‹ Documents historiques inedits du XIVe siecle: Thomas de La Marche, batard deChapitre 11 sur 21 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Conflit entre le comte de Poitiers et le doc de Bourbon aa sujet du gouvernement de l'Auvergne

Si l'Auvergne fut mal gouvernée pendant la captJviti! du roi Jean, ce ne fut pas faute de gouverneurs. Elle en eut deux pour un.

It y eut là un conflit d'attributions mal dissimulé par les efforts du régent et resté inaperçu des historiens. La confusion qui en est . résultée se retrouve dans leurs récits. On ne sait à les lire, ils ne savent eux-mêmes souvent qui commandait au nom du gouvernement royal dans cette partie de la France. Il faut nous en expliquer, car Thomas de la Marche fut la victime de cette rivalité. Au mois de mai i356, le roi Jean avait nommé Jean comte de Poitiers, son troisième fils, « son lieutenant au-delà de la Loire et dans toute la Langue d'Oc^ »; l'Auvergne était, par conséquent, comprise dans sa commission. Le prince, alors âgé de seize ans, n'administra rien du tout. L'axiome que leur éducation spéciale mûrit les princes et que la responsabilité fait les hommes n'était pas pour lui. Il ne visita même pas la vaste province que sa configuration et sa situation géographique destinaient à être la forteresse naturelle de l'indépendance nationale et le dernier camp retranché des compagnies anglaises. Six mois après, le roi était fait prisonnier à Maupertuis et l'aîné de ses fîls, le Dauphin Charles, devenait de droit l'administrateur du royaume. Dès la fin de i336 ou dans les premiers mois de liby au plus tard, Felletin et Sermur (Creuse) tombent au pouvoir des anglo-gascons d'Arnaud d'Albret, seigneur

1 Hitt. du Lcmguedoc, IX, 639. Au-delà de la Loire par rapport à Paris.

TJfpMAS DE L,A MARCHE

de Cubzac '. Ce cousin germain d'Amanieu VIII sire d'Albrei et de Bertucat, maître alors du plai pays de Combrailles, franchit les frontières de la Basse -Auvergne. Ses compagnies s'avancent jusqu'aux portes de Riom et s'emparent de a plusieurs forteresses », notatnment de Volvic, avant Pâques de i357, qui tomba cette année le 9 avriP. De ce bourg, situé à neuf kilomètres de Riom, il domine la ville et toute la Basse-Limagne. Il n'est qu'à deux heures de Montferrand et de Clermom. L'A^ivergne envahie est menacée de conquête, dans te désarroi qui suivit notre défaite. Le jeune Jean ne paraît toujours pas. Charles, qui connaît mieux que personne l'insuffisance de cet adolescent brillant et léger, confie le gouvernement militaire de l'Auvergne à son beau-frère le duc de Bourbon Louis II, prince actif, très brave et p)us raisonnable que ses dix-neuf ans, mais sans révoquer la commission du comte de Poitiers ; de telle façon que Louis était censé le secorjd de Jean, bien que cette subordination ne fût pas exprimée dans les commissions. On supposa ■ sans doute que celui-ci se contenterait, comme par le passé, du titrç, des profits et des honneurs, et que celui-là exercerait la fonction.

De fait, il l'exerçait au moins dès le commencement de iSS?. C'est le duc Louis qui fait payer les gens d'armes postés alors à Herment (arr. de Clermoiii) pour protéger l'entrée de rAuvergne du côté du Limousin; lui qui commande, le lo juillet de la même année, les troupes envoyées d'Auvergne au secours de Felletin,3 ; lui qui barre le chemin de la province aux d'Albret +. Cependant.; lorsque, après la prise de Felletjn, les Etats d'Auvergne furent saisis d'une demande de subsides pour le rachat de la place, vers le 20 juillet, ce fut au comte de Poitiers, absent et même assez éloigné du pays, que Riom et Montferrand députèrent pour en être exonérés

Jean écrit pour .faire convoquer les Etats devant lui à

de Riom, CC, liasse 1. — tx documeni place la priie de Felletin et de !e ahdenne l3S6 qui finit i Piquet, q avril 13S7. (Mimoitti Jet pourts s [loç. Cil.]). ^ '^

lermoat. Reg. des coniuli de Moittferrand commencés le 4 juillet i3S6. reg. de Aionl/errand. — Felletin fut pris par les Anglais cnire le 10 et ^ pour la seconde fois, si le Mémoire dei « Poures gens d'Auvergne <• ne ; de date sur la première prise.

