XII
N'oublions pas de dire que Jehan juillet , sot de madame la duchesse de Bourgongne , ainsi que Gallois Desponcheaux , qui avait le mieux fait le sot, recevaient chacun vi*; alors que le hailly sot de monseigneur le gouverneur n'en recevait que deux pour avoir joué.
C'était, il est vrai, durant la procession du Saint-Sacrement que se représentaient les plus belles histoires. Ainsi, en i5og, on allouait vm' à sire Jehan des Ewiers, prebtre, qui, avec dix à douze compagnons de la rue du Perroy, aians tiltre de lamutant, avait, auprès de la chapelle de Saint-Nicolas, joué ung grant jeu de personnaiges, traitant
■ i53/,. Aux vicaires de Saint-Bétremieu, accompagnés de deux des chantres de madame U régente.
1 Déjà, en 1441, on donnait au messager de Bruges Mg homme sawaige d'argent, pesant environ une onche , comme
courtoisie des lettres par lui apportée* pour annoncer jeux de rétoricque, auxquels les breughcmaistrrt et eschevins de Bruges donnaient certains et beaux prix J Ces derniers s'intitulaient de dam/, caffa.
d'une histoire romaine, intitulée du roy de Gascoigne, et, après le souper, représenté une farsse où ilz olrent de la despence V
Les vicaires de Saint-Bétretnieu représentaient aussi , ce jour-là . certaines ystoires par personnages dans la rue de Saint-Pry.
En 1 5 ta, c'était l'abbé des sots de Saint-Vaast de Béthune qui, avec ses compagnons , jouait devant la halle jeux de personnaiges.
En i5a6, ces mêmes vicaires représentaient, le dimanche de la Passion, une moralité nommée Y Homme humain, tandis que, réunis à l'abbé de Sens-Légier 3, ils jouaient moralités et farces, au moment même où les joueurs de l'abbé des Innocens *, du même Saint-Vaast, jouaient leurs remerdments à leur chef.
Adroits courtisans, les officiers municipaux oubliant les affreux malheurs qui venaient d'accabler l'antique cité de Liège, s'empressaient d'inaugurer par des fêtes les nouveaux succès de leur souverain.
Par leur ordre, six lots de vin étaient offerts à ceux de l'église nV Saint- Bertremieu, des rues de Saint-Pry et du rivage, qui avaient joué jus de personnaiges, tandis que les chapelains et vicaires qui, par personnaiges avoient remonstré devant la halle la grant bonté et léaulté de la maison de Bourgongne, en recevaient trois.
Georges de Brelles , évesque des folz, qui, le premier janvier, y avoit remonstré et joué la destruction de Liège, en acceptait aussi trois.
Il paraîtrait, au reste, que cet évéque se joignait dans certaines circonstances à l'abbé de Choques, puisqu'en 1476 l'argentier accuse une dépense de deux kanes de vin offertes à ces singuliers dignitaires
' Eu i5u, Anselot du Puch, Gilles du Taillich et autres jueurs de moraUtez et farces, jouaient une farce et joieuseté devant ta Halle.
' Les voisins de la rue des Fers (i5îi) faisaient une remonstrance et jouaient l'istoirt par personnaiges avec une tarse, pour l'honneur do jour, et récréer le peuple. L'année suivante, aulcuns joueurs faisaient, auprès de la chapelle Saint-ïficolas,
une belle remonstrance, à l'heure que lt Saint-Sacrement passait, et, après les vêpres, la jouaient par personnaiges avec un* farce joyeuse.
' En i5a8, Guillaume Aucquier, < hapelain de la Halle, fut abbé de Sens-Ugier.
* 1439. Pierrequin du mont Saint-Éloi, chanoine de Saint-Bétremieu, ewesque des Innocent.
YxG DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
à leur retour de Choques, où ils s'estoienL rendus pour ung esbate-
menl.
Les confrères de Saint-Jacques se signalaient entre tous les autres , alors surtout qu'ils célébraient la fête de leur patron. Voulant les encourager, la ville leur remettait, en i/Jqi, xi/ pour les aider à supporter les frais et mises par eux soutenus à avoir joué la vie dudit saint.
