‹ Documents historiques inedits du XIVe siecle: Thomas de La Marche, batard deChapitre 10 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'invasion de Robert Knolles

Thomas de la Marche lîeatenant et compagnon de oorps da

dnc de Bourbon. — Le siège de Saint-Ponrçain ; la défense

de l'AtiTergne contre Robert Knolles et Hagues

de Calverley. — Hamiliations nouvelles

Personne à la cour ne portait à ce moment un intérêt plus sérieux au bâtard de France que sa cousine germaine la jeune femme du régent. Elle plaignait ce parent brave et malheureux. Elle voulut s'interposer entre lui et la mauvaise fortune. Au mois d'avril iSSg, elle le fit nommer par son mari lieutenant de son frère le duc de Bourbon dans « tous les pais » confiés au gouvernement de ce prince, c'est-à-dire en Auvergne Haute et Basse, en Bourbonnais, Berry et Maçonnais '. Elle fit davantage. Sur sa demande, le régent Charles le donna à Louis de Bourbon pour « compagnon de corps'». Il faudrait ignorer combien était étroite cette fraternité d'élection, quels devoirs en étaient ta conséquence, pour ne pas sentir la réciproquee estime qu'elle supposait. Le duc Louis

I Arch. mun. de Riom, AA, 3i. Liasse. L«itre du régeni aun consi ïS «vril 1359. {Titre cnxi a' 1038 a Vlnvent. des Titres de la ville de Rio\ Arch. dép. du Puy-deDCme. Pièce non classée).

3 Ibid, V. piËc» justit

,dhvGoogle

THOMAS DE LA MARCHE io5

connaissait Thomas mieux que personne, et il le prit pour frère d'armes.

II est très à remarquer toutefois que, dans une circonstance où les lois de la chevalerie voulaient une élection toute personnelle, le prudent prince ait désiré se couvrir de l'autorité de Chartes V contre les rancunes du comte de Poitiers. Il n'en est pas moins vrai qu'un tel témoignage du sincère et loyal Louis le Bon, « vray miroir de chevalerie », et de celle qui devait être cinq ans plus tard la bonne et pieuse reine Jeanne, sont la meilleure recommandation de la mémoire de Thomas de la Marche à la postérité ; ils acquièrent une particulière valeur des circonstances dans lesquelles ils furent donnés.

Dès le mois de janvier iSSg, on était inquiet dans le centre de la France d'une grande chevauchée que les Anglais se proposaient d'y faire. Devançant l'époque habituelle de leur réunion qui avait lieu d'habitude au printemps, les Etats d'Auvergne s'assemblèrent à Clermont le 3i janvier pour voter des fonds, des levées et prendre des mesures défensives, sur l'invitation du régent ou de son frère. Ils décidèrent la mise sur pied de cinq cents lances et octroyèrent un écu par feu pour leur solde au comte de Poitiers, Robert de Riom, receveur général de la province depuis quatre ans, fut chargé de lever ce fouage '. Le comte de Poitiers, comme lieutenant royal, demanda des subsides aux Montagnes dans le même mois et dans le même but*. Ce prince, qui s'était jusque-là si peu gêné pour ses administres d'Auvergne, commence à agir et vient le 6 février à Saint-Pourçain, k l'extrême nord de la province 3. C'est par là que l'ennemi devait arriver,

Robert Knolles. sorte de colosse, un des champions anglais du combat des Trente, capitaine de Brest et seigneur de Derval en

I Bibl. nul., m- français 2600a, n- 8c^. — M" Teillard. MUt. d'Auv., Bibl. de Clermont, n* 1 1 7 des ni" d'Auv. — Àrcti. dép. de l'Allier. Ree. des Consuls de St-Pourcain. (Docum. non classés)

I Arch, mun, d'Aunllac. Vieil inventaire, janvier — C'esi-îi-dire sa part des subsides votés par les Fin Sumnios ïinpofiiics sur toute la province.

- Saint-Pourçain,

jbyGoogle

io6 THOMAS DE LA MARCHE

Bretagne', qui commandait la première bataille de l'armée d« Philippe de Navarre en i367, lors de la révolte de Geoffroy d'Harcourt^, avait résolu de renouveler l'exploit du prince Noir et de traverser la France dans toute sa longueur en la pillant. Knollea était l'un des généraux anglais qui avaient occupé le Cotentin et rendu de la sorte inutile la donation de ce pays par le roi Jeap à Thomas de la Marche.

Parti de Bretagne, il s'avança vers le centre du royaume précédé d'une réputation terrible. Lors de la prise et de l'incendîe d'Auxerre dont la trahison d'un bourgeois lui ouvrit les portes (lo mars iSSg)^, la nouvelle de ce désastre parvint en moins de quinze jours à Nîmes où elle jeta la panique malgré la distance*. Après diverses courses en Bourgogne, Knolles remonte les vallées de la Loire et de l'Allier, poussant des pointes à droite et à gauche, en Nivernais, en Berry, en Beaujolais et en Forez 5, divisant ses troupes et lançant ses compagnies de pillards sur les trésors sacrés des monastères. L'épouvante règne jusqu'au fond des montagnes d'Auvergne. Spontanément les habitants de Saint-Flour, n'ayant pas d'argent pour mettre leurs murailles en état, sollicitent du comte de Poitiers l'autorisation d'appliquer à leur défense, pendant deux ans, huit deniers tournois par livre (ou 3,33 "/o) à distraire des douze deniers imposés par le roi sur toutes les denrées se vendant durant les trois jours de chaque foire de leur ville. Cette autorisation leur est donnée le 1 8 avril 6.

Ce fut dans ces circonstances que le régent Charles envoya « son cousin » Thomas de la Marche dans le centre de la France pour arrêter l'invasion de Robert Knolles, avec le titre de lieutenant du

1 Derval, ch.-l. de canton, arr. de Châtcaubriant (Loire-lnfér*). — Jean de Monlforl, duc de Breiagne, ei le roi d'Angleierre avaient dojiné des lerrcs a Knolles en Bretagne. Sa principale résidence étail â Derval.

a Chronique Normande, p. 107.

3 Chron. de St-Dtnh. — Nicolas Gilles ; Annales, i36. ~ Chron. Normande, 147.

uvelte fut donnée p.-ir Jean de Poitiers oui, en sa double qualité de comte de le lieutenant général des pays au-delà Je la Loire par rapport h Paris, avait /oir par courrier avec relais. [HiSt. du Long., IX, 692, rote ï),

es GuÏEues : Les Tard- Venus, 3li. — Avant Pâques de 1 358, disent les histo- ■nreï. c'est -[wli le nva.it le 11 avril r3fi.|. (l.a Mure : Hi.it. yénèal. des J^ues de I des Comtes de J-'orej. Edit. Cliantclauzc, 1, 414-415 ci 436j.

mun. de St-Flour, ch. IX, an. 1, n* 1.

,dhvGoogle

duc de Bourbon dans tous les pays gouvernés par ce prince en son nom. Les consuls de Riom furent avisés de cette décision le 29 avril par une lettre du régent, où il leur dit l'avoir prise à la prière de sa femme Jeanne de Bourbon '. Ce fut aussi dans ces conjonctures que le duc Louis le prit pour compagnon de corps. L'influence hostile du comte de Poitiers se fit immédiatement sentir. Il était aussi comte de Mâcon et lieutenantdu roi en Berry. Les pouvoirs conférés à Thomas sur ces deux provinces lui furent retirés à une date indéterminée de 1359, ^ans nul doute sur les protestations de celui qui devait se faire créer duc de Berry l'année suivante. Charles, nous l'avons déjà dit, était obligé de ménager beaucoup son frère ; on transigea et le bâtard, sacrifié de nouveau à la jalousie du jeune prince, vit limiter ses pouvoirs à l'Auvergne. Peut-être en fut-il à ce moment le gouverneur pour Louis de Bourbon et le régent seulement*.

