QUATRIEME OBJECTION
Bulles , priyileges , etc.
« La collection des bulles extorquées par les soi-disant Jésuites est un arsenal formidable, dans lequel on a renfermé toute Tartillerie du Vatican, ainsi livrée à la «disposition du général, pour frapper les souverains et les prélats qui oseroîent élever le moindre obstacle à la propagation de son empire. Ce sont ces concessions qui ont porté l'orgueil jésuitique au comble. d'insolence, etc. >»
REPONSE
[o Les bulles qui accompagnent Finstitut ne sont point rinstitut; quelque dates tables o^^e^^ puissent être, elles ne peuvent vicier ce qui a été reconnu essentiellement
bon.
2^ Ces bulles n'attentent pas, du moins évidemment, h l'autorité du Saint-Siège qui les donne. Les souverains pontifes auroient-ils pu, auroient-iis voulu mettre ainsi des bornes à leur propre puissance? Benoit XIY n'a-t-il pas cru avoir le droit de donner, en Portugal, au cardinal Saldanha, la qualité de visiteur (i)?
3® Tous les ordres religieux oiit les mêmes privilèges; les Jacobins ont obtenu de Benoit XIII, en 1727, une. bulle qui n'est pas enregistrée, etc.
40 Les clauses contre lesquelles on se récrie sont de pur style.
h^ Paul III, après Eugène lY , adressa au parlement de Paris, en 1538, une bulle qui a été juridiquement enregistrée, qui fait loi au palais, et sur laquelle on se fonde lorsqu'il est question dUndult sur les bénéfices de patronage ecclésiastique. Cette bulle, confirmée par Clément IX en 1667, renferme des clauses plus fortes que celles qu'on proscrit aujourd'hui. Le parlement n'a jamais reçu le procureur général appelant comme d'abus de cette bjuUe; il n'a jamais renoncé aux privilèges qu'elle renferme.
6<* Les Jésuites, dans rassemblée de Poissy, en 1561, ont renoncé solennellement à toutes les exemptipns qui seroient ou pourroienl paroitre contraires aux immunités du royaume.
(1) Ce cardinal Saldanha est ce même patriarche de Lisbonne dont noQS avons déjà parlé , et qui fut gagné par Pombal, pour Paider à détruire les iis\k\te&^{y oyez Destruction des Jésuites , Discours prélim. )
CINQUlÈaiE OBJECTION.
Obéissance areugle.
«Les Jésuites ont pour leur général une ctéissaneé aveugle. « Ils sont mus à peu près^ disent les magistrats <r de Lyon, comme ces machines inanimées qui plient « sous Teffort des ressorts qui les déterminent, et qui « sont entraînées sous la direction d'un moteur invisible tf pour elles. »
« On trouTCy dans les termes des Ccnstàtuions , une force, une énet^ie fanatique , qui ne peuvent s'accorder avec les maximes des saints. Despotisme sacrilège dans le général) servitude scandaleuse dans les inférieurs, qui obéissent à leur supérieur « comme à Jésus^Christ même; i» qui sont entre ses mains a comme un bâton entre les mains d'un vieillard , » etc. , etc.
« Cette obéissance doit encore être si prompte^ qu^au moindre signe de la volonté du supérieur, il faut tout quitter, «n sans achever même de fermer la lettre qu'on auroit commencée. »
inÉpoNse.
i^ L institut né prescrit point une obéissance àtéu^le, mais « an^ ^j/i^^^ d'obéissancie dveugle. »
3<> L'obéissance aveugle, dans le même sens et en termes plus forts, est prescrite par saint Benoit (dh. 68); par saint Basile, qui Veut ^ qu'tin religieux se détache de son propre jugement (i); » par saint Fulgence, qui dit « qu'un religieux doit renoncer à sa volonté propre (a);» par saint Colomban (3); par saint Fructueux (4); par saint £ucher(5). Elle est prescrite aux Chartreux, aux Prémontrés, aux Carmes déchaussés, aux Grammonistes, etc. Les
(i) In Regr, quœst, a8, p. 464- W ^« viY<f, B., C., 17. (3) p. ^%, (4) p. i4ï' \^) Appendix , p. 56.
