‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 44 sur 69 · BUTS · texte numérisé non relu

BUTS

L'ATTENTAT DE BARKIÈRE.

wr» 9im»

OUR la fin du mois d'août 1 593, on arrêta Pierre Barrière, soldat, âgé de Ting^-*sept ans, qui avoit résolu d'assassiner Henri IV. Il fut appliqué à la question et condamné au dernier supplice. Dès qu'il eut entendu sa sentence, il reconnut sa faute , et raconta exactement toutes les particularités de son attentat. Il fut rom^pu après avoir été étranglé (i).-M. de Péréfixe, dans son Histoire du roi Henri-le-Grand, se contente de rapporter le fait sans entrer dans aucun détail (2). Davila, et la plupart des historiens y ajoutent plusieurs circonstances, qui sont étrangères à notre objet (â). Sully raconte le même fait un peu différemment ; et , après avoir mis sur le compte des moines , et nommément des Jésuites et des capucins, tous les crimes réels ou supposés des ligueurs, il ne donne aucun complice à Barrière ; il ne nomme aucun Jésuite ^n particulier (4). Tous les historiens n'ont pas imité la bonne foi de ce chef des protestants.

(i) Fleucj, HUt, ecclés.^ t. 36, p. 44^*

(a) Péréfixe, Hist. de Henri-lc-Grandy p. 11^.

(3) Davila , liv. i4, p. 900.

{i^Mém. de Sully ^ i. 3, liv, 6, p. 353.

Pasquier, le consciencieux Pasquier, aimoit trop les Jésuites, pour ne pas leur donner le principal personnage dans toutes les tragédies que la révolte enfantoit. Il lui paroissoit impossible qu'un roi fût assassiné sans qu'un Jésuite conduisit le poignard. Il consulta son cœur; et il y lut très distinctement que le Jésuite Yarade avoit instruit Barrière, et que l'assassinat de Henri lY devoit être le fruit des instructions du Jésuite. Pasquier ne laisse rien ignorer au lecteur, et nous allons transcrire ce qui est à la charge des Jésuites.

« Barrière alla visiter le curé de Saint-Àndré-des-Axcs ^ ff et lui découvrit sa délibération , que le curé trouva « fort bonne, et le fit boire, lui disant qu'il gagneroit a grande gloire et Paradis. Mais que le meilleur seroit^ « avant que de passer plus outre , qu'il vît le recteur des « Jésuites^ duquel il pourroit prendre plus certaine ré-

« solution ; que. Tétant allé voir, il entendit dé lui

tt avec plusieurs belles paroles, que la résolution par lui « prise étoit très sainte, et qu'il falloibavoir boD qourage o et être constant, se confesser et faire ses pâques. Dès « lors, il le mena en sa chambre et Itii bailla sa bénédic- « tion. Le jour en suivant, il fut confessé par un autre « Jésuite, auquel il ne se découvrit par sa confession, et en « après , reçut le Corpus Domini au collège des Jésuites, « et en parla aussi à un autre Jésuite, prédicateur de ^ Paris, qui préschoit souvent mal du roi, lequel trouva « son conseil très saint et très méritoire ; à la suite de « cela, il acheta le couteau, etc. (i)»

Telle. fut, selon l'avocat Pasquier, la déposition juridique et constante de Barrière jusqu'au moment qu'il rendit le dernier soupir ; il ne veut point qu'on se permette le moindre doute sur l'authenticité de cet acte. « Et m'en pouvés croire, dît ce grave personnage, au

(i) Cathéch. de Pasquier. deuxième partie, p. Sa.

tx péril dfi mon bUn, de mon corps et de mon honnsur. Car je «Tai appris d-iin mien ami, qui est im autre moi'méme{i).» Pasquier ne donne point d'autres preuves; il ne cite point d'autres garants ; ainsi nous devons Ten croire^ au. péril de son honneur. Et qui seroit assez téméraire pour mettre en péril V honneur dePasquier ? M. de Thou, Cayet,. Mézerai, Arnaud, et M. le président de Harlay, ontmieux aimé sacrifier Fhonneur des Jésuites , que mettre en péril V honneur de Pasquier et de ce sien ami, qui étoit un autre lui-même. Nous les entendrons successivement, et nou& aurons pour leur honneur les mêmes égards qu'ils ont ea pour la vérité.

On lit, dans les Mémoires de la Ligue, que « Barrière « confessa k la torture qu'un capucin de Lyon et un ecclé- « siastique lui avoient dit que ce ne seroit point mal/ait de « tuer le roi. Arrivé à Paris, ce monstre s'adresse k Chris- « tophe Aubry, docteur de Sorbonne, qui Vaffermû dans «son dessein, en lui disant qu'il gagneroit une grande « gloire en Paradis. Barrière alla ensuite chez le P. Ya- « RADE, Jésuite; il lui parla sans témoins, et Yarade l'ex- «horta k persévérer dans sa résolution. Il se confessa à « un autre Jésuite, mais il ne lui dit pas un mot de son « projet (a). » 6'est un anonyme qui parle : On voit que ses accusations, et souvent même ses expressions, sont, les mêmes que celles de Pasquier et du sien ami. .

On trouve dans le Journal de l'Etoile , que « Pierre « Barrière conféra avec le P. Yarade ; qu'il déposa qu'il «avoit communiqué son dessein k Lyon, k un prêtre,, à « un capucin, k un cçurme, qui l'exhortèrent k l'exécuter;, «qu'il alla seul chez le P. Yarade, qui fut de l'avis dijs, «autres (3).» ;:.

{i)lhid., p. 44*

(a) Mém, de la Ligue, t. 5, p. 434 et suiv.

(3) Journal de Henri If^, l. i, p. 4ï4> 4'^î *•• 2> P* ^y^'

Mk de Th^m dii fonnellement que* Barrière «OAsults «Vaaai»^ reeteur du ooUëge de Pai»iâ; » et à cette décasioit ii lait une philipt^ique contre k Société (i). Mézetài, qui n'a fait, dans son Histoire, que copier de Thou, s'énonce dans les mèmeft termes (2); Cayet s'etprime comme Mé* zarai ; àrnaud, dans son plaidoyer, renouT-elle la métiié accusation; M. de Harlay, dans ses remontrances, la rappelle an roi Henri IV; et tousse fondent nécessairemêfU « sur le témoignage dePàsquier et du skn ami, qui étoit « un autre lui-même. » Nous allons discuter cespreuyes, apprécier ce» autorités. Je me trompe^ nous ne saurions apprécier des preuves qui n'existent point, ni écouter des témoins qui ne prouvent rien , qui se réfutent euxmêmes en déraisonnant, et en se déclarant ennemis mortels de ceux qu'ils accusent.

Croiroit-on qtie M. le président deHarlay, à l'exemple à» l'avocat Arnaud, renchérit sur l'accusation calom* nieuse de Pasquier ? Celut^i se borne à dire que Barrière reçut le Corpus Domini au eoUége des Jésuites ; et'Mr de Harlay ajoute que « Varade avoit lui-même donné la com- « muniôn à Barrière, sur le serment fait en ses mains dos-

< sttssiner le rci? » Commençons notre examen.

ftirrière fut rompu vif en 1593, et Vàradeyo/ dêfiût en effigieen l'SgÔ. Varade étpit à Paris, lorsque le procèsfut fait et parfait à Barrière : on ne le rechercha point dans tout le cours de la procédure ; il demeura dans la éàpitale, même après que le roi y fut entré, et n^en partit <ftt'avéc le f^gat , que le roi' lui permit d^a-ecompagner à Konle. Noua ne nous arrêtons point à prouver tous ces faits, parce qu'ils ne sont contredits* par personne. Ils fiuffiroient pour justifier pleinement ce Jésuite , et rendre évidente l'iniquité des magistrats qui l'ont con*

(ï) Liv. 107.

(a) Lit. 6a.

(dNimnéy ou qui kl ealomnient ea»cofre comme rëgkîide* Que le lecteur en jugé 9ur ce que ikous allonâ diipèw

Je demande d'iibord si Yarade avoit instruit et com-^ munie Barrière, deuii ans après que ce monstre eut ex» pire sur la roue? Il parott-probable, jusqu'à ce qu'un, arrêt du parlement définisse le contraire, que les leç<N»s^ meurtrières du Jésuite ont dû précéder le supplice de l'assassin ; et Barrière ne fut point accusé d'avoir voulu poignarder Hexlri IV, deux ans après avoir été rompu vif» Pourquoi donc le parlement qui condamna Barrière^ laissa-t-il Yarade impuni? Pourquoi n' impliqua* t-il pas^ ee Jésuite dans la procédure ? Pourquoi ne le nomma-t-il point, dans tout le cours du procès? Falloilril deuxan» pour lire les déposition» de Barrière » ou bien ce mal» heureux ressuscita-t-il pour révéler ce nouveau eœnplicef? De ce délai , je conclus que Barrière n'avoit chargé ni Yarade , ni aucun autre Jésuite dans ses dépositions ; et que Yarade étoit innocent, lorsque Barrière fut exécuté. Cette conclusion est conforme à la logique d'Henri lY, qui, après avoir entendu^ non ^ns impatience,^ Tinveotive de M, de Haflay, répondit au parlement qu'il n'y avoit eu aucune charge à Venconfre de Yàyade; «Ei ai « aucune étoit^ s^outa ce monarque judrcieux, pour(|uot û l'au riez-vous épargné ? »

L'assassin confessa que ce qui avoit irrmé sapâtricide main d'un couteau sacrilège i « c'éfibient les eonseila san* « guinaires d'un carme,- d'un capucin^ de plu<dieurs eccU- « siastiqueâ, et nommément du docteur Ai^bry. » Je 9(0 suggérerai point une réflexion (pii se présente d'elle^ ^ème : le parlement ne fit pa$ i;ném^ de^ informattouâ contre le carme et le <»apucin t oncore moins songeart-U à rendre responsable de eefe attentait Vinsiitut ou l'ordre entier des alarmes et des eapuoins^ Barrièvo no nomma point de Jéaliit^; c^ deux an9 9(prèa le supplice, de Bur^ rière, le parlement fait le procèa ^u Jésuite Yarade ! Mait

DES JESUITES ^ étoient et quels pouvoient être les accusateurs de ^ àràde? Tous ceux des écrivains du temps qui out voulu impliquer la Société dans Fassassinat de son bienfaiteur, s'accordent à dire que a Barrière alla seul chez Yarade, a et quMl lui parla sans témoins, » 11 n'y a dope que Barrière et Varade qui aient pu révéler ce qui se passa dans cet affi*eux tête-à-téte. Barrière, appliqué à la question, ne nomma point de Jésuite ; on n'a pas osé dire encore que Varadey!/ lui-même F aveu de sa complicité pour faire sa cour aux magistrats. Encore une fois, quels furent les accusateurs de Varade?