Après ces incursions dans le sud de la Bourgogne, le Berry et le nord du Forez, Robert Knolles se rabattit sur l'Auvergne. On ne trouve rien, ni dans l'histoire générale, ni chez les historiens locaux, sur la campagne du héros anglais dans cette partie de la France, rien que le peu qu'en dit Froissart au sujet d'un seul fait d'armes 3. Ici encore l'admirable peintre est sujet à caution ; si bien que les auteurs de VAticienne Auvergne et le Velay, pour n'avoir consulté que lui, et les annalistes postérieurs en date qui les ont indéfiniment reproduits sans contrôle, font arrêter Robert Knolles à l'entrée de l'Auvergne, dont une simple démonstration militaire lui aurait fermé la porte ! Tout cela est inexact. Les aventures de Thomas de la Marche, en révélant une série de faits inconnus, vont jeter un jour nouveau sur la chronologie et la topo^aphiede la lutte. C'est aux titres contemporains et inédits que nous demanderons, bien entendu, la restitution des lignes principales de la seconde grande invasion anglaise et la p!us digne de ce nom que l'Auvergne ait eue à subir depuis le commencement de la guerre ; car le prince de Galles n'avait fait que la traverser au pas de course en i356 pendant

1 Arch. dèf. du Puy-de-Dôme. {Invenl. des Titres de la ville de Riom, cote 4, n" lOiS et 8ij«]. V. piùecs jusiif.

2 Arch. de Riom. [.cttre lios consuls .l[ssoirc aiu consuls Je Riom ,lu T. juillet iJic,. V. pièces )ustif.

3 Froissarl. Edii. Luce, V, 55.

io8 THOMAS DE LA MARCHE

la campagne qui précéda Poitiers, sans s'attarder au siège d'une seule ville connue.

Les troupes de Knolles, presqu'entièrement composées de cavalerie, ne marchaient pas en un seul corps, mais par groupes séparés, opérant dans un rayon d'une certaine étendue pour mieux vivre et faire plus de butin, sans jamais perdre leurs communications, prêts à se concentrer rapidement au premier signal. Parmi les capitaines qui envahirent l'Auvergne avec lui, étaient ses lieutenants Pierre et Guillaume de Valdebeuf ou Aile de Buet, Mathieu Buou ou Bow^, Jean de Winck ou de Wiske, dit le Poursuivant d'Amour, lo Polsig d'Amor^, troubadour en même temps que routier, qui finit par « se retourner français tant il était énamouré de la France o, dit Froissart ; mais le plus célèbre était incontestablement sir Hugh de Calverley, chevalier, l'ami du chef et son compagnon d'armes depuis, dans tant d'autres campagnes*. Calverley coiimandait une bataille d'un millier d'hommes dans l'armée.

Au mois d'avril ou au commencement de mai au plus tard, Thomas de la Marche plaça son quartier général en tète de la

: Hisl. m" de la Maison de PoUgnae. Boit travail de Chabron fait vers i63o sur les titres de cette maison. {Bibl. de la Sodélé du Puy). — Arch. nat., JJ, 91, n* Soy. — Hiat. trr d'Auvergne de Tcillard. (ioc. fit ). — Arch. de Riom : V — '" '

Rcns d'Auver){iie. — Les Ictires de rcmissioii de Pierre Bertin, de :s noms de >■ Robert Canole » et « Wuali de Buef 0. [Arch. nat., JJ, 33, 91, n* 307}.

1 Arch. de Millau. Rég. du cousu! boursier pour 1359-60 : « Aie de Buci k. — La Chroit. Normande écrit n de Buef u, qui sienitie Bi£ul' (page 17a). — Aie ou Alei de Buei était entre en ForeJ: dès iSS? avec le Poursuivant d'a'mour. Ils joignirent leurs bandes à celles de Knolles en 1359. (Guigues : Us Tard-Venus. 33 et suiv.). Froissart, qui ctorchesi facilement les noms, l'^ippclle "Albert de Buef» (111,424). — V. Le Rouergue sotis tes Anglais (abbé Rouquene), p. 19.

3 Arch. mun, de Millau, (ipid-/.

4 En i354. il commandait la garnison anglaise de Bécherel (Ille-ei-Vilaine]. Le maréchal d'Audrehem l'y assiège elle prend dans une sortie. (Chron. Norm., pp. 106-107 et 298). Après son expédition de i35<j avec Knolles, il bat et fait prisonnier liu Guesclin au combat de Juigné-sur-Satihe, à la tin de i36o ou au commencement de i36i. (liisl. de Du Cuesclin, 1, 34c|-350- Du Guesclin lui remet en Otage un de ses frtres. Il fait lever le slige de Bichérel avec Knoiles en juillet i3ûî {ChroH. Norm.. 161, 36a-38o) ; commande l'année suivante un corps de bataille â Auray et s'y signale avec Aile de Buet et Knolles {itid.. 175) i passe avec ce dernier en Esp^fine. Sisnalé à Du Cuesclin

far Chandos, il reçoit, dans cette expédition, le commandement des troupes anglaises. I commande l'avant-garde de l'armée du comte de Buckiiieham, débarqué à Calais en i38o, et ravajjc l'Anots et la Champagne. Son (ils bâtard, llngucnin de Calverley, el son inséparable Knolles faisaient partie de cette armie. (Froissart, livre Vil, ch. LV et LVI). Il revient avec Knolles en France et y combat sans cesse. Il assiégeait (^ombarieu pris Moniauban en 1370 (Hist. du Languedoc, X, 417). Après Chandos, Knolles, mis h In léic de l'armée de Calais cette même année iLhron. Norm., i^i\ fut un des meilleurs généraux du roi Edouard. Son cousin Thomas de Wetenhale était bien cimini en 1 iaiite-Am erjjne. Ce (ni à lui i4ue le prince de Galles confia le gouvernement du Rouergue avec le liirc de sénéchal. Il vint même l'y voir à Millau. iReg. de Millau. Rouque'tie : Le Rouergue sous les Anglais pp. q3 et io3).

jbyGoogle

province, à Saint-Pourçain. Cette riche petite ville bien close, enclave de l'Auvergne dans le Bourbonnais, propriété de son prieur et du duc de Bourbon pour une partie, des Hospitaliers et du roi pour l'autre portion, centre d'un grand commerce de blés, de vins alors célèbres même à la cour oij ils remplissaient le rôle du Bourgogne d'aujourd'hui, était en outre l'une des clefs de l'Auvergne du côté septentrional et l'un des principaux foyers de banque de la région, k cause de son hôtel des monnaies. Elle devait à tous les points de vue recevoir les premières attaques. Son faubourg fortifié de Palluet, sur la rive droite de la Sioule, était le siège d'une commanderie d'Hospitaliers ; et, comme les chevaliers de Saint-Jean avaient, au siècle précédent, associé le roi à leur justice et à leur seigneurie, les officiers royaux y jouissaient d'une grande autorité. Le poste du bâtard de Frapce était donc bien choisi de tous points.

On l'y trouve surveillant la marche des Anglais par des courriers et des espions expédiés de Saint-Pourçain en Berry et jusqu'à Château-GuillauiTie sur les confins de cette province et du Poitou, pendant que Knolles traverse cette région ' ; veillant à la mise en état des fortifications ; s'y faisant payer les 430 écus qui représentaient la part de Saint-Pourçain dans les premiers frais de guerre*, et complétant ses équipages. Il achète à un habitant de la ville, Hugues Ciaret, un roussin de cinq florins 3 ; un cheval de seize florins à Jean de Chauvigny, chevalier de Saint-Jean'* 1 un « coursier » à Jean de Lagrange, commandeur de Palluet. Il paye ce cheval de combat 3i florins de Florence, grand prix pour l'époque et le pays 5. Ce commandeur de Saint-Jean de Jérusalem est son bras droit, son banquier, son lieutenant ; c'est à lui qu'on s'adresse pour les règlements de détail.

Thomas prend les champs à l'approche de Robert Knolles. La ville

), fol. i3o recto. {Arch. dtp. de C Allier. Docu-

1 Ibid., fol. 46 recto. [I avait une iraite pour cette somme de Robert de Riotn, receveur générai en Auvergne, sur Jullien Baudouer. bourgeois de Saint-Pou rfain et receveur particulier de ce subside dans ta ville, [Ibid-).

3 Ibid., fol. 46 verso.

4 Ibid.

5 Ibid. I.C florin de Flore

,dhvGoogle

iio THOMAS DE LA MARCHE

envoie des vins, des fers « à l'ost de Monseigneur de la Marche ' ». Il pouvait battre l'estrade et harceler les troupes anglaises ; il n'avaii pas assez de monde pour les faire reculer. Vainement le régent Charles semonçait les commissaires des Etats et les habitants de la Haute et Basse-Auvergne au sujet de leur retard à lever les cinq cents glaives (lances) promis et leur enjoignait « très étroitement de donner une prompte réponse au Grand Conseil, à Paris, pour être ordonné ce qui serait convenable^ ». Rien ne se faisait. Au Grand Conseil, les influences qui pesaient sur les délibéiations relatives à l'Auvergne étaient plus puissantes alors que la sienne. Il n'avait pas de majorité assurée, comme on dirait aujourd'hui. Au-dessus de ce Conseil, planent l'ombre du roi captif et les prétentions du comte de Poitiers qui se considère toujours comme un associé à la régence dans les provinces dont le gouvernement lui a été confié par son père. Le régent ne veut pas de conflit aigu. Aussi n'ordonne-t-il pas directement comme il en aurait le droit. C'est au Conseil que les gens d'Auvergne répondent.