Parmi les nombreuses moralités et farces qu'ils représentèrent, en i5a6, nous remarquons la moralité nommée le Jugement élu roy d Arragon.
En i5oo, Jehan le Tardieu, Jehan Bordel, Pierre le Maire, Guillaume Bachelei , Colart Petit , Estienne Héreng, et aultres compaignons, en nombre de trente à trente-six, remonstroient sur le marché, par ystoire, la Fie monseigneur sainct Rocq.
L'année suivante, au nombre de xvm à xx, ils monstroient par mistère, qui dura ung jour entier, le Trespas /Vos tre Dame.
En i5o3, Loys Brongnart, Euguéran des Molins, Loys le Clercq, Claude de Calonne, s'imposaient de grandes dépenses en habillements, etc., pour monstrer par joeu et personnaiges 1 le inistère île la Passion de Noslre Seigneur Jhésu-Crist, qui dura trois jours \
Nous pensons, au reste, que les compagnons de Béthune formaient, dès le xvi' siècle, deux troupes bien constituées, car, en i5o6, nous voyons encore mentionnés la plupart de ceux que nous venons de citer, auxquels la ville faisait offrir trois quesnes de vin d'Aussorrois, comme gratification d'avoir joué devant la halle ung jeu de la fortune que oit le roy de Castille et la royne sur la mer3.
Ces représentations avaient aussi lieu sur des chars, puisqu'en i5oç), notre habile Jehan Tardieu, en compagnie de Pierre Blivul, Galien Griffon et autres, après avoir joué devant la halle certain jeu et mis-
' Ils étaient xx a xxim.
' A Péronne, on jouait (1491), le jour du grant vendredi, la Passion et le Crucifiement en voirt. — Suivant l'auteur de l'Histoire universelle des théâtres, le mvs-
tère de la Passion devait avoir quatre journée».
3 La même année, ils jouaieut encore ung jeu de personnaiges de Saint-Nicolluy, déjà représenté, sans doute, en i5o3.
TEXTE DES DOCUMENTS. ii7
1ère par personnages, traitant du fait de justice, faisaient jeu* et esbaiemens sur cars.
En i5n, on offrait vi lots de vin à Jehan Panier et autres prebtres el vicaires de Saint-Bëtremieu, qui avaient joué jus sur car.
En i534, d'auti-es y représentaient moralités et Tarses.
En i53?, l'argentier de Péronne porte en compte d'abord xiAtii*, pour vin Laines de vin de Beaulne (à un* le lot), présentées aux raingonnois et à Escaille1, joueurs sur cair, pour les joyeusetés du gras dimanche, faites devant l'hostel de la ville; puis, xii kaines offertes par égaie portion au prince Doderic ■ de Catnbray et aux quetiniers.
Fiers de leur renommée, les joueurs de l'épéeà deux mains se faisaient aussi gloire de comparaître sur les hourds élégans, élevés devant la halle, alors surtout qu'ils solecnisaient (i53o) la réception comme maître de Jehennet Jatnot, josne filz à maryer, par Michel d'Arras, maistre passé du jeu d'espée, qui, accompagné de plusieurs de ses élèves, s'était exprès rendu à Béthune 3.
A diverses reprises, en effet, les argentiers portent en compte les cannes de vin qui leur étaient accordées lorsqu'ils apportaient à Ih halle leur blason , après avoir joué le jeu d'espée par personnaige, moral lement, avec une farse.
En i563, c'est encore aux josnes compaignons du serment de Saint- Michiel, joueurs d'espée, qui avaient assisté à la procession, et puis joué ungne histoire de l'Enfant prodigue4, que l'on présente vru cannes de vin.
Les écoliers de Béthune et leurs régents apparaissaient aussi quelquefois sur la scène.
Ainsi, l'argentier mentionne, en i5i5, les nu* donnés à aucuns jones enffans qui avoient joué jeux de personnaige.
En i5a5. M* Pierre de Manchicourt, maistre de la grant escolle, recevait xxii', pour certains jus et esbateniens par lui et ses enffans
' Ailleurs : Bon temps.
