‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 37 sur 69 · DIXIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

DIXIÈME OBJECTION

TyranaicîJel

« Quels scandales les premiers membres de Tins ti tut n'excitèrent-ils pas en Europe? Un Jésuite, en Savoie,

(i) Il estdémontxé aujourd'hui q^ue ces folies et ces horreurs, imputées à ce rieillard yénérable , étoient d'abominables ioventions de ceux qui avoient juré sa perte, et qui vouloicnt du moins le supplice d'un Jésuite.

marchant à la tête des armées, afin de donner lieu à des confiscations pour fonder des collèges... En Portugal, ils ont oecasionéy en 1603, le massacre de deux mille ecclésiastiques ou religieux ; et le Pape leur accorde aussitôt une indulgence qui les absout... En Angleterre, un Je* suite, en 1581, conspire contre la reine ; et pour déterminer Tassassin qu'il a choisi, il lui donne la communion dans une chapelle... En .1584, quatre Jésuites promettent la couronne du martyre à celui qui assassinera le prince d*Orange (i). »

a La doctrine, du^régicide est combinée depuis longtemps dans cette Société. Les Jésuites Tont réduite en pratique et en méthode ; ils l'ont enseignée et publiée constamment et de toute manière, à la face de r univers; ils Tout trop souvent réalisée par des attentats sacrilèges. Cette affreuse tradition est irrésistible^ ment incorporée à tout Jésuite ; on ne peut ouvrir un de leurs livres qu'on n*y trouve une autorité en faveur du tyrannicide. Les Jésuites françois s'accordent avec tous les Jésuites des autres nations. Pour s'en convaincre, îl n'y a qu'à lire le décret de leur général Aquaviva ; il n'y a qu'a jeter les yeux sur cette suite d'auteurs Jésuites fâ'ançois, dont les ouvrages viennent d'être condamnés au feu par plusieurs arrêts, etc., etc., etc. »

REPONSE

lo Les Jésuites ont enseigné constamment cette abominable doctrine à la face de l'univers : s'il en est ainsi , les Parlements n'ont pu l'ignorer; et s'ils ne l'ont point ignoré, comment l'ont-ils souffert? Les Jésuites apprennent à la jeunesse... « leurs véritables obligations envers « ceux qui sont préposés pclur gouverner les peuples. » Ainsi s'exprimoit Louis-le-Grand dans des lettres-pa-

(i) Compte rendu au parlement de Paris, p. 39.

tentes, où il s*altribue la qualité de fondateur d'un de leurs collèges, auquel il donne son nom. Le parlement a-t-il pu, contre Tévidente notoriété du fait, enregistrer une pareille assertion? Comment est-il arrivé qu'il n'ait pas même fait de remontrances?

2^ Les Jésuites franco is.« n'ont jamais enseigné le tyrannicide, et ils Tout souvent combattu, d Le petit nombre de Jésuites étrangers qui Font adopté, ont copié, et presque toujours adouci, la doctrine de tous les ORDRES et de toutes les universités; je dis de tous les ORDRES et de toutes les uffivERsitÉs^ sans exception. Au reste, on a déjà remarqué (et cette remarque est frap*^ pante) que, dans les pays où quelques Jésuites ont en-* seigné le tyrannici</e, en fia point asfeussiné Us rois; et que, dans les pays où l'on assassine les rois,^/ JésuiUs ri cml jamais enseigné le tyrannicide é « .

3^ Les Jésuites proscrits par le parlement mitropolilam se réduisent à trente, dont les plus modernes datent dun siècle. Vingt-six n'avoient jamais essuyé de flétrissure; huit avoientété dénoncés par M. Servin, avocat-général, et n'avoient pas mérité la proscription. Ce sont les mêmes ouvrages que le même parlement examine deux fois, qu'il ne trouve pas rêprêhensibles en 16 10, et qu'il déclare ido* minables en 176 1 . Parmi ces auteurs récemment condamnés, deux ont été brûlés, qui n'avoient mérité d'abord que la suppression au même tribunal. Il y en a vingt « qui n'ont pas dit un mot du tyrannicide. »

Bellarmin, le fléau des hérétiques, à qui le grand Arnaud lui-même n'a pu s'empêcher de donner des éloges; Bellarmin, que Benoit XIV vouloit inscrire dans les fastes de l'Eglise; Bellarmin, qui assure «qu'il est « inoui qu'on ait jamais approuvé le meurtre d'aucun « prince, fùt-il hérétique, païen et persécuteur, lorsqu'il^ « s'est trouvé des monstres capables d exécuter cet attentai (i);

(i) Lettre à Blakwell.

