PREMIÈRE ASSERTION
L'édit d^Henri IV a été inconnu à tous les écritftins qui ont pu et dû
le oonnoltre.
Un édit du roi est toujours un acte des plus solennels de la puissance législative; son caractère essentiel, c'est la publicité, L'édit du roi de France ne sauroit être ignoré des François : sa promulgation a dû lui donner tout réclat delà notoriété. Un édit de proscription porté contre un corps odieux à tous les hérétiques du dedans et du dehors , contre une Société accréditée dans la ca* pitale, répandue dans les provinces , haïe dans quisiques unes, estimée dans toutes, un tel édit doit nécessairement causer une sensation universelle dans le royaume ; un tel édit fait époque : c'est comme une révolution dans rÉtat; tous les citoyens y prennent intérêt par de* voir ou par passion , par haine ou par inclination , par zèle ou par esprit de parti. Un édit de proscription porté contre tous les Jésuites, est, dans Tordre moral, un évé* nement qui ne peut être ignoré de personne , qui doit être écrit dans tous les registres , consigné dans toutes
les histoires, grayé sur tous les monuments; un édit porté contre les Jésuites en 1595, c'est-à-dire dans le temps que l'université plaidoit,écrivoit et cabaloit contre eux; dans le temps même que les curés et les calvinistes soUicitoient leur extermination; dans le temps même que les magistrats s*étoient déshonorés pour les perdre ; un tel édit, si. conforme aux désirs de Funiyersité , aux vues du parlement, aux intérêts des religionnaires , un tel édit a dû passer de bouche en bouche ; les docteurs, les magistrats et les huguenots ont dû se féliciter réciproquement du succès de leurs intrigues ; tous les papiers publics, tous les journaux ont dû faire circuler cet édit et le mettre entre les mains de tout le monde; un édit si propre à empêcher la réconciliation du monarque avec le Saint-Siège, porté dans le temps même qu'il sollicitait cette réconciliation; un tel édit, donné pour un pareil objet et dans de semblables circonstances , doit-il être regardé comme un de ces événements communs que peu de personnes connoissent, dont peu de personnes s'occupent, et dont personne ne s'avise de parler?
Que le lecteur pèse toutes ces circonstances; qu'il supr plée celles que nous ne suggérons point, et qu'il dise de bonne foi s'il lui paroît possible que l'édit d'Henri IV ait échappé à tous les historiens, à tous les journalistes qui entrent d'ailleurs , sur tout ce qui a rapport au même objet, dans les plusminutieux détails ; quel'édit d'Henri IV, du 7 janvier, ait été inconnu à cette multitude d'écrivains qui nous rapportent d'ailleurs tout ce qui se fit le 7 janvier, tout ce qui se fit , notamment contre les Jésuites; le 7 janvier, les arrêts qui furent portés contre les Jésuites le 7 janvier.
Nous devons prouver que l'édit d'Henri IV a été inconnu à tous les historiens. Cette proposition est universelle et doit être prise à la rigueur.
Nous pourrions nous dispenser même de prendre cette peine: le parlement de Bourgogne n'a pu découvrir la plus
petite exception .Toutefois nous consen tonsà ne point profiter de cet avantage; ettraitant la question comme sicette cour de justice ne Favoit point elle-mémo résolue , nous mettrons, sous les yeux de nos lecteurs, les autorités les plus frappantes et les plus décisives. Nous ne citerons pas précisément tous les écrivains qui n'ont pas parlé de redit, mais uniquement ceux qui auroient dû en parler ; encore nous bornerons-nous à ce petit nombre d'historiens classiques, dont le témoignage est irrécusable.
Pasquier, l'avocat Pasquier, doit tenir ^premier rang. Il a passé sa vie à inventer, à rédiger l'histoire , ou plutôt le roman scandaleux de la Société. Il a mis à contribution les archives des quatre parties du monde ; il y a trouvé des horreurs ineffables que l'humanité ignoreroit, si les Jésuites n'étoient pas des hommes ; il a transcrit, compilé , commenté, falsifié tout ce qui a été dit, fait ou projeté en Europe, en Amérique, contre les Lctclùes. Nous allons transcrire, sans les commenter, quelques uns des textes qui prouvent que Pasquier n'a jamais connu redit d'Henri IVi. Nous ouvrons le fameux Catéchisme des Jésuites (i) : Jean Guignard avoit composé *des instructions pour faire tuer Henri lY» : le parlement porta un second arrêt contre Jean Guignard. Jean Guéret avoit été précepteur de Jean Châtel, troisième arrêt du parlement contre Jean Guéret. Pasquier transcrit ces trots arrêts, dont le premier est du 29 décembre 1594, le second du 7 janvier 1 595, et le troisième du 10 janvier de la même année. 11 entreprend de prouver « la diligence, la religion, la justice » avec laquelle le parlement de Paris procéda contre les Jésuites (2); il compose un chapitre entier pour réfuter les Jésuites qui font rage contre l'ar-
(i) Catéchisme des Jésuites, par Etienne Pasquier. A Delft, chee Isaac Vorburger ; 1717; ii« partie,' p. i56. (a) Ibid.f p. 166.
