‹ Documents historiques inedits du XIVe siecle: Thomas de La Marche, batard deChapitre 8 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Campagne de Bretagne, da Poitou et de Saintonge. — Ambassade

en BohAme. — Campagne de Picardie. — Le roi donne &

Thomas la villa de Loadan et une partie du Cotentin.

— Le bâtard au siège de Paris- — Don par le

régent des seignearies de Nonette et

d'Àozon en Auvergne, avec des

privilèges extraordinaires

Une trêve fut conclue ou renouvelée en i35i entre la France et

l'Angleterre pour durer jusqu'au i" août, Thomas ne s'endormit

pas à la cour. Charles de Blois avait été défait et pris au combat

de la Roche-Derrien [i8 juin 1347) par Jean de Montfort, son

compétiteur au duché de Bretagne et à la vicomte de Limoges' ;

mais la femme du prisonnier, Jeanne ta Boiteuse, continuait héroï-

Te pour le soutien de ses droits. Puisqu'on se

jne, Thomas de la Marche alla s'y battre. Aussi

lattre encore l'ennemi, puisque le roi Jean prêtait

3usine Jeanne, tandis que Jean de Montfort était

i. Il se rendit à l'armée de la duchesse de Bretagne

de Charie* d« Châcilîon comte de Bloit.

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avec trente-un écuyers, tint la campagne pour elle, « faisant moult déconfort au pays », et ne revint en France qu'au mois d'août, à l'expiration des trêves. Le 25 août i35i, Jeanne la Boiteuse délivrait un certificat de service à « son cousin » Thomas de la IVlarche, où nous retrouvons une note de désintéressement qui se rencontre toujours dans la vie du bâtard. Elle atteste qu'il avait servi sans gages ni pour lui, ni pour ses hommes d'armes '. Cette expédition le mit en rapport avec les chefs de routiers bretons, réputés les plus solides compagnons de France. Obstiné, loyal, pauvre et comme eux inaccessible à la peur, de *tels soldats étaient faits pour lui. Il devait mourir à'ia tête de compagnies bretonnes.

Pendant qu'il bataillait en Bretagne, le roi se décidait à attaquer l'ennemi en Saintonge et en Poitou. Le connétable de la Ceida marchait avec l'armée royale sur Saint-Jean-d'Angély, tombé aux mains des Anglais depuis près de cinq ans, dans la campagne entreprise par le comte de Derby après notre défaite de Grécy, au cours de laquelle la ville de Tulle avait également succombé*. A cette nouvelle, Thomas de la Marche quitte l'armée de Jeanne la Boiteuse, accourt à Paris où il est le tg août i35i ^ et prend du service dans l'armée du connétable qui assiégeait Saint-Jean-d'Angély depuis le 36 juillet.

Un autre aventurier de sang royal, ce beau prince espagnol '4,

I Bibl. nai., coll. aairambault, r. ai, p. iSiy, P. (V. p. juiiif.}.

3 Les registres contutaires de MontfBrrand renferment des renseigne menti inéditi *ur la prise de ces deux villes. Le 10 octobre [346, arrive de Saint-Jean-d'Angély à Monlferraad un nommé Corsts, vnlei d'Etienne Roeanei, puis le marchand Roganci lui-même, qui apportent i Moniferrand la nouvelle de la prise de Saint-Jean-d'Angély par les Anglais. AussitÂl trois des consuls, accompagnés de cet homme et de son valet, se rendent à Riom pour la transmettre i leurs collègues et aux officiers royaux. Quelques jours avant, entre le 3o septembre et le 3 octobre, les consuls de Montferrand venaient d'apprendre aussi la prise de Tutle par les troupes du comte de Derby, ce qui mit toute l'Auvergne en émoi. (Arch. de Clermont, fonda Montftrrand, reg. de 1346i347). On peut donc placer la prise de Saint-Jean-d Angély vers le 10 ou la octobre et celle de Tuile eut lieu une dizaine de jours avant.

3 Siméon Luce. Edition de Froissart, IV, ch. XL, note I.

4 Charles d'Espagne, infant de la Cerda, de la n

France par le roi Jean qui lui donna, en outre, le Cl . ^ ^.

sur Jean de Bretagne. Chartes d'Espagne se démit de ce comté en compensation d'autres terres et le roi en graiilia l'oncle de sa femme, Jean d'Auvergne- Boulogne seigneur de Uontgâcon, en 1 3âq. (Biluie ; Mais. d'A uv.. Il, 1 97). Le père du connétable, Alfbnie d'Espagne, infant de la Cerda, dit le Déshérité, descendant direct d'Alfonse X le Sage, roi de Castille, s'était réfugié en France, où il avait épouse Mahaut, comtesse de Clermont, et où il mourut en i3a7. Louis d'Espagne, frère du connétable, amiral de France sous Philippe de Valois, commandait à la bataille navale dt Guernesey contre RÂberi d'Artois.

