‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 6 sur 69 · AVIS DES PRELATS · texte numérisé non relu

AVIS DES PRELATS

3o Décembre 1 76 1 .

Sire ,

V otre Majesté , remplie de ces sentiments de foi et de religion dans lesquels nos monarques se sont toujours distingués entre tous les monarques du monde, et marchant sur les traces de ses augustes prédécesseurs , n'a point voulu se décider sur une affaire, où il y avoit des points concernant la doctrine et la discipline ecclésiastique à examiner, sans avoir eu auparavant Favis d^un grand nombre d^évéques de son royaume.

Le temps que Y. M. nous a donné pour examiner ces différents points, a été fort court ; mais nous nous sommes forcés de suppléer au temps par l'assiduité et par la persévérance de notre travail, regardant comme un de nos principaux devoirs de 6o*icourir aux vues que V. M. se

propose pour TavânUge dela-rdigion, et pour le maintien du bon ordre et de la tranquillité de son royaume. Après avoir examiné, Sire, avec. toute la maturité qui'exigeoît Timportanoe lie rébjet, les différents poi&ts sur lesquels Y. M. nous fait l'honneur de nous consul-, ter, nous avons cru devoir lui donner notre avis ainsi qu'il suit.

PJIEIUSR. POINT.

L'utilité dont les Jésuites peuvent être en France, et les avantages ou les inoonvéoients qui peuvent résulter des différenies fonctjiçQs qui leur sont confiées. ,

L'institut des Jé3uites ayant pour objet l'éducation de la jeunesse, le travail du ministère de la confession, la prédication, l'instruction chrétienne, l'exercice gratuit de toutes sortes d'cBÙvres de char if é envers le prochain, la propagation de la foi , et la conversion des infidèles , il est évidemment consacré an bien de la religion et à Futilité des Etats.

C'est ce qui engagea le pape Paul III k l'approuver par la bulle Regîmimen 1640 (i). Les papes ses successeurs , ayant reconnu par une longue expérience, les grands avantages qui revenoient à la religion, de cet institut, lui donnèrent le& marques les plus distinguées de leur bien- Teillance et de leur protection.

Les pères du concile de Trente rappellent un institut pievkXy «t dispensieiit , par un privilège singulier, les religieux de cette société V dc:la loi générale qu'ils avoient faite pour rémission des vœux par rapport aux «autres :ordres(2).

S. Charles Borromée, ce grand zéiateur de la foi, de la réformation des mœurs , et de la discipline , fit connoitre aux pères du concile de Trente l'estime qu'il

(i)T. I des Constitutions y p. 6 et 7.

(s) Conc, TriddfU., sess. a5, cap.. 16, Ui. Fi^iiii prohatiaitç*

aYOit pour cet inoituty et la bienToiUaAce particulière^ que les fruits du s^e ^es religieux de la compagnie dé Jésuiiy iaspiroieuA pour eux au douveraib pontife (i).

Les ambassadeurs des princes^ qui étoient présents au concile y pensoient de même, lorsqu'ils proposoient ré** tadilissement de plusieurs de leurs collèges en Allemagne, comme le moyen- le plus efficace pour y rétablir la foi «et les bonnes* mœurs ( i ) . .

Cependant y Sire, la nouTeauté et la singularité de cet institut, retendue des prÎTiléges qui lui étoient accordés par les bulles des papes , la généralité de son ob^ jet, qui le mettoit eai concurrence avec les corps déjà établis, lui suscitèrent bien des contradictions, lorsqu'il (ut question de son établissement en France. Les uni- Tcrsités, les ordres mendiants, les ordres réguliers s'y opposèrent. Vos parlements firent des remontrances, dans lesquelles ils insistèrent sur les inconyenients de la réception de cet institut en France. Eustacbe Du Bellay, pour lors évéque de Paris , lui fut contraire ; le clergé même de votre royaume fit assez voir, par le jugepient qu'il rendit dans l'assemblée de Poissi en 1561, quil craignoit les entreprises des Jésuites « puisqu'il n'y consentit, (à leur réception) qu'en apposant à son consentement plusieurs restrictions et reisrenres , pour maintenir le droit commun de la juridiction des évéques.