« Barrière se confessa à un Jésuite ; et , aprè^ avoir communiqué son abominable projet à un carme, à un capucin, à un préti^e, à plusieurs ecclésiastiques, à un docteur de Sorbonne , à Varade , il n*en dit pas un mot à son confesseur ! y> Or, dans tous ces actes, ne reconnott-on pas une disposition prochaine au martyre , dont l'idée seule soutenoit son courage ? Varade, qui communia ce monstre, n'auroit-il pas dû le confesser pour lui épar- ' gner cette réticence, s'il la croyoit nécessaire vis-^-vis d'un autre? Toutefois cette réticence pouvoit-elle être nécessaire vis-k-vis d'un confesseur jésuite? En fut-il jamais un seul qui ne promit la gloire étemelle à unj*égicide?

Ce silence de Barrière prouveroit qu'il y avoit, même au temps de la Ligue, des Jésuites à qui on ne pouvoit pas ^ sans imprudence, confier le projet d'assassiner Henri IV. Ce silence , ainsi que le silence de tous les historiens ^ prouve invinciblement «que Varade ne communia point Barrière ; » il prouve que Pasquier et Arnaud ont rempli leur vocation «en calomniant un Jésuite,» et que M. de Hàrlay a mis son honneur en péril, en adoptant sans preuve, sans vraisemblance, ou plutôt en affirmant, malgré les preuves évidentes du contraire, des horreurs que J«ur atrocité seule rendoit incroyables.

« Yarade instruisit Barrière ! » mais Barrière avoit-il besoin d'être instruit? Il avoit été à l'école d'un cariae, d'un capucin, d'un prêtre, de plusieurs ecclésiastiques^* et de Christoph^e Aubry, docteur de Sorbonne. Que pouvoit-il, après de si habiles maîtres, apprendre d'uii< Jésuite qu'il ne vit qu'une fois? Barrière n'avoit point vu de Jésuite à Lyon; il resta peu de jours à Paris* Les historiens qui ont Toulu inculper les Jésuites, af*> firment tous que si Barrière revint chez Yarade le second jour, c'est qu'il ne l'avoit pas trouvé la veille, et ils n'ajoutent point qu'il y soit revenu une troi- Même foisé Que devient donc Yhctmeur de Pasquier, d'Arnaud, et de H. de Harlay? Lorsque des hommes passionnés ont résolu d'opprimer l'innocent, l'inco" hérence des accusations trahit toujours les calomniateurs.

Nous ne devons pas oublier ici qu'Antoine Arnaud, dans son plaidoyer pour l'Université, ayant reproché aux Jésuites la prétendue complicité de Yarade, les Jésuites se récrièrent fortement contre une calomnie aussi atroce ; et l'avocat ne prouva point que les Jésuites eussent tort de se récrier. Cette remarque n'est pas de moi ; elle est consignée dans l'histoire même de l'Université, d5nt en u'oseroit récuser le témoignage , lorsqu'il est favorable aux Jésuites (i).

Mais venons à quelque chose de plus déi^sif : lorsque M. de Harlay osa porter cette afiFr;euse accusation au pied du trône > que répondit Henri lY? Sa réponse, qui rend touteslespreuves de droit superflues, fut undémenti formel a M. le président, qui avouoit, malgré lui, dans ses remontrances mêmes, que « les griefs qu'il imputoit aux « Jésuites n'étoientpasbien prouvés. » Epoutons Henri lY,

«t que les Francis qui le sont encore, nou» pardonnent

si noua opposons ce nom , si cher à la nation, a celni des

Riperty des Blanc, des le Gonllon, et de tant d'autres que

la nation ne connoit point, ou rougira bientôt d'avoir

-connus.

M Quant à Barrière, dit Henri IV au parlement, tant « s'en fau t qu'un Jésuite l'ait confessé, comme vous dites , « que JE FUS AVERTI pAituif JESUITE dc SOU entreprise; et «UN AUTRE lui dift qu'il serait damnée s'il osoit l'entre* « prendre. »

Cette justification eat-elle équivoque, est-elle insuffisante? Nous avons droit d'attendre une réponse précise et directe. Les magistrats auront la cruauté « de nous la^ « faire désirer longotemps ; » mais peut-être les Jésuites, ouleuraaffiUés , ou leurs congrégani&tes, ont^ls fabriqué cette prétendjiie réponse d'Henri IV. Certain magistrat a essayé artificieusement d'en affoiblir l'authenticité; mais après avoir tout osé, les plus hardis n'ont pas eu le courage « delà déclarer apocryphe. » Ils y ont répondu en n'y répondant point; .ils l'ont ignorée; et toutes les fdifr que cette réponse importune auroît pu troubler kor marche, dis$iper leurs sophismes, confondre leur sécucité, ils se sont hâtés « de fermer les yeux.» Tous les ma« gîsirats gavent fc^r ecnur les remontrances de M. de Harld^jr au roi Henri IV; tous les magistrats ont la mémoire be pln$ ingraU l(|rsqu^il faodroit se souvenir de la répwmse dtt n^onarqoe au président. Ils savi^nt tous qu'une bouche téfole a calomnié les Jésuites, ils ignorefnt tous qu'un^r^i a tmjmdii le calomniateur, c'est-à^-dircf^ qu'ils se pAontrenH également paasîpnnés éan» ce <|u')ls disent et dana o« qw'ils ne disent points et que l^ur silences n'est pos^ la motndro de leurs prévarication*.

Mais pourquoi les magistrats n'out-îls pas décidé ^ar atrà que la réponse d'Henri IV doit être regardée « comme non avenue? » Ne leur suffisoit*il pas de pro-

noDcer • qu'elle iie se trouve point dans les registres du parlement? » Ils ont prévu, sans doute, que cette solution ne parottroit point satisfaisante à ceux qui savent que la réponse d'Henri IV nous a été transmise par ceu& qui l'ont entendue ; qu'on la trouve dans les mémoires de Yilleroi, ministre d'Etat; dans Thisteire de Dupleix,, auteur contemporain et historiographe de France; on la trouve dans le plaidoyer de Montholon, qui la. mit sous If s yeux des chambres et de la nation, sous les yeuj^ même d'Henri IV; on la trouve dans le Mercure jfranfois de Tannée 1604; on la trouve dans Matthieu, historiographe d'Henri IV, auquel ce prince fournissoit lui*méme des mémoires pour son histoire*.,.* Les Calvinistes, les Jansénistes, les curés, les docteurs, les philo»^ tophes, les magistrats» n'ont pu faire, jusqu'à présent , la moindre découverte qui affoiblit ce glorieux témoignage.

Je termine œt article, qui n'est déjà que trop long, par quelques remarques do»t nous ne craignons pas qu'on attaque directement la solidité.

Henri IV devoit être instruit de ce qui le regardoît personnellement', beaucoup mieux que les avocats de l'Université et des curés. Henri IV devait étre^ instruit, heauooup mieux que Paaquier et beaucoup mieux que M. de Harkiy, des avis importants qu'il avoil reçus par le canal d'un Jésuite. Il s'agissoit de la vie même du monarque : le bien de son royaume, sa propre sûreté, Vobligeoient de déférer non seulement à des preuves eomplètes ou à des indices violenta, mais aux soupçons «iféae les plus légers. U en ooùteroit bien k notre coeur de faire l'apt»logie de quelqu'un qui «sroit aecuaé juridiquement d'avoir entrepris de nous poignavder; il en coAteroit à notre c(0ur (et nous ne sommes pas rois). Henri IV, élevé dans le protestantisme, n'avoit pas dû prendre , dans les conversations de SuUy, des ducs de

Bouillon, de la Trëmouille et des autres chefs des protestants, des idées bien avantageuses à la Société; on avoit eu soin, dès son enfance, de la lui peindre des couleurs les plus odieuses ; le premier sentiment d'un Calviniste étoit alors ce qu'est aujourd'hui le premier sentiment d'un Janséniste, c'est-à-dire, une haine mortelle contre la Société. Henri IV, qui écoutoit par bonté les remontrances du parlement, pouvoit renvoyer les députés sans faire attention à la harangue de M. de Harlay, « harangue qui fut plutdt, dit Dnpleix, une invective de « tous les convices et opprobres dont Pasquier et Arnaud a ont chargé la Société, qu'une civile remontrance. » Henri IV, après avoir écouté jusqu'au bout cette invective, déclare positivement qu'on étoit si peu fondé à imputer aux Jésuites l'attentat de Barrière, que a c'étoit « un Jésuite qui l'avoit averti du projet de ce monstre, « et qu'un autre Jésuite lui avoit dit que l'enfer étoit la « patrie des régicides. » Il me semble que tout cela est très intelligible, et que tout cela prouve que les magistrats ne peuvent justifier l'extermination des Jésuites qu'en les rendant a responsables des crimes même qu'ils ont empêchés, » Henri IV déclare publiquement « que les tt Jésuites lui ont sauvé la vie; » et les magistrats exter^» minent les Jésuites « parce qu'ils ont attenté à 4a vie tf d'Henri IV. » Mais toutes ces réflexions frappent l'air, et ne parviennent point aux oreilles de ces hommes « puis- « sants pour le mal , qui n'entendent rien , qui ne ré- « pondent à rien , qui ne pardonnent rien, et dont l'âme « est vendue à l'orgueil, à la haine, à l'iniquité. SuM ad u ùUelUgendum saxei, adjttdicandum lignei, ad ignoscendum « valpes, ad superbiendam tauri, et ad consumendum mi* » notauri (i). f>

(i) Cassiodôr. super Psal., 77.