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8o THOMAS DE LA MARCHE

mais quel sort différent ! Toutes les faveurs de Jean sont pour La Cerda. Alors que l'étranger est comblé de richesses et de principautés en France, qu'il est revêtu sans victoires de la plus haute dignité militaire du royaume, le frère du roi, Thomas-sans-père, traîne obscurément son épée sur tous les champs de bataille, sans pouvoir surmonter jamais la mauvaise fortune qui l'opprime. C'est que l'un plaisait et que l'autre était un embarras. Toujours soucieux cependant de faire honneur à son sang, prodigue et vivant au jour le jour, Thomas est si peu en fonds depuis la campagne faite à ses frais pour la duchesse Jeanne, qu'il se voit dans la nécessité de demander au trésorier des guerres une avance de 171 livres tournois sur ses gages de banneret au service du roi, ainsi que sur la solde des deux chevaliers bacheliers et des treize écuyers qu'il emmène avec lui en Saintonge '. Il a dû réduire son train de moitié. Thomas de la Marche partit probablement le même jour avec le roi qui amenait des renforts au connétable. L'armée royale de secours était dix jours plus tard {29 août) devant Saint-Jean-d'Angély, qui se rendit entre le 3c août et te 5 septembre^.

Le roi, laissant le commandement des troupes au connétable et à Guichard de Beaujeu 3, revint à Paris après la reddition de la ville et la mésaventure d'un de ses détachements déconfit à Taillebourg, où furent pris plusieurs « chevaliers de son hôtel », Si Thomas de la Marche, qui était chevalier de l'hôtel, fut du nombre des prisonniers, il recouvra sa liberté presqu'aussitôt. Attaché à l'armée du connétable, il reste à combattre en Poitou et en Saintonge, où des intérêts personnels le retiennent d'ailleurs.

bl. nat. Pièces orig , vol. 1S19, 1 ; de celle somme au trÉsorier ro)

t Chronique normande, p. îSy. M. A. Molin

cenainemcnt mort, en tous cas, le 3o du mâmc mois, iFroissarl : IV-XLVI, n° 1. Luce). — IJ s'agit d'Edouard de Beaujeu, fils de Guichard V( le Grand et de Marie de ChJtlIlon, ■ire de Beauieu depuis la mort de son père (19 septembre i33i), maréchal de France, mon en réaliti le 3 mai i3ii (Guîgues ; Tableau génêal. de la Maison de Beaujeu sur -:>■'•' "'"•' des Ducs de Bourbon et des Comtes de Foie^. La Mure, éd. Chantelav--

lïj. Guichard dont il est ici question est Guichard de Beauieu : consanguin d'Edouard ,' né de Guichard VI el de sa troisiém<

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THOMAS DE LA MARCHE 8i

En récompense des nouvelles preuves de son habituelle bravoure, le roi Jean lui donna, en effet, vers ce temps, la ville de Loudun avec la seigneurie qui en dépendait'. Loudun avait été enlevé le 24 juin [35o, après a un moult grand assault », malgré la résistance d'une garnison de gascons et d'anglais commandés par le Bascon de Mareuil '. La générosité du roi Jean était médiocre à la vérité et faite de mauvaise grâce \ elle contrastait étrangement avec sa prodigalité pour La Cerda. Au favori étranger, le beau comté d'Angoulème, au fils de son père, Loudun. Encore le don fut-il empreint de mesquinerie. Les revenus de Loudun devaient être déduits d'abord, à due concurrence, des deux mille francs de rente que Thomas touchait sur son trésor 3 ; et puis le bâtard avait moins à jouir de Loudun entouré d'Anglais qu'à le défendre chèrement. Mais tel était le prix attaché par lui à la possession d'une place forte et d'une baronnie, qu'il accepta l'échange comme une faveur. Son bonheur fut de courte durée. Ville et fief lui furent enlevés au bout de peu de temps, par ta force, puis par le traité de Brétigny.

Il retourne alors en Bretagne dans l'armée du maréchal Guy de Nesle, capitaine de cette province pour le roi, avec Jean de Clermont et Geoffroy de Charny maître des arbalétriers, chevalier du roi comme lui {i252). Il est au siège de PloCrmcl et de Fougères; il construit une bastide en face des remparts d'où il fait grand mal à la garnison anglaise. Il l'occupe avec Robert de Pommereux dit le Sauvage et le bâtard Oudart de Renty^. Gautier de Bentley capitaine de la Bretagne et du Poitou pour le roi Edouard *, accouru pour secourir Fougères et Ploërmel, donne l'assaut à la redoute et s'en empare 6 peu de jours avant le combat de Mauron,

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