Trinitaires ont transcrit, mot à mot, dans leur règle, six paragraphes entiers du sommaire des constitutions des Jésuites sur Tobéissance. Saint Bonaventure veut que rhomme obéissant soit « comme un cadavre ; » saint Basile Teut qu'il soit o comme la coignée entre les mains du bûcheron; » saint Jérôme dit qu'i} faut que le religieux» n'ait aucune volonté; » saint Jean de TEchelle veut que le religieux « renonce à son ame et mette sa volonté propre dans le tombeau(i); usaintBernard et saint Benoit veulent « qu'on obéisse dans les choses impossibles ^ sans examiner le « commandement en lui-même; » saint Benoit rapporte les prodiges, que Dieu a opérés, « pour justifier cette ridicule obéissance. «Voilà les sources dans lesquelles Ignace a puisé. Ceux c[ui sont venus après lui n'ont pas été moins expressifs. Selon le directoire des Chartreux, imprimé en 1697, « il faut soumettre son jugement; » saint François de Sales répète à chaque instant qu'il veut « qu'on obéisse en aveugle (2);» la règle des frères de Brieux (eh. !«>*, art. 1«^) prescrit la soumission de jugement et d'esprit k son supérieur; » à la Trappe, il faut regarder « l'ordre du révérend père abbé comme celui de Dieu (3); » le religieux doit être, entre les mains de ses supérieurs, « comme de la cire à laquelle il peut donner la figure « qu'il lui plaît; et tout de même qu'un mouchoir dans sa «main, dont il peut faire ce que bon lui semble (4).» Si tout cela n'est pas extravagant, l'institut des Jésuites çst bien sage^
3^ Il n'y a que l'obéissance fiveugle qui soit éclairée. Les soldats doivent-iU exan^iner si la guerre est juste ; les peuples, si les impôts ne sont pas excessifs ; les huissiers, si l^s arrêts du parleipent contre les Jéspites sont équitables? 6n serons-nous donc réduits à détester des saints.
(i) Epist, ad Paêt,, art. Sq. (3) JEsp,yX, a , p. 3i3. (3) Régi, génér.f t. I, p. 177.. (4) Con/,dela Trappe^ Paris, édition de 1720.
VËRIDIQIJE. 27
parce qu'on livre au feu leurs ouvrages, sans daigner nous moMrer ce qu'on y a trouvé de dangereux et de criminel?
i^. Il est faux y il est impossible , que cette obéissance aveufrk entraîne avec elle tous les crimes. La religion , le sens commun, et l'institut, défendent d'obéir dans les cas où Ton verroit quelque péché. Cette obéissance aveugle n'cmpécbe pas de voir. D'ailleurs , les Jésuites , que l'on ne trouveroit pas plus coupables que tant d'autres ordres religieux , s'ils n'étoient , en effet , plus réguliers et plus éclairés, se réuniroient-ils donc tous, sans réclamation, pour devenir saintement imbéciles ou pieusement scélérats ? Oui , leur obéissance est aveugle ; elle Pest comme la justice devroit l'être: les gens de bien se plaignent que dès qu'il s'agit des Jésuites, elle n'a plus ni bandeau , ni balance, etc.
60 Si cette obéissance aveugle est un crime, il faut appeler comme Jtalus de l'ordre que donne saint Paul aux premiers chrétiens, d^ obéir à leurs mattres comme â Jésus-Christ m4me. L'àpôtre semble encore -^xx^ fanatique que saint Ignace; car il ne met aucune vestriction à cette obéissance. Heureusement, pour la siïreté des princes et des Etats, que le Nouveau-Testament n'est pas enregistré.
^^ L'obéissance, qui me^lun-joug de/er, selon les ^^anx o diseurs du siècle, » ainsi que s'exprime M. de tlancé(i), Ao\t^\xe prompte j suivant saint Basile; Cassien ne permet aucune discussion de la part du religieux a qui le commandement est fait; il veut qu'on obéisse avec autant de promptitude que si l'ordre venoit « de la part de « Dieu (a). » On lit, dans une ancienne règle, qu'au premier ordre, un religieux doit se lever, «comme si des « charbons ardents étoient tombés sur sa téte(3). n L'abbé
(i) T. i,p. 87. (a) Inst., lib. 4 , cap- lo. (3) Cr-i-, n" 59.