Mais quel pouyoit être ce Jésuite qui a^ertii le r<»i de ratténtat qu'on trftmoii contre sa personne? M^ Arnaud, M. de L'Etoile ,' M, de Harlay Joe ciient que.Varade; ou , s'ils parlent d*un autre Jésuite à qui Barrière se confessa, ils conyiennent que cet assassin « ne dit pas un mo6 de « son projet à son confesseur, w II suit de là que ce cbn«> fe&seur ne put ni avertir le roi, ni menacer de Tenfer le parricide 9 qui ne lui avoit pas dit un mot de 8i>n dessein. t> Il faut donc que ce soit Vara^de Im-meme tpii ait dit k Barrière «qu'il seroit damné, s'il persistoit dans son abominable résolution 7 » Vai'iauie seul a pu avenir lei^oi d'un projet qui n'étoit connu que de lui. Maiâ' si. cette conjecture est solide, comme elle doit l'être, et si en même tempsvi'^rvocat Arnaud a dit vrai, il s'ensuit que, suivant Finvective de M. de Harlay, Varade fit promettre à Barrière sur le Saint-Sacrement qu>il assassineroit Henri IV, et que, suivant le témoignage du roi luimême, Varade Tavoit averti de l'attentat qui menaçoit ses jours; c'est-à-dire que Varade fut véritablement le gardien de la vie du roi, et que les soi-disant gardiens de la vie du roi condamnèrent alors Varade au supplice des régicides, et le calomnient encore aujourdliui comme coupaèle du régicide qu'il empêcha.

Qu'on ne dise point, au reste, que Varade n'est pas* nommé: Henri IV n'a point laissé de subterfuge à la^ mauvaise foi. Voici comment ce monarque^ s' exprime, en parlant de l'attentat de Jean Châtel, postérieur à celui de Barrière, et dans lequel on vouloit impliquer ce même Varade, qu'on n'avoit pas même osé noknmer: dans le procès de ce dernier : « Quant k Chàtel , dontinue tt Henri IV, les tourments ne lui purent arracher aucune «accusation k Fencontre de Varade ou autre Jésuite: et « si aucune, étoit, pourquoi Feu8ftiez«vous épargné ? »

Mais si Varade avcfi instruit Barrière; si, plus; méchant que le démon, il avoit fait servir le plus afiîreux des

sacrilèges à cimenter le plus horrible des sénpeiilA; si Varade, eîi un mot, avoit été complice de Balriènrey Henri IV auroit^il nommpé cé niéme Tarade, lorsqu'il i^ttestoit aux magistrats que les tourments a'aToient pu airacherà T infâme Châtel aucune accusation à rencontré de Varade? Auroit^il répondu au parlement que^ bien loin d'avoir étésassassinépar les Jésuites , il était redevable aux Jésuites de n'avoir pas été assassiné? a Tant n s'en faut^ dit ce monarque, qu'un Jésuite ait indiiît « Barrière à attenter à mes jours, que c'est un Jésuite « qui m'a averti que Barrière avoit résolu de me poi* « gnarder ; tant s'en faut qu'un Jésuite ait suborné « Châtel, que> Châtel pemista jusqu'au dernier soupir à « justifier les Jésuites; et j'en appelle à vous*mémes : si « Yarade ^voit armé Barrière d'un poignard, et si vous « Tavez su par la déposition de Barrière, pourquoi « n'avez-vous pas fait le procès à Yarade en même temps «qu'à Barrière? Et si Guéret avoit nns le couteau dans « la main de Châtel , pourquoi ne condamnâtes^vouft. «poini Guéret avec Châtel?... »

Ainsi raisonnoit Henri lY, et le parlement n'eut ri^ à répliquer. Le raisonnement du motiarqué.na rien perdu de sa force. Que le lecteur impartial examine par hii-mèiM ce qu'ont répondu ou ce que répondront les miigistrats^dont la logique est en défaujt, dès qu'il s'agit d'une Société qu'il leur est plus aisé d'exterminer que de corivaincf'e..

C'est, un Jésuite qui avertit Henri lY du danger dont ses jours étoient menacés; et c'est Henri lY lui même qui rend;k la Société ce glorieux témoignante! Nous' irons> plus ioin^ et nous dirons que ce n'est pas le seul Jésuite qu'Henri lY pouvoit citer. Je plains lesi magistral» qui liront ceci, et encore plus ceux qui ne voudront pas le lire. Ecoutons encore un moment Pierre 'Matthieu, <îonseiller* du roi , historiographe de France el confident

DANS y ATTEWTAT DE BARWÈRE, 23

4'HeQ|*i IV ; « Un iiédespiéré^ natif dfB Nég^epé]$53ey se «â prQ9titiia d^ d»AiQàM0 dessein d'a«N3^i|er:k; réL II « s'adressfi à un écuyer du roi d'Ë^plL^nesinQinmf VaMe'- «^morb, liéqq^; adyoMft a de vBarraii.t> )ainbas9adeuir; dé fi France, qja'il ^l^qit éQ«ttté.(^ji^l;e priQipmUon;'^^ «sa consoienôe lai représedtàlit llénor^tiité' d'un ,|el « attentat, il avoit pàrJié.à un. Jésuite,- lequel Vnv^i^Jerl « détcàmé de cette exécrable pratique, et Tavoit exjborté tt d'en donner avis à l'ambassadeur, afin que Ton veillât « sur la sûreté de la personne du roi. DcBarraut advertit « sa majesté de tout ceci; et sa majesté loua le devoir «que le Jésuite avoit rendu à la vérité et à sa con- « science (i). »

Pourquoi tous ces faits, consignés dans les histoires les plus authentiques, ne se trouvent-ils dans aucun Compte rendu? Pourquoi n'en dit-on pas un mot dans les Extraits des Assertions , à l'article Régicide? A-t-on craint qu'ils se combinassent trop difficilement « avec cette « tradition d'assassins, dont la chaîne n a jamais été inter- « rompue; avec cette unité de sentiment dont l'évidence a « subjugué la pluralité des magistrats? » N'insistons point : nous en avons assez dit pour être en droit de conclure que Barrière, appliqué à la question pour déclarer ses complices, ne nomma point le Jésuite Varade ; que ce Jésuite ne fut pas même soupçonné d'avoir eu la moindre part au crime de Barrière ; que le parlement, qui avoit entre les mains l'interrogatoire de ce scélérat, ne fit aucune poursuite contre Varade ; que Varade resta à Paris après qu'Henri IV s'en fut rendu le maitre; qu'il en partit, ayec la permission du roi , pour aller a Rome avec le légat; de tout cela nous avons droit de conclure que c'est une énorme calomnie dans Pasquier, dans de

(i) Matthieu, Hist» de la mort déplorable de Henri IV , etc. , p. i qo.

24 DES JÉSUITBS DANS L'ATTENTAT, etc.

Thou, dans Mézerai, dans M^ de Harlay, d- avoir ayancé que le père Vnrade âvoit conseillé à Barrière de taer le roi ; de tout cela enfin nous ayons droit de conclure que les auteurs des Comptes rendus sont animés du même esprit que Pasquter, et qu'ils sont a plaindre de ne pas sayoir que « l'injustice déshonore celui qui la fait et non « pas celui qui la souffre, n Injuria injusèe irrogata ejus infamia est quifecil (l).

(i)Sencq. in Prop.philosop.

<vvvvvvv\fvvvv\fvv^fvvvvv^l\lVV^(vi\lvvv\(V<^lvv<vvv^nAM%lv>Al^^

DE

ET

xiENRi IV ne se borna point à justifier un ou deux Jésuites : il les justifia tous, et ce fut pour le parlement upe nouvelle raison de les exterminer tous. Nous allons d'abord rapporter succinctement; le fait diaprés M. de Péréfixe, dont le texte se développera de lui-même, dans ce qui regarde les Jésuites.

« Sur la fin de Tannée 1594, un jeune écolier âgé de « dix-huit ans, fils d'un marchand drapier de Paris, s'é- « tant coulé avec les courtisans dans la clmmbre de la « belle Gabrielle, où étoit le roi , voulut le frapper d'un iR coup de couteau dans le ventre ; mais de bonne fortune, « le roi, s'étant baissé en ce moment pour saluer quel- (( qu'un, il ne l'atteignit qu'au visage, lui perça la lèvre « d'en haut et lui rompit une dent... Le parlement con- « damna le parricide à avoir le poing droit br&lé et à « être tenaillé, puis tiré a quatre chevaux.... Le père de ^ ce misérable fut banni, sa maison de devant le palais « démolie, et une pyramide érigée en la place.

« Les Jésuites, sous lesquels ce méchant avoit étudié , « furent aussitôt accusés de l'avoir imbu de cette perni « cieuse doctrine , « qu*il est permis d'assassiner un roi « hérétique ou excommunié; v> et comme ils avoient beau-- « coup ctermemis, le parlement bannit toute la Société du

royaume, par le même arrêt de leur écolier. Ces Pères ^e a manquèrent pas, nonobstant que le temps leur fût a contraire, de travailler à soutenir leur honneur, et « firent plusieurs écrits pour se justifier des choses dont « on les chargeoit. Et véritablement, ceux qui nétoietu « pas leurs ennemis ne croyoient point que la Société fût a coupable; de sorte que, à quelques années de là, le roi « révoqua l'arrêt du parlement et les rappela (i). »

Voici comment s'exprime un écrivainanglois,enl757, dan$ un ouvrage qui a pour titre : Âparticular account of the murder of Henri IV : « Jean Châtel, âgé de dix-huit à a dix-neuf ans , fils d'un riche marchand drapier de Paaris, éludioit à V Université^ et ne manquoit de rien. « C'étoit un fanatique, qui croyoit gagner le ciel en poia gnardant son roi. Après qu'on Feùt ôté de la torture : a Je m'accuse , dit-il humblement à son confesseur, de « quelque impatience dans lïies tourments ; je prie Dieu « de me la pardonner et de pardonner aussi à mes per^ « sécuteurs. Il fut éçartelé ; et, jusqu'au démiçr sotipir, « il ne parut occupé que de la palme du martyre, qu'il « croyoit sincèrement mériter par son crime qt par son « supplice. II avoit été séduit a par l'exemple de ces li*a gueurs furieujc, » qui promenoient, jour et nuit, leur « enthousiasme dans l6s rues de Paris , la Bible d'une « m^iti et le poignard de l'autre. » Il n'y a point, dans toiit cet ouvrage, imprimé à Londres, în-8®, en 1767^ une syllabe qui puisse faire soupçonner que les Jésuites fussent complices de Châtel (2).