En 1574, le clergé de votre royaume, qui connoissoit pour lors TapjHrobation donnée par le concile de Trente à cet institut, $e conformant a ce que le concile en avoit jugé , déclara, dans l'article de son cahier concer- ^nant la profession des novices, après une année de noviciat, que , <i par la règle qu'ilfaisoit sur ce point, il n'en- «tendoit déroger ou innover aucunes choses aux-bonnes. « constitutions des clercs de lareligion delà sociétédu nom%

(i) Conc, Trid,, HisU Palkw,, p. 83o.

(a) Conc. Trid, PaUoi'.Hiu,, p. 83o el 83i.

» de Jésus /approuvée Au S. Siège apostoHque » . Il fkK lok même que les Jésuites eussèivt bien fait tomber, par leur conduite , les préventioés qu'on avoit eues d'abord contre leur institut, puisqu'on 1610, où il y avoit encore un si grand soulèvement contre eux, Henri de Gondi , évéque de Paris, parlant un langage si différent de celui qu'ËustàcbeDuBellay, Ton de ses prédécesseurs, avoit tenu en 1554 (i), leur rendoit témoignage, «que a leut ordre étoit, tant pour sa doctrine que pour sa bonne « vie et moeurs, grandement utile à l'Eglise et profitable « à l'Etat; d que la chambre ecclésiastique ej; celle de la noblesse des états-généraux (2) en 1614 et 1615, demandoient avec tant d'instance le rétablissement dé la Compagnie des pères Jésuites, pour l'instruction de la jeunesse, dans la ville de Paris, et l'érection d'autres nouveaux collèges dans les différentes villes du royaume, regardant ce point comme un des plus essentiels de leurs

(1) Atteslation de Henri de Gondi , évéque de Paris : « Comme ainsi soit que, depuis le cruel parricide commis en la personne du feu roi (*), que Dieu absolve , plusieurs bruits ayant couru par cette ville' de Paris au préjudice remarquable des pères Jésuites , ^ous désirans de pourvoir à l'bonneur et réputation dudit Ordre, ayant bien reconnu que tels bruits ne sont provenus que de mauvaises affections fondées en animosités contre Icsdits Pères , déclarons par ces présentes, à tous ceux qu'il appartiendra, lesdits bruits être impostures et calomnies contFoùvées malicieusement contre eux , au détriment de la religion càtbojique, apostolique et romaine, et que non seulement lesdits Pères sont entièrement nets de tel blâme , mais encore que leur Ordre est, tant pour la doctrine que Isa bonne vie, grandement utile à l'Eglise et profitable à cet État. En foi de quoi nous avons fait expédier ces présentes, que nous avons voulu signer de notre main, et fait contresigner par notre secrétaire, et fait mettre et apposer notre scel. A Paris, 36 juin 1610. Signés Hj^hri , évéque de Paris j M. YsaLART.

(3) Extrait des cahiers généreaix des deux chambres de V Eglise et de la noblesse des Etats tenus à Paris en i6i4 €t i6i5, procès-\'eibal de la chambre ecclésiastique, p> 199*

0 Henri iV,

cahiers, et qui deieoitétre sollicité ayec plus de vivacité; qu'ils ^upplioient les députés envers le roi « d'avoir cet article en pafticuUëre recommandation , à ce qu'une .ré^ ponse favorable à l'effet dudit article fût au plus tôt accordée et exécutée. « o La Compagnie, reconnôissant com- « bien l'institut desdits Pères, leur doctrine et industrie « a servi et servira encore , avec la grâce de Dieu , pour « le maintien de la foi et de la religion .catholique , res- « tauration de la piété et bonnes mœurs en icelle, et « pour l'extirpation des hérésies « ; et -qu'enfin l'assem<blée du clergé de IGlT^proposoit les écoles des Jésuites comme le moyen le plus propre à remettre la religion et la foi dans l'âme des peuples (i).

