‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 58 sur 69 · SECONDE ASSERTION · texte numérisé non relu

SECONDE ASSERTION

L'Édit d'Henri IV est contradictoire dans son fond.

On connoit, et on connoitra encore mieux lesseqti* ments d'Henri IV à l'égard des Jésuites. Nous aybns déjà TU plus d'une fois que ce monarque eut constamment ^our eux Tatfection la moins équivoque; il la porta si loin que les Jésuites furent accusés « d'avoir fait intervenir le démon pour se rendre maîtres de l'esprit d'Qenri IV, et d'avoir recouru à des filtres, à des sorti-^ léges pour enchaîner son i,n constance, n Les v protestants et I$s libertins » enrageoient : l'obsession du prince leur faispit jeler les hauts cris; mais ni les fureurs des hurguenots qui menaçoient, ni les sarcasmes des libwtins qui cabaloient, ne purent rien sur l'esprit d'un monarque dont l'Europe entière admiroit surtout la péné^ iratioB et le discernement. Nous aurops encore occasion 4e faire-voir ce qu'il répondit aux magistrats qui a'opposoîent au rappel des Jésuites et à leur réhablUtation^ )t npus suffit de remarquer ici qu'Henri lY affirme dwA sou Edit CINQ FAITS qu'il nie formellemept dans sa ré** ponse ^ M. d^ Harlay : nous ne faisons que le^ indiquer^

I. La premiisre chose qu'Henri IV reproche aux Jé^ suites dans rEdit, c'est qu'ils ont été « les proiqoteurs de la Ligue; » il déclare au parlement, dau^ sa réponf^ à M. de Harlay, que si les Jésuites ont été ligueurs, tt c'a été avec moins de malice que les autres, n» Quaud même Henri IV n'auroit pas justifié les Jésuites sur c^

point capital y Thistoire y auroit suppléé. Ce que nous avons dit, et ce que nous disons encore , nous dispense de donner plus d'étendue à cette première réflexion.

II. Henri lY , dans son prétendu Ëdit, fait aux Jésuites un reproche encore plus sanglant que celui d'avoir été o les Eoles de la Li^ue ; » il assure « que les Jésuites, et les Jésuites seuls, avoient induit Barrière à le poignarder. » Nous avons vu, au contraire, que les Jésuites avoient empêché Texécution de cet abominable parricide, o en avertissant Henri IV lui-même du projet de l'assassin ; » c'est Henri IV lui-même qui déclare au parlement » qu'il avoit été averti par un Jésuite de l'entreprise de Barrière (i); » il avoit donc été averti o avant le temps où Barrière devoit consommer son attentat; » il avoit donc été averti a*avant l'époque qu^on donne à son Edit. » Comment auroit-il donc pu trahir sa conscience au point de rendre les Jésuites, et les Jésuites seuls, responsables d'un crime « qu'ils avoient empêché, » en l'avertissant lui-même du danger qui menaçoit ses jours? Je le dis k contre-cœur; mais enfin Henri IV ne seroit-il pas un monstre, si, après avoir échappé au poignard de Barrière, parce qu'il avoit été averti « par un Jésuite 9 de Fentreprise de ce scélérat; il eût exterminé tous les Jésuites, n comme instigateurs et complices de ce même scélérat? » Henri lY ne seroit-il pas un imposteur mal avisé, si, après avoir déclaré dans un Edit solennel que c'est « à la seule induction et instigation des Jésuites » que Barrière avoit formé le dessein de le poignarder, il avçit attesté au parlement que « tant s'en faut que les Jésuites eussent confessé ou suborné Barrière, que ce sont les Jésuites au contraire qui avoient menacé Barrière de l'enfer, et qui l'avoient ensuite mis dans Fimpossibilité de consommer son crime, en prévenant le

(i) Voyez le document intitulé : Des Jésuites ligueurs et complices de Bsarnère et de Jean Chdtel, deuxième partie, p. ao.

monarque lui-même du projet formé contre sa personne? » Mais Henri lY un monstre, un imposteur, un étourdi... Ce sont là des blasphèmes, dira tout bon François, et îl faut être bien hardi pour parler ce langage, même par Toie de supposition : j'en conviens <te bonne foi; mais que tout bon François reconnoisse à son tour que ce qu'on ne peut ni dire ni penser d^Henri IV . convient nécessairement à ceux qui ont fabriqué FËdit; je dirois presque « et à ceux qui Tadoptent, » si je ne savois point que tous ceux qui envisagent les objets àr travers un verre coloré, voient tout de la couleur du verre; si je ne savois point que Tignorance, qui ne fut jamais Tapanage de la magistrature, est trop souvent « Tapanage des magistrats ; » si je ne savois point qu'uKe passion, naturalisée pour ainsi dire dans le cœur de rhomme le plus éclairé, fait qu'il ignore souvent ce qu'il sait le mieux ; si je ne savois point qu'entre Thomme vindicatif et Fhomme insensé il n'y a point de différence, et que le dépit et la fureur engendrent toujours la folie. Ira gig^it insaniam, ira cor hominis ad insaniam prolrahit (i).

