BIOGRAPHIE
J.-B. Sanson, prêtre et membre du presbytère de' l'église métropolitaine de Paris (1).
En 1798, mourut à Paris un vénérable ecclésiastique, enfant de la Beauce^ qui a conquis une place honorable dans le clergé par sa foi, paf sa charité, par ses vertus, par ses leçons, par ses exemples : nous sommes heureux de rappeler son nom au souvenir de ses concitoyens.
« Jean-Baptiste Sanson prit naissance au village d*Auneau, le 25 avril 1724; son père était procureur-fiscal de ce lieu. Il fit ses premières humanités à Chartres, puis sa mère l'envoya à Paris et le plaça dans la pension de M. Lebrun. Le jeune Sanson avait alors treize ans; des vues, sans doute trop humaines de la part de sa mère, Tavaient déjà fait promouvoir à la cléricature. Après avoir fini sa rhétorique avec succès, en suivant les cours du collège Mazarin, le jeune Sanson fit sa philosophie au collège de Beauvais. Aussitôt après, un célèbre et vertueux avocat,
(1) Extrait de son éloge funèbre, prononcé le 6 février 1798, dans l'église N.-D. de Paris. — Communiqué par M. Gillard, ancien greffier de la justice de paix de Nogent-Ie-Roi.
-^ 158 - M. Texier, bon connaisseur en fait de mérite, n'hésita pas à lui confier l'éducation de son fils. Sanson n'avait que dix-huit ans, mais là encore son esprit vif, ardent et solide, son ardeur pour l'étude, suppléeront en lui les leçons de Texpérience et le mettront au niveau de remploi important qui lui est confié. Pour être plus en état d'instruire son élève, il se met à approfondir toutes les matières qu'on ne fait ordinairement qu'effleurer dans les classes. La grammaire, les auteurs grecs et latins, l'hébreu, l'histoire, la géographie, l'uranographie ou description du ciel, la botanique lui livrent leurs secrets. En même temps qu'il versait ces trésors dans l'âme de son élève, il l'instruisait des grandes vérités de la. religion.
» Nous arrivons à l'époque qui devait décider de l'avenir du jeune Sanson. M. Texier qui avait fait l'éloge de son jeune professeur à M. de Caylus, évêque d'Auxerre, le lui envoie sous un certain prétexte ; en sorte que le voyageur fut bien surpris des vues que le prélat lui manifesta. Il ne céda cependant pas du premier abord, et revint à Paris consulter la personne qui était chargée de sa conscience : celui-ci lui ayant déclaré que la volonté de Dieu paraissait être qu'il se consacrât au service de l'église, Sanson retourna à Auxerre où M. de Caylus le pourvut d'un bénéfice sans revenu, mais suffisant pour l'attacher à son diocèse, et lui conféra successivement les saints ordres.
» Un trait, entre autres, montre que la modestie du jeune léviJie égalait son instruction. L'évêque de Chartres avait feit demander si, dans le collège Mazarin, il y aurait quelque écolier de son diocèse, distingué par son esprit, par son application à l'étude, par son aptitude aux sciences, mais peu fortuné. 11 était question d'un canonicat de la cathédrale : Sanson fut désigné comme le seul capable do remplir les vues de l'évêque de Chartres; mais le jeune lévite, accoutumé déjà à ne rien faire sans conseil, d'après i'âvis de son directeur, évita même de se présenter à son évêque, pour ne pas s'exposer à la séduction.
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j> Le .premier exercice de sob rainisière se fit dans la pension de M. Savouret père;,^ o^ il entra comme directeur spirituel; il y resta plusieurs années, mais bientôt Tattaehem^eat et la reconnaissance le rappelaient à Ëcouen auprès de M. Texier. Cet homme vertueux après avoir perdu son fils, sa fille ci sa femme^ avait fini par tomber dans une aliéoation d'esprit. L'abbé Sanson lui rendit dans cette situation affligeante, tous les soins de l'amitié la plus généreuse.