:i i3i7, les consuls de Moniferrand el de Riom délibérèrent ensemble iter au comie de Poitiers i. ce sujet. Le G août, Montferrand lui envoie .la dans le mime but. Le voyage dura huit jours aller ei retour, {ilfmt'

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TlibKiAS OE' LA MARCrik

Rii'fA'' o'ù"if' doîi* venir. II changé d'idée et enjoint de réunir' l'^4feètfiMée''à'ëaîril-I*ou'^çai^"(29'a6ùt i357).'Les députés dés trois' o'?ElrÉi'meHent'un médi6c'ré''empressétnént'à répondre à la convo-' ckïioni prôbabïement'tardive, d'un gouverneuT qu'ils ne connaissent que de' nom et qui a pour eux peu d'égards. Seuls les députés des communes de Riom et de Montferrahd se présentent, encore céux''déMobtferrand s'en rétournent-îls chez eux après avoir attendu le'pirincé jusqu'au 'lendemain seulement. Le comte de Poitiers ne vTnî'pàsplus'à Saint- Pou rçain'qu'il n'était venu à Riom '.

La 'première fois que je le rencontre en Auvergne, quatre mois' a^rès, il ne' fait que paraître un instant à son extrémité. [I est le' lô* d^tembre à Clermont, d'après le manuscrit d'Audigier ^, le 20 à ^^■ô■ntfe^rànd 3, ne pousse pas plus loin que Clermont, est de retour \t i8^''à'M^oulins ; gagne le Maçonnais qu'il vient de se faire donner' pîir'sôn frère en augmentation d'apanage et s'en va de là en Lan-' gùtddc"*, où Jean d'Arftiagnac l'accapare et gouverne sous son nom ' a^^c!' quelques favoris. Parmi les conseillers qui l'accompagnaient ding ct'tte tournée, se trouvait le cupide et capable Imbaud du rt'êdhiri' qUi', passé du service du duc de Bourbon au sien, devint" afài^t' la secohde moitié de i36o son chancelier et son factotum en A'bve^gne^. Un'exemple, resté inconnu d'ailleurs, dira quel était son empire. Lb comniune de Montferrand ayant obtenu du duc des létVres'avaritageuses en i365, elle les fit porter, pour être revêtues dU'sceail'de sa cour, au chancelier Imbaud qui célébrait alors, au cfikftad'de Mariât, près de Rïoni, les fêtes de son mariage avec ^yndièXe'Bouteiller'de Senlis. Lés lettres avaient été obtenues s^s'%(in"iiityfv^hlic>n'; elleà dimiriiiaient une somme qu'il avait à encaisser; il les déchira devant eux sans autre formalité, et personne n'osa se plaindre 6.

Jean ne reparut plus de longtemps en Auvergne. Cette province s'Ài^Mtisa toute seule,-saris lui; hors de lui, et même avec beaucoup dé 'Sagesse, mais aussi avec une indépendance qui était une réponse

I Mtttie rég:

1 'Hisi."in''' d'Auvergne. Bibl. de Clermànl.

3 et 4 Hisl. du Long., IX. 677.

b II siégeaii dans son conseil te 11 juin iJSg, A St-Mkhel-lèsChastel, près Toulouse [Hiit. dttLang., JX, 697).

6 Reg. de Monlferrand de i365-66. {Arck, de Clermont).

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THOMAS DE LA MARCHE i?3

et en toute la langue d'Oc » dans des lettres données à Moulins chez le duc Louis qui y figure simplement comme membre de son conseil '. Ce que le régent et Louis avaient deviné était arrivé. Aussitôt connue l'ordonnance du 14 décembre, le prince Jean avait écrit ou député au roi en Angleterre ; il obtint de la faiblesse paternelle des lettres datées de Windsor le 8 janvier i358 (nouveau style), l'instituant son « lieutenant en toute la Langue d'Oc, en Auvergne, Périgord et Poitou^». Ce n'étaient plus toutes les provinces d'outre-Loire, mais c'était plus que les pays d'outre- Dordogne. Le Berry notamment était exclu et l'Auvergne lui était rendue. Cette ordonnance était contraire à l'usage féodal qui suspendait provisoirement l'exercice des pouvoirs des rois pendant leur captivité 3 ; elle pouvait, d'ailleurs, être valablement rapportée le lendemain par le régent, seul dépositaire des droits d'administration souveraine. Néanmoins le régent, encore peu solide au milieu des dissensions qui déchiraient l'Etat , ne voulait rien brusquer. Le prince Jean continua de s'occuper de l'Auvergne tout juste un peu plus que de la Tartarie, mais un peu moins que de ses plaisirs et de ses intérêts personnels.

