SEPTIÈME DOUTE
Et c'est cette conduite pleine de partialité et d'emportement qui m*a tenu d'abord en garde contre ce qu'on débitoit des Jésuites. Jusqu'ici, quand on porloit, devant nos maf{g^istratSy quelque accusation considérable, je vpyois de la maturité, de la méthode dans les informations: le crime étoit spécifié ; l'accusé étoit entendu , on le confrontoit avec ses accusateurs. Le peuple, qui est avide de nouveautés, s'impatientoit souvent de toutes ces formalités; mais le juge soutenoit toujours son caractère. If savoit que, si le citoyen est comptable au magistrat de ses activons, le magistrat lui-même est comptable à la société de ses jugements ; et que ce n'est pas assez pour l'homme public d'être juste, il faut encore qu'il le paroisse.
Que sont devenus tous ces principes dans la cause présente? Les Jésuites sont condamnés partout, et nulle part ils n'ont été entendus. Quel est le tribunal qui les a appelés, qui les a sommés de se défendre, et qui a daigné les écou ter, dans leur défense, lorsqu' ils se sont présentés? Leur institut étoit flétri a Rouen , à Paris et à Rennes, avant qu'ils eussent pu obtenir la permission légale de dire un mot pour sa justification : que dis-je! ils ne l'ont pas même encore aujourd'hui, cette permission : ce qu'on accorde aux plus grands scélérats, on le refuse aux Jésuites ; pourquoi? Cependant on dit partout: « Tout est prouvé, tout est démontré. » Si quelqu'un par hasard ouvre un avis plus modéré, quelles clameurs! comme on le siffle! «C'est un Jésuite de robe courte, c'est ceci, c'est cela (i). » On le fuit, il est excommunié. « Oui, il y a plus de silence aux halles que dans nos chambres as-
(i) Est-ce bien en 1762 que Fauteur écrivoÎL? On croiroit entendre an récit de ce qui se passe eu 1837. {Note de V Editeur»)
semblées. » C'est, mot pour mot^ le propos d'un illustre magistrat que je ne nomme pas, mais qui ne se cache point. Que dirai-je des pratiques sourdes, des intrigues secrètes, des sollicitations, des menaces même, pour ameuter ce qu'on appelle les classes du parlement de France (i)? Moi qui écris ceci, je sais telle lettre.... mais taisons-nous Je dis donc qu'à la vue de ces irrégularités, je doute de tout, parce que jamais on n'en a agi de la sorte, pour punir le crime ; mais qu'au contraire c'est ainsi qu^on en a toujours agi, pour perdre l'innocence.