Ecoutbns encore le continuateur de Fleury, qu'on n'a jamais accusé de partialité pour les Jésuites. Après avoir rapporté en détail \^ <st\m^ de JeiBin Châtel, cet écrivain

(i) HisU de Henri-le-Grand j p. aaS.

(3) Outre Fouvrage anglois cité dans le texte , consultez le Journal EneycL, février 1767, t. 2, p. 40.

ajoute que a ice parricide subit, peu après,. deux interro- « gatoires , Tua deyant le preYÔt de Paris, l'autre au par- « lemeul. Il fit toujours les mèoies réponses. On lui dea manda s'il ayoit étudié, et chez qui? Il répondit : que « c'étoit chez les Jésuites du collège de Paris;- qil'il avoit « étudié trois ans sous Je P. Gu^ret, et en derûier lieu « aux écoles de drdà de V Université; que c*étott de Im-nufM « qu'il avoit pensé qu'en tuant le roi, il expieroit ses pé** « chés... Il persista constamment jusqu'à la mort, et au « milieu des tourments , a protester qu€ ni U P. Gwàrei, « ni aacan Jésuite n avoit aucvme part à son crime >

« Nonobstant cette déclaration , le parlement députa « quatre conseillers qui se transportèrent au collège des « Jésuites, où ils firent la visite de plusieurs cham^bres. « L'on trouva dan^ celle du P. Jean Guignard, néà Ghar* « très, parmi plusieurs écrits, un papier écrit de.sa mâîn^ ^ en 1589, dansle tempsqu'on assassina Henri lil..-. Cétoit « de ces Ubelles que les troubles avoient enfantés, et qu'une « curiosité indiscrète faiseit garder / . . .

« Le jour méme.du supplice de Châtel, l'avocat Dollé, « Doaoïf , premier huissier de la Cour, et quelques autres « délégués par le premier ppésident (de Harlay), se transn « portèrentau collège de C|ermont,etapposèrentlesscel«' « léssurtouslesefFets. Leleàdemain(30décembre lâ94V « les conseillers de la Cour, députés du parlement, vin* « rent au même collège, firait une exacte recherche dans « les chambres qui n'avoient pas encore été visitées, et « interrogèrent plusieurs pensionnaires; et, le dernier « jour de l'année 1594, on lut aux Jésuites l'arrêt qui les « bannissoit de Paris et du royaume.

« Cependant le pariepieut, au commencement de l'an- « née 1595, se disposa à faire donner la question aux « PP. Goi^èret et Guignard : le premier n'avoua rien ; et, M comme il n'avoit point non plus d'accusateur , on se a contenta de le bannir. A l'égard du P. Guignard, après « lui avoir produit les papiers qu^ou avoit trouvés dans

a sa chambre> il fut déclaré coupable du crime de lèze^ « majesté , et, comme tel, condamné au dernier supplice. a L'arrêt qui le condamne est du 7 janvier; il fut exécuté tt le même jour.

« Le Jésuite, étant sur Téchelle, protesta avec beau- « cù up de tranquilli té, que yU lui, ni sa Ccnipagnis n' a voient « aucune part au crime de Châtel... Malgré cette décla- « ration , on ne laissa pas de faire exécuter là sentence.

« Trois jours après (c'est-à*dire le 10 janvier), le partt lémeat bannit à perpétuité du royaume le Jésuite Jean « Guéret, qui avoit été régent de Châtel... Il ordonna , «I en outre f qu'on élèveroit, dans la place de la maison de « Châtel, un pilier de pierre de taille, sur lequel on meta troit un tableau, où Ton inscriroit les causes de Férec* « tien de ce pilier. Cet arrêt fut rendu le 10 janvier « 1595. o

Les Jésuites étoient sortis de Paris dès le 8 de janvier, le< leudemain du supplice de Jean Guignard. Ils arrivèrent en Lorraine quinze jours après (i).

Nous avons dà rapporter lé faitavec^n peu d'étendue, pour mettre le. lecteur en état d'entendre ce qui nous reste à dire. Le détail qu on vient de lire dispose les personnes qui jugent d'après leurs lumières , et non d'après des préjugés étrangers, à croire que la Société n'avoit pas plus de part au crime de Châtel qu'à celui de Barrière. L'arrêt qui bannit Guéret est le fruit de l'inconséquence ; celui qui condamne Guignard au dernier supplice annonce la fureur et la déraison ; celui qui extermine la Société pour un crime qu'elle n'a point commis, pour un crime qu'elle déteste, pour un crime auquel nul de ses membres n'a eu la moindre part, est le modèle de ceux que nous avons vu porter de nos jours , et qui partent du même principe. Ces imputations sont accablantes:

(i) Fleury, Hist. ecclès., t. 36, p. 4S9J 5o2,elc.

pourquoi £pi^t-il qu'elles soient évidemment vraies ? Tel est mon respect pour la magistrature^ que rinnocenGedes Jésuites me donne de Thumeur. Je voudrois qu'ik fussent, pu du moins qu'ils parussent coupables , afin que les magistrats pussçnt au moins déguiser Tinjustice dont la nation rougit pour ^ux. Afin d'être plus clairs et plus méthodiques , nous distinguerons la cause de Guéret de celle de Guignard, et nous, traiterons séparément ce qui regarde Tun et Tautre, après avoir entendu les déposijlions de témoins « dont on ne peut ni récuser ni infirmer « le témoignage. » Examinons d'abord si Chàtel accusa les Jésuites ; l'historiographe Dupleix va nous en instruire,.

a Après Tattentat de Jean Châtel, les huguenots et les

,a LIBERTINS , dit Duplcix, SOUS prétexte d'un fervent zèle a pour le salut du roi , sur le bruit que cet écolier dé- « bauché ayoit étudié sous les Jésuites , publièrent qu'il , « étudioit encore sous eux , et qu'il avoit confessé qu'ils ^ Tavoient induit à commettre un parricide exécrable en ti la personne deSa Majesté, par diverses persuasions et ar- ,a tifices, dont les bons François, /f^j[y^r^^a/<?/» furent gran- « dementesmus^etsur l'heure lancèrentmilleexécrations, « maudiçons et imprécations contre les Jésuites, plusieurs « criant qu'il lesfalloit égorger et jeter dans la rivière... « Les Jésuites étoienthBïs d'aucuns des juf es mêmes ;maAH o ni PREUVE, ni PRESOMPTION ne pouvant être arrachées de <» la bouche de Fassassin par la violence de la torture , « pour rendre les Jésuites complices de son forfait, des 5* commissaires furent députés pour aller foui lier tous les « livres et écrits de cette Compagnie (i). »>

On voit déjà que les magistrats « avoient concerté entre « eux de trouver les Jésuites coupables; » ils étoient furieux de ne pas trouver dans les dépositions de Chàtel ce

(i) Dupleix , Hist. de Henri-le- Grand, p. i63.

qu'ils troirvoient dans leur propre cœur ; et parce qùè niprêttve, ni préicmpUcn ne purent être arriachéés de' là bouche de l-assassin, ils députèrent quatre cotnmissài'res « pour y supjdéer; » c'est-à-dire que Finnocencé des Jésuites, qui auroit dû arrêter les poursuites des magis* trats, ne servit qu'à les rendre plus tives. On fit faire, par des ennemis déclarés f des perquisitionis dans les chambres de tous les Jésuites, et cela uniquement parce qu'il n'y avoit ni preuve, ni présomption contre eux! C'est déjà, au moins, une forte présomption contre leurs juges.

En parlant de la pyramide, Dupleix ajoute que : «Es « diverses 'faces furent gravées diverses inscriptions }i « l'opprobre des Jésuites. Car, remarque cet historien „ â ceax qui inventoient les plus satyriques etpoignœnUs con- « ire leur Société, étoient leb mieux venus de ceux qui « a voient pris la direction de cet ouvrage ^r^ c'est-à-dire des

llA6ISTRATs(lV

M. de L'Etoile, ennemi mortel des Jésuites, avoue « que Châtel, par son interrogatoire, déchargea du tout les Jésuites^ m^me le P. Guéret, son précepteur (a), n M. dé Thou, Matthieu, Cayet^ et les Mémoires de la Ligue, reconnoissent « que Châtel disculpa formellement et soit « professeur et tous les Jésuites, de lui avoir jamais con-^ « seillé d'assassiner le roi ; ou même d'avoir eu aucune tt connoissabce de son dessein ; n quoique suivan:t M. de L'Etoile, « Lugoly, lieu tenant de la maréchaussée, se fiit « déguisé en confesseur , pour arracher de Châtel son « secret. » Un ancien manuscrit de la bibliothèque du roi (vol. 9033), dit la même chose , et affirme positivement a que Châtel déchargea les Jésuites , et soutint jus- « qu'au dernier soupir qu'on les soupçonnoit injuste-

(i) Dupleix, Hist.deHenri-le'Grand,p. i65. (a) Journal de l'Etoile à rannée i SgS.