VÈRIDIQUE. 41

Bellarmiq, qui G9mbat directement le tyrannicide, est

flétri pour l'avoir enseigné!

Les parlements de Paris et de Rouen, par ordre du

roi, honorèrent de leur présence le service solennel

qu'on fit au cardinal Tolet : « 41 servit utilement la

« France, » dit le président Hénault. » Pour reconnoître

ses services on flétrit sa mémoire. Les parlements de Paris et de Rouen viennent de brûler ses ouvrages, « re-

« commandés aux jeunes Bénédictins par D. Mabillon, « et aux ecclésiastiques par Bossue t, dans des ordon- » nances synodales^ en 1691. » A la vérité, ces ordonnances synodales n'ont pas été flétries, mais le journal de Trévoux a été brûlé.

Un ouvrage de Lessius est brûlé par arrêt, et ce même ouvrage a mérité les éloges de saint François de Sales ( i ).

Hereau, qui n'a rien impri,mé, fit valoir contre Jean Petit le décret du concile de Constance, qui proscrit la doctrine du tyrannicide.

Turselin, mort depuis plus de cent soixante ans, ne dit pas un mot du tyrannicide ; Jouvency pense à peu près comme le chancelier Chivemy sur le compte du Jésuite Guignard... Tout cela est un peu singulier; mais voici qui le paroîtra davantage.

4® Le père Argenii prouve à Sigismond, roi de Pologne, combien les Jésuites ont en horreur la doctrine du tyrannicide, par Vautorité de n£VLf auteurs jésuites : qui croirôit que ce sont précisément c^/ ménies auteurs qui viennent d'être flétris pour avoir enseigné la doctrine du tyrannicide?

6® Il n'y a pas un Jésuite françois qui ait enseigné la doctrine pour laquelle on proscrit les Jésuites françois. Cela est démontré par les arrêts mêmes, qui ne citent que le prétendu Ëdemond Pirot, dont Touvrage obscur et anonyme, désavoué par les Jésuites et méprisé par le

(i) Leu. 4oa.

publie, eaiistoii heegnko, sans lecteursi safis privilège et sans approbation.

6<> Les plus célèbres des Jésuiles françois ont combattu la doctrine « qu'on attribue k tous les Jésuites François.» On vient de mettre, sous les yeux des magistrats, les témoignages formels de quatre-vingt-cinq écrivains de la Société, dont soixante-cinq sont François, parmi lesquels on trouve Coton, Petau, de Lingendes, Labbé, Maimbourg. Cheminais, d'Orléans, Bourdaloue, d'Avrigny, Delarue, Jouvency, Daniel, Longueval, Bnffier, Catrou, Rouillé, Porée, Brumoy, Bougeant, de La Santé, Charlevpix, Griffet, Berthier, etc., etc., qui ont peint le tyrannicide des couleurs les plus noires. Les journalistes de Trévoux se sont élevés contre cette doctrine en dix endroits. On s'obstine à citer vingt-deux Jésuites qui ont loué Busembaûm dans ce journal; il y en a donc DIX fois vingt-deux, c'est-à-dire deux cent vingt, qui ont écrit conlre le tyrannicide. Chaque écrivain a eu trots approbateurs jésuites : il faut donc ajouter aux deux cent vingt journalistes, ces auteurs françois qui ont parlé comme eux et cent quatre-vingt-quinze docteurs qui ont donné leur approbation; et par conséquent, il y a au moinsquatre cent quatre-vingts Jésuites françois, qui ont combattu expressément la. doctrine perverse, enseignée par tous les Jésuites françois y sans interruption. Mais si le régime de la Société rend la doctrine essentielle' ment uniforme parmi tous ceux qui la composent, ainsi que le prétendent les arrêts, il faut conclure que tous les Jésuites françois soutiennent, et sont obligés de soutenir les maximes contraires k la doctrine meurtrière, puisque quatre-vingts d'entre eux ont combattu hautement la doctrine meurtrière. C'est ainsi que la calomnie se confond elle-iiiéme.