rét qui les extermine , et il ne dit pas qu'un ^dit a con* firme ces arrêts , et il ne dit pas que les Jésuites «qui osent s'élever contre Tarrét du parlement» manquent de respect au roi, « et il dit au contraire qu*un Jésuite Ç^* Umùê a présenté une requête au roi pour se plaindre «deFarrêt du parlement...» Ce trait seul est décisif. C'est Une faute a nous deux , dit Pasquier en interpellant le Jésuite qui ose se plaindre de l'arrêt (i). «C'est une faute a a nous deux : à toi , de vouloir par sophistiqueries « d'un cerveau creux escomifler cet arrest ; à moi , de « vouloir rendre les raisons pour le soutenir. Il nous « doit suffire que c'est nu arrest auquel il nous faut poura tant arrester. En toutes causes , et spécialement en celles « de telle étofie que celle-là , Dieu est au milieu des juges a pour Us inspirer, ji 11 est évident par ce texte que le parlement est infaillible en toutes causes | mai3 qu'^ est plus spécialement inspiré lorsqu'il porte contre les Jésuites des arrests auxquels il faut s'arrester. Mais n'est-il pas aussi évident que si Pasquier escomifle lui-même un Edît de Henri IV, porté le même jour qu'un arrêt du parlement contre les Jésuites, puis huit jours avant et deux jours après deux aqtres semblables arrêts, n'est-il pas^ dis-je, évident que Pasquier ne connoissoit point cet Edit?
« Jean Châtel, continue Pasquier (2), fut une allu- « mette aux cœurs des juges; la maison de ce scélérat fut a abbattue/iar arrest y et en son lieu une pyramide plan- « tée, afin que nos survivants pussent connoitre k l'avenir « combien la Francç étoit redevable à cette dévote Com- « pagnie de Jésus. Advint-il jamais , je ne dirai point en « la France , ains en tout le mondé , une punition plus « notable que celle-là?» On voit que Pasquier n'oublie rien , excepté l'Edit.
(i) Catéchisme des Jésuites, p. 170.
(a) Ihid,f p. 173-174. /
Le silence de Châtel j qui persista jusqu'à la mûrt à décharger les Jésuites, embarrasse un peu notre avocat; il a recours à Pasquin y dans la bouche duquel il met plus de cinquante pages d'impertinences pour prourer que la dénégation constante de Châtel rend tous les Je* suites complices de son crime* « La cause de la Société , « dit Torateur, a été traitée par Pasquin dedans Rome; « il a cherché tous moyens , tant pour faire casser tarréi a et abattre la pyramide que pour le rétablissement des u Jésuites : toutefois y il y a travaillé en vain (i). »
Pasquier rapporte ensuiterinterrogatoiredeChâtel(a); il transcrit ce qu'on prétend avoir trouvé dans les papiers qui servirent de corps de délitcontreGuignard(3). Il parcourt la France , TÂngleterre , TEcosse, T Aragon « le Portugal, la Pologne, la Flandre., la Suède, pour trouver des Jésuites proscrits; il lit les pièces du procès intenté aux Jésuites en Angleterre ; il rend compte de tous les plaidoyers faits contre eux en France ; il pulvé» rise toutes les apologies publiées en leur faveur ; il assomme , en un mot , le lecteur le plus phlegmatiquQ par le détail minutieux et toujours exagéré de tout ce qui a été/ail contre la Société jusqu'en 1600; etPÉDiT de lô9& ne lui semble pas même digne d'être cité I
Pasquier ne se possède plus, lorsqu'on lui dit que les Jésuites sollicitent leur rétablissement, a Us sont si im- « pndents aujourd'hui de demanda* à notre roi leur « rétablissement?. € es t*à-dire, continue l'orateur for« <icené(4), qu'ils ont l'impudence «de faire, parvoyes « obliques et indirectes , le precèsk cette sainle Cour de « parlement de Paris, qui ne fut et ne sera jamais folâméç « des arrêts par elle baillés , sinon de tant qu'en condam-
(i) Catéchisme des Jésuites, ip. 177.