Elle est cependant désolée alors par les compagnies, celles surtout des d'Albret, de Bertucat, frère bâtard d'Arnaud Amanieu VIII, dans les arrondissements d'Aurillac et de Saint-Flour, et par celles d'Arnaud d'Albret, seigneur de Cubzac, dans les arrondissements de Mauriac, Clermont et Riom. Elles y prennent beaucoup de châteaux, la couvrent de ruines et d'incendies ; Jean de Poitiers laisse faire et ne daigne pas venir les combattre. Sa conduite dans cette circonstance fournit un autre exemple de son peu de souci pour les affaires d'Auvergne. Arnaud d'Albret est toujours le maître d'une partie de la Combraille, de la Marche et des frontières nordouest de la Bassc-Auvcrgnc. De la forteresse de Sermur en Combraille, son quartier général, il se rue sur les pays voisins. Au moment où les Etats d'Auvergne traitent avec lui du rachat de ses conquêtes, le traité est suspendu, dans les premiers jours de i358, par une contestation entre deux de ses lieutenants. Miles de la Fage

I Hist. du Long., X, p. 36. et Preuves, n* 6, XIX.

1 A rch. Je Clermont. Fonds Montftrrand. — Extraits de DuUure. (Bibl de Chrmo'it, m- n- 67, fol. 9).

3 Le roi Jean, d'esprit brouillon, viola plus d'une Tois celte rËgle d'uniié adminit-

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J V, ''.'.f '.t '. -ei : Bibl. 'M., piî-e» ong., »<J. 3ofi3 ; DtMnrr 4* la Hothe, o* 114 ; //(»/. *» l-^'K-, ^- '-'■■■ -'''''■ r." (:*,, Pvjr ;« trai'i d'Hermem : Hitl. de dermont

'Tar ;.«■. : ?'. :. — 'j .:': < .*!. *:rc .-î'AFch'.r.. 'ir. rtei nciç'icîiteur». yeït quatific capîuine

r.-i .l.-t »^r:. e- ç'.-.r M' m. le .< we ■!* Kilier», tn M.ux It pai» d'Auvergne. . Le inande-

mcni excc. !'';.-= fui d'inné, le r*! mai tuivani, par le garde de% Kcaui du biilJtage royal

li Âuvetfftit • rit pat le roy n--Mre «ire ei de pat no» du «eigoeura le duc de Nomiandie

et le c'imU àt f-'nticr*. • Guilla'jme de Ham, maréchal d'AuTergne, et lei commiaaaire*

de* KlaM. Jean de Hi,.ilof;i<e, alora comle de Monifnn, ton frère Godefroy aeigneur de

M',i.tgi:'»i. le Dauphin H'Aciversnc cl »on nncic Amé Dauphin jurtrcnt ti traité

iii,\.\..,icn! a<i*M iK.'»;'" >é, au nom dei hia», Roberi de Vichy leigneur d'Abrct. Font

"ac iieiftneiir lie i-nnaesic ci Brainac, Guillaume de Taillac leisneur du lieu et

r^cr.ile 'arr. de Si fliut. cant. de Kuinei), Erail de Sainl-Nectairc ci Renaud

ii,urf[coit lie Clcrtn'-iil, i,îoo mouton* d'or et de richei préaenu furent en

:<>r<l^* là Jean de MomiKnac, Monnot de la Battue et Etienne Bailc, émisera,

ciir* prxir Arnaud d'Alhtet.

lue fjxii' II de Itourboii i<Iaii né le 4 août 133; de Pierre !•' et d'Uabelle de