Sylvain appelle un de ses religieux, nommé Marc: « celuici, qui écrivoit, n^acheva pjas même de formera lettre O qu'il avoît commencée (i).» Il faut croire que ces pieux fondateurs, en composant leurs règles, n'étoient pas dirigés par le même esprit qui dicte %ujourd*hui les arrêts et les Comptes rendus. Ils n'étoient que saints, nous so^^mes philosophes*
SIXIÈME OBJECTIO?r.
Despotisme du général.
«Le général des Jésuites est un chef pétri d'orgueil et d'ambition, qui ne connoit ni lois, ni législateurs. Il parle, et les volontés plient; il prescrit les opinions, il commande les sentiments. Un geste suffit: tout tremble, tout s'agite, tout obéit; les esclaves marchent ou s'arrè^ tent; la règle vit, ou expire,; c'est un sultan qui élève, un sultan qui dépose. C'est le vieux de la Montagne, qui dirige quarante mille bras toujours prêts à enfoncer le poignard dans le sein des maîtres du monde.\. Son intelligence imprime le mouvement à une multitude active; atteint par elle aux extrémités du monde; met à profit son courage, emploie son adresse, use de son crédit, comme un homme robuste se sert de la vigueur de ses membres. Vingt mille volontés sont concentrées dans la jsienne ; il parle: le murmure, même intérieur, est interdit ; l'obéissance ne souffre ni froideur ni délai ; l'esclave subjugué , anéanti , tel qu'un Turc sous le sceptre de fer d'un sultan soupçonneux, tel qu'un nègre sous le bâton d'un maître impérieux, abdique sa raison, fait taire sa conscience, étouffe ses lumières, et sacrifie tout son être. Les volontés du tyran portent toujours l'empreinte de la divinité: des adorateurs superstitieux se prosternent devant lui, comme les Égyptiens devant les crocodiles
(l) Cod. reg. a,, p. 343.
de Memphis. Ses caprices sont pour eux des oracles qui exigent une aveugle docilité : règles, bulles, papes, empereurs, rois, raison, équité, sens commun, tout disparoit devant sa volonté suprême ; i} peut saper les fondements de sa grandeur, afin de devenir plus grand ; il est plus. puissant que lui-même; il se joue de ses propres droits; il se détruit afin de se reiproduire ; il déchire de ses mains les titres de son autorité , pour ne la tenir que de la force. Il est le maître de la loi comme des sujets. »
« Dans Tordre politique , il imprime le mouvement à une circulation immense de richesses ; il eu ouvre tous les canaux, et le surplus, qu^il n^assigne à personne, vient toujours enfler ses trésors. Dans Tordre spirituel, il exige, pour l'exécution de ses volontés, la même plénitude de consentement et d^adhésion qu'on a pour la créance des dogmes de la foi catholique. »
«Assis sur son trône, il prépare avec succès les révolutions des empires ; il règle la destinée des monarchies; il dispense tous les fléaux; il combine les attentats; il distribue les catastrophes; il excite les tempêtes; il préside aux tremblements de terre. ,.» Il a un ascendant irrésistible sur les pontifes et les. rois ; il mérite enfin ce titre abhorré de Dieu et des hommes, contre lequeMa naitûre se soulève; il est... la langue se refuse presque à le dire» I9 plume k le tracer... il est despote. »
« Tel est, dans le vrai , le chef de ce corps monstrueux, dont la nature hermaphrodite se compose de rois et de mendiants, de laïques et de religieux , d'idolâtrés et de chrétiens ; qui embrasse sans distinction tous les états, tous les sexes et toutes les religions. Les idées les plus pures de la raison, les lois les plus sacrées de T£giise et de la patrie , les décisions les plus claires de TEcriture , des conciles , de la tradition , doivent céder à Tempire da ses décisions ; il n'est point d'autorité sur la terre qui puisse restreindre la sienne, « si ce n'est peul-étre celfe « des parUtnenU. » Les hommes qui lui obéissent ne sont
plus des hommes , mais des cadavres flexibles, des instruments propresà tousgenresde crimes, etc.^ etc. (i). n
^ REPONSE