Thomas de la Marche était ainsi réduit à la troupe de gendarmes bretons qui suivirent sa fortune pendant les dernières années de sa vie, augmentés de quelques nobles du pays et de quelques chevaliers de Saint-Jean.

Il ne put empêcher Knolles ni de prendre Cussel, ville d'abbaye3, ni de venir mettre, vers le mois de mai, le siège devant Saint- Pourçain, dont l'opulent monastère ne tentait pas moins sa cupidité. Thomas put cependant se jeter dans la place ; il y était depuis trois jours quand les Anglais se présentèrent. Ils livrèrent coup sur coup de furieux assauts ; « contre les quieulz ennemis et les assaus qu'ils nous donnèrent ledit Monsieur Thomas se pourta comme très bon chevalier et aussi firent ses gens ». Ainsi s'expriment les consuls de Saint- Pou rçain six semaines après-^. Dans un de ces assauts,

1 Areh. de l'Allier. (Ibid.}.

,dhvG00gle

THOMAS DE LA MARCHE m

Knolles s'empara de plusieurs tours et des dépendances fortifiées du monastère adossé aux remparts'. La Marche réussit enfin à rejeter l'ennemi hors des murailles et contraignit les Anglais à lever le siège. Les dépendances du prieuré et, cela va sans dire., les faubourgs furent livrés aux tlammes ; mais la ville fut sauvée par le brave bâtard. Les épreuves furent grandes ; le comte de Poitiers, en sa qualité de lieutenant du roi en Auvergne, exempta des impôts en cette même année i35g « les habitants de Saint-Pourçain qui avaient été assiégés par l'ennemi ^ ».

Les Anglais envahirent alors la Limagne, en contournant la forêt de Randan par les deux côtes, à gauche par la vallée d'Allier, à droite par la trouée d'Aigueperse. Leur marche fut quelque peu retardée par des résistances isolées et par le pillage de ce superbe pays, « riche et gras de tous biens... le paradis des routiers ».

Vers le mois de mai, les compagnies de Robert Knolles s'emparèrent de Pont-du-Chàteau 3, à treize kilomètres de Clermont, à quinze de Riom. La position de cette ville sur l'Allier, à l'endroit où la route de Lyon franchit la rivière, assurait ses communications avec le Forez que ravageaient plusieurs de ses détachements. Aussi la garda-t-il pendant tout le temps de l'occupation de la Basse- Auvergne par ses troupes. Ainsi devait faire Seguin de Badefol cinq ans plus tard, et par les mêmes considérations tactiques. Knolles prit plusieurs autres lieux, vraisemblablement entr'autres Ennezat-* et Maringues5. Ni ces villes, ni aucun des bourgs qui pullulent dans le Marais, Geizat, Chappes, Puychany, Saini- Beauzire, Clerlande, Saint-Ignat, Saint-Laure, Tirande, n'avaient de murs d'enceinte. Ce qu'on appelle dans les documents du

] Bibl. nat., n* n, 691 . — 34* vol. de la coll. du MoniiSticoii bentdtcUnum, pp. 184- 103. — Invenl. des papiers d'Apchan (Tabl. Hist. de l'Auvergne, 1846, p. 3So). — Conf. Registres des Comptes des Consuls de Saint-Pourçain de i355, fol. i3o, +7, i33, 48-46. lArch. départ, de tAliier).

a Tablettes hist. de l'Auvergne, t. I, p. 35o.

3 Rouleau de parch. — « Les ennemis du royaume estoienl i grand effert dans ta ville du Pont du Chattel. près de la ville de Riom, et y demeuroient depuis lonciemps. ■ lArch. de Riom, CC, tinsse 1. Rouleau de parch.}. — Lettres de Louis de Bourbon, lieutenant du roi en Auvergne, données à Aigueperse le 5 mal i8Ga et vîsunt des Taits quelque peu intérieurs. {Arch. naî., K, [8, n* 6). — Pont-du- Château, chef-lieu de

canton, arr. de Clermont.

4 Chef-lieu de canl., arr. de Riom.

!> Cbef-lieu de csni., arr, de Thiers.

,dhvGoogfe

XIV* siècle relatifs à ces localités i la forteresse », n'était autre chose qu'un quartier central entouré de fossés et de palissades, où les habitants les plus riches avaient des « chambres », en outre de leurs maisons ordinaires dans les autres quartiers, étroits réduits de quelques mètres carres, parfois souterrains, où ils mettaient à l'abri leurs objets les plus précieux et leurs familles, s'ils le pouvaient, en cas d'attaque '. Ces obstacles étaient enlevés en un instant par de rudes et. il faut le reconnaître, très braves aventuriers. Les campagnes se vidèrent devant eux, les paysans se réfugièrent dans les grands châteaux-forts, dans les villages avec leur mobilier, leurs denrées et leurs bestiaux. Riom en était encombré. « Et ardirent, gastèrent et détruisirent tout le pays, et nul n'osait aller par chemins », ajoutent les gens des communes d'Auvergne dans l'exposé de leurs tribulations, en parlant des ravages affreux que commit a en l'an mil CCCLIX Robin Quenole u, lors de la prise de Pont-du-Chàteau ^. L'anglais laissa une forte garnison dans cette dernière ville, son pivot d'opérations pendant plusieurs mois.

Riom, la capitale du domaine de la couronne, la résidence du comte de Poitiers quand il vient dans la province, se trouve sérieusement menacé. Clermont et Montferrand sont dans les transes. Les consuls de Riom demandent une garnison de gens exercés au capitaine d'Auvergne. Celui-ci leur répond « n'avoir ni hommes d'armes ni finances du pays 3 ». Le désarroi est à ce point. Riom s'adresse alors, du consentement du bailli d'Auvergne,

1 On voit cette dispositinn, restée inaperçue de nos auteurs locaux, bien expliquée dans le grand terrier de Monieâcon de i3g3-i3y7, qui comprend presque lom le Marais, en outre de la ville de Marin^ues. surtout en le rapprochani de ceux de 1404- 1405-1408 et de 1455. (Coll. Boyer, aujourd'hui Arch. dép. du Puy-de-Dôme). Ce n'est qu'en 1443, lors de la guerre du Bien t'ublic. que Maringuci demanda et rcfut l'autorisation de construire une enceinte fortifiée. (Doc. cnirc mes mains). Cournon et une quantité de bourgs d'Auvergne imitèrent alors cet exemple. Ceux qui possédaient un vrai château étaient un peu mieux protégés ; tel Knnczat. dont le château, ancien palais des comtes Cirtovingiens d'Auvcrgni.', était le chcf-licrd'un quartier représentant un tiers environ de la ville, fermé pnr une enceinte pirticuliùre et nommé « le Chasiel d'Ennezat », par opposition à a la Ville close i. Mlis le vrai château de Maringues était situé à Montg^kon, â quatre kilomètres. U en était de même dans beaucoup d'autres bourgs.

3 Arch. mun. de Riom, CC, liasse 2. Rouleau de parchemin de plusieurs peaux. [Invenl, Boyer, p. 58). Requête des gens a du pnure pays d'Auvergne 0, M. Boyer a daté ce document de iSto, par une erreur qu'explique la formation dcfeclueuse de la lettre romaine qui suit i'I-, où il a vw un X au lieu d'un l. Celte requête figure sur la cote 4, n* loç), dans Vtnvenlaîre Marquis, [Arch. dép. du Puy-le-Dôme. Invent. des Titres de la ville de Riom).

3 Métncs arch., CC, liasse i3. Invent. i>5.

dhvGoogle

THOMAS DE LA MARCHE ii3

à Thomas de la Marche. Thomas lui envoie, de Saint-Pourçain au grand regret de cette place qui redoute une nouvelle attaque, trente hommes d'armes, soit environ une centaine de combattants, à l'aide desquels Riom est à son tour préservé. Pour en faire mandater régulièrement la solde, il aurait lallu que les gens d'armes fussent enrôlés, régulièrement « retenus » et que mandat fût donné de payer au trésorier des guerres Guillaume Roux. Mais « au temps où les consuls mandèrent ces hommes, dit le duc de Bourbon, ils ne purent en faire montre aux maréchaux, les ennemis tenant le Pont-du-Chàteau et nul n'osant se mettre en chemin ' ». Riom est maintenant bloqué ; La Marche ne se demande pas s'il sera payé ; il va droit de l'avant.