* Ea i5o», les registres de Béthune mentionnent Dodée et ses compagnons, qui jouèrent aucune folie.
1 i57i. M- Noël Godin et Jehan
«l'Arras, mai sires de l'escrime à Be-
* En i53a, aulcuns joueurs représentaient, le dimanche arant la mi-carème.
la Moralité de l'Enfant prodigue.
escolliers faits au-devant de la halle, le jour du dimanche gras, xi« de
février 1 .
En i546, mi cannes de vin étaient la digne récompense de la récréation qu'avait donnée au peuple le régent, maître de l'école de l'église de Saint-Bétremieu , en faisant jouer par ses élèves une moralité faisant mention de l'Annonciation de la Vierge Marie.
Moins généreux envers son émule, sire Michiel Gamhon, régent et maître de la grande école de SaÎDt-Vaast, messieurs ne lui eu accordaient que deux, alors qu'il représentait, pour récréer le peuple et enseignier les josnes enffans, ung ju moral avecq la farse joieuse.
A son successeur Jehan Malpar, natif de Beuvry, qui , le vingt-cinq mars, avait, ainsi que ses écoliers, joué une moralité devant la halle, on octroyait, l'année suivante, la même faveur.
En i548, l'argentier remémore la moralité et la farce qui y fuient aussi représentées par Pierre Tiretaine, régent de Saint-Vaast
En 1 555, devenus sans doute plus habiles, les enfans de la grande école de Saint-Barthélemi jouaient, durant le carême, devant la halle, deux tragédies 3.
C'était d'ordinaire peu de temps avant Pâques que ces jeunes compagnons donnaient au peuple cette récréation. Ainsi, nous voyons qu'en 1567 (v. s.), ils avaient choisi le 8 avril pour la moralité et la farce qui leur valurent vi cannes devin; qu'en 1571, eucore avant Pâques, ils célébraient le premier jour du même mois en représentant, en langue latine, une histoire avec certaine farse, différentes, sans aucun douté, de celles qu'en 1068 avait jouées Me Lauren, leur professeur, en se servant encore de la langue de leur bon ami Virgile.
Aux mystères, aux remontrances succédaient quelquefois les joueurs d "appert ige.
Nous voyons, eu effet, que la ville de Béthune fait don de xxxu' à un étranger qui, en i44'» avait joué publiquement au marché sut
■ Chez les jésuites, les élevés qui reprt- ' i565. Frère Adrien d'Ogny, estudia m
sentaient les tragédies qui y étaient alors de feu monseigneur le marquis de Renty.
si en vogue, prenaient le titre de con- 1 11 est à observer que la Cieopdtre et
frères de rhétorique. (Arch. de M. le ba- la Didon de Jodelle ne furent jouées à
ron Blonde) d'Aubers.) Paris qu'en i55a.
cordes, et élait descendu entre deux cordes, le chief desoulx, du belfroy audit niarchiet.
\ss réjouissances par lesquelles Bélhune solennisa, durant trois jours, le glorieux avènement 1 de Charles-Quint à l'empire, effacèrent toutes les fêtes que nous venons de rappeler.
Comme dans les autres circonstances, chaque rue chercha à se signaler par ses belles allumées. Ainsi, tandis que le prince et le capitaine des surcrois tenaient état à Saint-Antoine, où ils Firent alumée et esbatement, ceux de la rue de le Louche plaçaient force lanternes autour des rosettes et au-dessus du dragon du beffroi, du haut duquel on jeta des oublis, qui coûtèrent vu* vr*.
A deux joueurs de Douai qui joeuèrent joeux et farsses, on allouait vin'; vi à Adrien Benoit qui dit pluisseurs balades et ditons à plaisauche; xx aux joyeux confrères Pierre Blioult, Ausselet' et autres; xxiiii au prince des Duremenées.