Aussi, le clergé de France n'a pas craint de dire au^ roi « que les Calvinistes ont été les premiers calomnia- « leurs de la Société ; qu'on ne fait que répéter, dans Içs

« libelles que les intéréis particuliers enfantent au- « jourd'liuîyCe qu'on a débité pour les rendre odieux, il

« y a plus de cent cinquante ans , et que c'est à tort

« qu'on impute aux Jésuites une doctrine si abominable. » Les évéques ajoutent « que les Jésuites n'ont jamais été « accusés auprès d'eux de tenir la doctrine qu'on leur « impule....é ; qu'on ne trouvera pas un seul témoin qui « dépose qu'on leur ait entendu enseigner quelque doc-

« trine contraire a la sûreté des souverains , et que,

o dans leurs collèges, ils consacrent leurs talents..... à « inspirer les sentiments de respect et de fidélité qui sont « dus à l'autorité et à la majesté royale (i). » Voilà donc le clergé de France aveugle tet prévaricateur; lès cvcques ne voient nulle part ce que les parlements voient partout; et il faut substituer aux canons des conciles, et aux décisions des premiers pasteurs sur la doctrine, les comptes rendus, les sentences des bailliages, et les arrêts des parlements. Que le lecteur chrétien opte^ et surtout point d'obéissance aveugle.

7«> Le général Aquaviva , « qui gouverna avec beaucoup de douceur et de prudence, » dit M, l'abbé Ladvocat, proscrit le tyrannicide par un décret de l'année 1610, renouvelé en 1614, à la réquisition du parlement, qui erUendoit le latin (2). Ce décret n'est pas équivoque, et il

* ■ Il ■ Iji I • I ■! ■ ■•■■..... Ill-I M. ■

(i) jiids des Prélats, etc.

(a) n sera plus d'une fois parlé de ce décret d' Aquaviva , dans ces Documents» — Nous croyons devoir en donner ici , d'abord le texte latin , ensuite la traduction françoise , faite par le P. Coton ; et nous dirons, plus bas , pourquoi nous jugeons néeesseUre de le faire lire dans celte traduction.

Décret é^AquoifWa,

Clâudiùs aquaviva., praeposi tus generalis Societatis Jesu.

Quandoquidem Societatis scriptoribus .ac tbeologis qui docent , cseterisqueomnibu^operarîis, haud satis est, id solum pervidére , quod in alîorum scriptorum libris reperitur ^ sed illud etiam apprime considerandum sint ne opiniones validis nixae fundamentis , tutse, probatse ,

a été si bien observé, que les parlements n'ont pu trouver/ dans les quatre parties du monde, un seul Jésuite qui ait enseigné le tyrannicide, depuis ce décret.