Trop bouillant pour s'enfermer derrière des murailles comme Jean de Poitiers, il brûlait de combattre KnoUes en rase campagne. La noblesse ne lui fournissant toujours pas les contingents votés malgré les injonctions du régent, il part de Saint-Pourçain pour aller demander des secours aux princes de sa famille et d'abord à son jeune neveu breton, Philippe II duc de Bourgogne, héritier du comté d'Auvergne du chef de sa mère Jeanne de Boulogne, actuellement reine de France^. De la Bourgogne, il pousse jusque dans les états de Savoie chez son cousin Amé IV le comte Vertî, qui venait d'épouser Bonne de Bourbon, sœur de la régente et du duc Louis II (août 1 355). La comtesse de Genève était elle-même une princesse de

id.). I

r le f

. s komnics d'armes, malpré l'opposition de Robert de Riom. i

général du duché d'Auvergne. Ce financier, qu on trouve en d'autrci circonstances à cheval sur les régies de la coniplabilité, avail rerusé de déduire les loo écus nécessaires pour la solde de la receiie de Géraud Boiiiol, receveur à Kiom des i3 deniers pour livres, son subordonné, malgré un mandement du prince Jean en i3(Jo ou i!t6i ei un autre du duc de Bourbon, parce que tes choses ne s'étaient pas passées régulièrement et' que, d'ailleurs, ta dépense concernait le trésorier des guerres {ibid.). Le formalisme n'est pas d'aujourd'hui.

1 Jeanne d'Auvergne, dite de Boulogne, lîlle de Guillaume XII comte d'Auvergne et de Boulogne, et de Mar^crite d'Evreux, princesse du sang, peiiie-lillc du roi Philippe 111 le Hardi, avait été accordée, le 36 septembre i3!<tt, avec Philippe t" de Bourgogne, fils du duc Hugues IV. Le duc Philippe ][, dit de Rouvres, mort en i36i au châieau de Rouvres, était leur tils.

3 Amé VI comte de Savoie avait même été fiancé, le r6 juin 1347, à Jeanne de Bourgogne, litle de Jeanne d'Auvergne. Cette petite princesse, élevée à la cour de Savo^i n'en fut retirée qu'en i354, lors de la rupture des tianfailles.

jbyGoogle-

la maison d'Auvergne, Mahaut de Boulogne, tante du duc Philippe ' . En outre de leur parente avec Thomas, ces trois maisons avaient un intérêt personnel à ne pas laisser ruiner la province. La Marche réussit aussi bien cette fois que pendant le siège de Paris. Troupes fournies par les princes ou routiers raccolés en Maçonnais, dans le duché de Bourgogne ou dans les vallées des Alpes, il enrôle 700 hommes d'armes et 2,000 sergents couverts de bassinets et d'aubergeons, soit plus de quatre mille combattants*. Il était de retour à son quartier général de Saint-Pourçain au mois de juin, en tous cas avant le 4. juillet 3. Il lui Livait sulTî de quelques semaines pour les recruter.

Ni l'arrivée du lieutenant du duc de Bourbon ni l'annonce de renforts dont on avait un si grand besoin ne changèrent rien aux dispositions hostiles de la noblesse, ou du moins dos partisans du Dauphin et du comte de Poitiers, Il semble même que le tour de force accompli par le bâtard de France n'ait fait qu'exaspérer les jalousies et les craintes, en montrant à quel homme d'action on avait affaire. Les gens d'armes envoyés par lui sur la demande du bailli d'Auvergne pour la défense de Riom et de Moniferrand se virent refuser l'entrée de ces villes. De Saint-Pourçain, un inconnu écrivit à Riom que les soldats du bâtard avaient l'intention de s'emparer des deux principales villes du domaine royal pour l'en rendre « seigneur* » ; supposition peu conciliable avec les faits. Il n'aurait pas choisi le moment d'une telle entreprise pour s'en aller chercher des secours précisément chez les princes de la maison d'Auvergne \ et d'ailleurs ces gens d'armes, c'était le bailli royal d'Auvergne qui les lui avait demandés.

L'affront fait à ses officiers et à lui-même lui fut extrêmementsensible. Il révolta, il faut le dire, les habitants de Saint-Pourçain, émoins quotidiens de sa conduite. Les consuls de cette ville écri-

I MaKaut d'Auvergne, dilc de Bmiloane, tille Ju c .nue Roben V[r ei de sa seconde femme Marie de l''landre, mariiie en iMi à Amd III comte de Gcnivc, mère du pape CIciiient ^'11. sceur cnnsaniî.iini: du coinie d'Auvergne Guillaume XII cl l:i sœur germîiiic du c.irdinïl (iuv de lîoulo;îne, dï GoJjfrov 1" Je Boiiioynî. sei.^ncur de Monie.k.»i. ainsi que de Jeui l" d-- Boj[o,.;iie qui succéda au comté d'Auvergne en i36i, à la mon du duc l'hilippe IL de Bourgi)gne d't de Rouvres.

3 Cl 3 Arch. lie Rio-. lettre des consuls de Saiiit-Pourçaiii a ceux de Riom du 4 juillet i35i|. V, pièces justif.

.se. Lettre des consuls de Sjiui-Pujr^ain à ceux de » juslif.).

THOMAS DE LA MARCHE" iiS

: à leurs collègues de Riom, le 4 juillet, une protestaiioD

le dans des termes indignés, après avoir consulté leurs conci-

is par une enquête au cours de laquelle ceux-ci jurèrent sur

jvangiles que l'auteur de la lettre était un insigne menteur.

■sieur Thomas les a sauvés des Anglais ; il les traite depuis en

bon seigneur et chevalier, et bien nécessaire au pays. « Et que,

,r ce, celi qui l'a escript ou mandé mauvaisement en fût puni,

idrions bien sçavoir quest cils qui l'a escript ou mandé. Vous

iplions très affectueusement... qu'il vous plaise escripre à Mon-

ur Thomas ou à nous scgrètement qui est cil qui... vous a mandé

s choses dessus dites, et le nom et le surnom, Et sachiez que, se

>us ne le faîtes, vous ferez très mal... Et en pourriez avoir l'indi-

nation du dit chevalier, et vous prions que à ce ne nous veuillez

aillir ' ».

Les explications échangées mirent à néant la conspiration de calomnie ourdie dans l'ombre contre le bâtard ; pendant la suite de cette campagne de 1339, il n'eut pas de plus chauds partisans que les bourgeois de Riom dont il avait assuré le salut.

Ces intrigues parurent à La Marche une raison de plus pour ne se mettre en campagne contre les Anglais qu'en associant le pays à ses efforts, afin d'en écarter toute suspicion '^. Il écrivit donc à la fin de juin ou dès les premiers jours de juillet au bailli royal, ainsi qu'aux nobles et aux bonnes villes de la province, « qu'il estoit en sa entente, à l'aide de Dieu, de avoir batailhe encuntre les ennemis qui sunt au pais d'Auvergne >> avec les levées qu'il venait de faire, si la province voulait lui fournir 400 hommes d'armes. Ni le Dauphin Béraud II comte de Clermont, ni les autres représentants de la noblesse ne se donnèrent la peine de lui répondre. Le Dauphin était

- I.cs consuls prilevircnt, pour iinycr c

.|j Kii.-I.L's,

e 4<i.-> L'eus, Le pûnca orJimn.l .1 Robert ,L 'RLom >k ,1. *d«n* u" ville de'ch'âteldo". (Arch! de Riom^CC, i3."l

^ . , - - - ,. - -Il fui dimm

par le prince dan* U ville de Châteldoii. (Arch. de Riùm, CC, i3. Liasse). — V. pièce

,dhvGoogle

ii6 THOMAS DE LA MARCHE

un homme capable, riche, loyal et d'une brillante bravoure ', mais il avait vingt-neuf ans et de l'ambition ; il lui déplaisait de se voir supplanté dans le rôle prépondérant que sa famille jouait en Auvergne depuis quatre siècles. N'était-ce donc pas assez déjà que cet étranger, ce bâtard, fût devenu son voisin très puissant à Nonette, son suzerain même pour partie, avec des privilèges supérieurs aux siens r Et fallait-il maintenant qu'il devint le commandant suprême des troupes du pays ?