lo Ecoutons le clergé de France , assemblé par ordre du floi en 1762. «Après avoir examiné, Sire, aVec la « plus grande attention , dans les constitutions des Jéa suites, quelle est Tautorité du général, et les objets « sur lesquels elle s'étend ^ nous avons reconnu que To- « bligation à l'obéissance envers le général est au mcins « aussi restreinte danj» les constitutions de cette compati gnie que dans celles des autres religieux (a). Tontes ces « expressions , qu'il faut être dans la main du supérieur « comme un cadavre , etc. , ne scandalisent que ceux qui «ne connoissent pas, comme nous, le langage des au- M teurs ascétiques, et qui n'ont aucune idée d'une per- « fection qui n'est point faite pour leur état; « Le lecteur peut comparer le langage des évéques à celui de M. de LaChalotais(â). L^ contraste €st bien humiliant.pour des magistrats chrétiens, qui osent donner un démenti formel k «aint Paul, en nous disant que «voir Jésns-Chrîst dans 'le supérieur,» c'est une erreur manifeste, une maxime impie, un vrmfanaiisme. Les évéques, «qui con- «noîssentnMeuic le langage des saints» , nous assurent que, « dans les autres ordres, il n'est point de général a qui'Sôit assujetti et qui dépende aussi amtinuèUement et a aussi absolument de l'ordre qui est s6us son .autorité , « que dans la Société des Jésuites... C'est surtout à cette «obéissance, telle qu'elle est prescrite dans les constitu- « tiens,.» » que tient «la régularité des mœurs dans cette «Société. «Elle annonce dans le fondateur une sagesse
{i) Voyez les divers Comptes rendus. , •
(a) Voyez. VAvis des Prélats, (AcUs du Clergé de France, première partie, p. 19.) (3) Compte rendu , etc.
VÉKIDIQUE. âl
« éclairée , une grande expérience , un génie capable de « bien Toir le présent et Tayenir. Cest sans doale par ces « considérations que le concile de Trente a approuvé cë;s « constitutions avec éloge ; que N. S. P. le pape Be- « noît XIV ^ dans sa tulle Dcvotum, en 1746 y les appelle • des Icis et des consiitvUicns les pins sages; le clergé de « France 9 en 1574, de bonnes consliiations ; et le grand Bos-; tt suet disait qu'on trouvoit cent traits de sagesse dans ce véné- <r ratle instant. Nous pensons y Sire, qui il rly a aucun chanugemenl d faire dans les constitutions de la Compagnie de « Jésus j par rapport à ce qui regarde V autorité du gêné- « ra/(i). » Ainsi s'expriment les évéques sur Tinstitut des Jésuites, dans le temps même que le parlement le condamne au feu comme irrêfomialle ,
i^ Si le général est un despote , tant pis pour les esclaves qui aiment leurs chaînes. Il répugne qu'on puisse forcer quelqu'un a être libre. Le parlement sait-il donc mieux que les Jésuites la manière dont les Jésuites sont gouvernés ? *
3o Le général n'exige ni tributs, ni impôts, ni redevances. L'institut déclare formellement qu'on peut le chasser de la Compagnie, s'il entreprend de faire quelque exercice de propriété. Ce pouvoir est donné, non seulement à la congrégation générale, qui peut s'assembler malgré lui; mais aux cinq assistants qu'/7 ne choisie pas. Chaque nation a un assistant auprès du général, pour lui servir, non seulement de conseiller, mais de surveil* lant, et pour régler Texercice de son autorité (a). L'institut etPaul III, en 1549, veulent que la Société ait droit de déposer le général; et cette Société, on Ta dit à toutes les chambres assemblées du parlement métropolàainf fut sur le point de déposer du généralat Thirse Gohzalez. La congrégation peut s'assembler, malgré le général. Be-
(i) j4tns des Enféques, etc.
(a) Europ, ccelét,, p.. ia2, édition de i ;57.
noit XIV a donné, en 1746, une bulle qui dispense de tenir une congrégation générale tous les neuf ans, comme il avoit été prescrit par une bulle d'Innocent X , en 1646 : il n'est donc pas essentiel qu'elles soient con** Toquées par le général.
A^ Le général est lui-même esclave du pape, qui peut lui faire rendre compte, qui nomme des visiteurs extraordinaires non Jésuites, etc. Il n'a de pouvoir que pour édifier; et il est subordonné à tqutes les puissances ecclésiastiques et séculières qui admettent les établisse* ments de la Société, aus^ cQndUion^ qu'il leur plaitd e prescrire 4
SEPTIÈME OBJECTIOl^.
\a Ligue.