ET DO BANNISSEMENT DES JÉStflTÉS. 31 « ment (i ).» De pareils témoignages de vroientbien fermer la bouche aux calomniateurs : ceuiJLque nous allons rapporter devroient la fermer aux magisirals.

C'est par ordre du chancelier de Chiverny que le procès fut fait à Jean Châtel : il semble que personne ne doit étire mieux instruit que cet illustre chef de la magistrature. Voici comment il s'exprime en parlant des Jésuites impliqués dans Tafifaire de Jean Châtel.

« Sur l'occasion que Jean Châtel ayoit estudié quel- « ques années au collège des Jésuites, et que les premiers « du parlement leur veuloient mal d'assez long-temps, ne « cherchant qu'un prétexte j9^ar ruiner cette Société, trou- « yant celui-ci plausible à tout le monde, ils ordonnèrent a et commirent quelques uns d'entre eux , qui étoient « LEURS VRAIS ENNEMIS, pour aller chercher et fouiller pai^ « tout dans le collège de Clermont, où ils trouvèrentvé- % ritablement, ou peut-être supposèrent , ainsi que quel* a ques uns Font cru, certains écrits particuliers contre )a « dignité des rois, et quelques mémoires contre le feu roi « Henri III...

« Le parlement fit arrêter les Jésuites , ajoute le chan- M celier de Chiverny, et les fit emmener dans la Concier- « gerie , faisant arrêter tous les autres Jésuites dans le « Collège de Clermont; et pat* après, ajoutant à Farrét de <i Châtel, ordonna que tous les Jésuites partiroieut dans « trois jours de Paris, et quinze jours après de tout le «royaume^ sur peine, le dit temps passé, détre tous fi pendus. Guignard fut condamné à mort par un arrêt « particulier du 7 janvier. Il fut exécuté le même jour , « et montra une constance admirable. Jean Guère t fu t banni « par arrêt du 10 janvier de la même année (2). » Nous

(1) De Thou, liv. 3 j Matthieu, t. 2 , liv. i , p. 182 5 Cayet , liv. 6 , p. 43oj Méni. de Sulljr, t. a, p. 4^7, e'dit. de 1763.

(2) Mém, d* Estât, etc., p. ^4 < •

-verrons bientôt ce que cet illustre magistrat pensoit du bannissement des Jésuites.

Si le témoignage d'un chancelier de France n'est pas capable d'imposer aux auteurs des CcmpUs rendus, qu'ils respectent du moins celui d'Henri lY, qui déclara à son parlement « qu'aucun Jésuite n'avoit eu part au régicide a de Jean Châtel. n Ce monarque n'exigea pas même qu'on s'en rapportât uniquement à sa parole royale; il s'abaissa jusqu'à prouver ai} parlement l'innocence des Jésuites ^ar le témoignage même da parlement; il lui fit reremarquer «qu'il étoit en coniradiciùm avec lui-^même, puis^ « qu'il exterminoit tous les Jésuites comme complices « du régicide Jean Châtel , tandis qu'il avoit épargnée le « seul Jésuite accusé personnellemeqt d'y avoir trempé , o c'est-a-dire Jean Guéret.n

Mais le parlement , à qui l'université ligueuse souffloii ses fureurs contre la Société ; le parlement, qui avoit ci* mente l'union la plus étroite avec la Sorbonne pendant la Ligue, conservoit la même intelligences avec elle , lorsr que la Ligue fut éteinte, ou qu'elle cessa du moins d'èlre redoutable. L'université fit des libelles; le parlement porta des arrêts ; et il fut aisé de s'apercevoir que la Ligue^ qui avoit fait des efforts inutiles pour renverser le trône , étoit résolue d'en faire d'efficaces pour exterminer la Société.

Jean Châtel avoit soutenu constamment, au milieu des supplices et jusqu'au dernier soupir, que non seulement le Jésuite Guéret n'étoit pas coupable, inais qu'il ne devoit pas être soupçonné , puisqu'il n'avoit ni conseillé, ni approuvé, ni connu le projet dont on vouloit le rendre complice. Il semble que la procédure contre Guéret devoit finir là; mais il avoit affaire à des juges qui vûulcienl mal aux Jésuites d assez Ung^temps ^ et qui ne cherchoient qu'un prétexte pour ruiner la Société. Ecoutons encore le journal de L'Etoile.

Après avoir dit que le parlement avoit fait subir un interrogatoire au Jésuite Guéret, M. de L'Etoile ajoute que « Guëret ne confessa jamais rien , et pourtant fut « mis à la question où il se montra fort constant , et « devant fit cette prière en latin tout haut : Jesu Ckriste , ikJiliDei vivi, qui passas es pro me, miserere mei, et foc ut a suffèram patienter tcrmentum hoc qUcd mihi praparatum ;« est, qacd merui et majus adhuc ; et tamen tu scis, Domine, « quod mundus sum et innccens ab hoc peecoUe, o Ce qui signifie : tt Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, qui avez soufa fert pour moi, ayez pitié de moi , et faites que je souffi*e «avec patience le tourment qui m'est préparé; je Tai « mérité , et un plus grand encore ; cependant vous sa- « veSKy Seigneur, que je suis pur et innocent du péché if qu'on mHmpute. Après cette prière, étant tiré, il ne '«jeta aucun soupir, ni plainte de douleur, seulement « réitéra cette prière : Jesn Christe,JiliDeivivi,kxc, (i).»

J'ai de la peine à croire qu*on voie, dans ce langage et dans cette résignation^ rhéroîsme d'un philosophe ou le' désesDoir d'un scélérat; mais ce n'est pas ce qui doit nous occuper ici: l'institut qui forme cette espèce singulière d'assassins, leur inspire une fermeté qtfi ne se déinent point au milieu des supplices ; et si ces supplices n'étoientpointordonnës parles m^^^x^xx^x^ très catholiques d'un royaume très chrétien, on regarderoit avec raison ceux qui les souffrent comme autant de martyrs. Guérét fut appliqué à la question, «précisément parce qu'il é toit Jésuite; » ce fut là tout son crime aux yeux de ses juges, qui , même dans leur arrêt , ne reprochent à ce Jésuite « que d'avoir été ci-devant j9r^^é/»/^»r dudi t Jean Châtel ; » qui le répètent, à propos et hors de propos» comme si les .maîtres étoient ou pou voient être responsables de' toutes les actioi\s de ceux qui ont été leurs disciples. La

(i) Journal de Henri IF", t. 2, p. 168.

qualité de précepteur décèlq la passion dés jugea y <|ai affectoient de cQolondre.cQlui cpî àoxaxt àe^ t€çans puèlir quesk tous ceux qui viennent T entendre j avec celui «qui forme eu. particulier Tesprit et le cœur d'un élève d(»M; il est chargé spéicialetnent. » Jlest vmi que Châtel avoit fait sfi. philosophie sous le P. Guéret; mais. Calvin et Bèïe n'ayoient-ils paa fait toutes leurs études en Soriioione? . S'est-on avisé d'imputer à cette célèbre école les guerre» ciTiks dont le ç^vinisme a été la source? Mai» Chitel lui-même QVyoit-il, pas £^it tout4^ ses classes à runivér-; site, avant de faire sa philo^phie.au.câllége de Giermonl? %% y après être sorti du collège , n'avoit-il paâ repiis se» études a T université ? Qiie la haine est iACOtiséquente 1 On ne dit rien aux premiers maiurea de Chàtel, dont le» leçons dévoient paraître plus suspectes à toutes sortes de titres ; on ne dit rien aux derniers, «iaitres de Ch&tel y aux professeurs de droite sous lesqueb ce monstre etu* dioit actuellement ; et on applique à la question , et on Uvre au supplice e4« à Tiafamie» et on extermine les Je* siiijb^s, parce que Gb4tel, dans rialerValle de i»es études^ cQiiiioencées et reprises à l'université, avoit étudié>qiiel<* qu^ temps, chez \!^,^émL\e%y'quil défhkirgea de ic'atdah/ ses:irUterrQg(^t0ires!. Les maîtres, .sousc^ùi ChâtdlaiRqit fait spipi cours d'hum^anités, étoient du. noknbre de ceux qui: a,Ypipnt décidé sollE^unellement a que le bon religieux qui avpit poignardé HekiriJII ne s'étoit rendu coupable d'auqito péô^é. » Les maîtres sous qui Ghâtél éiij^dioit actj^ellement les principes de la jurisprudlence , étoient léà méuites quis.avoient souscrit, au- temps de la Ligue, le^ décbioiis les plu» abominables, et le parlement ne. fait informer ni contre les premiers^ ni contre les derniers; il n'en veut qu'aux Jésuites ; \\ est plein d'indulgence pour tioiis Ceux qui ont été ligueurs; il ne pardonne rien aux Jésuites , non pas même leurs services et leurs vertus ; et il veut nous persuader aujourd'hui que les Je-

ET DU BANNISSEMENT DES JESUITES. 35 suites soht exterminas, parce qu'ils furent les Eoles de la

Ligue!

