QUATRIÈME ASSERTION
La date de TEditest eTidcmment fausse.
Il est singulier que dans un Edit « qui ne devoit pas porter la date du jour, » àa ne se soit écarté de Tusage ordinaire a que pour le dditer Jaussemeni. » Cette imputation est atroce; et FEdit {{kt-il authentique, les lois punissent diylerniei' supplice le faussaire qui en change ' la date. Ecartons les réflexions, et prouvons en peu de mots que rEdit du 7 janvier n'a pas ru jêtre porte LE 7 JANVIER. Nous n'allégucrous que deux raisons qui n'admettent point de réplique.
I. Le roi ordonne aux Jésuites de Paris, « nommément, n de vuider la capitale trois jours après que cet Edit leur aura été signifié : sur quoi je remarque que cet Edit a n'a jamais pu être signifié » aux Jésuites de la capitale ; et que c'est le comble de l'imbécillité, d'admettre comme authentique un Edit qui ordonne de faire une CHOSE DEJA faite. Ne seroit-il pas comique que le parlement ordonnât aux Jésuites qui sont à Vienne de sortir de Paris! Telle est cependant la conduite qu'on prête k Henri IV. Nous avons vu, dans l'article de Jean Châtel (i), que les Jésuites étoient sortis « de Paris dans trois charrettes, k 8 janvier; et le lendemain de leur départ, on leur signifie de nouveau Tordre de partir 1 C'est à Paris, ou ils ne sont plus, qu'on leur intime jLordre de sortir de Paris! Et l'on fera disparéitre cette contradiction en rappelant le respect dû aux registres du parlement; et la raison ne sera pas plus sacrée « qu'une expédition déposée au greffe ! »
Le lecteur a dû remarquer que les Jésuites sortirem de Paris le dimanche 8 janvier, et que par conséquent
(i) Voy. les Jésuites complices de Barrière et de Jean Chdtel, p. *
TEdit o n'a pu leur être signifié que le 9, » c'est-à-dire le Undemain de leur départ.
IL Le supplice de Guifpiard est cité, dans l'Edit, a comme un évéuement antérieur à TEdit, et comme une des causes qui ont porté le monarque à publier ce prétendu Edit : o peur raison de quoi ledit Guignard ayant été pubUquement exécuté. Nous avons yu que Guignard fut exécuté le 7 janvier; nous ajoutons qu'il fut exécuté « de nuit et aux flambeaux ; » doit-on , par respect pour la magistrature, supposer que F Edit fut aussi a une production nocturne du conseil du roi? » Devons-nous croire, ou qu'on a pu, par un langage prophétique, représenter Tavenir comme déjàpojsé^ ou que FEdit n'a été porté « qu'après l'exécution de Guignard? »
M' Morveau a eu le courage de ne pas dissimuler cette contradicrton. « On présente, dit ce magistrat, la date « de TEdit comme contradictoire avec sa substance, en « supposant quil ri a pu être rédigé le même jour que V arrêt ^/ut signet et daté après son exécution, dont il fait men- « tion. n Voila la difficulté et la réponse; l'une et l'autre d'un style entortillé, qui décèle singulièrement Fembarras de Torateur : il prétend donc que l'Edit fut rédigé le même jour que l'arrêt fut signé; le conseil alla sans doute satisfaire sa curiosité , et voir <c quelle seroit la contenance de Guignard ;'» et il revint ensuite, après l'exécution, » dater l'Edit rédigé a quelques heures auparavant. » Ainsi tout se combine, grâce à la sagacité du ministère public de Dijon; l'arrêt contre Guignard fut porté et exécuté le 7 janvier, de nuit et aux flambeaux; l'Edit contre tous les Jésuites fut rédigé de jour et, daté de nuit, après l'exécution de Guignard; c'est sans doute « un peu avant minuit, et quelques minutes avant le 8 janvier, que l'Edit fut porté; et sans cela, comment pourroit-on ajouter aux autres arguments de
conviction contre la Société celui qui se tire du « supplice de Guignard, un de ses membres? » Quelque
grammairien minutieux prétendra que, quand même l'Edit seroit' postérieur de quelques heures à rexécution de Guignard, on n'auroit pas pu dire que Guignard uveit été exécuté; on ne s'exprime pas ainsi en parlant « de ce qui vient de se passer dans le moment. » Ceux qui sont encore capable3 de raisonner, lorsqu'il s'agit des Jésuites, verront, malgré eux , que l'Edit n'a été porté que «I CENT soiXANTB-Dix ANS après le supplice de Guignard, et qu'ainsi on a pu en parler comme d'un événement « passé depuis long-temps. »