Les villes ne voulurent pas s'associer à ces mauvais sentiments ; elles votèrent des milices à Thomas de la Marche ; puis dans une assemblée des communes restée inconnue et qui paraît avoir eu lieu dans les premiers jours de juillet iSôg^, Riom se mit à la tête d'une ligue entre tes bonnes villes pour lui fournir les 400 hommes d'armes qu'il réclamait et que la jalouse noblesse s'obstinait à lui refuser. Les bourgeois en arrêtèrent la répartition entre eux. Nous connaissons ce mouvement populaire par une lettre des consuls d'Issoire à ceux de Riom en date du 10 juillet, où ils s'excusent de ne pouvoir envoyer leur contingent fixé à 3o hommes d'armes sur les 400, parce que les Anglais leur font courir en ce moment les plus grands dangers. Loin de pouvoir envoyer du monde, ils demandent un secours de 20 hommes d'armes pour garder leurs murailles. Les Issoiriens, fort embarrassés entre deux seigneurs puissants dans leur ville, l'un surtout à cause du Dauphiné et de la baronnie de Mercœur, l'autre par son fief de Nonette, voulaient les ménager tous tes deux, « Nous fûmes, écrivent-ils, les uns avecques mons le comte Dauphin, et tes autres avec mons. le gouverneur d'Auvergne 3 »,

Aigueptise, chef-lieu du comté de Montpensier, plus tard une des trois bonnes villes du duché d'Auvergne, sur la route de Paris à Ciermont, à moitié chemin de Saint-Pourçain et de Riom, entra

I Nobilis, potens et pruJent et nolabilis regimlnis, et de suo pioprto de decem ù duodecim libras anni redditus liabet, liil île lui un nrrci Ju l'nrlcmenl de rjiii. (Baluic Man. dAuv., I. i.,7) BcrdutI l[ le Grand, ne àa Ucraud I- cl de Mnric de Villeinu fillu de Pierre de r.i Vie, vionite de Villemur en Toulousain et l-«iron de Calvinei c Haute-Auvergne,

■e de$ Titret de la ville de Riom, {Àreh,

,dhvGoogle

dans la ligue avec zèle. Nous l'apprenons par la bouche de son propre seigneur.

Bernard de Ventadour, comte de Venladour et de Montpensien se plaignait amèrement, au mois de février i36o, de ce que, l'année d'avant, une autre autorité que la sienne régnait dans Aigueperse. Alors que la ville recevait dans ses murs des détachements d'une cinquantaine de gens d'armes de passage — ceux sans doute envoyés par La Marche de Saint-Pourçain à Riom et Montferrand — elle avait refusé d'accorder l'hospitalité, fût-ce pour une nuit en payant et contre remise préalable de gages suffisants, à dix-sept de ses soldats à lui, harassés de fatigue, bien qu'il les eût fait accompagner par un de ses écuyers. Cet officier eut beau prier et discourir, le pont fut levé à leur face par l'ordre des consuls « et d'autres qui se disent gouverneurs de ladite ville ' ». En punition de cet acti « de mauvais exemple en temps de guerre «, Bernard de Ventadour fît saisir et mettre en prison dans son château de Montpensier des marchands d'Aigueperse qui revenaient de la foire de Gannat. Une députation de bourgeois vint les lui réclamer avec arrogance ; Bernard les fit jeter aussi dans ses geôles. Alors les autres bourgeois de la ville « firent amas et assemblée de gens d'armes..- ^omme se leur seigneur fust IcUr ennemy mortieux, et, par manière de conspiration, de monopole et de congrégation illicite avec plusieurs villes d'Auvergne, en se mettant en rébellion et désobéissance contre ledit comte ^ h. Voilà bien la ligue des bonnes villes et de La Marche dont s'entretiennent les consuls d'Issoire et de Riom dans leur correspondance au mois de juillet i35g. Suivant les prescriptions de la récente ordonnance de Compiègne, La Marche a inls des capitaines royaux et des garnisons dans les places principales sur lesquelles s'avancent les compagnies de Knolles. Les villes sont satisfaites d'être secourues, tandis que leurs seigneurs, Louis de Bourbon excepté, résistent à une mesure par eux considérée comme une usurpation et comme une menace. Ils soupçonnent te bâtard de vouloir s'emparer de la province sous le prétexte de la protéger contre l'invasion.

Le comte de Montpensier envoya 100 à 120 hommes d'armes

1° 407, p. 177. M" Crousel. Bibl. de ClermoHt.

jbyGoogle

ii8 THOMAS DE LA MARCHE

pour effrayer ou soumettre les habitants d'Aigueperse et les contraindre à ne recevoir d'autres troupes que les siennes. Ces soldats enlevèrent du bétail, rompirent les moulins, incendièrent des maisons dans la banlieue, outragèrent les femmes et se livrèrent aux désordres coutumiers des gens d'armes n'ayant d'autre solde que la rapine ; mais ils ne purent pénétrer dans la ville ; Aigueperse conserva le capitaine et la garnison dont La Marche l'avait pourvue '. Ceux-ci, guère mieux payés, tinrent à peine une meilleure conduite. Si grands furent les ravages exercés en 1359, soit par ces soudards étrangers de Ventadour et de La Marche, soit surtout par les Anglais de Knolles, que, la même année, le comte de Poitiers, en sa qualité de lieutenant du roi dans la province, prescrivit au bailli d'Auvergne de lever une capitation d'un ccu d'or par tète « pour venir en aide au comte de Ventadour et de Montpancier dont les terr>;s ei les villes non closes* ont éprouvé grans et énormes dommages par le fait des gens d'armes... Ledit seigneur est prisonnier, son château de Montpancier demande grande dépense pour èire réparé et les gages de ses gens d'armes [sont] non payes? ». Du moins la ville d'Aigueperse, où s'étaient réfugiés les habitants en grand nombre, échappa-t-elle à la ruine totale qui l'attendait, si die fût tombée aux mains de Robert Knollcs ; et elle dut son salut à Thomas de la Marche.

I La charte communale d'Aigueperse lui reconnaissait le aucunes iroupcsque celles qui lui aHréaicnt et d'aJmeitre toute* à moini que ce ne fut pnur agir contre le seigneur. Mais le & i;uiM l'inletition Je la commune ; de là des conflits snns lin. trÙB tendus cnir'clle et les Vcnindour après l'atluirc de i35fl. lue dnu/aine d'années

Elus (arJ, il la suite iruii autre conflit relatif à une tiiille exïr:u.r.linaiie réclamée par crnaril de Veiiladour à qui les bourgeois opposaient encore les privilèges de leur charte, le comte cnvova contre eux M>n tils Kobert à In tcic d'une bande de soudards qui réussirent celle lois à pénèirer dans la ville ci y commirent toutes sortes d'excès. Robert de Vciiudour arrjclia l:i cliarte du coffre consulaire et la livra aux Hammes, Jean, alors duc de Bcrry et d'Auvergne, prolita du mauvais cas où s'était mis le comte de Monipcnsicr pour le contraindre à lui vendre son comté. Menacé de couliBcation, le vieux seigneur s exécuta.

1 Du comté de Monipeniicr dépendait u riches bourgs et de gros villages à la pu

giroisses de li'issièrcs, Thurei. Sardon, .^'unn-.inuii;, <^ii.. i.c Luimc luiiipiciiHn ic ohai et s'étendait, de ce ci^lé, jusqu'à Saint-Denis-Combarnazai, dont la moitié était de Montpentiier ci la moitié de la baronnle de Monigîlcon.