Les lettres patentes qu'il a plu , Sire, à vos augustes prédécesseurs de leur accorder pour rétablissement d'un grand nombre de collèges en France, font assez çonnôitre qu'ils étoient persuadés de leur utilités Louis XIY, votre auguste bisaïeul, l'a reconnu particulièrement, Sire, lorsque, parles lettres patentes qu'il fit expédier pour leur établissement au collège de Clermont, il disoit « qu'il cherchoit à favoriser les soins que « les Jésuites prennent si utilement, pour élever la jeu- « nesse dans la connoissance des bonnes lettres, et lui « apprendre ses véritables obligations envers Dieu e( « envers ceux qui sont préposés pour gouverner les « peuples»; et lorsqu'il voulut que ce collège portât son auguste nom.

Les Jésuites sont aussi très-utiles à nos diocèses, pour la prédication, pour la conduite des âmes , pour établir, conserver et renouveler la foi et la piété par les missions, les congrégations, les retraites, qu'ils font avec notre approbation et sous notre autorité.

Par ces raisons , nous pensons. Sire, que leur interdire Tinstruction , ce seroit porter un notable préjudice

(i) Assemblée du clergé de 1617, p. 77.

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à nos diocèses; et que^ pour rinstnioûon 4e la j^unesse^ il serott difficile de les remplacer aTec la mèsife utiEté ^ sartoutdansrlesyillesdfeprarinceS) oùil-n'ya point d/ur niversité; *

Les religieux des autres ordres qui oe sont pas dévoués par état et par leurs Toeux à cet espèce de travail, ne sont accoutumés ni à la méthode, ni a Fassujettissement de rinstructi<m. Distraits nécessairement par les observances de leur ordre, ils ne peuvent donner à l'éducation de la jeunesse une attention aussi suivie.

Les clercs réguliers, autres que les Jésuites et les prêtres vivant en communauté, ne sont pas en assez grand nombre pour les suppléer.

Les prêtres séculiers peuvent ,> à la vérité , avec la permission de leur évéque, se consacrera cette in6^nftoli<Mi$ mais n'ayant point été exercés dans ce geaire, dès. leur jeunesse , ils n'y prennent point de goût, et n^ont poittt la même intelligence pour y réussir ; d'ailleurs n'ayant pas, à beaucoup près, dans nos diocèses, le nombre de prêtres suffisant pour les fonctions du ministère, il nous seroit impossible de suffire à cet objet.

Prendroit-on des laïques ? on sait combien il ^t difficile d'en trouver, dans les provinces, qui veuillent se livrer a un travail aussi pénible et aussi rebutant; qu'il est plus rare encore d'y en trouver, qui ayent les qualités et les ulents nécessaires pour y être employée.

Les Jésuites , Sire , tiennent actuellement en France cent collèges. S'ils étoîcnt supprimés , où trouveroit-on le nombre de sujets, ayant les qualités nécessaires pour remplir les places de régents dans ton» les ooUéges? les Jésuites, faisant un corps de communaulîé,. ont encore l'avantage de pouvoir choisir, parmi tous leS' jeunes to* ligieux qu'ils forment pour cet exercice , ceux qui sont les plus propres pour y réussir ; et si quelqu'un de leurs régents se conduisoit mal, ib sont en état d'en mettre WD autre sur-le-champ, avantage qui ne peut se trouver

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dans les communautés qui ne sont pas ^écialement dévouées k cet objet , dans celles qui , quoique -propres à Finstruction, ne «ont point assez nombreuses , et encore moins parmi les laïques libres et sans suite par leur état. Adhérant donc , Sire , au jugement que -les souverains pontifes et le concile de Trente ont porté de la compa- 'gnie dcJéstts, étaux témoignages que le élergé de votre royaume, les rois vos augustes prédéeesseurs et votre Etat ont rendus «à l'utilité des Jésuites en Franee , nous pensons qu'en prévenant tMs les abus qui pourvoient se glisser dans l'exercice de leurs fonctions, ils ne peuvent être que très-utiles^à la ireligion et à votre Ëtat.

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