A celles qui, pendant sept jours, inaugurèrent le retour du prince dans les Pays-Bas, on vit la table et les confrères de Saint-Légier jouer par personnaiges, trois jours durant, la vie5 de leur glorieux patron, ce qui leur faisait accorder xl\ alors que les confrères du surcrois, de la rue de la Croix, n'en recevaient que xxxu, bien que, non-seulement ils eussent soutenu les joustes, où l'on remarquait « un homme assis sur un tonneau trané par eslaio; quote contenant ung escu au boult d'un tonneau plain d'eaue, en sorte que ledit eawe cheoit sur les personnes et jousteurs; » mais encore livré la chasse sur l'homme sauvaige au marchié et rues de la ville, et assisté les pastourelles aller au bos et avant la ville.
Moins généreux encore envers le fils de Tesle-de-Sot , clerc habitué de Saint-Bélremieu, et ses trois compagnons, ils ne leur allouaient que inr pour pluisseurs farsses, joeux et esbatteroens.
' Ou mieux son futur avènement, oui»qu'il venait seulement d être élu roi des Romains.
• l»c i5ï5 à i5»8, sire Jehan de Biendecq, rétliorissien , faisoit joyeulx esbatemens. Pour les réjouissance» qui eurent
lieu en 148a, la ville fît venir deux clicvancheurs de bos.
1 A Péronne, on représentait au commencement du xvi* siècle, le mhtèrc de la Vye Méron, le mistère et passion du bancquel.
33o DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
Au capitaine des Hochet les, de la rue du Car nier, on donnait xxvi', et vin à Jehan du Bois, qui avait orné celte même rue d'une fontaine et de plusieurs remontrances, tandis que le capitaine de l'Estrille et ses sujets, ainsi que Lamutant, se contentaient chacun de xx\
Pour cette solennité, l'habile couturier Berlin de Habarcq lit au sot de Béthune, Ansselotdu Puich, un paltot bigarré et bordé (brodé), sur la manche duquel Jehan Clavel traça des lettres de broudures.
Satisfaits de ses joyeusetés, les échevins faisaient remettre vin* à Anssetot; tandis que maistre Pierre Blioul, Colin Wibault, Nicolas Parraentier, Ansselot du Puich le jone, Tardieu dit Pouchin, qui avaient joué pluisseurs joeus et moralités, en acceptaient xvi, et qu'à Adrien Benoit, serviteur de la ville, ils en donnaient vi pour pluiseurs balades leues devant eux.
Parmi les autres joyeux acteurs de ces esbattemens figuraient encore la rue de Saint-Pry, nommée princesse des cœurs faits; les princes du Puich, de Mal-Espargne, de frère- machon et briseurs de pierres, et enfin ceux de la rue de Leugauerie ' qui, pour terminer dignement la fête , firent esbatemens par caudrons en grant nombre, et donnèrent pris au plus et moins moulu *.
Les nouvelles doctrines, en s'attaquant surtout à l'antique croyance de la Transsubstantiation , inspirèrent aux zélés catholiques le désir de rendre encore plus somptueuses toutes ces représentations scénir ques, que dès lors ils commencèrent à considérer comme une énergique protestation fulminée contre l'hérésie.
Dés i544, nous voyons les voisins de la rue de la Croix faire, en l'honneur de Dieu \ une remonstrance contenant quatre articles de la Passion.
Parmi toutes celles qui, dans chaque rue, signalèrent le passage du Saint-Sacrement, nous remarquons les remonstrances de la robe de !Notre-Seigneur et de saint Etienne.
K ces zélés et pieux concitoyens, les magistrats faisaient présenter de
' Ailleurs: Leugalierie. carrée* d'aux el d'oDguons, et juèreot une.
• En i5a6, ueur Mahieu de Beavry jeu devant la halle, vii.drent faire prêtent a la ville de deux 1 Le jour de la Fête-Dieu.
nombreuses cannes de vin, puisque nous lisons que les acteurs de cette dernière remontrance préférèrent convertir en argent, qu'ils mirent en rente, celles qui leur avaient été attribuées, veu la cbierté du vin , et qu'ilz étaient grand nombre.