M^ia, encore une fois^ y pourquoi le Jésuite Guéret fut-il appliqué à la question,? l<ô$, loij» n'ont jàmaisperinis) i^i pu périmât tre. ce genre de. torture qu,e. lorsqu'il y a des ^upçoQSy 4^3 indices contre Vaccusé. Il faut même que ce^ soupçons volent grayes , que ces indices soient yio*lents ; mais quels étoi^nt les accusateurs de Guéret S II n'en ei^^ point, LUnfàm^ Cb^tel, son élève, le chargeà-tril davusses dépositions ? À-u contraire, il le justifia pleinement; et, par. son interrogatoire , disent tous les histo^ riens, et il faut le répéter encore, « déchargea du tout les a.Jéatiites.,.inéitie le P. Guéret, son précepteur. » Si le P. Guéret avoit été sorboniste, professeur en droit , ou dominicain , le parlement n'auroit jamais pensé kJ'impliquer (}ans Ts^ttentat de £Iiàtel, dont il n'ayoit pas méi](i^ eu connoi^sanQe. Je déclare doUjC , malgré tous les Comptes rendis et tous les bûchers parlementaires , que Çuéret 0t tous les Jésuites étoient innocents du crime d6 Jean Chàtel; les magistrats qui ont le courage de raj.epi^ir cette affreuse calomnie, deyroient se souvenir que^ par arrêt du parlement , les prison^â fur^it ouvertes à Guéret.le 10 janvier 1595, trois jours après l'exécution 4u Jésuite. Guignard, qui ne fut pendu que parce qu'il étoit vei^u à mauvaise heure ^ comme nou$ verrons bientôt. Le Jésuite Guéretfut banni pararrét de la.caur, le 10 janvier 159.5, douae jours après avoir été banni par arrêt de lacQur du 29 cfécembre 1594, troisjours après avQirëté ba^mi par le fameux édit du 7 janvier 1595, «découvert miraculeusement cent soixante-dix ans après (i). » Le Jésuite Guéret fut donc banni trois fois dans douze jours, par un édit du roi , par deux arrêts du parlement. Cette peine étoit bien légère pour un régicide ; le parlement;

(i) Le faux édit de bannissement des Jésuites aUribué k Henri JV.

de Rennes s'en esl aperçu ^ et Farrèt de banniss^nent porté contre Guëret, en 1694, a été commué en arrêt dé mort en 1762 (i). /n unilaU pravorum grandis est /crtiladc, sed in separaticne major in/irmitas (a).

Guigpnard , Jésuite, fut pendu le 7 janvier 1595 ^ par arrêt du parlement, « parce que les commissaires député» « par la cour pour aller chercher et fouiller partout dam» « le collège de Clerm'ont, étoient Us vrais ennenUs des Je- « suites, et qu'en cette qualité, ils trouvèrent ou peut-étren supposèrent^ dans la chambre de Guignard, certains^ « écrits particuliers contre le feu Henri III.» C'est ce que nous apprend messire Philippe Hurault, comte de Chi* vemy et chancelier de France, dans ses Mémoires d'état, que nous avons déjà cités plus haut, et que nous ciieron» encore plus d'une fois.

« Guignard étant conduit au supplice, soutint tou- « jours qu'il avoit toujours été et avis de prier Dieu pour Sa « Majesté, Il ne voulut jamais crier mercy au roi, disant « que depuis qu'il s'étoit converti , il ne l'avoit jamais « oublié au Mémento de la messe. Etant venu au lieu du « supplice , il protesta de son innocence , et néanmoins tt ne laissa pas d'exhorter le peuple à Tobéissance au roi «et révérence au magistrat; même fit une prière tout M haut pour Sa Majesté, à ce qu'il plût a Dieu lui donner u son Saint-Esprit... et n'ajouter foi légèrement aux faux vi rapports qvl on foi soit oourir d'eux; qu'ils vtétoienl point « assassins des rois , comme on vouloit leur faire entendre, ni » fauteurs de telles gens qu'ils détestoient , et que jamais les « Jésuites n'avoierit procuré ni approuvé la mort de roi quel'

(i) Compte rendu à Rennes , p. 103. Que doit-on penser du parlement de Bretagne qui condamne au dernier supplice un Jésuite mort dans son lit, il y a près de deux siècles? comment auroit-il pardonné à ceux qui yiyent ?. . . .

(a) Ibid. 3 d»sum. bono.

ET DU BANNISSEMENT DES JESUITES. 37 « cofèquê. Ce furent ses dernières paroles avant de monter « i'éclielle. » c

Il n'appartient qu'a la Compagnie de Jésus de former des scélérats aussi édifiants ; Guignard est un des priheipaux répckks que la Société ait produits : on ne Tapas oublié dans les Extraits dej Asseriiens; mais pourquoi à^-on passé soûs silence les dernières paroles qu'il prononça avant de monter Téchelle? Reprenons le

redit de FEtoile, et n'en perdons pas un mot.

n Leprocureur*général) continue ce journaliste^ avoit « conclu au bannissement; et il y a grande apparence que « s'il ne fût venu à mauvaise heure, comme on dit, il 0n au- ■M roit'été quitte pour cela, n C'est un malheur pour les Jé&^ltes de venir à mauvaise heure, lorsqu'ils viennent ,à l'heure du parlement ligueur, du parlement retelle, du parlement philesophei du parlementa ....

« Une chose notable, ajoute encore l'EtoiJle; c'est que « les juges qui condamnèrent Guignard, parce que Louis « MiisVRic, ennemi déclaré des Jésuites et député par la cour^ « avoit trouvé des anciens écrits de oe Jésuite, ces mêmes « jugea étoieikt pour la plupart de ceux qui avoient as-

« aiSTÉ Al^ JUGEMENT DE l'aRRÉt DONNE CONTRE LE FEU ROI

« l'an 1589, qiA est une chose istrange (i). o

Il n'eat pas possible d'insérer ici toutes le& réflexions qvû se présentent; maift il neseroit pas raisonnable de les supprimer to!iites« Le détail quW vient de lire a pour auteur iiA ennemi des JésmteSi témoin oculaire de tout ce qn'il raconta. Il n'est contredit par aucun écrivain du. temps; les autori^s les moins su^peiptes ^ confirment l'exactitude ; Cayet lai-méi|i6 s'exprime comme \^ autres. Par quelle fatalité faut-il que je voie uq monstre dans le Jésuite Guignard , ou que je sois un monstre moi*mèmè?

{i)JottrnaldeH*itrilP',t.7,p.iS&etsuir.

Reprenons les circonstances du récit de M. de FEtoile* Le Jésuite Guignard , au pied de la potence , protesta qu'il étoit innocent. Il ne cherche point, dans cette terrible conjoncture, à émouvoir la compassion de la mul^ ticude ; il exhorte le peuple à porter réyérence à ces mêmes juges qui, malgré son innocence, le livroient au plus infâme des supplices ; il le conjure de ne pas ajouter foi légèrement aux calomnies que la haine et la malignité se plaisent à répandre contre les Jésuites ; il fait des Yoeux pour le roi , il proteste qu'il avoit toujours prié Dieu pour Sa Majesté; il aiBrme avant d'expirer que les Jésuites avôient en horreur ceux qui prccuroient ou qui approuvoient la mort de roi qaeleemque; il ne lui échappe point une parole trop vive, à moins qu'on ne veuille lui faire un crime d'avoir dit que les Jésuites avoient en horreur la Sorbonne , lorsqu'elle définissoit « que l'assassinat dUenri III n'étoit pas un péché, d' ou le parlement, «( lorsqu'il ordonnoit des prières publiques pour remercier Dieu delà mort miraculeuse de ce monarque.» Guignard meurtsans accuser personne de son infortune; sa conscience seule et l'honneur d'une société dont il est membre, l'obligent k désavouer un crime qfi'il avoit toujours détesté et que ses confrères âvoieSt en horreur. . . Je m'arrête; mais aux yeux de l'homme raisonnable et surtout aux yeux de l'homme chrétien , un prêtre , un religieux, intimement convaincu de son innocence, et qui conserve jusqu'au dernier soupir la plus parfaite résignation, et qui possède son àme jusqu'à la fin, et qui exhorte les peuples k porter révérence aux juges dont il

cohnott, dont il éprouve l'injustice tJn tel prêtre,.

un tel religieux, /ûIhI Jésuite, he ressemble pas à un scélérat.

Le procureur-général avoit conclu au bannissement r quel préjugé en faveur de l'accusé! Le ministère public auroit-il voulu faire grâce à un régicide, et surtout k un régicide Jésuite? Il fallait que l'innocéftce de Guignard

ET DU BANNISSEMENT DES JESUITES. Z9 f6t bien constatée; il fallait du moins que son crime ite le fût pas. Aussi les conclusions du procureur-général au*roient-elles été suivies, et l'infortuné Jésuite en auroit été quitte pour Fexil , s'il ne fût venu à mauvaise heure. Cette justification est-elle équivoque; et Jouvency , ^a'on a brûlé, en a-t-il jamais tant dit que l'Etoile et tant d'autres historiens qu'on ne brûle point ?

Une chose notable , une chose étrange , c'est que les juges qui condamnèrent Guignard comme régicide^ avoient eux-mêmes porté , cinq uns auparavanl, « Tarrét meurtrier et sacrilège contre le roi (i); » chose vraiment étrange et qui dit tout à qui veut l'entendre ! Le leeteur impartial peut décider si les plus cruels ennemis du rpi étoient bien compétents pour juger un Jésuite, chez qui on trouva, ou supposa quelques anciens écrits contre ce même roi, à qui le parlement avoit fait son procès. Chose étrange ! le parlement de Paris condamna au dernier supplice, en 1595, le Jésuite Guignard, parce qu'il avoit oublié de brûler certains écrits composés en faveur du parlemerU, et peut*être/iar ses ordres, quatre ou cinq ans auparavant!

Mais le Jésuite Guignard étoit-il dû moins l'auteur de ces écrits régicides? On peut en juger par le témoignage du chancelier de Chiverny, qui nous apprend que les premiers du parlement ii vouloient mal aux<Jésuite$; » qu*ils ne cherchôient qu'un prétexte a pour -ruiner la Société ; o qu'ils députèrent. « les» yrais.ennem^is des Jésuites o pour aller fouiller partout dans leursi chambres^ et que ces députés si bien choisis /iipp^/^r^ p^ut-etre dans la chambre de Gjuignard, ou dans l^a bibliothèque •dont il avoit la garde , ces f^crits séditicoix.qui dévoient servir de corps de délit. C^. circonstances sont-elles différentes? spnt-elles douteuses? Les premiers d^. parle-

(0 Henri m.

ment haîssoient les Jésuites; c'est un fait ; et M« de Rarlay, premier président, n'est pas bien propre à Finfirmer. Ces ennemis puissants députèrent X autres ennemis , disposés a les seconder. C'est la méthode du parlement dès quMl s'agit des Jésuites : ce que nous avons vu de nos propres yeux ne nous permet point d'en douter; le peu de connoissance que nous avons du cœur humain , sraffit pour nous en convaincre^ D'ailleurs, parmi ces députés, M. de l'Etoile nomme Louis Masure, ennemi déclaré des Jésuites ; nous savons que l'avocat Dollé , ce digne champion des curés qui demandoient l'ester* mination totale des Jésuites, avoit été délégué par le premier président; nous connoissons Dokom, premier huissier de la cour (i) : nous n'avions donc pas besoin du témoignage d'un chancelier de France , pour savoir que les premiers du parlement m qui vonloient mai aux Jésuites , » avoient député « de vrais ennemis des Jésuites A pour une opération qui devoit ruiner la Société. Hais de vrais ennemis des Jésuites , de quoi ne sont-ils p%s capables pour perdre les Jésuites ?