3 Bibl. mmi. de Clcrmont. M" Crouseï, pp. 397- Charlet. — Le réeent accorda, te 22 m:ii lifm, ur

jbyGoogle

Les incidents d'Aigueperse et de Riom aussi bien que la prudente attitude d'Issoire démontrent que la terreur des Anglais ne fut pas le seul mobile de la confédération. Elle fut en même temps une manifestation du parti populaire contre le parti féodal. Les barons d'Auvergne la tinrent pour telle ; et cela suffit à expliquer ce qui va suivre, Thomas de la Marche fut-il pour quelque chose dans ce côté politique du mouvement, essaya-t-il de l'exploiter pour se rendre maître de l'Auvergne royale, quitte à forcer ensuite la main au régent pour s'en faire légitimer la possession, de même qu'il avait d'abord tenté de s'imposer aux villes de Riom et de Montferrand à ta faveur de son crédit auprès du prince ? Ne fut-il au contraire que le capitaine ardent, risquant le tout pour le tout, essayant de sauver les provinces du centre et du midi de la France de l'invasion anglaise avec ses seules forces jointes aux milices communales de l'Auvergne, sans l'assistance des levées de la noblesse ; ce qui ("lait un pur ciup de tète avec les mœurs du temps et dans sa position ? Il est difficile de bien démêler ce qui bouillait dans ce cerveau d'aventurier. Cependant il est probable qu'il ne s'est pas compromis avec les communes à ce point sans une espérance personnelle. Se faire le souverain de la Terre d'Auvergne par la force, au détriment des visées des Bourbons, eût été un rêve insensé. Il n'y a probablement pas pensé, parce que le duc Louis et la régente étaient ses seuls soutiens à la cour et qu'il ne pouvait rien sans eux ; c'eût été de plus un acte déloyal démenti par la survivance de leur affection réciproque ; mais il a fort bien pu espérer qu'en rendant un considérable service au royaume tout en servant spontanément l'ambition des Bourbons, son zèle serait récompensé par une extension notable de ses domaines d'Auvergne. Ce qui reste avéré en revanche, c'est la sincérité de ses luttes contre les bandes anglaises. Au rebours de Charles de Navarre, qui s'alliait au parti démocratique pour mieux nous trahir, il ne joua pas double jeu avec les Anglais, dont il fut l'implacable ennemi. Ce qui n'est pas moins visible autour de lui, c'est la buée des éternels soupçons l'enveloppant, naissant d'eu.v-mèmes à chaque pas, quoiqu'il fît, de sa situation de bâtard royal pauvrement apanage, entreprenant et doué d'une activité dévorante. Dans la pensée des barons d'Auvergne, que ne pouvait pas tenter un tel homme avec une armée à lui, car c'était une armée alors que 4 à 5,ooo hommes commandés par un chef hardi.

,dhvGoogle

Il fut à la fois malhabile et malheuretu dans cette affaire. Un politique de sang-froid eut assurément compris qu'en s'appuyant sur l'élcment communal dans une région où les municipes ne iouissaient que d'une indépendance limitée et presque tous inféodés à des patrons puissants, si bîtn que la volonté de ceui-ci prédominait dans les Etats de la province, il allait s'aliéner à fond tout ce que l'Auvergne comptait d'influent à la cour ; que le prince Jean ne lui pardonnerait jamais et qu'on aurait facilement raison de lui en empêchant le vote de tout subside pour la solde de son armée. Il connaissait mal les hommes aussi s'il a cru que le circonspect et judicieux Louis de Bourbon hésiterait entre lui et la famille royale, le jour où il serait contraint de choisir. Ajoutez à cela un tempérament fougueux, les griefs nés des inévitables pilleries des gens d'armes étrangers qu'on lui laissait sur les bras. C'en était plus qu'il ne fallait pour déterminer une véritable coalition de la noblesse contre lui.

Elle se confédéra avec la noblesse des provinces limitrophes, Forez, Velay, Rouergue, Gévaudan, Querc\', Limousin, pour former une armée capable de chasser sans lui Robert KnoUes de l'Auvergne. Le lien était le comte de Poitiers. Les sénéchaussées de Beaucaire et de Toulouse, qui ne pouvaient envoyer leurs troupes hors de leur territoire sans l'assentiment de ce dernier, fournirent aussi leur contingent à l'expédition d'Auvergne.

Profitant de ce que ces jalousies paralysaient la défense, les compagnies de Knolles envahissaient pendant ce temps le reste de la Limagne « où gît, je vous le dis, toute la gresse de l'Auvergne ■, c'est encore Froissan qui parie ; et d'autres bandes continuaient leurs ravages à l'est de la province ',

Ses compagnies s'avancèrent au sud de la Limagne jusqu'au fond de l'arrondissement d'Issoire, au pied des montagnes du Haut-Pays. La ville d'Issoire possédait une abbaye ; les abbayes étaient les jalons de route des pillards, on comprend assez pourquoi ; à une marche au-delà d'Issoire, l'attiraient d'un côté l'abbaye de Brioude et de l'autre l'abbaye de Bleslc. Ses lieutenants avaient déjà atteint Issoire pendant que Thomas raccolait des renforts dans les provinces

Le lundi avant la Saint-Jean (îÎ juin), Hugue de Calverley, * la tête de « mille homme et plus », se présenta au soleil couchant devant les portes d'Issoire en criant : o Ouvrés ! » Calverley était lui aussi un hercule. Une épaisse tignasse de cheveux roux, de longues dents de fauve, dont parlent les chroniqueurs contemporains, donnaient à ce géant saxon un aspect effrayant, bien qu'il fût pieux et doux à l'occasion. Les Issoiriens ne se laissèrent pas intimider ; ils refusèrent leurs pones. Les Anglais n'ayant pu les enfoncer, allèrent coucher « en granges et champs », et le lendemain matin, après une nouvelle et vaine tentative pour surprendre la place, Calverley la somma de lui payer rançon ; 3oo florins lui furent promis à la condition que la ville ne serait pas attaquée d'un an. Alors il s'empara, près d'Issoire, du château et du bourg de Neschers. où il mit une forte garnison. Malgré sa promesse ou faute de paiement, il revint avec 800 hommes et cinq échelles donner l'assaut à la ville le vendredi avant le 4 juillet. Il fut repoussé par les seules milices bourgeoises qui ramassèrent plus de i,5oo traits sur les remparts. Le lo juillet, les consuls apprenaient par des prisonniers évadés du château de Neschers que Calverley et ses compagnies devaient revenir de cette place pour leur donner un nouvel assaut '.

L'éparpillement des compagnies anglaises fut le salut d'Issoire. Pendant que son principal lieutenant dévalisait la Basse- Auvergne, Knolles saccageait le Forez. Après avoir pillé l'abbaye de Charlieu, non loin de Roanne, ses bandes s'emparaient de Montbrison, capitale de la province, le 19 juillet, et l'incendiaient après te pillage. L'abbaye de Valbenoîte devenait leur proie près de Saint- Etienne '. De là, il se dirigea sur le Puy dans le but de l'écheler et de le piller aussi, suivant la chronique de Jean le Bel 3, C'était du reste son droit chemin pour marcher sur Avignon où il avait

3 Georges Guigues : Lti Tard- Venus, 'M et 36. — Monttrison Tut pris a avant Pâques • de i358-i359 (nouv. style*, disent les historiens du Foret. {Htst. det Duci de Bourbon el des Comtes de Forej. Ed, Chanlelauze. I, 4i4-^r5-436). — il est possible que les bandes de Knolles aient atlaquf deux fois Montbrison, La division de ses forces et leur mouvement perpétuel pour se soutenir ou opérer seules rend très difficile une descripiion cïiicie de leurs marche». On attribue aussi à Robert Knolles en personne des actes émanes du ses licutcn.tnls. En tous eus. Guigues n solidement établi la date de la prise de Montbrison au ii) juillet iS^ç.

3 Jean le Bel : II, 344. — Luce : But de Du Cuetclin, 478.

Di9Hized hvGoogîe

annoncé qu'il voulait Taire financer le pape' ; en route, il aurait recueilli les trésors du riche pèlerinage du Puy, la ville aux quarantesix orfèvres. Son plan se dessine très bien en ce moment par les actes : lancer son lieutenant Calverley avec une grosse partie de ses forces sur Toulouse en passant de l'Auvergne en Rouergue, ainsi que c'était encore son intention à la date du 20 au 25 juin'; se rabattre lui-même avec le reste sur sa droite, après avoir exploité Avignon, et faire sa jonction avec Calverley dans le Midi, tel était son dessein. La marche à peu près parallèle de ses deux principaux corps pendant l'expédition leur permettait de s'appuyer l'un sur l'autre et de se tenir en contact par espions et courriers. Le soin qu'il prit de garder Pont-du-Château pendant ses incursions simultanées en Auvergne et en Forez, dénote que l'occupation temporaire de places de communication entrait dans son plan comme une condition de succès. Il faut se résoudre à ne plus voir dans ces grands chefs de guerre du xiv* siècle que des aventuriers marchant au hasard du butin et de simples brigands dénués de toute tactique. Les projets de KnoUes furent déconcertés par les levées de Thomas de la Marche qu'il connut certainement et par la formation de l'armée féodale qui se disposait à lui barrer la route du Midi. Calverley écrasé ou coupé de lui, il courait ù un desastre. Il modifie aussitôt son plan, quitte le Forez et rentre en Basse-Auvergne pour faire sa jonction avec Calverley, pendant que les levées féodales en sont encore à leurs interminables opérations préparatoires. Le bailli de Màcon le poursuit jusqu'au mandement de Thiers, frontière de la Bourgogne et de l'Auvergn': 3 ; mais ce n'est pas lui qui a contraint KnoUes à sortir de l'évêché de Lyon. Le capitaine anglais s'est décidé à cette manœuvre pour conjurer un péril autrement grave. Thiers était son chemin pour aller franchir l'Allier à Pontdu-Château qu'il évacue seulement alors, et il rejoint à temps

rt (1. in, chnp. 434) dii que Knolles nvoit

îrttre (Arnaud de Ctrvoles) en avoil eu. a

le Millau ; Comptes des consuls de i35g. Le ih juin i3!<(), les consuls de ■eçoiveni une lellre du comre de Poitiers datiie de Toulouse, les informant ice vient d'iire avcni de l'intcniion de Robert Knolles de passer de l'Auiouerjiuc. iVoir aussi Mcnard ; Histoire de Nîmes, 11, roo).