scandalis aut aliîs incommodis minime obnoxiae : ideo sane , justissimas ob causas quae ad hoc consilii nos impellunt, praesenti decreto praecipimus , in virtute sanctse obcdicntiœ , sub paena excommnnicationis et ipbabilitatis ad quaevis officia, suspensionis adànnis, el aliis arbitrio nostroreservatis, ne deinceps Societatis nostrae religiosus, publice aut privatlm , praslegendo seu consulendo, multo etiam minus libres cobscribendo , affirmare praesumat licitum esse cdicumque parsonae, quocv^mque prœteztu tyrannidis , reges aut principes occidere , seu mortem eis machinarî; ne TÎdelicet isto praetextu ad pernicicm principum aperiatur via , atque àd turbandam pacem , eorumve securitatem in dubio yocandara, quos potius ex divino mandate revereri ac obseryarè oportet, tanquam personas sacras a Domino Deo, pro felici populorum gubernatioae in eo grada constitutas. Provinciales autem qui aliquid horum resciverint, nec emendayerint , aut non prtevenerint hujusmodi incommoda^ yolumus eo.^ , non modo praedictas pœnas in- Gurrere, sed etiam officio privari , ut sic omnes intelligant, quis fit ra de re Societatis sensus , neqùe priyati unius error suspectam reddat errore Societatem universam ; quanquam apud aequos rerum aestimatores certum sit , partis unius aut membri culpam , toti corpori reliquo attribui jure non debere. Voluraus praeterea ut Provinciales de hoc accepte decreto certioresnosfaciant, idemque per suam quisque provinciam curât pi*omulgandum et in singulis domibus et cellegiis référendum in librum ordination um , ad pçrpetuam ejus memoriam. Romae, 6 julii i6io. CuAUDirs Aquaviva, Soc. Jesu, praepesitus gêner alis.

Traduction du P. Coton»

Clâui>b ÀQUàTiTÀ , général de la Compagnie de Jésus .

D^autant que ce n^est pas assez aux théologiens de notre Coitipngnie, quand ils écrivent ou enseignent de bouche , de voir exactement ce qui a été écrit par les autres docteurs , ains doivent encore bien considérer si les opinions de tels docteurs sont appuyées sur fondements solides ; si elles sont sûres, approuvées et non subjectes à scandales ou autres inconvénients ; à cette occasion , plusieurs justes raisons, à ce nous mouvant, nous enjoignons, par ce présent décret, en vertu de la sainte obéissance , soubs peine d^excommunica tien et inhabileté à tous offices , et de suspension a diuinis, et autres peines arbitraires à nous réservées, qu^aueun religieux de notre Compagnie, soit en public ou

VÉÏUDIQUE. 45

Rien ne prouve mieux la fureur des ennemis des Jesuites, que l'interprétation donnée au mol cm'camque (i). Ils ne veulent p^s voir que ]e concile de Constance se sert 3u même terme, dans un sens totalement exclusif; que la Sorbonne, en 1610, en renouvelant son décret, emploie la même expression; que le cardinal de Ri-

particulier, lisant ou donnuant avis, et beaucoup plus, mettant quelques œuvres en lumière, n'entreprenne de jjoutenir qu'il soit loisible à QCi QUE CE SOIT, et sons quelconque prétexte de tyrannie , de tuer les rois ou les princes, ou d'attenter sur leurs personnes, afin que telle doctrine n'ouvre le chemin à la ruine des princes , et trouble la paix , on révoque en doute la sûreté de ceux , lesquels , selon l'ordonnance de Dieu , nous devons honorer et respecter comme personnes sacrées et establies de notre Dieu , pour heureusement çjégir et gouverner son peuple. Partant, nous voulons que les Provinciaux qui auront eu la cognoissance d'aucunes des susdites choses et n'auront corrigé les délinqufknts , ou n'auront pourvu à tels inconvénients, et pjocuré l'exacte observation (le ce décret , non seulement encourent les susdites peines , ains même soient privés de leurs charges et offices. A ce que chacun sache quel est le jugement de la Compagnie en tel cas, et que la faute d'un particulier ne redonde pas à tous les autres et les fende suspects; jaçoit que , devant tolit homme- ^e bon jugement, il est notoire que la faute d'un membre ne doit être attribuée à tout le corps. En outre ] nous voulons que tous les Provinciaux nous rendent compte de la réception du présent décret, et qu'ils le fassent savoir et annoncer par toutes leurs provinces, puis insérer es archives de chaque maison et collège , ^fin que la mémoire et observation en demeure inviolable à perpétuité. Fait à Rome , le 6 juillet i6io. Clacoe Aqua.viva , général de la Compagnie de JÉsrs « {Note de V Editeur.)