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¥h6mas bE LA VX'r'c^e M

'pfënd ce titre et en exerce le pouvoir dans les lettrcs'de rémission ifcdfdées 'par Ibi, de Chamelle, le 2o juillet 'i358^ à TiirBet le 'faucdhniér, sergéritdu seigneur de 'la Toiir,'()oUr méfaits cdmrriis ^h Haihè'ÀùVergrie'. Le ii3 aoûit i358, 'Lduis de Bourbon, « Ifeu- YéQSni'-du i'égeht'en AùVérgn'e'èt fiiôntagnésd'Aù^Éf^e'* n,'})t)rrtHie 'ïfe flls'a*tin de ses grands Vassaiibc Au "feburbonhaîs, EraVd¥e L'espi- ■îi'asseS chevalier de son hôtel éi son dohseiller, "« 'ca[irtàlne 'ae ■tbut le bailliage des Mdh'tagnes d'Auvergne et de'tou't'l'évesché de Saint-Flour '» avec le commandemtih't de 160 hdtfirhes (i'ariÀes ■et 3o archers et la faculté d'en augmenter où S'en réstr^?iicfre 1c ■nombi'ë suivant les besoins de la gaei're'*. Erarfl dé tespmas'se fut le premier CETpitaïhè spécial qu'ait eu la H au te- A^ Vergue, Il se Vendit à Saim-FIour lé 29 déciembre i^58 'et fit 'enregistrer sa commission le même jour an ccrnsôlat de la viller/en 'présence i'Et'îen'ne •dfe Bagnéàx, maréchal des guerres du dàc 'de ïtbu'rbè'n 5. te oon ■cà^feiiiè, que Louis devait faire chevalier de son o'rà're âè l'iEcu lôfsqd'il le fonda à Moulins &, fut rappelé eh Boiir'bô'i'i'riais au biut de "trois ou quatre mois, sur la demande des SarifloraiVi's très jaloux de leur privilège de se défendre seuls.

Le diic de Bôjrbon y mettait beaucoup du sien. Il côïitfnuait à Taire partie du conseil de Jean pour la forme et sur le vœu du régent Charles, qui avaft toujours en lui la plus grande confiance ; niais le prince Jean, vaniteux et plus incapable encore 'que son père, ne voulut rien céder.

L'invasion de Robert KnoUes fit éclater si bîth k 'tous Sa màllesse et sa nullité, que le régent, lassé, lui enleva de nouveau le gouvernement des provinces centrales par lui si peu défendues. Le 20 octobre 13^9, à la fin de la campagne, il institue le duc de Bourbon w lieutenant général et spécial du bailliage d'Auvergne, de Bourges

I Arch. nat., J, 1,140, n* 1. Orîs. sur parch. — Le président belalo, dans. m notice sur Salera (Dicf. htal. du Cantal, v, 194), cote ce document S par erreur. C'est J el non S 1,140 qu'il faut lire.

3 Arch. de St-Flour, chap. XV, art. 9, n* 1. Orig. sur parch.

J Espinasse-Vauielle, ch.-l. de comm., cant. d'Escurolles, arr. de Cannât (Allier). Cette puissante femille uit alliée aui Dauphins d'Auvergne, aui La Tour, d'Apcnon, etc. rBaluze : Mais. d'Auv., Il, 33i, 314, etc.). V. pour les exploita d'Erard de t^spinasse, Chronique du bon Duc Loyi (Chaïaud).

4 et 3 Arch. de St-tlour, chap. XV, art. 8, n* 1. — Guillaume Comtour, sire d'Apchon, commandait les troupes dans les Monia);nes en 1 Hj, mais comme capitaine général de toute l'Auvergne Haute et Basse. Nommé à ce poste par les Etats clos le % janvier â Cleriuoul, il reçut l'investiture du Dauphin Charles â la tin de i358.

