‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 38 sur 69 · ONZIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

ONZIÈME OBJECTION

Busembaûm , quel nom !

« Linfàme Busemba&m, commenté par Lacroix, enseigne la doctrine du tyrannicide; y ingt^deux journalistes de /Trévoux font de cet abominable livre un éloge inagmfiqne; il est réimprimé sons la direotioAdu Jésuite Montanzan, en 1757. Quelle aaaiiée (i)? 9

REPONSE

\^V infâme Busembaûiû, mort depuis plus de cent ans, xi'étoit pas François; il avoit été condamné en 1757 ; il

(1) Ceci est remarquable : l'année 1^57 étoit justement celle oà Inouïs XV aroit éié assassiné par Damiens; ^t les pai^ententâirés ressusciioient un Jésuite, mort douze ans auporayant, ainsi qu'on le verra plus bas , pottjr le faire présider , cette méuâe année , à une prétendue édition du liTre d'un autre Jçsuite , mort il y ayoit plus d'un siècle , et qui ayoit professé la doctrine du tjrrannicidç ^ et ils osoient tirer des inductions de cette date et de cette imposture! Or il estprouyé, par tous les actes de la procédure de Damiens , que c'ctoît dans les salles du Palais où se rassembloit, tous les jours, la foule des partisans fanatiques du parlement, que sa tête s'étoit échauffée^ qnec'étoit là qu'il îiyoit pris les leçons de régicide qu'il ayoit jugé utile ensuite de mettre en pratique. On sait encore que le roi en ayoit été tellement frappé , et qu'il étoit si fortement persuadé que le parlement pouyoit susciter contre lui de nouyeaux assassins, que ce fut uniquement par cette peur qu'il en ayoit, et que l'on sut habilement entretenir, qu'on paryiut à arracher son consentement à la destruction des Jésuites, pour lesquels il ayoit de l'estime et de l'affection. En réunissant ces diverses circonstances, on trouvera , dans ce seul fait del'édiiion de BuscmhaiJmy une complication de fourberie, d'impudcucc et de lâcheté, qui semble passer toute croyance. {JVutc de V Editeur.)

n'a rien probablement écrit depuis : pourquoi le condamner encore en 1761?

2« YJexécrahh Busembaûm a copié le révértnd père Prieras, Jacobin; il a modifié le révérend père Soto, Jacobin ; en 1751, le révérend père Concina, Jacobin,, condamne les restrictions admises* par \ abominable Busembaûm ; et voici ses raisons : a La vie d'un citoyen « innocent est préférable à celle d'un prince coupable.. . ^ « et un méchant roi est semblable à un loup dévorant; «suivant Ezéchiel, ch. tî\ d'où saint Thomas conclut « qu'il est permis de résister aux mauvais princes, comme « aux voleurs de grands chemins (i). »

3* Lacroix est Allemand; et dans le commentaire qu'il a écrit sur le livre de Busembaûm, il ne dit pas un seul mot de la proposition condamnée.

4® Les journalistes de Trévoux, en annonçant comme une simple nouvelle littéraire l'édition de 1729, ne disent rien qui ait le moindre rapport à la doctrine dont il s'agit. Ils louent, tout au plus, le plan méthodique de I ouvrage, sans parler du fond; encore ne s'est-on aperçu qu'après trente-deux ans, et de la mention qu'ils ont faite du livre, et de l'espèce d'éloge qu'ils lui ont donné. Ne pourroit-on pas dire, avec plus de raison, que l'inquisition et les magistrats autorisent le régicide, puisque l infâme Busembaûm a eu leur approbation expresse jusquenl757? Et Louis-le-Grand ne trouvoit-il pas à propos qu on assassinât les rois, puisque c'est avec privilège qu'on a imprimé à Lyon Y exécrable Busembaûm, en 1695 ?

4*» Le Jésuite Montauzan, qui a dirigé l'édition de 1757, étcil MORT en 1745.

5^ L'édition de 1757, dirigée par un Jésuite mort, et condamnée par les parlements, n'a jamais existé; on en a fourni la preuve démonstrative, qui n'a pas été contestée. L'irréfragable auteur de la Gazette ecclésiastique

(i)T. ai, liv. VII, p. i8i.

convient a$sez clairement que des gens lien intenlicnnés n'avoient fait que changer le frontispice d'une édition antérieure (i). On fait cependant un crime à quatre Jésuites d'avoir déclaré qu'ils n'avoient aucune connois- «ance de l'édition de 1757!

Dans une Société qui, suivant l'arrêt du 5 marsl762t a soutenu constamment et sans interruption... dans une

multitude d'ouvrages depuis sa naissance jusqu'au

moment actuel , avec l'approbation des théologiens , la permission des supérieurs et des généraux.... une doctrine qui détruit la loi naturelle , qui rompt tous les liens de la société civile en autorisant... tous les crimes... une doctrine qui détruit tout sentiment d'humanité... dans une Société qui perpétue l'enseignement abominable du régicide... quelssontlesJésuitesfrançoisqui ont enseigné le régicidç? Consultez tous les arrêts , et en particulier celui du 6 août 1761, et vous verrez que, pour continuer 1^ chaîne de la tradition meurtrière depuis 1668 jusqu'en 1757, on cite Jouvency, qui n'enseigne rien; les journalistes de Trévoux, qui n'en disent pas un mot, et qui ont dit cent fois le contraire ; Colonia , qui n'a jamais écrit une ligne sur cette matière, et Montauzan , qui n'en a parlé v^l après sa mort. Il a fallu recourir à Y infâme Busembaûm (2); aposter des fripons qui suppo-

(i) FeuiUeda aa décembre 1757, p. ^07, col. a.

(a) Ce fut un Jacobin d'Alby qui imagina cette fourberie. Il déféra d^abord à Albj, ensuite à Toulouse , et le Jésuite mort en 174^ , et rédition qu'il lui faisoît publier en 1757, et Busembaûm lui-même, qu'il présentoît comme l'instigateur et le maître île Damiens. Bien ne pouYoit arriver plus à propos pour tirer d'embarras Messieurs du parlement de Paris ^ que les déclarations et les ayeux de ce misérable avoient presque faits ses complices ^ et jamais ruse dç guerre n'eut un succès plus prompt et plus décisif. Busembaûm, déféré, fut condamné, proscrit, regardé comme un parricide , comme la seule et unique cause du crime qui avoit alarmé et épouvanté toute la France. La plupart des tribunaux retentirent d'anathèmes lancés contre lui. On oublia Damiens, pour ne plus penser qu'à Busembaûm j ou plutôt les noms, de

sent l'édition de 1757 ; ressusciter le Jésuite Moniauzan « afin qu'il dirigeât une édition qui ti^a jamais erislé ; oublier que rédition rajeunie contient la note des propositions Condamnées, parmi lesquelles se trouve celle dont on fait tant de bruit; et remplir la lacune d'un siècle» en multipliant^ en reproduisant > au gré de la passion, le nombre des exemplaires de Busembaûm , etc.

Mais y conclure que Busembaûm suffit pour remplir et démontrer une tradition constante et suivie jusqu'au moment actuel » tradition dont on no trouve plus de traces depuis cent ans» n'estn^e pas abuser de l'imbéoile crédulité des ipu>ratUs et des mal vivants ^ dont parloit Henri IV ? H paroit qu'avec eux on peut tout hasarder, et que leur foi est robuste pour les absurdités. On diix>it qu'il y a , dans les ennemis des Jésuites » une antipathie pour le sens commun qui a dégénéré en habitude.

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