in. Henri IV, dans son prétendu Edit, charge encore les Jésuites de Tattentat de Jean Châtel ; nous avons- démontré que Châtel « avoit justifié tous les Jésuites; "^ Henri IV lui-même fait valoir en faveur des Jésuites « les dépositions constantes de Châtel (2). d Ce monarque prouve au parlement, par l'autorité du parlement luimême, qu'aucun Jésuite n' avoit eu la moindre part an crime de Châtel : comment peut-il se faire qu'Hefirt IV soit tout à la fois l'accusateur et Tapologiste des Jésuites, sur un article aussi capital et qui le touche de si. près?'

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(i) Scncc, lib. àelrd, . - n . -

(1) f^oy. le document : J&eS'Jéstiàcs ligrtéurs eteohiplices île Harnèrc ad€ Jean jSfBdel, deuxième ^Skrê»y^ia%, , - ' i

38 BE L'EUIT

N/insUxons poiat : si nous iFoulians tout dire, il ùiudroît uu volume, et nous avons prpiuis d'être courts,

IV. H^nri IV, dans sou prétendu Edit, veut confirmer les impQt^^ion^ qu'il accumule sur les Jésuites : ces ÎDaputatiodQS ont été si bien constatées , qu'en consé* queuce, « et pour raison de ce, Guiguard a été publiquemient exécuté. » Nous verrons dans un moment que ce (ail ne devcit poiu.t trouver place dans l'Ëdit; nous devons seuleaKieot remarquer ici que, dans sa réponse au parlement , Henri IV affirme que Guignard « ne fut pa« fiiiénBte accusé d'avoir trempé dans Tatteptat de CbÂtel; » s'il fut arrêté^ « ce fut sur im étUre Juèjei que l'on dit ï^tre trcuyéidcms. ses écrits, ^ C'es.t ainsi qu'Henri IV, «firès atoir. (déclaré dans l'Edit « que le Jésuite Guigliasd fut' exécuté pour raison de complicité avoe un ou plusieurs régiciides, » déclare, dans sa réponse au parlement, que Guignard « fut exécuté pour u» auire suéj^t' *

. V» Henri IV, par son prétendu Edit, défend « d'envoyer des écoliers aux collèges < de la Société hors du royaume, sur peine de crime de lêse-majesté.Cepexiàvcnt pbf^ieurs familles, même desi plus distinguées en France, envoyèrent leurs enfants chez les Jésuites à Douai, à(/ Pontrà-MoussoiEi. et aiiUeurst sans encourir «« la. pejuae dM crime da lèse-ixka^esté. » BieÀ plus; eut/re,)es niH^|i&t qu'Henri IV allégua pour justifier le rappel des Jésîuites» il fit valoir k désertion des collèges, de L'Univ^rsÂlé. <r On va chercher les. Jésuites», dit ce monarque s^u par^ <r lemeati; on va les chercher itohobstant vcd abbéts^ et a hers de. mûn reyavont^* n Cesi nK»ts, ncnoJUxéait^ w>s arreU, ^ sont une nouvelle! pfeir^ qu'Henri IV n'avoit aucune connoissance de son Edit; et s'il l'avoit connu, auroit-îl pu avec bienséance employer de pareilles expressions? et s'il Tavoit connu, auroit-il pu attril^uer^fijUX qxxits ce qui. leur .é(OiU CQi^mun i\y,^^jEdiiy ce qui. é toit même plus spécialement une suit(e,'jdtt'^'Ëdiit^ piûsqu^U) avoit

pour objet prîncipfil « les prtstrts et écoliers du eoll^ge de Clennout? »

Ajoutez ce que bou» avons remarqué plus haut dans la réponse d'Henri IV aux Jésuites de Verdun; et si tous ces argumenta réunis ne portent pas la conviction dans Tesprit des magistrats anti-Jésuites, cela preuve uniquement que les magistrats antî-Jésuiles sont inaeemsibl^s à la vérité, et qu'au lieu de raisonner avec eux, il ûiut k^ abandonner aux. médecins.

TROISIÈMB ASSERTION.

L'Édit d'Heofi IV est irregulier daiïj» sa formé.