6 Le îo diccmbre i360. {Chron. du bon Duc Loys, i3-i5).

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i36 THOMAS DE LA MARCHE

et de Mascon... par dessus et avant tous autres, pour et au lieu de monseigneur (le Roi) et de nous, seul et pour le tout, en tout\ païs et bailliages de sus dî^ ». Il ajoutait : « Et, par ce, rappelons dès maintenant totil:{ autres lieutenants es dits païs de quelconque estât ou autorité qu'ils soient, et leur povoir mieux qu'ils soient et sur quelconques sommes de parolles ou mandements mis, commis institués ou establis ' ». Cette fois, il n'y avait pas d'équivoque possible. Le duc Louis n'était plus le second du comte de Poitiers ; c'était la destitution bien claire, sauf le nom que l'on passa sous silence, suivant l'usage, par respect pour le sang royal. En exécution de cette ordonnance, Louis de Bourbon prit possession de la charge et du titre qu'elle lui conférait. Les Archives nationales renferment un mandement daté à Aîgueperse le 5 mai i36o, où on le voit ordonner à Robert de Riom receveur général de l'Auvergne, en sa qualité de n lieutenant de monseigneur le Roy et de Monseigneur le Régent le . royaume de France es païs d'Auvergne, de Berry et de Masconnais », de tenir compte d'une remise précédemment faite aux Riomois « par le comte de Poitiers' ». Probablement sous l'impulsion du comte d'Armagnac qui, de concert avec son futur gendre, disputait au duc de Bourbon l'influence sur l'Auvergne, Jean refusa encore d'obéir. On a des lettres de lui du. 20 octobre i359, jour de sa révocation^, des 14-*, i55 et 20 novembre^, j6 décembre iSSg?, du mois de janvier S, du 19 avril ^ et du 4 mai [36o '°, où il continue

I Arçh. mun. de St-Flotr, chap. VI, art. 3, n* 1. Orig. d'expédition sur parchemin délivré en iS6o. Ces lettres sont daxies de la veille ig octobre iSBg aux Archiva nationaUt, JJ. gS, n* 5:8. — V. aussi à cette date le Manuscrit Crou^et â la Bibl. de Clermoni-Ferrand. — La Mure date a du commencement de i36o • seulement la nomination du duc Louis comme « lieutenant du roi et du régent i. (//l'K. des Duct di Bourbon, II, 44). On voit que ces dernières lettres ne peuvent éire qu'une confirmation des précéiienies et qu'elles ne sont pas les premières.

a Àreh. nat., K, 48, n' 6. Charte orig. Le» Arch. de Riom en renferment une expédition.

'1 ejuique locumlenens in partions Occilcntii et Alventie, comesque "0 octobre 13S9, (Hisl. du Languedoc, X, col. iiG3). 34, 1167.

français 36,002, n* 894.

st. du iMguedoc, X, I J76, IX. 34. - Ord. III, 38a. (tbid., X, 1 170). Il le iij octobre. Le i5 novembre suivant, il donnait dans cette ville isation de construire l'église des Frères Mineurs ou Cordeliers. Ces iseianements émanent de Jacques Fodéré \Custoâerie ^Auvergne, ■-■n admettant que Fodcré n'ait pas fait erreur, il ne fit aue renouveler Tdée de Gîsors au mois de mai 1357. par son frère le régent, d'élever I la ville, sur uu emplacement donné par Michel Bardon, < l'église r-i__. X,: j^ jusque-là située hors ses remparts ei près H--

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THOMAS DE LA MARCHE lî?

de s'intituler « lieutenant en Languedoc et Auvergne » et même « lieutenant du roi en toute la Langue d'Oc et Auvergne ' », sans plus faire de mention du régent que s'il n'existait pas, affectant toujours de ne tenir son autorité que du roi. Bien que le régent ne l'appelle que n lieutenant en Languedoc » dans une lettre du 27 septembre i36o^ et que, en sa qualité de délégataire du pouvoir royal, il qualifie son beau-frère de « lieutenant du roi et du régent ■*, rien n'y fait. Jean s'entête, avec sa ténacité d'enfant volontaire, à se dire jusqu'au 27 mars i36i « lieutenant de monseigneur le roi en Languedoc et Auvergne^ ». Il n'en prit pas plus de peine pour cela ; et le véritable gouverneur fut le duc Louis. Les villes et les gens de finance, fort embarrassés, se voyaient obligés de demander des lettres du duc Louis pour exécuter les lettres du comte Jean, comme on le constate par l'un des actes qui précèdent, et réciproquement. C'était le désordre.

Quelques années plus tard, la Basse-Auvergne fut tellement inondée par les compagnies anglo-limousines, que la source des revenus du duché, alors propriété du prince Jean, menaçait d'être tarie ; oh, alors, il s'émut. Et que croyez-vous que lit ce prince français de trente-cinq ans doué d'une superbe santé ? Il « demanda ■ au roi de prier le duc de Bourbon de se battre pour lui. Le fait de recourir à l'intermédiaire de Charles V pour un fait qui rentrait si bien dans les pouvoirs de guerre déjà conférés, puisqu'il s'agissait de repousser une invasion armée de l'ennemi, atteste une certaine tension de rapports entre deux princes si proches parents et voisins se rencontrant à toute heure. Bourbon ne voulut pas refuser à son beau-frère. En un mois (mars i375], jour et nuit sous le harnais, il balaya les Anglais depuis Aigueperse à l'entrée nord-ouest de l'Auvergne, jusqu'à Charlus-dc-Champagnac dans le Cantal, au sud-ouest et à l'extrémité opposée de l'évêché de Clermont, tout le long de la frontière du Limousin ; il il les alla même chercher jusqu'à Charlus-les-Pailloux (arrondissement d'Ussel, Corrèze)*. Jean eut le courage de rester tranquille à l'abri de la fatigue et des mauvais coups pendant qu'un prince du sang comme lui délivrait