(i) Ilsprétendoient que le mot cvigumqce n'étoit pas employé ici sans dessein, et qu'il y présentoit un^double sens très perfide ; qu'à la vérité, il pouvoit signifier c<^ui que ce soit, mais qu'il avoit aussi cette autre signification , à toute personne (*) , ce qui supposoit que la chose défendue étoit loisible à quelques personnes. Ils perslstoient à soutenir ce raisonnement, qne la grammaire et le sens commun rcjetoient également, malgré toutes ces raisons qu'on leur opposoit et cette traduction du P. Coton , faite au moment même où le décret avoit été renouvelé. (Note de V Editeur,)

Ç) Compte rendu a Rennes, p. ao3.

chelieu, en répondant aux ministces de Charenton^ Ta entendu dans le même seh^ ; qtie )è parlement de Paris, qui a eu plusieurs anné^ pout. leiaminer le dé^cret d'Aquaviva, demanda qu'on le rfeïloUTelât sans y rien changer. Les Jésuites ajoutent que ce même décret, traduit en françois et lu publiquement, toutes les années, dans toutes les maisons de la Société , rend le amcwnqiu par ces mots : A quelque personne que ce soit; il est aisé de vérifier cette assertion, depuis qu^on a saisi les effets des Jésuites. Ne s'apercevra-t-on pas enfin qu^une imposture peut être répétée un million dç fois,^ sans acquéri,r u^ degré de vérité?

80 Les Jacobins^ qui osent accuser les Jésuites d'avoir mis celte doctrine en vogue et peut-âre en pratique, l'ont enseignée avec moins de ménagement qu'eux, l'ont enseignée constamment, l'ont enseignée en vertu de leur règle, l'ont enseignée surtout dans ce siècle, et de nos, jciirSy non pas dans l'édition supposée d'iin casuiste isolé, mais dans un ouvrage récemment composé, solennellement autorisé, et destiné à servir de guide aux vrais disciples de saint Thomas. (Gotti, f. 2, q. 7, en 1731.) Ils ont donc mis cette doctrine en vogue : l'histoire de notre patrie, &t les registres du parlement, nous apprennent qu'ils Vont certainement mise en pratique (i).

Saint Thomas, que tous les Jacobins sont obligés de suivre à la lettre, enseigne le tyrannicidej il décide même formellement que, dans un royaume électif, on peut déposer un roi légitime qui abuse dé son pouvoir. M. de Choiseul en a produit les preuves dans la fameuse

^^^■'■*— — .— ^"^y— ■— Wii , l» Il . , ■■ Il ■>■>! il I 11.11. mil ' MJ"" ■'■ . ■ '■" ' ■ ".

(1) Ce passage fait allusion à Fassassinai de Heari III , par Jacques Clément, crime qu'il n'est pas plus raiso^able de rejeter sur Tordre entier des Jacobins , qu'il ne l'ëtoit de rendre la Compagnie de Jésus responsable des en'eurs de quelques unsde-ses membres \ mais l'auteur de cet écrit qui , probablement , étoit Jésuite lui-même, cède ici à un moavcnifnt d'indignation qui doit sembler bien excusable.

{JS^Gic de V Editeur.)

assemblée du clergé; en 1683. M. Bossuet met ces docteurs à la tête de ceux qui ont combattu l'indépendance de nos rois; le clergé de France a souscrit à cette opinion, et Fa insérée dans ses registres (i).

Un homme du monde a démontré invinciblement qu'on trouve dans saint Thomas, de Taveu de tous ses commentateurs même jacobins, tout ce qu'on a vu^ tout ce qu'on a condamné dans les vieujp casuistes qu'on appelle ncuveaux; qu'on voit ^ dans plusieurs de ses ouvrages, dans les commentaires qu'on en a faits, dans les écrits de ses plus fidèles disciple, les mêmes maximes plus clairement é|M>ncées, plus fréqiiiemment inculquées, plus liées, plus systématisées; qu'on lit, dans le grand Soto, Fauteur le plus accrédité après saint Thomas, la fameuse proposition de ïahominalle Busembaûm, une proposition même |vlus affreuse.