(a) Ibid., p. ai a.
(3) Ibid., p. i8a.
(4) Ibid,, p. a 18.
< nent cette secte , elle n'envoie tous ses suppôts au gilei.^ En demandant au roi leur rétablissement, les Jésuites ne faisoient pas le procès au roi, qui avoit porté un ébit contre eux, mais à la sainte Cour de parlement qui avoit baillé des arrâs pour les exterminer. C'est la seule chose que nous voulons remarquer dans ce texte, qui d'ailleurs prouve quePasquier étoit dig^e de servir de modèle aux auteurs des Ccmpies rendus.
Dans le résultat de la grotesque délibération que Pasquier met dans la bouche de Pasquin, de Marforio, et de deux autres statues mutilées qu'on voyoit alors à Paris y il est conclu a que Varrét du parlement demeurera « sans y rien innover (i). » Dans le chapitre suivant (a), c'est un advocat qui prend la place de Pasquin. On lui demande pourquoi certains parlements mainti^inent les Jésuites dans leur ressort , malgré l'exemple du parlement de Paris (3) ? Il semble que Pasquier auroit dû dire, malgré VEdàdu rci* Aura-t-on le courage de soutenir que cette réticence est une preuve négalive, de laquelle on ne peut rien conchire contre l'existence de l'Edit? « Quelques parlements , dit-il , retiennent les Jésuites , « encore qu'il leur soit notoire de t attentat de Chàtel. » Ne falloit-il pas nécessairement ajouter : « encore qu'il « leur soit notoire de tEdà du roi^ qui les a bannis! ^
Mais toutes les. déclamations de Pasquier n'empêchent pas lesJésuitesde/7£^»r£;A^/^r leur rétablissement envers 1^ roi (4). Que d'obstacles à surmonter ! Ponrront>-ils faire révoquer VEdit de bannissement porté contre eux le 7 jan^ vier 1795? Croiroit-on qu'ils ne daignent pas même en parler? « Les Jésuites, maistres passés exï matière d'im- «portunités, emploient l'iautorité de quelques grands
(i) Catéchisme des Jésuites, p. 3a5.
(a)Ghap. xxi, p. 337.
(3) Ihid., p. 339.
(4) Ghap* xvTit» p* 3o6, etc.
« ponr rentrer en grâce , nonobstant f arr^t donné .par la « Cour de parlement de Paris. Je supplie le roi , continue « Pasquicr, de se souvenir que ces vénérables piqueurs <i n'ont eu autre plus grand soin que de le faire assassi-
tt ner Depuis qu'il eut exterminé les Jésuites de sa
« bonne ville et de son parlement de Paris, Dieu lui en-
« voya la paix Dieu veuille que ces miens discours
a parviennent jusqu'à ses oreilles » Il auroit bien du
supplier le roi de se souvenir de son édit.
Nous en avons assez dit pour démontrer que l'avocat Pasquier ne connoissoit point l'édit d'Henri IV. Il ne faut pas oublier que, suivant le témoignage de ce furieux écrivain, le roi n'avoit banni les Jésuites que de sa bonne ville et de son parlement de Paris ; or, l'Ëdit en question n'a pas été adressé au parlement de Paris , qui n'en produit, en 1762, qu'une expédition y déposée dans son greffe, etc.
Au témoignage an judicieux Pasqiiier, ajoutons celui de Yimnu)rtel Arnaud. Ce fougueux avocat , pour se venger du peu de succès de son plaidoyer, publia un nouveau libelle dans lequel il combattait les raisons de ceux qui solUcitoient le rappel de laSociété. C'est au monarque lui-même qu'Arnaud adresse le franc et véritable discours, dans lequel il n'oublie rien pour rendre, les Jésuites odieux à toute là terre. II s'attache surtout à peindre les malheurs qu'entraineroit nécessairement l'inexécution ou la révocation de V arrêt porté contre- les François espagnolisés ; il cite à toutes les pages V arrêt du parlefnefU; il ne dit pas un mot qui puisse se combiner avec l'existence de cet Edit. Que le lecteur en juge par le petit nombre de textes que nous allons mettre sous ses yeux.