I ei 1 BiH. nat , m" franfais 16,003, n* 894.

3 tbid., X, ;s39.

4 Chronique du Bon duc Loyi (Chaïaud).

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itdS 'HHOMAS DE LA MAROHE

sa propre terre et payait de sa personne aux assauts, le ipremter aux combats de barrières et de mines. Dans riiitervalle>, 'H se <qualitîait K lieutenant du roi dans les diocèses de Bourges, Cier' mont, Saint~Floiir et Lyon ' ».

Dans cette même région, son neveu de Bourgogne était un )dtir .aj] fiiège d'Ussel (mars iSyi). Jean de Berry, alors en Airvergne, ifeui lui panier et s'avance jusqu'à quelques heures de p|a place, à Jierment^ mais pas plus loin. Encore attend-il que son neveu revienne du siège '. Son frère Louis d'Anjou, exactetir aussi, 'mbis viril et intelligent, le connaissait si bien que, lui ayant promis ^es fonds poor le siège de Cariât, forte place d'Auvergne stfr "la frontière du Languedoc alors gouverné par le duc d'Anjout, 'ce iut à la condition que Louis de Bourbon serait de « l'emprise ». Jean resta longtemps inactif et ne prit que l'argent (1376-77). Paî-i(a même indifférence, il fit avorter la coûteuse ex.péditioH d'AngleWR-e ■au dire de plusieurs chroniqueurs, Froïssart entr'autres. Qaand il arriva sur la .plage où le roi, la flotte et l'armée l'attefidaîent impatiemment depuis près d'un mois, les vents avaient tourné, «t c'était lui qui gouaillait le roi son neveu. Il eijt donné à rire aux coQiemporains celui qui aurait pris au sérieux les éloges de -commande sur sa valeur guerrière contenus dans les lettres d'érection <lu comté de Màcon en pairie, oeuvre probable d'un de ses clercs. Et c'est à peu près la même impression qu'on éprouve en lisant ce qu'en écrivait un magistrat érudit d'Auvergne en i825'i83o : « Jean de Bcrry, quoiqu'il soit loin d'être exempt de reproches, était un prince généreux et brave. A seize ans il se distingue à Poitiers, à Rossebeke, etc. » 3. S'il se distingua à Poitiers, ce fut surtout par la rapidité de sa fuite et la vitesse de son cheval 4, peu soucieux d'encourir le reproche d'héroïque folie de son grand-père aveugle, le vieux Jean de Luxembourg, roi de Bohême, qui s'était fait volontairement tuer à Crécy. A Rosebecque, il fut d'avis qu'il

1, n* 5. Orig. Leiire du 1 1 fcvr i368 (nouv. tty\e)

t de Philippe le Hardi et de Jean Sans Peur, p. 63. 11 couche à Herment

Hei sur Raadan, duché pairie, p. Ho (De Basiard d'Eaiang).

i frères Charles, Louis el Jean quittèrent le champ de bataille emmenant

10 hommes iloiit on avait grand besoin. Il est prob.nble qu'une raison

z. ^1 — .-- i.,i„j I n j franc étrier, pour éviter les conséquences

ics du parti de Navarre.