» Après la mort de M. Texier arrivée en 1770, l'abbé Sansodoi quitta Ëcouen où il avait formé oeUe peuplade de chrétiens ^u'il appelait V œuvre d'Écouen, et qui tient dans sa vie ime place si distinguée. Il revint se fixer à Paris, et c'est à cette époque qui comprend les vingt-sept dernières années de sa vie, que commencent, à proprement parler, ses grands travaux et ses grandes occupations : on évalue à douze ceii^s le nombre des âmes dont il avait la direction. Comnae Jee apôtres, qui parcouraient les bourgs et les villages pour senoncer Jésus-Christ, l'abbé Sanson, animé du même esprit, faisait chaque année plusieurs voyages à Écouen, à Versailles, à l'abbaye de l'Estrée et autres lieux, pour fortifier et encourager les fidèles qui avaient confiance en lui. Son zèle ne se ralentit pas pendant tout le temps que dura le terrorisme et la cessation du culte public.
» Lorsqu'en mai 1795, le presbytère fut formé et installé dans l'église de Saint-Médard, par les évêques alors réunis à Paris, l'abbé Sanson fut appelé pour partager les travaux de ce sénat ecclésiastique, si intéressant pour les circonstances, et malgré les travaux qu'il était aisé de prévoir, son zèle et son dévouement à tout bien ne lui permirent pas de refuser. Quelques mois après, il prit place parmi le clergé de Saint-Etienne dont l'église venait d'être ouverte.
» A l'âge de 70 ans, l'abbé Sanson n'avait aucune infirmité, il n'avait pas encore senti les approches de la vieillesse; mais il est un terme à la santé la plus robuste> et, dès l'année suivante, ses forces s'abbattirent tout d'un
coup comme celles d'un coursier vigoureux qui, après avoir fourni une immense carrière, tombe subitement à la fin de sa course. Surpris par un violent orage en revenant de Saint-Denis, il arriva chez lui à dix heures -du soir tout mouillé, dans un état déplorable, et ne put que se jeter sur son lit où il passa la nuit dans une position mortelle. Pourtant il ne succomba pas tout d'un coup, mais il tomba dans un dépérissement qui ne fit que s'accroître par les tourments qu'il eut à supporter comme membre du clergé. Cet 'accident et les événements de la révolution ont occasionné la maladie qui le conduisit au tombeau deux ans après (1798). La mort Ta frappé, mais elle ne Ta pas surpris: Ego sum paratus , disait-il, dans son humilité chrétienne, nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace. L'abbé Sanson est le dernier de ces hommes vénérables qui, disciples les uns des autres, et remontant à l'œuvre sainte de Port-royal, par une succession non interrompue, ont conservé parmi nous la tradition de la vraie piété et de la saine doctrine qui ftirent le mobile des actions de toute sa vie. »
Bagniol, maréchal de camp.
Dans cette grande épopée des guerres de la République el de l'Empire, où la valeur portée jusqu'à l'héroïsme était si commune dans nos armées, quelques hommes d'élite appellent l'attention par une bravoure qui semble prendre des proportions plus qu'humaines. C'est à cette famille de géants qu'appartient le général Bagniol^ dont le nom, même inconnu de nos jours au lieu de sa naissance, serait tombé tout à fait dans l'oubli , si les registres de l'état-civil d' Anneau (1) ne nous avaient permis d'en exhumer le souvenir.
(1 ) « L*an mil sept cent soixante-quatorze , le huilième jour de mars, j*ay, curé de cette paroisse, soussigné, baptisé un garçon né d'hier,
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Bagniol (Jean-Louis-Gharles), naquit le 7 mars 1774, à Auneau où son père, était concierge du château. Nous ne savons rien des premières années de notre héros, si ce n'est que tout jeune encore, il aimait à fouiller les annales de la châtellenie, et à jouer avec les armures des Reîtres (i) que renfermait la tour du donjon; ces annales, les souvenirs historiques qui s'y rattacbenl, ces trophées de la valeur nationale, exaltaient la jeune imagination de Bagniol et lui faisaient trouver bien pesantes les chaînes de la féodalité. Bientôt va s'ouvrir, pour lui une ère nouvelle; l'heure de la liberté a sonné, mais au prix de quelles luttes et de quels sacrifices cette liberté sera-t-elle acquise !