Leâ Ëdits se distinguent par deux formules ^tfi cftràc^térisent leur perpétuité; Vune, affectée au GôThimeni cernent 3 A uns présetUs et à venir; l'autre k la fin : Et afin que ee foit chose ferme et Halle à toujoats, nous y ai)ons /ait mettre notre sceL Les Ëdits sont toujours scellés ^h cire verte, excepté ceuxL qui sont adressés au parlettrent Se Grenoble; Jies Ëdits ne sont jamais datés que dû mpii et de Vannée, J'ai honte d'être réduit à instruire les iOu^ gistrats sur une sembls^ble matière ; mais enfin la Provi* dence, qui a ses desseins, a voulu qu'ils ignorassent oii qu'ils perdissent de vue ces notions élémentairea qui n'échappent point au lecteur le moins attentif. L'Edit d'Henri IV n'a point les deux formules qui Caractérisent' les édits ; il n'est point « scellé en cire verlè ; il est daté « du septième jour de janvier ^ n

Il nous svffit d'indiquer ee» trois irtégulslritétif dsuff la forme de l'Ëdit de 1^9ô, et de voir ce que le parler, ment de Dijon a imaginé pour prévenir leà cônséqwendeî qUi^on en tire contre la réalité de ce méilie Edit:^ Beoùtotts le ministère public, et éfforçons^nous de tiHs^uver

quelque apparezwe de sôKdtté dans' s« l^ëpVMflse>(l).

(1) Airdtda v) jairrier 1764 , p- fif« . ' "

^ L*aoteur anonyme du Prchlénu hisicrique, dit Af . Ta- « Tocat général , a cherché dans la forme même de « l'Ëdit des preuves de supposition, et il a cru pou- « voir réussir en donnant pour règles anciennes , des « formules que fusage de plusieurs siècles est à peine a parvenu à déterminer invariaUemeni, « Telle est la réponse définitive du magistrat , qui ne cherche qu'à éloigner la difficulté et à la faire perdre de vue, en ajoutant qu'avant le règne de François I*^ « les lettres du grand sceau s^appeloient m ordonnances. » C'est ce qu'il nous importoit fort peu de savoir dans la question présente. Il ajoute encore que, «depuis François V^ et «jusque vers le milieu du xvii® siècle, on trouve des a déclarations ou des lettres-patentes qui portent tous « les caractères devenus aujourd'hui distinctifs des « Edits; qu'on trouve au contraire des Edits qui ont la « forme exclusivement propre aux déclarations. » Le ministère public cite en preuve « l'Edit de Cremieu, » sians avertir qu'il est de Tannée 1536. Il cite encore je ne Ws quels Edits de 1565 et 1607, Edits qu'il auroit dit spécifier; il passe enfin à l'année t639, pour y trouver deux autres Edits visés, dans un arrêt du 4 septembre

Après ce court étalagé d'érudition, le magistrat, qui

n'a rien spécifié, rien prouvé, et qui semble avoir craint

d^étrè entendu, conclut d'un style triomphant « qu'on a

« eu tort d'affirmer que, d£ tout temps, les Edits avoient

« été adressés à tous présents et à venir, datés du meis seu^

» lefneniy et scellés en cire verte. » Il faut remarquer en

passant que l'auteur du Problème historique n'avoit point

dit. que. de tout temps, même du temps de Clodion-le*

Chevelu et de Pepin-le-Bref, on avoit distingué les Edits

ypar. ces deux formules : ^ tous présents et à venir. . . Et e^n

que ce soit choses ferme et stable à toujours... On ne doit

guère attendre de bonnes raisons de celui qui en pi'ête

de mauvaises à son adversaire, pour le combattre avec

plus d'ayantage; aussi dois-je craindre que les raisonnements 4u ministère public de Dijon ne fassent au moins pitié au lecteur le plus indulgent. Discutons-les un moment sans les éluder; et pour être plus courts, embrassons-les tous à la fois.

Le parlement de Bourgogne ne yeut point « qu'on « donne pour règles anciennes des formules que Fjisage « de plusieurs siècles est à peine parvenu à déterminer « invariablement. » Cela est très raisonnable , mais très déplacé ; et sans remonter jusqu'à François I«»^, nous démontrerons que ce n'est là jqu'un faux-fuyant qui ne doit' en imposer à personne. Notre méthode est plus simple : nous croyons que, pour juger quelle a dû être la forme de TEdit d'Henri IV de 1595, il suffit de savoir « quelle étoit la fornxe constante et invariable des Ëdits sous le règne d'Henri IV; » et pour faire voir au lecteur que nous ne cherchons point a lui faire illusion , noçs remonterons jusqu'à Henri III. Mais si, depuis l'année 1588, par exemple, jusqu'en 1598, il n'y a pas eu un seul Ëdit qui ressemble à TEdit de 1595, en aucun des trois points que nous avons indiqués ; si dans ce long intervalle il ne se trouve ni ordonnance, ni déclaration, ni lettres-patentes qui ne diffèrent des Edits en ces trois mêmes points, que pouvons-nous en conclure, sinon que la réponse du ministère public de Dijon ne fait honneur ni à l'esprit de ceux qui l'ont imaginée, ni au discernement de ceux' qui s'en contentent? Or, une lecture réfléchie de tous ces actes émanés du roi , dans cet espace de temps, nous a mis en état «de prononcer sur tous ces points. i.e public ne doit pas, trouver mauvais que nous ne voulions point en être crus sur notre parole.

I. Nous trouvons, sous Henri III, FEdit de juillet 1588,. sans date de jour, cité plusieurs fois par le roi lui-même sous ce titre : « Notre Edit du mois de juillet. »

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