cnt d'un Reg. de la Justice d'Anse [près de Lyon), cité par Guiguea {Iqc. cit..

jbyGoogle

THOMAS DE LA MARCHE i»3

Calverley pour faire face avec lui aux forces très supérieures qui s'assemblaient en Auvergne. Nul ne pensa à lui couper le chemin à Pont-du-Chàteau, ce qui semble avoir été le plan du bâtard. En outre de ta garnison de cette ville, Knolles ramenait du Forez les compagnies de Jean De Winck et d'Allet de Buel que leur isolement eût fort compromises. Ainsi se comprend le maintien des forces de Knolles au chiffre de 3,ooo hommes qu'il avait au départ de Bretagne, malgré les pertes des combats et des maladies. Elles remplissaient leurs vides et se recrutaient en marchant d'une foule d'indigènes des pays traversés. Pendant que Robert Knolles réussissait ainsi son mouvement de concentration, les contingents d'Auvergne, du Limousin et du Forez, forts de six mille combattants, dont quatre cents lances amenées par le comte Louis de Forez", se réunissaient à Clermont, à Montferrand et à Riom. Dans cette dernière ville, les barons élurent pour leur chef le comte Louis, Bcraud II Dauphin comte de Clermont, Jean de Boulogne et le seigneur de Montaigu. Ils se mirent en campagne et furent rejoints au sud de la Basse-Auvergne par les contingents des provinces méridionales ; ceux des Montagnes, sous la bannière du Comtour d'Apchon ; ceux du Velay, commandés par le vicomte de Polignac Armand-Randon ; ceux du Gévaudan, par Guérin de Chàteauneuf d'Apchier ; ceux du Rouergue, par Jean d'Armagnac, fils du comte Jean I" et par le sire d'Arpajon ; ceux du Quercy, par le sire de Sérignac. Le vicomte de Narbonne et Jean de Bernier» sénéchal de Beaucaire, maître de l'hôtel du comte de Poitiers, conduisaient les levées des sénéchaussées de Beaucaire et de Toulouse. Les sires de Chalencon , de Rochefort (Amé Dauphin), Godefroy de Boulogne, frère de Jean alors seigneur de Montgàcon comte d'Auvergne deux ans plus tard, Renaud de Forez oncle de Louis, le vicomte d'Uzès, d'auires encore sont nommés parmi les chefs et les bannerets de cette armée qui s'éleva, tout compris, à 10,000 hommes d'après une des versions de Froissart, à 12,000 d'après une autre ^.

Klle fut alors divisée en deux batailles. La première fut placée

1 Fi non le comic Guy VII ïon pire, comme nlusicu depuis le if juin i3'>K (Kroissart : I.. Hl. chap. 424.

3 Friiissari : Lot: cil. ; Htst. du Long., IX, 700, 704 note, 6gi, etc.

auyGoogle

sous les ordres du Dauphin d'Auvergne qui avait avec lui son cousin Robert III Dauphin, dit le Fou, seigneur de Saint-Ilpise et de Combronde ' ; à la tète de la seconde, les barons mirent le comte Louis de Forez, neveu de Jacques de Bourbon comte de ia Marche, l'un des ennemis du bâtard. De plus, le Dauphin Béraud II venait d'épouser Jeanne de Forez, sœur du comte Louis. Froissart se trompe en disant que te mariage fut traité « assez tost après » le choc des deux armées. Le contrat de mariage est du 22 juin libj^. L'infiuence dans l'armée était donc, en définitive, tout entière dans la main du Dauphin d'Auvergne.

De Thomas de la Marche qui pouvait, à lui seul, fournir un tiers

de ces levées sans cohésion envoyées par une dizaine de provinces,

il n'est fait aucune mention, non plus que de ses Bretons et de ses

troupes de Bourgogne. Le frère naturel du roi, l'homme du régent,

l'ami du duc Louis de Bourbon, le chef immédiat de la province,

rompu au métier de la guerre, célèbre par son courage et son

audace, se vit préférer un jeune homme qui n'était pas même encore

chevalier, car ce fut dans cette expédition qu'il en reçut l'écharpe et

les éperons dorés 3, Ses ennemis triomphaient, il lui fallut dévorer

cette nouvelle humiliation. Démissionnaire ou destitué, on ne lui

trouve plus les fonctions de lieutenant d'Auvergne et de.s provinces

voisines à partir de l'organisation des levées suivie de l'élection du

jeune dauphin et du comte de Forez pour généraux. Du duc de

même il n'est pas question davantage dans la formation

Il resta ou fut laissé en dehors. Fût-il absent du pays,

ore surpris de ne pas trouver de chevaliers bourbonnais

efs de l'armée.

son oncle, comme dit Froissart. Bérauii II Dauphin, comte de CIermonl> de de ce nom. Snn t'rcrc Koberl n'avait alors que iroîs nns. II s'agît [c la branche collaidrale, celle des dauphins de Snint-Iipisc et de était aussi prénomniù Robert.

is. <f,lui'., II, 36i, ii'n. — Furent cautions du Dauphin ; Aîné Dauphin, lefori, son oncle, m.iri disabeau de la Tour ; Guillaume d'Apction ; I, seifincur de Siini-Ilpise ; Jean de Montaicu ; Pons de LanBcac, llaume du Chnlencon, seigneur de Chak-ncon. damoiseau. Et parmi les e de Brérm, Bcranger de Chàtcauneuf d Apchier et Binel d Antoinn, seigneuries de i^hampeix et de Sauricrs (arr. d'Issoirc), de Ruines et

c voisin de Thomas.

It, 414. Cd. Buchon.

jbyGoogle

THOMAS DE LA MARCHE izS

Les deux armées se trouvèrent en présence au mois d'août ', non pas à l'entrée de la province entre la Bouble et la Sioule, sur les confins du Cher^, comme le disent les historiens de l'Auvergne 3, mais à une trentaine de lieues de là, du côté opposé. Et comme la rencontre eut Heu, au récit de Froissart et d'après les textes contemporains, dans un pays vignoble et montagneux, sur le côté de l'Allier qui regarde le Limousin, c'est-à-dire la rive gauche ; qu'Issoire avait été déjà assailli et Neschers pris depuis plusieurs Semaines ; qu'enfin il s'agissait de couper le chemin aux Anglais qui voulaient gagner le Rouergue et par conséquent pénétrer en Haute-Auvergne, le choc dut se produire au sud d'Issoire, entre cette ville, Blesie, Massiac, la rive gauche de l'Allier et les premiers contreforts des montagnes des cantons de Besse et d'Ardes. Le Dauphin était le roitelet de ceite région.