Mais en supposant que ces députés aient trouvé, dans la bibliothèque du collège, des écrits injurieux au roi Henri III, en supposant que ces ét^rits fussent de là main de Guignàrd y bibliothécaire ; en supposant enfin que Gùignard f&t, non le copiste, mais l'auteur de ces écrits, Fai^ét du parlement en est-il plus juste? Ëvitons des discussions odieuses qui ne roulent que $ur des faits probablement faux, et très certainement douteux. ReinarquonS seulement que si Gùignard àvoit éerit ou composé ces libelles , c'étoit pendant les fut^lirs de la Ligue, pehdant4è délire de la Sorbônne et du pàtlement; remarquons encore que le crime de Gui gtiard, 'Supposé qu'il fût coupable, n'existoit plus, puisque V amnistié

(i) jFkuri^ Hist^ ecclés., t. 36, p. 5o:i.

ET DU BANNISSEMENT DES JfSUlTES. 41*

avolt été accordée à tous les ligueurs; remarquons enfin que tous ceux qui ayoient la garde des cabinets et dea bibliothèques, étoient aussi coupables que Guignard, puisque dans ces cabinets et dans ces bibliothèquesi on conservoit et l'on conserve encore aujourd'hui de ces anciens écrits contre Henri III.

Ce n'étoit donc, pour les premiers du parlement, qu'un prétexte pour ruiner la Société : les commissaires ayoient eu ordre de trouver les Jésuites coupables ; les magistrats se rappeloient peut-être que , pendant la Ligue , les Jésuites ayoient été meilleurs citoyens qu'eux ; et ce souvenir nourrissoit dans leur cœur une haine aussi injuste qu'inyétérée contre la Société. C'est un président de la seconde classe qui fait cette réflexion dans une histoire de France que nous dénonçons à la cour : Nondam cauiœ aut prétextas îrarum exciderant Senicriius ,, dit le célèbre président de Grammond ; Nûndum sepUa penitus m Sccietotem odia, quœ etsi vêlera et injusta maneêant (i). Remarquez que la haine des magistrats pour les Jésuites étoit ancienne, cdia vetera; elle subsistoit donc avant la Ligue et au temps de la Ligue. Les magistrats furent ligueurs , donc les Jésuites ne le furent pas; s'ils ayoient été ligueurs les uns et les autres , la haine des magistrats, se seroît calmée ; ils l'auroient dii moins dissimulée •

Nous avons démontré par le témoignage uniforme de tous les historiens, par les dépositions juridiques de Jean Châtel, que le crime de ce scélérat n'étoit, ni le crime de Guéret, ni celui d aucun autre Jésuite. Cependant laSociété entière fut bannie du royaume pour le crime de Jean Châtel; le même arrêt qui condamna ce monstre au supplice , dévo«a les Jésuites à rigjBominie; une pyramide fut dressée pour éterniser l'opprobre de la Compagnie de Jésus , ou plutôt l'opprobre de leurs persécuteurs.

(i) M. le président de Grammond, Hist, de France, etc., p. 198.

42 DE L'ATTElinràT DE JEA.N CHÀTEL

L'expulsion des Jésuites fut le chef-d'œuyre de la politique huguenote ; c'est Sancy, protestant, « qui, par son crédit, contribua le plus à délivrer les Calvinistes d'une Société née pour les confondre. » Duplessis , fameux ministre, en témoigne sa gratitude à Sancy, dans une lettre du 30 janTÎer 1595. La secte triomphante s'applaudit de sa victoire , l'extermination fut comme le signal de ses succès ; cet événement fut consigné dans ses fastes ; l'arrêt y fut écrit en lettres d'or, et le jour auquel il fut porté, a fut compté au nombre des jours heureux (i). »

Jacques Bongars , grand huguenot, qui ravoit été envoyé en Allemagne pour négocier avec les princes protestants, s'exprime ainsi dans une de ses lettres : « Nous « sommes occupés , dit-il , à faire chasser les Jésuites.

«L'université, les curés des paroisses ont conjuré

« contre ces pestes publiques. Cette cause se plaidera « sans délai au parlement (2). » On voit que les huguenots , les docteurs et les curés étoient dans une parfaite intelligence contre l'ennemi commun ; ils étoient tous « également occupés à faire chasser les Jésuites, » et à faire prévariquer le parlement, qui pouvoit seul rendre leur ligue formidable et assurer le succès de leur complot.

« Ce n'est donc poitu précisément le crime de Jean • Châtel qui occasiona l'expulsion des Jésuites, dit un « historien impartial et contemporain : il servit seule- « ment de prétexte à leurs ennemis, c'estrà-dire , aux « Calvinistes çt à le tirs partisans pour consommer le « projet qu'ils avoient formé de longue main* La haine « des hérétiques n'avoit fait qu'augmenter avec le « temps : ils s' étoient aperçus que la Société seroit tou-- « jours un obstacle insurmontable aux progrès de la ré-

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. (i) Mém, de Duplessis, t. a, p. 5oo \ Journal de Henri IV ^ t. â[^ p. 4^4.

(3) Daniel , Hist, de France, t. 7, p. aS^.

ET DU BANNISSEMENT DES JESUITES. Ai « forme en France ; ils avoient fait diverses tentatives « pour la détruire ^ mais sans succès ; ils trouvèrent «enfin Tocçasion favorable,, après qu'Henri IV se fût « rendu maître de Paris, M. de Harlay, qui avoit été mis « en prison sous le règne précédent , et qui croyoit en <• être redevable aux Jésuites , parut devoir naturelle- « ment prendre parti contre eux. Les huguenots n'au* « gurèrent pas mal de ce magistrat, qui sacrifia sa répu- « ta tion au plaisir de la vengeance. Un certain Bourceret « parut d'abord sur la scène ; il présenta au nom. de « l'Université une requête que la passion seule avoit'pu « dicter. Cette requête n'eut son effet qu'après l'attentat « de Châtel, dont on rendit les Jésuites responsables. « Us furent chassés du royaume « au grand regret des « meilleurs citoyens, » qui ne comprirent jamais quil fût ^t juste de punir un corps pour la faute et wn particulier , en- « core moins lorsque l'innocence des particuliers étoit ^llea m^éme constatée. Le P. Guéret, qu'on avoit d'abord accusé, « fut mis en liberté, et tous les Jésuites furent extermitf nés par le crime de ce même Guère t que le parlement « n' avoit pu trouver coupable.. Le duc de Nevers.se dé « clara hautement en faveur des Jésuites; le cardinal « Charles de Bourbon déclara que si on avoit résolu de « les chasser du royaume , il falloit commencer par le « chasser lui-même ;. mais il mourut assez tôt.pjour ne « pas voir l'exécution de l'arrêt (i). »

Un évéque bien connu dans la république desAettres, et dont le témoignage vaut bien celui de Pasquier, ne dissimule. point que l'arrêt du parlement qui proscrivit la Société, fut l'ouvrage des huguenots. « Les Jésuites , ft dit cet historien, furent chassés du royaume par arrêt « du parlement; maisrle parlement s'étoit laissé trom-r « per par les huguenots qui ne voyoient dans les Jé^

{i) Délie Historié del mundo descritte delsign. Cesare Campana, Get^:L, tilhuomo jiqiUlano, y (A. a, lib« 1 5, p. 680,

a suites que des adTersaires trop redoutables de la ré- « forme (i). D

L'historiographe Dupleix nous apprend » qu'aux religionuaires, nu* en ne vouloitpas méamtenter, se joignirent les libertins qui éloitnt alors très pmssaMs; d'où il faut conclure que Tarrét de la cour étoit le fruit dé la cabale des hérétiques et des intrigues des libertins. Ne voyons, daps ce complot, que Tarrét de 1594; et ne parlons point ici des hérétiques et des libertins qui en ont dicté tant d'autres semblables, plus d'un siècle et demi après.

L'arrêt donné généralement contre les Jésuites ayoit indigné le pape et le sacré collège, dit encore Dupleix : u Yeu mesme , ajoute cet historien , qu'aucuns de la tt même compagnie senroient très dignement et très <i fidèlement le roi en cette conjoncture, et entr'autres le « P. Commolet , et surtout le cardinal Tolet , espagnol a de hation, lequel fit des efforts inestimables pour &ire «donner toute satisfaction à Sa Majesté; et en estoit u tons les jours aux prises arec ceux de la Ëiction a espagnole , et mesme avec le duc de Sesse , ambassa- « deur du roi d'Espagne , qui ne put contenir de l'of- « fenser, en lui disant qu'il estoit ennemi de sa patrie. »

On voit que , dans le temps même que les Jésuites servoient très dignement et très fidèlement Henf i lY, le parleiUi^lV «rà la sollicitation des huguenots et des libertins , » extermina les Jésuites comme ennemis d'Henri lY. On voit qu'un Jésuite « fit des efforts inestimables i> pour faire donner toute satisfaction au roi , tandis que le parlement fit des efforts « plus inestimables encore » pour persuader à ^'Europe que les Jésuites avoieut voulu poignarder le roi... Abandonnons ail lecteur des réflexions bien humiliantes pour cette partie

(i) Annali del Sacerdozio e deW imperio, etc,, di Monsignor Marco Battaglini, Vescovo di JVooera et di Seniino y etc. (In Fenezta, 1701, t. I, o/ino i6o3, p. 4<)0 *

ET DU BANMiSSEMENt DES JESUITES. 45

de la ma^trature , « aii{)rès de qui les hérétiques ont « un crédU imimense, auprès de qui les libertins sont vi très puissants . vi

Dupleix ajoute que Favis du plus grand nombre des cardinaux étoit de ne consentir à la réconciliation du roi avec le Saint-Siège qu'en exigeant comme une cbn<dition préliminaire le rétablissement de la Société. Cet avis ne prévalut point , et le pape t^e voulut pas méttie qu'on fit mention du rappel des Jésuites y encore qu'il feût à caur, parce que le cardinal Duperron , ambassadeur d'Henri lY, déclara de la manière la plus expresse, « que le bannissement de ces pères ne prooedoit d'au- « cune impulsion de Sa Majesté. Le pape ne Voulut pas a obliger Henri lY par exprès à faire ce qu'il se promet* « toit de sa justice ( i). »

Ce n'est donc point Henri lY qui avoit banni les Jésuites ; l'arrêt du parlement ne procédoit « d'aucune impulsion de Sa Majesté ; » c'eist son ambassadeur qui l'atteste au pape : ce témoignage est-il équivoque?

