un François Régis, dans le Vivarais; d^un Lacolombière mort à Lyon; d'un Charles de Lorraine mort à Toulouse; d'un François de Beauvau mort a Nancy; d'un Bouthier mort à Aix; d'un Cotton, d'un Bontems, morts k Besancon; d'unMaldonat, d'unSuren, d'unLaTrémouiHe, d'un Suffren, d'un Petau, d'un Lallemand, d'un Brébeuf, d'vii Joqnes, d'un Le Valois, d'un Sanadon, d'un Bourdaloue» d'un Guimont, d'un Noël, d'anPorée, d'un .Segaud? J'ai vu Qeux-là même qui insultent à la naé* moiré de tant de grands hommes^ donner des regrets, quelques uns des pleurs, à la mort de ces derniers.

Il semble que le zèle des Jésuites de France ait pris les

mÂihe^ accroiasements que la France même. Ib ont porte le nom de Jésus-Christ partout où nos rois ont étendo leur puissance; et on peut dire que les conquêtes qu'ils ont faites à FEglise ont été des conquêtes pour l'Etat, puisqu'il est prouvé que ce royaume n'a point eu, dans * nos colonies, de sauvages plus fidèles que ceux que les Jésuites y ont catéchisés : qu'on ouvre le dépôt de la marine> on en sera convaincu.

Voilà pour les âges que nous n'avons pas vus; car pour le nôtre, c'est à chacun d'ouvrir les yeux et d'observer qu'on veut détruire les Jésuites d'aujourd'hui y mais qn*cn ne les attaque pas. Lit-on, en effet, dans cette liste immense d'auteurs accusés, le nom d'un seul Jésuite vivant actuellement en France? Ils sont donc au moins innocents des horreurs reprochées à leurs pèteSi préjugés aussi favorables aux pères qu'honorables aux enfants: car comment les enfants sont-ils vertueux, si ceux qui les ont élevés et enseignés ne leur ont appris que des erreurs et des crimes?

Résumons maintenant, et comparons le portrait que je viens de tracer de la Société avec le tableau que nous présente YExtraà des Assertions. L'un des deux est feux; je doute que ce soit le mien : j'ai pour garant de tous mes traits, dix-neuf papes, un saint concile général (i)^ de grands homn^s^ de grands saints, un saint Charles Borroméé, saint Philippe de Néri, sainte Magdeleine de Paffy^ sainte Thérèse, saint François de Sales, saint Vincent de Paule, le bienheureux Pierre Fourier, la bienheureuse de Chantai , tout ce qu'il y a eu en un mot de saints et de saintes dans l'Europe depuis l'établissement de la Société ; et si cette autoi:ité n'est pas sufQéante, je produirai, en faveur des Jésuites, plus dé cent édits de tous les souverains de l'Europe , autant d'arrêts de différents tribunaux, deux siècles d'estime, et, ce qui

(i) Le Concile de Trente.

▼aut cela peut-être, quand il s'agit de zèle et de yertus, la haine et le déchaînement de toute espèce d'hérétiques, de schisma tiques y de novateurs, de débauchés et d'impies.

DEUXIEME DOtlTB.

Bien des gens prennent part à la cause présente : toute rSurope a été comme réveillée par le bruit d'une révolution si soudaine ; en France surtout l'attention est plus générale, parce qu^on y a partout, sous les yeux, ces hommes que tant d'arrêts destinent à la proscription. Or que pensent des Jésuites, je ne dis pas tant de saintes communautés de l'un et de l'autre sexe (ce sont des enthousiastes et àes fanatiques , l'abbé de Chauvelin l'a dit, M. de Chalotais l'a répété, le gazetier ecclésiastique les en a félicités : peut-on se refuser k de pareils témoignages)? Je ne demande pas ce qu'ont pensé des Jésuites les Bacon, les Baronius, les Richelieu, les^Bossuet, les Fénélon : je demande ce qu'en pensent encore aujourd'hui ceux qui, dans le monde, ont quelque réputation de sagesse et de vertu? Est-il un seul hompne, faisant exactement la Pàque des chrétiens, qui ne soit persuadé de l'innocence des Jésuites? Qu'on me cite un seul évéque, je me déclare confondu et je me tais. Mais tant que je verrai tout ce qu'il y a de plus distingué dans le loyaume par le rang et par la naissance, par le caractère, par le savoir et les vertus, crier à l'injustice, s'indigner contre la persécution, plaindre les Jésuites, les regarder comme des gens d'honneur, utiles' à la religion et à l'Etat; tranchons le mot, lorsque je vois ccqu'it y a de plus respectable dans la magistrature même, s'unir, s'élever de cdhcert, faire un effort commun en faveur de la Société, et venger hautement les Jésuites, par le poids honorable de leurs suffrages, des satires, des intrigues, de la cabale et des secrets complots de la haine, des emportements et de la fureur d'une jeunesse effrénée.

je demaade comment moi^ petit particulier, pourrois^je croire ces mêmes Jésuites des idolâtres, des Toleurs, des rebelles, des assassins, des régicides? £t cela sur la foi de qui? De gens, pour la plupart, dont la haine honore» et, selon le dire d'un ancien, vaut elle-même une apo^ logie. Car voilà encore un fait à alléguer, ce me semhle, en faveur des Jésuites : moins un homme a de religion, moins il a de. moeurs, plus il est acharné contre la Sb« ciété. J^en excepte quelques femmes crédules et qudqueé âmes simplesi, à qui on a persuadé que c'est aimer Dieu purement que de haïr cordialement les Jésuites. Et ^n^oore.é,.« M^îs en tout cas, c'est te petit lionibre»

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