L'orateur représente d'abord au roi « que les Jésuites doivent obéir àl'â^rrel^qui les bannit toushors du royaume ; qu'il ne fautpaô les laisser enraciner dans les provinces de Guienne et de Languedoc. Les Jésuites sont des scé-
lérats ; leurs forfaits font frémir rhumanité. «Dieu, par « une espèce de miracle ^ a lui-même voulu être le juge, « découyrant à nu leur hypocrisie ^ leur noirceur. Le « crime de Guignard a dessillé les yeux des plus préye- « nus. A.près tout cela , Sire, que pouYoit rien ordonner « Yo tre parlement de plus doux que d'entériner la requête ^ de Tuniversi té ?...».. Donc, avec très-grande connois- « sance de cause , votre parlement de Paris donne son « arrestj par lequel ils sont bannis de tout votre royaume, fli Votre Majesté n'ignore point, continue Arnaud, que « la force des Estats consiste en la manutention et exë^ « cution des arrests des Cours souveraines. Quand il est « question de les renverser, il y fault penser beaucoup « de fois. Les arrests portent votre nom sur le front : on « ne les peut violer sans blesser la majesté des rois. » G'é* toit bien là sans doute le lieu de parler de Tebit , et d'à* jouter que les jugements des rois doivent être « sans ré* « tractation , sans variation. »
Mais ce n'est pas tout encore : « Les Jésuites , continue « notre avocat, ébrècherorU l'ARRéTdu parlement qui doit « être inviolable , et nous les verrons dans un royaume « dont ils ont été solennellement bannis par vcs park* « metUs. Il faut donc renverser cette cclonne, plus hono- « rable , plus glorieuse que celles deTrajan et d'Antoine. « La laisserez-vous debout , Sire , en faisant néanmoins c tout le contraire de ce que vous^mesme avez ordonné « par r ABREST qui y est gravé ? Que diront tous ceux qui « verront Topposite de ce qu'ils liront? Est-ce là donc ce « grand sénat de France? Les arresls sont escripts en
o marbre, mais par effet, ils sont foulés aux pieds
c Non, Sire, il est juste que \&&arrests de votre parlement, « de votre grand parlement, du parlement de France, « soient exécutés en France. En cela gist la principale « force de votre Etat. Qui est donc celui qui vous con- « seille. Sire, de vous couper votre bras droit à vou»- « mesme ?..... Doutez-vous que Dieu n'ait pas présidé au
m milieu de cette grande compagBÎe, au milieu de ce « grand parlemeu\j le plus auguste du monde , délibé- « rant paur affaires concernant la vie de leur prince et « la conservation de sori.Etast ? Quoi ! .voua voulez casser « cet arrest? Hé ! que savez-vous, Sire, s'il est cause que « vous estes encore en vie?.... Ce grand Dieu ; qui d'en « hault cognoist les feintises, les hypocrisies, le venin
« que couvent les Jésuite^ vous face la grâce de bien
<c discerner les amis d'Alexandre d'avec les amis des Je- Q suites; et, en commandant l'exécution de votre grand •o arrest., faire congnoistre à- toute la chrétienté que vous % S9,vez aussi bien vous garantir des mines secrettes de . tf vos ennemis , que rompre , dissiper et perdre courait geusemei^t leurs armées et leur3 forces ouvertes (i). »
Ce sont les derniers mots Am franc et véritalle discours ; «eux qui auront la patience de lire ce fougueux libelle , seront forcés de reconnoifre qu'il faut avoir renoncé au sens commun pour croire à l'Edit d'Henri IV.
M. Pierre de l'Etoile, grand a udiencier en la chancellerie, et grand ennemi des Jésuites, a écrit un journal très circonstancié de ce qui s'est passé sous ses yeux, et surtout de ee qui a été dit et fait contre la Société pendant les règnes d'Henri III et d'Henri ÏY .
Le 38 décembre 1594, dit ce journaliste , Je^ Chàtel fut interrogé , etc. •
Le 29 décembre lâ94 , les Jésuites furent bannis par arrêt du parlement.
Le 7 janvier 1595, le Jésuite Guignard fut pendu, etc.