Proposition du révérend père Soto, Jacobin, d^ns &on Traitfidelaji/kslice^ liv. 1", q. 5, art. 3 :

« Lorsqu'un prince attaque personnellement un ci- « toyen, quel qu'il soit, pour le tuer ou pour lui enlever « son bi^i^ ce cito^q^i peut, eiii repoussant la force par « la force, tuer le prince. »

Proposition exécrable de Y infâme BusembaUm , liv. 3 » traité 4, ch. 1, doute 3 :

« Pour défendre sa vie et l'intégrité de ses ^membres, « il est permis, même à un fils, à un religieux,'à un sujet, « de défendre sa propre vie par l'occision, s'il le faut, « contre son père, son abbé,, son prince; si ce n'est que « de cette mort il dût s'en suivre de grands incon* « vénients. »

Sylvius, plus Thomiste que les Thomistes mêmes, met en thèse que ^chaque particulier peut tuer un tyran; il n'épargne pas même les princes légitimes, et s'appuie sur Tautoriic du docteur angélique.

(i) Dcf. ClcH Gallic. P. 1 , lih. 4 , cap. i8. — i7/|5.

48 LE REDA.CTEUR

Caïetan, ^néral des Jacobins et cardinal , loue la grandeur d'ame du citoyen o qui poignarde un tyran ; » il ajouté que c'est clans ce sens ({vlW faut entendre saint Thomas,

Banès, la lumière de l'école Thomistique et le fléau dés Jésuites, est encore plus saillant et plus décidé. « Si le prince devient hérétique, dit ce grave docteur, ses sujets sont ohligés de l'assassiner^ sans attendre même aucune déclaration juridique, pourvu qu'ils puissent le faire sans péril. »

Brovius, Jacobin, s'appuie sur le témoignage de soixante docteurs. Il ne cite pas un seul Jésuite : quel phénomène !

Gotti, Jacobin, dit, en 1731, qu'il n'y a point d'injustice à priver les rois hérétiques de la couronne ; et il s0 plaint de ce que l'Ui^iversité de Paris ne pense plus sur le tyrannicide comme au temps de la ligue.

Concina, Jacobin, décide, en 1751, qu'un tyran est un loup qu'on peut mettre k mort. Il est singulier que les deux seuls docteurs jacobins qui aient écrit, depuis un siècle, avec une certaine réputation, soient partisans déclarés de la doctrine que les Jacobins dénoncent dans Busembaûm.

Le Directoire même des inquisiteurs, réimprimé à Ve-t nîse en 1707, donne, comme un article ^e foi, le pou-* voir des deux glaives, etc.

Tout cela est vrai ; j'en offre la démonstration : je suis assuré qu'on se taira ou qu'on calomniera (i).

(i) Certes, les Jacobins qui accusoieut les Jésuites de professer excluswement une doctrine, née dans leur propre école, e| professée par eux, plusieurs siècles ayant qu'il y eût des Jésuites dans le monde, élevoieot 'contrecuxune accusation foii, impudente, etdontceux-ci avoient le droit de s'indigner. Les Jésuites la repoussoientdonc, en accusant, à leur tour etplus jusicment, et les Jacobius , et les parlements, et les universités, et des Saints eux-mêmes, d'avoir soutenu la doctrine du tyrannicide, de

9<> La doctrine du tyrannicide est clairement enseignéo par d'Orléans, Barbeyrac, PufiFendorf, Dumoulin, Bodin, Grotius, Arthusius, Julius Clarus, Déplaça, Durand, etc., tous jurisconsultes, et la plupart faisant autorité dans les parlements. Elle est clairement enseignée par Boucher, recteur de l'Université; par Richer, syndic de la Sorbonne ; par Elie Dupin, Jean Major, Jean Petit, Duval, etc., docteurs; par Gerson, chancelier de l'Université; par la Sorbonne entière, à Funanimité des voix, en 1590; par l'illustre abbé de Saint-Cyran, d'après le saint évéque d'Ypres, Janbénius, etc.. Et on punit les Jésuites!