« Les Jésuites ont été les auteurs et les promoteurs de la ligue , ils étoient à la tête des Seize , et les factieux s'assembloient dam la maison-professe et le collège de la Société ]( etc\» <
REPONSE
l^Les Jésuites françoisqu'onproscriten 17^2, n'étoient probablement pas les mêmes qui furent consultés par les ligueurs en 1589.
2^ Bussi Leclerc, Emonet, Lachapelle, Lo^chard, Lamorlière, Crucé, Dorléans, etc , se distinguèrent parmi les factieux: ils n'étoient pas Jésuites, mais gens de robe.
3<> Les assemblées se tinrent dans le collège dt Ferèei , appartenant à l'université , et jamais chez les Jésuites, (Hist. de la Ligue.)
\^ Les Jésuites, selon Mathieu, historien contemporain, et suivant le témoignage de Henri IV lui-même, montrèrent moini de maliceque les autres li gueurs. Il est Trai qu'il y en eut d'assez malheureux pour obéir aux ar-
réis du parlement ; et c'est parce qu'ils obéirent alors au parlement, que le parlement les proscrit aujourd'hui ( i )*
5^ La Sorbonne, en 1589, porte un décret qui délie les sujets du serment de fidélité ; elle le confirme en 1690, et déclare qu'il est permis de prendre les armes contre le roi ; qu'il faut effacer son nom des prières publiques. Consultée par les curés de Rouen , elle décide qu'ils ne doivent pas se nommer les sujets du rcî, et qu'on ne peut pas lui obéir en conscience.
6<> Le parlement méircpolitain porta plusieurs arrêts pour soutenir la ligue; il dédara Henri IV indifne du Irène; il ordonna des prières et des processions pour re* mercier Dieu de l'assassinat de Henri lU , exécuté par un jacobin, élevé dès son enfance dans le couvent des jacobins. C'est dans ce même temps que parurent les ouvrages des Jésuites, qu'on brMe aujourd'hui.
l^On a oublié démettre sur le compte des Jésuites la fronde et les barricades ; les arrêts du parlement contre le prince de Condé; la nécessité où fut Louis XIY de sortir de Paris ; la liaison constante du parlement avec les frondeurs ; l'arrêt de b%nnissement porté contre lo premier ministre , etc.
mJlTlèaiE OBJECTIOMi.
Henri IV.
« Les Jésuites ont assassiné Henri IV» Le Jésuite Va-
rade fit promettre à. Barrière, sur le saint-sacrement^ <{u'il assassineroit le roi; Pasquier en a été le témoin oculaire. Châtel fut poussé par le Jésuite Guéret, dont il étoit l'élève. Le Jésuite Guignard fut pendu, ses con«
(i) L'autenr paroU a^oir été pea instruit de ce qui concerne les Jésuites, dans ce grand «vénement de la Ligue, et fait , sur ce point , trop de concessions à leurs ennemis. Les Jésuites ligueurs auront leur artiel» dans ces DocumenU, {NoU de VEcUUur.)
frères bannis, et une pyramide perpétua leur opprobre y etc. »
REPONSE
1<> Le monarque assassiné a fait Tapologie des Jésuites. Cette apologie n'est pas suspecte. Mathieu , auteur contemporain qui la rapporte, n'a jamais été contredit. Dupleix, le Mercure françois, M. de Montholon, nous la transmettent presque dans les mêmes termes, et M. de Thou en insinue clairement Tauthenti^ité*
2« Afu sujet des Jésuites Varade et Guéret , Henri IV donne un démenti formel à M. de Harlai. La parole d'un roi vaut bien celle d'un président, qui conyient qu'il n'a point de preuye de ce qu'il avance. D'ailleurs^ le par^ lement ne punit ni Varade ni Guéret. Je sais qu'on a eu l'impudence de fabriquer un édit calomnieux sous le nom de Henri IV, et de l'appeler célèbre; mais qu'on prouve son authenticité, et qu'on le fasse connoitre au président Hénault, qui a oublié d'en parler (i).