Le 8 janvier 1595, les Jésuites, obéissant a l'arrêt du parlement, sortirent de la ville de Paris. . ''Le 10 janvier 1595 , fut pendu le vicaire de Saint-Nii-
colas-des^Champs , par arrêt du parlement. ■
{i) L«yrflr/wî et i>èrttchU discours' au roi snt le rétablissemeiit c;^! lai «tt demandé pour les Jésuites, pag. 5û, 58, ôa, 94» ^^7» i^^* ii8«
Le 1 1 janvier 1595| les Jésuites prisonniers furent mis dehors ^ et envoyés après leurs compagnons.
Le même jour y Jean-le-Bel fut banni pour avoir sellicite des jeunes gens à aller étudier chez les Jésuites , hors du royaume , contre rARR^T qui le défend.
Le 25 janvier 1795, fut défait, en effigie, un Jésuitç nommé. Varade , eic.
Quel est Timbécile à qui une expédition de l'édit , déposée au greffe en 1762, persuadera que M. de TEtoile , qui rapporte fort au long un arrêt porté contre un Jésuite , le 7 janvier 1-595 , n'auroit pas dit un mot d'an Edit porté contre tous les Jésuites, le même jour? Répondra-t-on que le grand audiencier en la chancellerie , . n'étoit pas à portée de connoiive un Edit qui avoit dû être crié et affiché dans tous les carrefours , et qui avoit eu son entière exécution dans deux vastes pro-« vinces ? ' * • .
M. de TEtoile n*a rien oublié de tout ce qui se passa au sujet du rétablissement des Jésuites. «Le 16 mai « 1599 , dit cet historien , il a été fort parlé de rappeler a les Jésuites chassés par arrêt du parlement.... (i)». Au mois d'octobre 16Q3 , le roi donna aux Jésuites un EDIT qui les confirmoitâiEzn/ Us maisons doù ils riavoient point été chassés y et lès rétablissoit dans celles de Paris, de Lyon* etc. Nous ferons voir ailleurs que cet.écrivain savoit tout, excepté le bannissement des Jésuites .en vertu d'un edit d'Henri IV.
Les Mémoires de la Ligue, rédigés' par un protestant, renferment, en six gros volumes in-4^, tout ce qui a été écrit , tant bien que mal , pour ou contre la Ligue* C'est surtout un»répertoire fastidieusement exact ae toutes les satires légales ou anonymes qu'ont enfantées contre les Jésuites ces temps malheureux de.fanatisme , d'erreur et de déraison. Seroit-il possible qu'un Edit
( I ) Journal tV Henri IV^ t. a , p. 6 1 3 . .
lyHENM lY. 2*8
d'Henri IV, qui auroit ^crédite toutes les horreurs tomies contre la Société, n'e&t pas trouvé place dans ce-TO^lumineuxVecueil? On y trouve toute la procédure contre * Jean Chàtel (i); Tarrét prononcé audit Châtel , et exécuté le jeudi 59 décembre 1594. On ♦y trouve le procès de Guignard (2) , et Tarrét de mort prononcé audit Guignard , et exécuté le septième jour- de janvier, l'an 1595. On y trouve le procès d'Alexandre Haius, Jésuite écossois , et l'arrêt de bannissement prononcé audit Haius, le dixième jour de janvier 1595. Qn y trouve (3) le procès de Jean-le-Bel, écolier des Jésuites, qui âvoii eu Vaudace de conseiller à François Véron , son condisciple, d'aller étudier chez les Jésuites, hors du royaume, contre les défenses portées par Yarrel de la Cour , et qui, pour ce crime ahominable, médita d'être condamné à faire amende honcralle , Uéle et pieds nus y en chemise ^ e^ d'*être banni di perpétuité , par arrêt du 21 mars 1595...» « De tout cela se voit, ajoute l'auteur, combien juste- « ment a été donné Y arrêt contre les Jésuites, tr
Après ce détail S arrêts ^ on trouve les quatre inscrip- % tions qui furent gravées sur lès quatre faces de la pyra* ^ mide ; on y trouve un long discours sur la blessure du .roi, imprimé a Paris, en 1595 , et réimprimé dans la même ville en 1799, dans.lequel Pont-Aimery, gentilhomme de Montéliiuar, traite « di ingrates pies y les officiers du roi qui main^eonent les Jésuites, tandis que messieurs de Paris ont fait une dernière preuve de fidélité en les exterminant (4). » On y trouve une fotlle d'autres belles choses de ce genre , tant en vers qu'en prose, et , dans tout cela, pas un mot qui puisse faire soupçonner Pexistence d'un edit ; et Ton me condamnera à croire qu'un pareil Edit existoit I "^
Il ne suffit pas au ccinipilateur d'avoir rassemblé tous
(1) Mèm, de ta Ligue j U S, p. aS^. (3) Ibid,, p. q44' (a) Jbid,, p 940. (4) Ibid», p. aSS^
les monuments qui ïMsuvent co«tribuer k la diffamation de la Société; après avoir rapporté les arràs, il en fait l'apologie; il gémit amèrement sur ce que les Jésuites se sont « maintenus , nommément à Toulouse , à Boi> . deaux , à Tourfton et ailleurs-, malgré ies arrêts du « souverain sénat » ; et, pour s'en consoler , il transcrit en entier « le décret de la seigneurie de Venise contre « les Jésuites (0 ; » il détaille tout ce' qui s'est passé entre l'université de Padoue et les Jésuites.... Il n'oublie que
XEdit d'Henri IV. . . , .'