Mais si les tribunaux sont conséquents, ils doivent, en proscrivant la Compagnie de Jésus, livrer aux flammes :

lo Toutes les Bibles où il est parlé d'Aod; tous les livres ascétiques qui parlent sur le célibat et sur Fàbéissance, comme Jésus-Christ et saint Paul ; tous les livres de piété qui parlent des Jésuites; les. œuvres de sainte Thérèse, de saint François de Sales, etc., qui les louent; tous les missels, bréviaires, diurnaux, calendriers, almanachs, élrennes mignonnes, qui parlent de saint François Régis, Jésuite françois, ou du saint fondateur de la Compagnie de' Jésus; tous les prédicateurs qui ont fait le panégyrique de saint Igqace ; tous les annalistes,

Favoir publiée, commentée , exprimée de mille manières. Que conclure de ceci ? c^est que cette doctrine , dangereuse sans doute , puisqu^il etoit possible d'en faire de criminelles applications, mais long-temps tolérée ou négligée par le pouvoir temporel lui-même et dont faîsoient tant de bruit ceux-là mêmes qui jadis Payoient mise en crédit , n'étoit pas au fond ce qu'on en youlqit faire , uniquement pour rendre les Jésuites odieux; et que pour la bien juger, il faut considérer, et l'époque où elle a été produite pour la première. fois , et l'état de la société à cette époque, et le sens qu'y ont attaché les graves personnages qui la présentoient ou l'adoptoient alors, comme simple opinion. C'est ce qui sera probablement développé dans la suite de ces Documents.

{JVoti; lU t Editeur.)

faiseurs de dictionnaires^ historiens, compilateurs François et étrangers, en un mot, tous- les écrivains catholiques qui ont parlé des constitutions des Jésuites avant 1761, parce quHl n*en est pas un seul qui n'en fasse réloge, etc.

2^ Toutes les constitutions de tous les ordres religieux^ « fr%iit6 de Timagination échauffée de quelque enlhcu'^ « siasle extravagant, » sans épargner ceux jqui les louent ou qui les suiv^ent; tous les ouvrages de saint Thomas,, de saint Anftoaiu, desaint Bonaventure, etc.; tous ceux qui les ont commentés, tous ^3eux qui les ont appelé» sainls, tous ceux qui ne les ont pas ^appelés infâmes, etc.

3<* Tous les livres classiques qui parlent de Brutus et de Cassius, qui appellent héroïque l'attentat de Scévola , etc. Ne diroît-on pas que les Francçèis sont accoutumés à être gouvernés |)ar des tyrans, et que les parlements ne sanroient {>rendre trop de précautions pour arrêter les progrès de la doctrine meurtrière, c^. ?

A^ Tous les littérateurs jésuites qui ont corrompu la jeunesse et dégradé l'éducation ; leaPorée, les Brumoî,. les Larue, les Gommire, les Vanière, les La Santé, les du Baodory, etc.; tous les littérateurs ex-jésuites, imbus de sentiments id'estrime pour leurs maîtres, imprégnés ,par conséquent de 'levr doctrine meurtrière; en un mot, tous les ouvrages des soi-disant Jésuites, puisque, suivant le Compte rendu, il n^est pas possible d'en ouvrir un seul, sans y lire la doctrine meurtrière, etc.; tous ceux qui ont loué Timpie Rodriguez , Texécrable Cheminais, Tabominable Bourdaloue, ou le fanatique Xavier qui lisoit à genoux les lettres du despote Ignace.

5^ Tous les dictionnaires dans toutes les langues, tous .les historiens sacrés et profanes, tous les poètes et les prosateurs, tous les actes privés ou publics, et généralement tous les ouvrages imprimés ou manuscrits, où Ton emploie le mot de Jésuite, sans ajouter le correctif /é^/disant; tous les diplômes des souverains, les lettres-

VERIDIQUE, ôl

patentes de nos rois, les registres des parlements, où Ton remarque celte affreuse omission.

Q^ Tous les actes, j-agements, édits, manifestes., etc., venus de Lisbonne depuis deqx ans, et qui cAMOJ>ris£NT Xabominalk institut des soi-^ant Jésuites, etc.

Page 1