THOMAS iBE .LA MARCHE

, fie (fallait pas livrer la bataille ; l'avis était sage,; , mais. coniHie til .4(3it .toujours jïour éviter, le combat, ù moins qu'il ne s'agît d.e fejre .reconquérir son bien, on ne l'écouta point. Les subsides de jachat foi\daient dans ses colTres. Il n'a pas pris une seule des nombre^uvs places occupées par les Anglais dans son gouvernement d'Auvergne ' ^et n'en a guère assiégé. Il ne fut pour rien dans la délivrance générale .Recette province en 1390-gi. Il fit mieux lors du siège .du ch^au de Vandais (canton de Latour, arrondissement d'issoire). Un corps ,^'armée venu de Frapce, de Picardie, de Champagne, y bloquait av^c les troupes des Etats le célèbre Aimerigot Marchés qui, aeul .çt^ .à peu .près, retardait l'ceuvre de l'évacuation géuérale.. Après un siège des plus pénibles, on avait réduit les assiégés aux abois.; J#an de Berry était à deux pas, dans son château de Nonette. Non seulement il n'y parut point, mais il eut le cœur, il faudrait dire le cynisme, d'ordonner de le lever au moment où le succès était certain, pour faire politesse à notre ennemi juré le duc de Lancastre, dont il avait dû épouser la fille. Les braves gens qui étaient là refusèrent de lui obéir et la place se rendit (Froissart). Enfin contre la jacquerie des Tuchins, il n'y a pas de preuve qu'il ait tiré l'épée ; il ordonna seulement aux autres de se battre^.

Entre le frère et le beau-frère de Charles V, le contraste était complet.

Dès que l'Auvergne eut le duc de Bourbon à sa tête, on s'aperçut aussitôt du changement. Au mois de janvier r36o, il fait voter des fonds par les Etats de la province pour la campagne qu'ij va entreprendre 3. Le 6 mars, il est de sa personne à Aigueperse, prenant des mesures pour la protection de cette région arverhobourbonnaise, si proche de la Combraille et de la Marehe^. Il fait construire des balistes pour aller assiéger le château de Laqueutlle ^ que les Anglais ont pris entre le Mont-Dore et Pontgibaud ; au mois d'avril, il mandate à Riom, au profit de Guillaume de Ham*

I A Belleperche. Le principal r'ite actif fut celui de Bourbon, ï V. La Jùfquerie des Tuchins (Marcellîn Boudel).

i Robert de Riom fut le receveur de ces subsides. (Arch. nat. BourbonnaU, 8q8) Ot 898'J , ,^

4 Ce Jour-là, sur le rapport de» Elus d'Auvergne, il ordonna i Robert de Riom de pajrer i-j icui à Géraud seigneur de Bjcon, près Aigueperse, pour la défense de son chlieau de Bicon. (Ibtd.).

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maréchal de son ost, le prix de ce matériel de siège'. Les 14 et 17 avril, il est encore à Riom occupé à soulager les maux des habitants de Saint-Gervais ", pillés quotidiennement par « une establie de LX glaives » qui occupait Menât 3, sous les ordres de Jean de la Roche et du commandeur de Bellechassaigne^ ; assurant encore des ressources à la ville de Riom en lui faisant des remises de tailles. Au lieu de ruiner ses administrés de dettes pour sa personne, il s'endettait lui-même pour les défendre 5.

Enfin on avait un protecteur, et Thomas de la Marche allait recevoir une réparation lorsque, en ce même mois d'avril i36o, le duc de Bourbon fut appelé par le régent à Chartres pour prendre part aux négociations de la trêve et du traité de Brétigny.

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i • Corne 'nous a/ons fait (ère par notre bien amé maréchau de oust, meHÏre Guiltaume de Hame», un gros engin de... et autre* artifices nécessaires pour le fakt des dites guerres et du lieu de La Queuthe nccupé par les ennemis du roiaume: pour les çiuieux le dit chevalier a paie et administra la somme de neux vins el quatre florins et dimi d'or, si comme il nous a aftermé et nous est suffiscmment apparu par les parties déclarées eu bon rolle soubi son scel, nniis vous mandons et commandons, ces lettres veuez, vous paiez et délivrez au dit chevalier la dite somme. . > (Arch. nat. Fond» Bourbon, 898'. — 1^ Mure : 11, 44-4S. Note Sievert. Lettre du duc Louis à Robert de RJomJ.

4 Arch. nat. Bourb. 898. Cette prise de Menai est restée ignorée des historiens de l'Auvergne, comme celle de Nesehers, l'assaut d'Issoire et une quantité d'autres. — Bellcchussaigne, commanderie du Limousin, arr. d'Usscl (Corrèie). Le commandeur de Bellechassaigne se rendit célèbre comme capitaine de routiers pendant plus de vingt

5 Le 3 décembre i36i, il don comte de Montpensier, son vol Florence (Arch. nul., K, 48, n* :

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