Observons que chaque année Jehan Jamot et aucuns ses voisins obtenaient l'agréable privilège de faire succéder à leur autenticque remonstrance, telle, par exemple, que la prinse de Jhésus-Crist , de faire succéder, disons-nous, après les vêpres, une belle moralité, et, ii l'issue du souper, une joyeuse farce '.
Pour i546, nous ne mentionnerons que l'Offertoire des Trois Roix, la Décolation de Abraham, Saint Étîenne, Saint Paul, Saint Chris* tophe, les Trois Maries, l'Aparition de la Magdelaine, la Mort de Judas, Yzaude forgant les doux Dieu.
Remarquons toutefois que ceux qui, au passage de la procession, avaient fait la remontrance de l'Annonciation, firent à son retour celle de Saint Thomas.
L'année suivante , les joueurs de personnaiges avaient représenté , entre autres, la Disputation que Nostre Seigneur feit à l'eage de douze ans; les Nopces que Nostre Seigneur assista en Gallilée; la Résurrection de Lazare; le Roi David.
En i548, nous avons à signaler les remontrances de la Cène, l'estendue le mont Calvaire et émision du Saint-Esprit; la Descente de la Croix, où Dieu fut mis au giron de la vierge Marie, et le Sépulcre; la Maison d'Anne, où Dieu fut buffiet; où Judas » rendit ses deniers; ksPellerinsdeMaox'.
Les documents que nous fournit le registre de l'année suivante sont d'un tel intérêt que nous nous faisons un devoir de les transcrire intégralement.
■ i548. A ceux de la rhétorique qui jouèrent une morallité, et après, la force, vi cannes devin. — i545. Le jour de .Saint-Éloi, les voisins de la rue des Fers et ceux de la Vigne jouent la vie de ce saint. — En i56a, ceux de cette dernière représentaient en grant nombre, comment
la uùnte ckandeillâ et charité de DÙU et
de monseigneur saint Éloy fut es lever, tant
à ceste ville qu'à Boeuvry.
' A Philippe, couvreur de tieuje», pour
la remonstrance où Judas se pendit.
3*ia DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
Aux lingiers, nous dit l'argentier, l'Annonciation , à deu\ personnes; aux viessiers, la Visitation , à deux personnes; aux tanneurs et cordouaniers, la Nativité, à cinq personnes, et, pour le m* hours, les Trois Roix, à six personnes; aux chavettiers, les Innocens, à douze personnes; aux partnentiers, la Purification, à sept personnes; aux marchands et crocquoteurs de grès, la Tentation, à six personnes, en la maison de Simon Lepreulx; aux marchands de blé, l'Entrée à Jérusalem, à xvi personnes; aux drapiers, la Résurrection du Lazaire, à vin personnes; aux confrères de Dieu et monseigneur Saint-Jacques, la Chesne, à xui personnes, et leVoiaige de Émaux '; aux barbiers, le Jardin d'Olivier, à vin personnes; aux porteurs au sac, la Prinse de Jésus, à xxx personnes, et Dieu portant sa Croix, à xx personnes; aux cordiers et cailliers, Comment Noslre Seigneur fut mené devant Anne, à cinq personnes; aux déchargeurs, les Deniers que Judas receut, a v personnes; aux bouchyers, Comment Judas * se pendit, et Jésus mené devant Caïphe, comme devant Hérode, à xvi personnes; aux t'éronuiers et candreliers, maricaulx, estamiers et orphèvres, Comment Dieu fut battu à l'estacq, à xu personnes : les deux histoires sur ung hourt; aux taverniers et brasseurs, Ecce Homo et Judas i lavant ses mains, à xu personnes, huit sur ung hourt; aux merchiers cl julliers*, Comment Jésus fut cloié à la Croix, à xvm personnes, Ysaulde forgant les doux Dieu , à deux personnes; aux lainturiers et marchands sauniers de satin, le Crucifunent 5, à plusieurs personnes; à ceulx de la poterne, le Limbe, à sept personnes; aux poissonniers, la Descente de la Croix, à vut personnes; aux hugiers et marchans de bois, et aux cuveliers, Comment Jésus estoit au Sépulcre, à vm personnes; aux foulions et tistrans de draps, et aux pareurs de laisne, la Résurrection à v personnes; aux fourniers, les Trois Maries et ung angle assis au Sépulcre, et Jésus en conformé de ung jardiuier, à un personnes; aux compagnons du pourpoin, la remonstrance des Patouriaux, à v personnes; aux toppiers de velours et tisserans de toille, l'Incrédulité de
' Emmaiis. * Joailliers.
