‹ Documents historiques inedits du XIVe siecle: Thomas de La Marche, batard deChapitre 5 sur 21 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

avait au xiv« siècle, dans la prévôté de Nonette, un fief de la Marghe, écrit parfois avec la variante la Marche '.

C'est juste assez pour nous avertir du danger des généalogies hasardées ; car les deux personnages sont complètement différents d'origine et d'armes. Thomas de Montmorin a survécu à Thomas de la Marche et n'a pas plus de rapports de sang avec lui que les aïeux du chancelier de Bourgogne.

Au péril des confusions, à la dispersion des documents s'ajoutaient, pour décourager les investigations, une autre difficulté. Les principaux chroniqueurs contemporains chez qui les historiens généraux ont puisé presque uniquement, écrivaient à Paris, à Saint-Denis ou dans d'autres grands monastères, soit sous l'ceil, soit sous l'influence de la cour, avec une grande circonspection quand il s'agissait de points délicats, et ne révélaient alors que ce qu'on ne pouvait celer. Il est donc assez naturel qu'ils aient gardé le silence sur un bâtard dont la naissance et la notoriété ne pouvaient qu'être désagréables à la famille royale. Ce n'est pas seulement parce que cet accident était une nouveauté chez elle, dans la ligne directe de ses rois issus de saint Louis, c'est aussi qu'il se produisait ;dans des circonstances réellement extraordinaires, on le verra bientôt.

Par toutes ces raisons, nous serons obligé de chercher des témoignages contemporains loin de la France pour percer les voiles volontairement jetés sur l'intrus, et de soumettre ces documents contemporains eux-mêmes à une sévère critique. Il y aurait quelque légèreté vraiment à introduire dans la famille des rois de la nation, après l'énorme quantité de travaux dont elle a été l'objet, un membre qui ne lui appartiendrait pas. Nous le ferons cependant avec une certaine liberté d'esprit et les curieux éclairés, à qui de préférence est destiné ce livre, nous suivront également sans parti préconçu. Ils savent que l'histoire d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui, qu'elle se refait tous les jours suivant la méthode moderne, d'après les documents originaux. Ils liront donc cette

I Robcri et Dalma» de la Marghe al. la Marche frères » hommagent en i3i4, k Charles do Valois, comte de Joigny ei sire de MercŒur en Auvergne, du chef de la succession de son cousin Bcmud X de MercŒur, n soubz le scel de la priv6t6 de Nonette b, pour fief relevant de Mercœur dans cette prévâté. (Arch de Clermont, m" Crouiet, copie de V Inventaire du Trésor de la Tour d'Ardes, prise au fonds Baiuze).

étude en se dégageant du convenu, en oubliant pour un instant le Père Anselme pour ne garder qu'une préoccupation : la recherche de la vérité. Je les convie à s'y livrer avec moi et ne doute aucunement qu'un jour les nouvelles découvertes qu'ils feront eux-mêmes ne viennent l'achever en l'amdliorant. Il en arrivera d'elle ce qui est arrivé de la biographie de Rodrigue de Villandrando et d'autres figures encore, restaurées ou ressuscitées de notre temps. Une fois le prince aventurier mis debout dans l'histoire et bien identifié, les documents épars qui le concernent acquerront une valeur dont ils paraissaient jusque là dépourvus, parce que le nom assez banal ne disait rien à ceux qui les rencontraient. Ils sortiront de lieux divers, apportant un trait de plus, un chapitre nouveau, et le mystère dont la maison de France a tenté d'envelopper son descendant mal venu, sera remplacé par un récit complet de ses aventures romanesques.

J'ai été mis sur la trace de l'énigme, en compulsant les archives de la petite ville à laquelle les événements et les fonctions m'ont attaché par des liens très chers. Un lot de pièces relatives à un conflit de l'évêque et des consuls de Saint-Flour avec Thomas de la Marche et la découverte, sur des lettres émanées de lui, de son sceau oii figuraient les armes de France encastrées dans les armes du comté de la Marche, piquèrent ma curiosité en me révé'ant l'importance du personnage.

Que Messieurs A. de Barthélémy, de l'Institut; Antoine Thomas, professeur à la Sorbonne ; Monod, directeur de la Revue historique ; Antoine Boissonnade, professeur d'histoire; sir W. H. James Weale, de Londres, pour le savoir et l'obligeance de qui la Manche n'existe plus ; M. Antoine Vernière, avocat, toujours prêt à aider de ses relations et de ses connaissances étendues ses confrères de l'Académie de Clermont, qu'il a présidée; M. Ernest Bouchard, avocat à Moulins et ancien président de la Société d'Emulation de l'Allier ; M. Théophile d'Aurelle-Montmorin accueillent ici le tribut de mes remerciements. Aux trop nombreux archivistes de Paris et des départements auxquels j'ai dû m'adresser, je présente mes excuses pour la peine, hélas presque toujours inutile, qu'ils ont bien voulu prendre. Le moindre travail historique, lorsqu'il laboure un terrain neuf, est forcément l'œuvre de plusieurs. Aucun suffrage ne m'a été plus précieux que celui de M. Léopold Delisle, de l'Institut, admir.istrateur général de la bibliothèque nationale et

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l'une des plus sûres lumières de la science de l'histoire en Europe. En ratifiant de sa maîtresse autorité les conclusions de mon travail, après la publication de ce premier chapitre dans la Revue historique ', il m'a donné la récompense la plus chère que puisse espérer un chercheur.

1 Félii Alcan (5g* volume, leptenibre-octobre iSgS, p. 36). La Revue historique ne fournistnl pas à ses rédacteurs des exemplaires tirés à part, je réédite ici, en le refondant et en le complélanl, le premier chapitre publié par elle. Merci également à M. Adolphe Molinier, professeur i l'Ecole des Chartes, l'annotateur bien connu de V Histoire du Languedoc, l'éditeur de la pt^cieuse Correspondance if Alphonse lû Poitiers, pour sa bienveillance et à M. Victor Langlois qui emploie 5* tris graade •cience à refoire le vrai moyeu-Age,

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