La France appelait autour de son drapeau ses enfants pour défendre son sol menacé. Bagniol, ce jeune et enthousiaste prolétaire ne fut pas le dernier à répondre à cet appel, cri suprême de sa mère-patrie. Il partit comme enrôlé volontaire^ mais les circonstances extraordinaires de l'époque lui firent obtenir un rapide avancement. Il prit part à toutes les grandes batailles de la République et de l'Empire. Il était général, lorsque Taigle, son idole, vint échouer sur le rocher de Saint-Hélène. La France était en deuil, le cœur du vieux soldat était brisé... il revint son épée au fourreau et se retira à Lautembourg près Vissembourg
en et du légitime mariage de Charles Bagnol, concierge da château d'Àuneau, et de Marie-Anne Besson, ses père et mère, lequel a été nommé Jean-Louis-Charles, par Jean Besson et Marie-Anne Ménager, ses ayeuls maternels, parrain et marraine, de la paroisse d'Oinvillesous-Auneau ; le parrain a signé avec nous le présent acte , la marraine a déclaré ne sçavoir, de ce requise suivant l'ordonnance. -~*Signé : Jean Besson, Meimier de Fontene. »
Eq marge de cet acte est écrite la mention suivante : « Le nom Baynol, porté dans Tacte ci-contre, est supprimé et remplacé par celui Bagniol, au terme d'un jugement rendu sur requête au tribunal civil de Chartres, le dix-huit janvier mil huit cent vingtdeux, enregistré à Chartres, le dix-neuf. » (1) Voir ci-dessus, page 93.
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(Bas-Rhin ), c'est là que nous le retrouvons en 18212, avec les titres de € maréchal de camp en relraUe et de chevalier de V ordre royal de la Légion d'honneur. » En dernier lieu il habitait Rennes (Ile-et-Vilaine), où il finit ses jours.
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p. Mercier, grenadier de la garde impériale.
Pierre-Louis Mercier, Fnn de ces soldats géants qui ont porté si haut et si loin le drapeau de la France, était né à Saint-Sauveur (Eure-et-Loir), en 1789. Il entra dans les fusiliers grenadiers de la garde impériale en 1808 et, à partir de ce moment, il parcourut l'Europe au pas de charge jusqu'au départ de l'Empereur pour Sainte-Hélène. Dirigé d'abord sur l'Espagne, il en revint au printemps de 1809 pour faire la campagne d'Autriche. Il était à Wagram.
Après la paix de Vienne il retourna en Espagne et y fit, pendant deux ans, cette affreuse guerre qui épuisa nos meilleures troupes.
La guerre de Russie, en 1812, lui fit faire la grande étape de Madrid à Moscou, en passant par Smolensk et la Moscowa, où il distribua aux Russes des coups de fusil et des coups de sabre sans en recevoir, heureusement ! Hélas î le grenadier n'était qu'à moitié chemin, il fallut sortir du Kremlin pour accomplir celte mémorable retraite de Rusïie que décida la torche incendiaire des Cosaques et les rigueurs du général hiver que l'on n'avait pas encore vu contre nous. Mercier eut le bonheur de passer la Bérésina où tant de nos braves soldats périrent faute de ponts suffisants, et se retrouva aux grandes journées de Lutzen et de Bautzen qui ramenèrent la fortune sous nos drapeaux.
En octobre 1813, il combattit à Leipsig, bataille sans égale, dans laquelle 150 mille Français résistèrent, pendant trois jours, à 500 mille Russes, Prussiens, Saxons et Autrichiens.
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Le brave grenadier défendit le sol de la patrie, en 4814, à Champ-Aubert, Montmirail et Montereau. La France était en deuil, le vieux soldat obéit à la consigne et marqua le pas ea attendant les événements. Mais bientôt, Taigle, avec les couleurs nationales, vole de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame, Mercier reprend sa course et se trouve au rendez-vous de Waterloo. Fidèle à son Empereur et patriote, il ne pouvait y manquer I
Après ce désastre, Mercier rentra dans la vie civile où de Douveaux services devaient rendre sa mémoire chère à ses concitoyens. En effet, il fut pendant près de quarante aas conseiller municipal et lieutenant des sapeurs-pompiers de la ville d'Auneau.
La croix d'honneur noblement gagnée sur les champs de bataille et ia médaille conquise dans vingt incendies, attestent sa bravoure et son dévouement. Il avait 77 ans lorsqu'au mois de février 1866, la mort est venue le frapper, au grand regret de ses nombreux amis.