A Judas, une casne de vin, posl et 1 A Dieu pendu en la Croix, deux caslot et demy. nés de troit loti.
i Sans doute Pilate.
saint Thomas, à xu personnes; aux pain 1res, les Quatre Évangélistes, et Saint Jérosme; aux. wantiers et marchans de laisne, le Jugement, à plusieurs personnes.
Ceux qui avaient représenté le Diable reçurent deux eau nés de vin, ainsi que celui qui, en ange ', avait apporté dedens une nuée* ung cappeau de Heurs au Saint-Sacrement.
Toute la hiérarchie céleste figurait aussi dans ces somptueuses processions, comme le constate la dépense occasionnée par les costumes à ce nécessaires.
En i54ç), on voyait apparaître, à un moment donné, sur le xxn' hourd, l'Ange emportant l'àme du bon larron 3, le Diable s emparât)! de celle du mauvais : alors que , sur le xxvm6 et dernier, se déroulait le terrible drame des Derniers jours.
Jehan de Besnes avait peint la Croix , fait les barbes et les pesrucques, et conduit les histoires des hourds.
De concert avec le cordonnier Pierre Car lier, il avait, dans une autre circonstance, composé toutes les escriptures sainctes pour les tiltres des hourds4, avec les billets des histoires, puis fourni les accouslremens des diables, d'ordinaire, de bougran noir et tasné, à in' l'aune.
Jaloux de nourrir et d'exciter une émulation si louable, les échevins commandaient à l'orfèvre Pierre Casier huit écussous d'argent . cinq aux armes de l'empereur, du prince d'Espagne, du comte de Rœulx, du gouverneur et de la ville; tandis que. sur les trois autres, on avait gravé, sur le premier ung B, sur le secong ung T, et sur le troisième la date de l'année.
' En 1549, l'auge en reçoit quatre, le» diables trois.
' i56a. Mahieti Meurisse lit une nuée ru laquelle y .ivoil ung angele, quy apporta ung chappeau de fleurs sur le vénérable Saint- Sacrement. — A cculx qtii firent voiler la nuée , deux cannes de vin. On y employait xxvt toises de corde renforcée et un* pieds de corde ordinaire.
1 Deux cannes de vin à Dieu et aux deux larrons, pour leurs paines qu'il/, ont eu et supporté durant ladite proce»sion.
* On parle d'un hourd sur lequel on avait représenté six histoires. A ceulx aians fait les hourds de la Descente de Dieu en croix , lesquels estoient en grand nombre, et grand hotirdaige, vu canne* de vin.
HH'i DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
Os prix si enviés, Us les décernaient à ceux qui avaient fait les plus beaux hourdaiges et histoires, et qui eulx y avoient le niieulx acquitté.
D'habiles joueurs d'instru mens, réunis aux vicaires', aquichaotoient de musique à chaque station, » venaient encore augmenter la pompe de ces augustes cérémonies, car nous voyons qu'on allouait xl* à Jehan Dane/in *, à son fds, ainsi qu'à Pierre Pienal et à Charles Marquasin, qui avoient joué de haultz soens s.
Sur l'autel, dressé devant le pallyot de la halle, où fut placé, durant le sermon, le Saint-Sacrement, brûlaient quatre cierges de cire, d'une demi-livre chacun.
11 était, en effet, d'usage dans ces circonstances de prêcher sur le marché.