3<> M. de Chivemy, chancelier de France, dit « que
« Us premiers du parlement ne cherchant qu'un prétexte
^ pour ruiner la Société, commirent quelques uns d'entré « eux qui étoient les vrais ennemis des Jésuites, pour aller « fouiller dans le collège de Clermont, où ils trouvèrent « véritablement , ou peut-être supposèrent, ainsi que quelnques uns Vont cru,... certains écrits particuliers contre o le feu roi Henri UL » Les mémoires de Chiverny n'ont pas été brûlés; il n'y aurpit qu'amen rajeunir un peu lé style , et on y trouveroit l'histoire de notre siècle. »
4» M. de Harlai convient qu'on n'observa point l'or-, dre des procédures , et que les Jésuites furent condamnés sans être entendus[i)\ nous voyons la même chose /
(i) Nous donnerons une dissertation qui prouve jusqu^à la démonstration la fauss.eté de cet édit, produit par les parlements comme une pièce authentique. {Note, de V Editeur.) (a) De Thou y 1. i3a. .
aûjoui;d'bui. Duplcix dit que la harangue de M. de Harlai fut «une invective réchauilïee contre cette ^eli- « gieuse Société.» M. de Péréfixe et M. de Gondi ont attesté, que ceux qui imputent aux Jésuites l'assassinat de Henri lY, sont des calomniateurs* Basile dit que les accusateurs des Jésuites «ont demeuré en reste , n et Pas-* quier se tait. M. de Sully n'a que des soupçons , et il étoit ealvittisté; M. de Villeroi^ ministre d'Etat comme lui, détruit les soupçons par des témoignages positifs et intiU tipliés.
B*» Il n'est pas dans Fhumanité d'assassiner son bienfaiteur, sans un motif plus pressant que les bienfaits qu'on a reçus, ou qu'on espère. Il n'est pas dans la nature qu'un roi tel que Henri lY, assassiné trois fois par les Jésuites; se déclare leur protecteur et leur apologiste; qu'il leur donne sa confiance pendant sa vie, et son caur après sa môru Ces arguments valent bien ce témoignage que l'on veut tirer d'une pyramide que la passion avait dressée ,( et que l'on abattit dès que le délire eut cessé. Les Jésuites bannis furent bientôt rappelés. «Lcu?» absence fil con- «noitre ce que valoit leqr présence*) et leurs ennemis «n'eurent point de prise sur leurs moeurs ni sur leurs « actions... ni sur leur doctrine (i). »
NEUVIÈME OBJECTIOIf.
Portugal.
« Les Jésuites ont assassiné le roi dé Portugal , etc. » Yoici comment s'exprime le roi très fidèle dans l'édit d^expulsion : « Sous les yeux de trois armées, ils (les «Jésuites) ont mis^à exécution la résolution d'usurper « tout le royaume du Brésil. En moins de dix ans, leur ^ projet seroit devenu msnrmontahle à toutes les puissances «réunies {le l'Europe Je me suis efforcé de réduire les
(i) Màthibu, t. a ,.p. 6o6,
« susdits religieux à Tobservance de leur institut A
« la face de Tunivers y ils m'ont déclaré et ont suivi contre
« moi une guerre cruelle et perfide dont tout Tuni-
« Ters a été scandalisé ;.••• ils en sont venus..... jusqu'à « se précipiter dans Thorrible attentat commis, la nuit a du 3 septembre , avec des circonstances abominables... « En conséquence , je déclare les susdits religieux corci rompus ;... déchus de la manière lapins déplorable de leur « sanu inslilut, et trop manifestement infectés des vices «les plus grands, les plus abominables, les plus invé- « térés et les plus incorrigibles , pour pouvoir revenir à tôt»
« servationde leur règle, ie les déclare traîtres, dén^-
« tur^lisés, proscrits, exterminés J'ordonne, sous
«peine de mort naturelle et irrémissible, qu'aucune
« personne ait avec eux aucune correspondance
« verbale ou par écrit.»