Le chancelier de Chiverny, qui avoit la confiance de son roi, la méritoit sans doute par son zèle pour les in« téréts du meilleur des maîtres. Il n'étoit pas fait pour protéger les assassins d'Henri lY èontre les gardiens de sa vie ; le chef de la magistrature n'étoit point obligé de justifier les Jésuites aux dépens des magistrats. Nous avons vu comment il s'exprime en parlant des Jésuites Guéret et Guignard, et de l'arrêt qui bannit la Société : voici comment il parle des suites de cet arrêt.

(i En cette sorte , les Jésuites furent chassés de Paris , « non sans estonnemcDt de beaucoup et regret de plu- « sieurs. . . . Messieurs du parlement confisquèrent les « biens des Jésuites, et après avoir saisi et disposé de « tout , ils firent édifier une très belle pyramide de

-^—^■^——^— ———'»— Il I ■ I I ■■ I » Il i— ^—— —».»—— .1 ^ I

(i) Dupleix^ Hist, de Henri'le- Grand j p. 191, 193.

a pierre, le tout aux dépen» des biens desdits Jésuites^ « dont lesdits sieurs du parlement ont toujours disposé « tant qu'ils ont été hors de Paris.

o Les ennemis de^ Jésuites, continue le chancelier, . « firent courir force libelles pour les faire croire corrup- « teurs de la jeunesse et semeurs de mauvaise doctrine « contre le roi ; à quoi les Jésuites, après s'être tout dou^ a cernent et patiemment retirés , ne manquèrent de « bonnes réponses, faisant voir les mauvaises procéduresi « faites contre eux, qui relomicietU sur t autorité de F Eglise « et enfin sur celle de VEtal (i )• »

Ces dernières paroles sont bien remarquables, et elles prouvent qu'il est peu de chanceliers de France qui connussent mieux Us mauvaises prccédures du parlement, a qui n'attaque ouvertement l'autorité de l'Eglise que pour anéantir sourdement l'autorité du souverain . » On connoitra encore mieux les motifs de la proscription des Jésuites par la manière dont le chancelier de Chiverny parle des différents arrêts qui suivirent celui de leur bannissement. Nous ne faisons que transcrire ses paroles.

« Au mois d'août 1597, ceux du parlement de Paris « n étant encore contents éF avoir chassé les Jésuites, don- « nèrent, le 21, un arrêt portant défenses à toutes villes « et communautés de soufirir que ceux qui avoient été « de cette compagnie tinssent école en quelque façon que « ce fût, encore qu'ils eussent renoncé à l'ordre et fussent « sortis de la Compagnie ; tant étoit extrême VaaMmosité a qui ils leur portoient (2). Si M. le chancelier faisoit aujourd'hui des Mémoires ctEtat, et qu'il fit mention des arrêts contre les Jésuites, il copieroit ce qu*on vient de lire ; il n'auroit qu'à changer les dates.

(i) Chivemy, Mém. t^Etat, etc., p. a4' ^^ '^4^- (2) lhid»,Y^. l'j'X,

«Au mois d'ao&t 1598, dit encore le chancelier de « Chiverny , ceux du parlement de Paris, toujours animés « contre les Jésuites, donnèrent un arrêt yî?r/ exlraordi^ « Timte contre le sieur de Tournon, sénéchal d'Auvergne, A pour n'avoir voulu chasser lesdits Jésuites de Tournon, « avec défenses de grandes communications contre tous o ceux qui étudieroient ou envoîeroient leurs enfants, « tant audit Tournon qu'à Mousson en Lorraine, et an- « très collèges desdits Jésuites. » Ledit arrêt est du 18 août, « auquel le roi fut obligé d'interposer son auto- « rite pour en empêcher l'effet (i). » Les mêmes réflexions se présentent trop souvent, et ce n'est pas ici le lieu de remarquer qu'Henri IV, qui avoil lanrd les Jésuites de tout le royaume, en 159a (2), interposa son autorité en 1598, pour empêcher l'effet d'un arrêt du parlement qui les bannissoit de Tournon ; c'est-à-dire qu'après avoir perlé un édit solennel, ce monarque interposa son autorité pour en empêcher l'exécution. C'est ce que les auteurs des Comptes rendus trouvent très conséquent; c'est

la logique de la pluralité des parlements J'écris ceci

en 1765...

Nous avons vu, dans \ Histoire de Henri-le-Grandy que, suivant M. de Péréfixe, « panégyriste outré des parlements, » les Jésuites furent exterminés « parce qu'ils avoient beaucoup d'ennemis; » nous y avons vu que ceux qui n'étoient pas leurs ennemis « ne crurent jamais que la Société fût coupable (3); » mais enfin ils furent exterminés, « non sans étonnement de beaucoup et regret de plusieurs ; » ils furent extermivs « parce que les

(i) Chiyemy, Mém. d'Etat, etc., p. 287.

(2) Cette réflexion se rapporte encore au faux édit de iSqS, pifece importante pour les ennemis des Jésuites, et Tune de leurs grandes autorités. Elle sera réduite à sa juste râleur dans la suite de ces Documents^

{NoU de V Editeur.)

(3) Péréfixe, Hist, de Henri'le'-Grand, etc., p. aa5.

protestants aboient du crédit ; » parcç que « les libertins étoient alors t|*ès pi^issaQts; » ils furent exterminés «t contre la volonté du monarque, dont le cœur parloit pour eux; « ils furent exterminés « par Textréme animosité de ceux du parlement de Paris; » ils furent exterminés A par des arrêts fort extraordinaires; » ils furent exterminés « par mauvaises procédures qui retomboient sur l'autorité de l'Eglise, et enfin sur celle de TEtat. a Doitoon être surpris qu'ils emportassent avec eux les regrets de tous les gens de bien? Doit-on être surpris d'entendre dire à Bayle que « bien des gens s'étonnèrent que, n'y ayant eu tout au plus que dâs présomptions que « les Jésuites eussent conseillé à Jean Châtel l'attentat « qu'il exécuta, on ne lais^ point de les bannir du « royaume(i) ? » Bayle lui-même seroit bien plus étonné aujourd'hui s'ilyoyoit les Jésuites exterminés a par ceux tt mêmes qui reconnoissent leur innocence. »

Les Jésuites, « dont la puissance étoit si formidable ; » les Jésuites, soutenus par la Ligue, « dont ils avoient été les Eoles; » les Jésuites, « protégés par le roi d'Espagne et par le despote ultramontain ; » les Jésuites, « chéris du rqi de France et de tous les bons citoyens,, » furent-ils assez simples pour ne pas faire servir leur crédit et leurs forces à rendre inutile l'arrêt de proscription porté contre eux? Les Jésuites obéiréht-ils sans réclamation à un arrêt qui , suivant le témoignage du célèbre Muratori, a parut injuste à tous les gens de bien (2); » à un arrêt que le parlement n'avoit porté « que parce qu'il s'étoit laissé trony)er par les hérétiques, » comme le dit expressément un écrivain très instruit (3)? Les Jésuites furent'ils dociles aux ordres du parlement, après avoir

(i). Bayle, Diu, hùi., art. Gom^itaiid.

(a) Mnratori, Annales d* Italie, année 1594.

(3) Anmdes du Sacerdoce et de V Empire, Battaglini, etc., année i6o3, numéro i\.

ET DU BANNISSEMENT DES JESUITES. 49 été si long-temps « les chefs de ceux qui s'étoient révoltés « contre le souverain? »

« Le dimanche 8 janvier 1 595 , les Jésuites, dit TEtoile, « obéissant à Tarrét du parlement , sortirent de la ville « de Paris, conduits par un huissier de la cour : ils étoient « trente-sept, desquels une partie dans trois charrettes « et le reste à pied. Leur procureur étoit monté sur un « petit bidet, etc. (i j.

«Au mois de janvier 1595, la bibliothèque des Jéci suites, qui étoit ample et belle, fut exposée au pillage. Ci Les livres furent jugés de bonne prise, à la requête de a messieurs les gens du roi , qui s'en accommodèrent les «premiers, selon leurs conclusions (2). » Hâtons-nous de finir cet article, de peur de faire trop de réflexions sur ce qu'il contient; et faisons-nous violence pour ne pas demander à messieurs des enquêtes, si les livres « dont les gens du roi s'accommodèrent les premiers » ont servi à payer les dettes du P. Lavallette?

(i) Journal de Henri IV, t. 3 , p. i66. (a)/frc<2.,p. i53.

FIN

IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD

BUB d'aNJOU-DàUPHINB , N^ 8.

DE

LA VÉRITÉ

ou DE LA SUPPOSITION

DE L'ÉDIT DE BANNISSEMENT

t!tfPRTAnERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,

BCR v\llJOn-nAUPHIllK, ■<> 8*

LA VÉRITÉ

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DE L'ÉDIT DE BANNISSEMENT

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