Nus registres mentionnent à ce sujet les m los de vin offerts, en i4o6, à frère Jehan Macquerel, lequel a voit preschiet sur le marchiet, aussi bien que la somme accordée à Andrieu , le wette du beftroy, qui avait fait le hourdicb du frère mineur.
lorsque, le 6 janvier i5oo, (y. s.), la paix fut publiée à la bretesque de Bé thune, les échevins , non contents d'offrir vins de courtoisie à Surele, Jehan de Tardieu et leurs compagnons, qui avoient joué ung beau jeu de la paix; à Hacquin le Sot, pour pluisseurs joieuses folies par luy faites; au prince d'Estain, qui estoient aucuns enffans faisans récréation, en présentaient aussi à Guillaume Bacheler, qui fist ung sermon, ou plutôt une moralité, puisque le prédicateur fut fourni par les franciscains.
Lors des réjouissances auxquelles avaient donné lieu les bonnes nouvelles que l'on oit de pluisseurs viles, que l'empereur avoit gaigné sur les Vénissiens, on avait fait hommage de deux quesnes de vin à
1 Ils avaient sainte Cécile pour |»atrooe. Lors de la trêve signée à Va u celles 1 555 v. s. ), les vicaires de Saint-Bétremieu, après avoir chanté le Te Deum laudnmus en musique , se transportèrent ( le soir), à la lueur des torches, les uns sur \* Hocher de leur église, le* autres sur
le beffroi, et y chantèrent de nouveau alternativement, en se respondant l'ung à laultre, les versets de ce sublime cantique.
' i55»4- A Jehan Danciin , pour avoir pluisseurs fois sonné la trompette cl fiffre 1 Ailleurs : Joueurs de hault-bo*.
TEXTE DES DOCUMENTS. m
l'éloquent franciscain qui, ledit jour, 6st ung bel et notable sermon à l'honneur dudit seigneur empereur '.
Parmi les remontrances faites, en i56i, nous signalerons celles de Satan temptant N.-S., la Samaritaine, Joab, le Jugement de Salomon, la Royne de Saba , Salomon , David.
Comme d'habitude, le lendemain de l'auguste cérémonie, les vicaires jouèrent devant la halle une histoire avecque la farche a.
L'année suivante, nous voyons encore les mêmes vicaires et autres séculiers jouer une histoire avec la farce3; alors qu'en i564 ce sont d'aulcuns bourgois qui les remplacent, et que le même jour les trois foltz* des trois corps de confrérie de la ville jouent une farce, qui leur vaut xxn\
En i56a, c'était par des figures que sur les xxxn hourds érigés par les corps de métiers, on rappelait aux pieux catholiques toutes les phases des humiliations et des souffrances du Sauveur.
Aux cavaliers échut la remonstrance de l'Annonciation avec les figures; aux sayeteurs, la Nativité et les deux figures à ce requises: aux cuisiniers et cabaret iers, la Circoncision avec les deux figures; aux corduwanyers, l'Adoration des Trois Rois et la Purification, avecq les quattre figures à chascun hnurt 5; aux couturiers6, la Fuite de Jhésus- Crist en Egipte et la Wendition de Jhésus-Crist, avecq les quattre figures; aux selliers, gorliers brasseurs, les Innocens, avecq les deux
' i5a3. Une cane de vin présentée an prédicateur ayant fait (a6 mai) le sermon et prière, tant pour l'armée de pardechi estant auprès de Therwanc, comme pointe frutifumen des biens de terre. — i5a5. Au prédicateur qui fist le sermon sur le marehié, et exposa les lettres de la paix au peuple, deux canucs de vin.
' L'usage de faire succéder une comédie à une tragédie en tirerait-il son origine?
1 i563. A aulcuns bourgois et manans de ceste ville ayant joue quelque histoire au-devant de la halle, le jour du gras dimenche, hnict cannes de vin. A ceux de la rue de la Vigne aians joué une histoire
avecq la farche, lxxvi', en considération du grant nombre de génie qu'ils estoient.
4 Parmi les prix accordés à ceux qui, en iij8a (pour célébrer la joyeuse entrée de Marguerite, qui, par le traité d'Arras, venait d'être fiancée au dauphin) avaient joué jeux de persounaiges par seignes, on remarquait ung daulphin, une margarine, une couronne, ung falot et ung fol, tout d'argent. Ils étaient dus au talent de l'orfèvre Jehan Gonroon.