On trouve encore dans les Mémoires de la Ligue (2) que . la Cour de parlement à Paris , sachant très, bien que «les Jésuites étoient une sorte de soldats espagwU . qu'il falloit dénicher du royaume , porta, le 21 août « 1597 , un arrêt qui défendoit à toutes personnes dç . recevoir aucun Jésuite , pour tenir écoles publiques . ou privées , ou autrement. . Le parlemept dit, dans cet arrêt : « que si on souffre que les Jésuites tiennent . écoles, l'ARRÊT <k la Cour du 2^ décendre 1594, sera « rendu iUascire. Pour prévenir ce "0"^«'»" ««"^'f «7' ^ « dite Cour ordonne que ledU arrêt du 29 décembre 1594, « sera exécuté selon sa forme et teneur.... , etc. » « y avoit alors un Edit plus rigoureux que l'arrêt et postérieur a îarrét ! et la Cour ne parle point de cet Ed.t! Quel phe-
nomene :
L'Edit a été également inconnu-a tous les autres écrivains du temps qui se plurent à ramasser tout ce qu. a rapport à cetteVande affaire , ^t -ême les act^^ nlus apocrvphes. On trouve la procédure de •»«*« Châtel, fipr mée Ua suite du plaidoyer de Doll^, en 1595, dan» rcollection d'i^rgentré ; dans les JJémoires de Conde parLenglet; dans l'Histoire de l'umversi e, Jar d» ClayTdans le Recueil de Petit^ied ; dans le Mercure
(i) Mém. d^la Ligue, l^- 267 (a)/Bûi.,p. Soi.
jésuitique; dans tous les Mercuies du tetfips., et même dans le Mercure étranger ; dans THistoirë des Jésuites d'Hospinien ; etc., etc., etc. L'Edit a été inconnu à tous ces écrivains dont la plupart viveient encore au temps où il a dû être porté.
M. Boitereau , avocat au grand conseil , dans le temps même que Tédit a dû être rendu et envoyé à Dijon et aux autres parlements, s'exprime* ainsi, en parlant du rappel.des Jésuites : « Henri IV, par son Edit, permet « aux Jésuites de rentrer à Dijon , dtoh les factieux les • avaient chassés (i)» » Un avocat , dans un ouvrage 'dédié à la reine , auroit-il eu l'impudence d'écrire que les Jésuites avoient été chassés de Dijon par à^^/dctieux, s'il avoit existé un edit duroi , adressé au parletnent de Dijon, enregistré au parl^nent de Dijon, qui chassoit les Jésuites de Dijon?
Herrcra a écrit en espagnol une histoire de la Ligue^ qui a été imprimée à Madrid, en 1508. Il y dit : « que « les ennemis des Jésuites , s'étant ligués podr les per- 4 dre, extorquèrent du parlement le fameux arrêt du « 29 décembre 1594. » Et il le rapporte en entier, sans dire un seul mot de l'Edit.
Ouvrons les historiens plus- modernes, et nous citerons lés moins favoi^ables aux* Jésuites, Mézeray, qui n'est que Fabréviateur de M. deThou; Chalons, qui étoit oratorien; Perefixe, qui étoit parlementaire ; Bayle, qui étoit iihpie, ou, autrement dit, philasophc ; le continuateur de fleury , qui montre une grande prédilection pour les' calvinistes; le président Hénaiilt, parlementaire enthousiaste, et en général fort instruit dans ce genre de détails historiques : feuilletons tous ces ouvrages, ou examinons en curieusement toutes les pages^ nous n'y trouverons pas une seule ligne qui puisse faire même soupçonner l'existence d'un pareil Edit, et nous.
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