Le soir où l'ost royal atteignit les Anglais, les deux armées campèrent chacune sur une montagne, séparées l'une de l'autre par une étroite prairie ; et, le lendemain, après les appertises d'armes ordinaires entre jeunes écuyers ou chevaliers des deux camps dans la prairie, le conseil de guerre des chefs français s'assembla. Le vicomte de Narbonnc, qui avait tourné l'ennemi dans les vignes, voulait attaquer sur-le-champ. Jean d'Armagnac et le seigneur d'Arpajon firent prévaloir un plan contraire consistant à cerner entièrement les Anglais pendant la nuit et à tomber sur eux le matin avant leur réveil. On partit à minuit. Mais pendant que ce

I Froissan ne donne pas lîi date de la rencontre ; mais clic résulte de la chronologie suivante : Le i" puillel. Jean de Bernicr sénéchal de Beaucaire et maître de l'hdielâu comte de Poitiers, ^ui l'avait charR^ de eonduiri; cti Auvergne les troupes de la sénéchaussée, n'était encore qu'ù Mais (Hisl. du l.ang.. IX, 700). Le lo juillet, les villes d'Auvergne en étaient encore à débattre le nombre d'hommes qu'elles devaient fournir

rour livrer bataille aux Anglais. (Lettre des consuls d'Issoire précitée). Le 19, Knolle» tait encore à Montbrison. D'autre pan, le mercredi après ta Mte de Saint- Mathieu, qui est le 11 septembre, Béraud II Dauphin d'Auvergne, un des deux gétiéraui, rendait dans la chapelle de Saint'Thomas, â deux kilomètres de Saint-Flour, une sentence arbitrale entre la ville et son cousin Robert le Fou, présent aussi. (Areh. de St-t'lour, ch. IV, nrt. 6, n" I . Orig sur parch.!. L'affaire était grave et avait dû nécessiter d'assez longues discussions préliminaires. Le vicomte de Narbonne, revenant de l'armée pro prelexlii guerre Arv^ime, passait à Saint-l-"lour avant la Jin de l'été, in estait (mêmes arch , chap. Il, art. 2, n- ii. (trifi.), c'ost-à dire avant la lin d'août. Kandon et Armand de l'olifinac étaient au mois d'octobre à l'autre bout de la France, à l'armée royale assemblée pour combattre lo rtii d'Angleterre débarqué à Calais, (Hitl. Je la Mais, de Fnlignac. Chabron ; /oc. cit.). Le in novembre, le comte de Poitiers ordonnait d'indcm-

r les habitants de Riom des dépenses qu'ils venaient de faire pour résist., =u

Anglais. {Hist. du Lang., IX, 704, note 4). La rencontre des armées eut donc lieu a mois d'août \iig.

1 et 3 Ane. Auv., Il, 3i6.

,dhvGoogle

mouvement s' exécutait, Knolles, prévenu par un prisonnier évadé, se déroba et, sous la conduite de guides du pays, fîla sans bruit par les montagnes. Les cavaliers envoyés sur sa piste revinrent à neuf heures du matin rapportant qu'on avait vu les Anglais se diriger du côté du Limousin '. Alors, au lieu de leur donner la chasse, les nobles de l'ost licencièrent leurs troupes, h Ainsi se défit et rompit cette grosse chevauchée d'Auvergne et revinrent les seigneurs en leurs maisons * ».

Dans cette démonstration que les rivalités et le grand vice des armées féodales, les engagements à court délai rendirent inféconde, dix mille hommes au moins en laissèrent échapper trois mille sans pertes, sans combat et sans poursuite. Si une faible partie de l'effort tenté en ce moment avait été fait deux mois plus tôt, si les princes avaient seulement laissé agir Thomas au lieu de le contrecarrer sans cesse, plusieurs mois de dévastations eussent été épargnés à la France et les Anglais probablement écrasés. Il ne faut pas oublier que le bâtard de France voulait livrer bataille au commencement de juillet, qu'alors Knolles et Calverley n'avaient pas encore fait leur jonction, qu'ils pouvaient être défaits en détail par les troupes triples ou quadruples que La Marche avait enrôlées et qui durent se dissoudre faute de solde par les Etats provinciaux. La division, les lenteurs des chefs et leurs jalousies firent tout avorter. Vainqueur, Thomas serait resté le maître de fait de l'Auvergne, et il est possible qu'il ne l'eût pas facilement lâchée sans compensations. Les guérillas de Knolles, d'AUet de Buet et de Calverlcy portèrent leurs ravages durant plusieurs semaines jusque sur les versants du Mont-Dore et dans la partie septentrionale de la Haute-Auvergne 3.

Le seul résultat obtenu fut de détourner le fléau du domaine des d'Armagnac et du Languedoc, au détriment du surplus de la France, Knolles gagna rapidement Limoges et traversa le Limousin pour

I el 1 Froissart : L. [El, 424. — V, aussi Froissart, éd. Simcon Luce, pp. iSS-igo W 3HS-5[)(i — Hist. du Long., IX, 704. — Georges Guîgucs, adopiani une variante 3e Froissart, dit oue KiioUca fut poursuivi et obligé de s'enfermer dans Limoges avec Allet de Bucc. [Tard-Vtnus, p 38). ils ij'y restèrent pas longtemps en tous cas.

3 L^s Anglais poussoreni, p.iraii-il, jusiiu'à Munit, doue les faubourgs furent pillés d'aprËs les m" de Teillard. Ils paraisstni avoir dtsiiendu cusnitu li; bjssiu de la Kue pour sortir de Haute- Auvergne. I^urcnl peut-âli-c pris alors le cliùtenu de Ravel fconiin. de Pichcrande, caiit. de I.Litour). celui de Foriunicrs ;cnnt. du Murai), celui de Mircmont (comm. de ChalHgnac, arr. de Mauriac), sur les confins du dcp:irtcmeiit de la Corrize. {Dict. hist. du Cantal, Ul, 104). Ijei dé tache me nts de Knolles ne semblent pas avoir dépassé Murât. Il n'est Ml au.'une mention d'eux dans les archives de Saint-Fiour,

jbyGoogle

THOMAS DE LA MARCHE la;

revenir en Bretagne, où il faisait prisonnier Du Guesclin à la fin de cette même année iSÔg',

Pendant que brûlaient les villes, les villages et les monastères au cours de cette invasion de cinq mois et que les populations se desespéraient, que faisait le prince Jean : Il se promenait, sous un doux climat, dans les grandes villes du Midi, belles et civilisées, de Montpellier à Carcassonne, de Toulouse à Nîmes ou Avignon, en un royal appareil, de fêtes en représentations, tirant pour lui d'abord, pour son père et la France s'il en restait, le plus d'argent possible des Etats de ces fertiles contrées. Il s'abandonnait à l'ascendant de l'habile Jean I" d'Armagnac, qui le promenait, l'amusait, l'enivrait de parades et de présidences d'Etats, dirigeant tout sous son couvert et qui finit par lui faire épouser sa lîlle l'année suivante. Le 8 janvier i359, le comte de Poitiers est à Nîmes, le i5 à Riom *, le 6 février à Saint-Pourçain. Il revient rapidement en Languedoc oli on le suit pour ainsi dire jour par jour du lo février 3 jusqu'au t) août"*. 11 est à Agen peu de jours après 5. Il s'est rapproché ainsi de l'armée d'Auvergne dans la seconde quinzaine d'août pour s'en éloigner aussitôt, car on le retrouve en Languedoc des la premièrequinzainede septembre; il était le i5 àCarcassonne^. S'il a paru alors en Auvergne, il n'j' a ni commandé les troupes ni pris de part active à la lutte. Il y revint le danger passé. Il arrive le 2g octobre à Riom ; il y est encore le i5 novembre 7. Le 20 du même mois, on le trouve à ChàteldonS, Ce jeune homme de c\\:f • neuf ans, qui, lui, n'était pas boiteux comme son frère aîné, et qui

I Hittoirt de Du Guesclin (Simfon Luce), 3 11. — Au Pas d'Evreux, entre Oinan et B^cherel (Côtes du -Nord. arr. de Dinan). Il commandait cctic même année la première

bataille de l'armie de Philippe de Navarre à Thori^ny et dans la vallée de la S (Froissart '. L. III, ch. 406), liéjà il avait oci:upé Evreux au nom de ce prince c lorsque la ville fui reprise par les Français. (Froissart ; Ibid.).

1 De Gaujal : Etudts hislor. tur le Rouer/fue, II, 193.

3 L'espace parfois trop court entre les dates des actes de la chancellerie du c< Poitiers qui sert de jalon A ses itinéraires, s'explique par ce fait que sa cbancel l'accompagnait pas toujours en personne. Elle le pr&édait souvent ou restait er pour expédier les alTaires.

4 Hist. du Long., IX, Oçi-^oi.

5 et 6 Itid., 70Î.

7 Jacques Fodéré ; Cusioderie dAuvergne, pp. 73-74.

8 Bibl. nal., m" franc. ï6,o.

les contins du Bourbomials et de Bourbon.

■ïGoogle

avait à faire oublier peut-être sa retraite sur le chaaip de bataille de Poitiers avant la fin du combat, ne tira pas une seule fois que l'on sache l'épée contre Robert Knolles.

Le duc Louis, atteint dans sa personne par l'accueil offensant que le parti du Dauphin d'Auvergne avait fait à son lieutenant, à son parent, à son frère d'armes, à l'ami de son père, au protégé de sa sœur la régente, n'abandonna pas encore le brave bâtard, mais il crut prudent de laisser passer la bourrasque.

-mh

jbyGoogle

Page 1