* Les nu* et y* hourts.
6 Les vi* et xm* hourts.
T Bourreliers. Encore usité auprès de Béthune.
-m DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
figures; aux chave tiers, la Dispute au Temple, et les deux figures; aux poissonniers et dessalleurs de poisson, la Conversion de la Magdelaine, avecq les deux figures; aux confrères et pèlerins de Dieu et de monseigneur saint Jacques, la Suscita lion du Lazaire, avecq les deux figures; aux marchands de grains, l'Entrée de Noslre-Dame en .Ihérusalem et les deulx figures; aux drapiers, l'Expulsion des marchands du Temple, et les deulx figures; aux maçons, la Ceune, et les deuix figures; aux porteurs au sacq *, l'Oraison de N.-S. au Jardin d'Olivet, sa prinse et les quatre figures, à chascun hourt deux figures; aux cordiers, car lier s et fromegiers, J lu-sus mené devant Anne, et les deux figures; aux barbiers, Jhésus devant Caïphe3 bulfeté et crachiet, auveucq les deux figures; aux bouchers*, Jhésus mené devant Pilate et mené devant Hérode, despité et mocquet, avecq trois figures, les deux au premier hourt, et l'aultreau second; aux féronniers,caudreliers,orphèvres, estayniers, marissals, taillandiers et armoyeurs s, Jhésus à l'estacque, hastu de verge et couronné, et Ecce. Homo, avecq les qualtre figures, à eliascun hourt deux figures; aux merchiers, la Femme de Pilale, le Lavement des mains, le Portement de la Croix, avec deux figures; aux couvreurs, Judas pendu, Ysaude, .lueurs de dez, Dieu en croix, Bon et mauvais larron avecq les diables , en ce comprins la paine desdils Dieu , bon et mauvay larron, ausquelz a esté donné particulièrement chascun une cauue de vin ; à ceulx de le rue de Poterne, l'Atachement de Dieu en croix 6, estant au pied du hourt du creusifiment, où esloit Anthoine Fretin , conducteur d'icellui hourt 7. Aux taverniers on confia le Limbe 8, et les deux figures; aux hugiers, la Descente de la Croix, avecq une figure; aux fourniers, mannyers, le Sépulcre et deux figures;
' Sans doute N.-S.
' Les xve et xvi* hourt».
1 Nos paysans, lorsqu'ils parlent d'un homme faux et traître , disent : C'est un faux Caîpht.
* Les xix* et xx' hourts.
' Les xxe (cireur) et xxi* hourt».
* 1 564. A Biaise du Brûle, ungne canne de vin, pour avoir fait le hourd et hUroire de Dieu laissant Sancq par le coste
en la Galliche. On représenta sur un seul hourd dix à onze histoires de l'Ancien Testament.
' Les calen tireurs et les marchands de salin , qui avaient fait le bois du hourd du Crucifiement, en représentèrent les fi gures.
• i564. Le hourt du Limbe, l'Ouverture de la prison de Joseph, etc.
aux foulions de drap, tisserands et peigneurs de laisne, la Résurrection, auveucq les deux figures ■ ; à Jehan Châtelain et à ses consors, Pèlerins de Saint-Jacques », les Pèlerins d'Émail! x \ avecq la Madalaine; aux marchands de bois, car pen tiers et hugiers, l'Assension, avecq les deux figures; aux eswards de sattin, le Sainct-Esprit descendant sur les Apostres; aux wan tiers*, le Jugement, avec les deux figures.
L'histoire et la farce jouées par les vicaires complétèrent cette grande journée; mais, dans celte occasion, les enfants de la cité d'Arras, cl, surtout, les joyeux habitants de la rue de la Vigne, qui représentèrent la Vie de monseigneur Saint Éloi, se montrèrent leurs dignes rivaux.
• i564. L'Hisloire de Jouas et Résur- i Kmmau*.
rection. 4 Le xxxu' et dernier hourt. On eut
' En 1 56», les confrères de Sain t-Jac- recours au talent du peintre Jacques
ques de Lille Tinrent jouer à Bethune. Jo*»e