« Le cardinal de Saldanha, dans son mandement, dit que « les Jésuites ont eu le malheur de dégénérer de la veriu « de leurs premiers pères ; qu'ils ont abandonné le chemin « que saint Ignace -leur avoit tracé, v
« Enfin, tout le monde sait que les Jésuites Alexandre, Maihos et Malagrida , ont été les auteurs de la conspira*^ tion, etc. D
REPONSE
1^ Le Roi très fidèle manque de respect au parlement de France ; il lui donne un démenti formel sur la nature de l'institut des Jésuites : il attribue à cet institut des qualifications directement opposées; il extermine les Jé«suites de ses Etats, parce quils sont déchus de leur saint institut, et le parlement de France les extermine, /lâ/v^ qu'ils rien veulent pas déchoir; il appelle saùu ce que le parlement appelle abominable, exécraile^ détestable , etc. ; et le parlement n^a pas fait brûler Fédit du roi de Por* tugal par des arrêts, et le parlement veut justifier sa conduite par celle du roi de Portugal, etc.! On ne flétrit
point le mandement du cardinal visiteur (i), qui prétend que les Jésuites odevroient suivre le chemin que saivt Ignace avoit tracé; » tandis qu*en France, ceux qui ne veulent pas dégénérer, sont tous, pour cela seul, solidairement coupables de tous les attentats possibles, passés, présents, et à venir f 2) !
3<* Le crime des Jésuites eu Portugal n'est pas prouvé ; la cour de Rome a consenti qu*on employât contre eux les voies juridiques, et qu*on les jugeât définitivement au tribunal de Yinconfidence, Cependant, après deux ans de délai , les accusés ont été renvoyés a l'inquisition. * 3» Les Jésuites Alexandre et Mathos étoien t à ta tète des 4!onjurés, si Ton en croit le tribunal de \ mconfidence et la Gaulle ecclésiastique. Leur crime étoit prouvé, démontré» évident. On a eu le temps de faire des informations ; on vouloit bien qu*ils fussent coupables, puisqu'on les a dénoncés comme tels à toute TËurope; ils attendent encore la peine et la preuve de leur attentat (3).
h^V,^ Jésuite Malagrida, suivant le témoignage du tribunal de ï inconjidence, avoit persuadé à des gens d'esprit « que ce n'étoit pas un péché véniel d'assassiner a le roi très, fidèle.» On n'a fait aucune procédure pour constater cette accusation ; il n'a pas été même confronté avec ses complices; on n'a pas.produit un seul témoin ; on 3* en est tenu à la simple allégation, sur laquelle on n'a pas même insisté. Les premiers juges de T inquisition ont refusé de prononcer la sentence de mort contre Malagrida ; il fallut substituer des juges moins consciencieux ,
(i)Saldanha.
(q) Cette contradiction monstrueuse que présentent les motifs donnes en France et ceux qui furent allègues en Portugal, pour le'gitimer Tczpulsion des Jésuit.es, mérite d^étre remarquée. {Note tleV Editeur,)
(3) On sait que Pombal fut forcé de les épargner , le tribunal, chargé de les juger, n^ayant pu , tout dévoué quUl étoit à ses ordres, trouver la moindre preuve de leur complicité, daps le crime imputé aux A vcyro et aux Tavora . (Note de V Editeur -)
qui portèrent enfin contre cet infâme Tieiirard, un arrêt, qui Injustifié du régicide. On lui fait dire qu'il a reproché a Vombre de la marquise de Tavora, Tattentat dcnl il étoil lui-même Vinstigaleur; qu'elle s'e&cu«e sur ce qu'elle n'avoit plus de Jésuites j^c^ur Ven déUumer; et les juges qui rapportent cette déposition ne disent pas un mot pour l'infirmer I lis* condamnent un vieillard , plus qu'octogénaire, parce qu'il est devenu imbécile dans son cachot, parce quUl a appris à la Sainte-Trinité à s'aimer davantage, parce qu'il a dit que l'antéchrist épouseroit Proserpine, et parce qu'il a commis, dans sa prison > des horrevirsque la physiquen'imputejamaisàla décrépitude! 50 M. Shirley^ dans le Magasin de Lendres du mois dé mars 1759 , dit que la sentence du tribunal de Vinconfidence doit être rejetée comme n'étant nullement satisfaisante pour le public, et comme injuste pour les accusés, a Parmi les Anglois au moins,» ajoute l'auteur, une sentence qui n'est qu'unedéclaration, ne peut être d'aucun poids. On nous cache les témoins dans des actes publics de justice, et on produit une procédure «qui viole « formellement les lois fondamentales ( i ).» Il faut se souvenir que c'est un Anglois qui parle ainsik Londres, dans un journal publié, qui parle en faveur des Jésuites, contre les plus chers alliés de la. Grande-Bretagne. Voilà, pour nos philosophes, une autorité qu'ils ne rejetteront pas sans doute aussi légèrement que s'il s'agissoit de celle d'un concile.