RÉPONSE OU ROI CHARLES VIII AU ROI DES ROMAINS
3, août .486.
Charles, par la grâce de Dieu, roy de Frauce, à haut et puissant prince, noslre très-cher et très-amé père et cousin, le duc Maximilien d'Autriche, salut et dileclion. Toison d'Or, vostre officier d'armes, nous a présenté de par vous certaines injurieuses lettres, en plaça rt , en forme déshoneste et règle non accoustumée entre princes , dont avons esté et sommes fort esmerveillez, et n'eussions jamais creu lesdites lettres procéder de voltre sceu et vouloir si elles ne fussent signées de vostre main , du contenu desquelles lettres vous tenons assez, mémoratifs. Et combien que , veu la forme d'escrire et les paroles contenues en vosdittes lettres, qui ne dévoient procéder d'un tel prince que vous, ne vous devions pas en esc rire ni faire response, néantmoins, pour ce qu'il y a des choses que par honneur ne pouvons dissimuler, vous y voulons bien faire response, qui est telle que à vous ne à autres princes et seigneur vivant n'appartient de nous escrire ou proposer paroles sinistres à la charge de feu très-chrétien roy noslre très-cher seigneur et père, que Dieu absoillve, qui a été si grand, vertueux et catholique prince, qui tant a obéy le saint-siége apostolique, plein de si grand honneur, libéralité, vaillance et bonne conduitte , qui a laissé tout son royaume, pays, seigneuries et sujets en grand paix et tranquilité, sans ce que depuis son déceds ayent esté invadés ni assaillys que de vous, qui n'avez ne pouvez avoir quelque querelle contre nous, et tellement que la bonne et grand renommée de nostre feu seigneur et père, de sa débonaireté, libéralité, et faits chevaleureux dureront et seront en mémoire perpétuelle, sans ce que vous ni autres les puissiez calomnier et abaisser. Et pour ce que par vosdittes lettres, sous couleurs controuvées, et dont vous en pouvez
sçavoir la vérité au contraire, si loya liment vous en vouiez enquérir, tant du fait de Flandres que des autres choses contenues en vosditles lettres, vous efforcez de doner charge inutilement à nos très-chers et très-amés frère et sœur les comte et comtesse de Clermont et de la Marche, seigneur et dame de Beaujeu, qui ne sont pas choses dont vous deussiez entremettre , même veu la proximité de lignage dont vos enfants les atliennent, toulesvoyes nous vous voulons bien advenir que feu nostredit seigneur et père, cognoissant véritablement la grand loyauté de nostredit frère, et les grands, louables et vertueux services qu'il lui avoit faits au faict de ses guerres, et les charges qu'il lui avoit données, lesquelles pour sa bonne conduitte et vaillance il avoit vertueusement exécutées et accomplies au grand danger de sa personne, fut justement meu de lui donner nostredilte sœur en mariage, et par succession de temps lui bailla et lui laissa tout le commandement de sa personne et de tous les grands officiers de son royaume, comme tout ce est notoire; à un an et plus par avant son 1res pas, estant lors en bonne santé corporelle, nous fit venir devant luy et de la présence de plusieurs princes et prélats, gens de conseil et autres grands personages, et entre les beaux et notables enseignements et commendements qu'il nous fit , nous commanda et chargea expressément que son bon plaisir estoit que nosdits frère et sœur eussent entièrement le soing, cure, sollicitude et conduitte de nostre personne, et que les tinssions toujours à l'entour de nous; aussy, que nostredit frère eusl la charge et conduite de nostredit royaume, avec ce que entretinssions en nostre service tous les grands personages qu'il avoit entretenus et entretenoit pour le faict de la guerre, et entre autres le seigneur d'Esquerdes que avez à tort voulu chargier par vosditles lettres. Et encore, pour plus le vous démonstrer, ledit seigneur estant malade de maladie dont il a plu à Dieu de l'appeller, envoya expressément devers nous nostredit frère, pareillement il envoya ses capitaines et chefs de guerre, auxquels il commanda et ordonna nous servir, et obéir à nostredit frère comme à nostre personne propre. Et en suivant les hauts et louables faits et les enseignements et commendements de nostredit feu seigneur et père, aussy, à la très-humble requesle que nous firent les gens des Estais de nostre royaume
deruièremeol assemblés en 110811*6 ville de Tours, lesquels supplièrent très-humblement qu'il nous pleut entretenir nosdit frère et sœur à l'en tour de nostre personne et au gouvernement de nos affaires, de nous et de noslredit royaume, avons toujours tenu oosdits frère et sœur près de nous, et à iceluy nostre frère baillé la conduite de nosdites affaires, où il s'est si bonnement employé et conduit, et fait à chaque jour que plus ne pou roi t; et n'avez cause nulle de les chargier du fait de Flandres, car ce que fait en avons a esté par le bon conseil et advis desdits seigneurs de nostre sang et gens de nostre conseil , et pour garder et conserver nostre autorité et souveraineté , et obvier aux entreprises que vous y voulez faire et à la voye de fait que avez jà commencée, ce que faire ne deviez, car à vous ni à autres princes n'est loisible de prendre les armes en nostre royaume sans nostre exprès congié et octroy? et vous savez que le comté de Flandres est une des anciennes pairries de France, tenue de nous en foy et en hommage lige; à sûr avons voulu tenir le pays de Flandres en paix pour le bien des sujets d'iceluy pays et réduire les choses à la raison comme prince et seigneur souverain peut et doit faire. Nous avons fait ce que pouvions et devions licitement, et vous le contraire; et quand ledit comté vous appartiendrait, ce que non, vous l'auriez commis et confisqué envers nous par les déraisonnables termes que avez tenus. Et touchant ledit seigneur d'Esquerdes , que à tort vous chargiez par vosditles lettres , nous l'avons trouvé et de plus trouvons si loyal envers nous et si prompt à nous loyalement servir, que nous l'avons entretenu et entretiendrons en tous les estais, charges et offices qu'il avoit de nostresdit feu seigneur et père, et encore espérons lui faire mieux; et ne nous pouvons assez esmerveiller que vous, qui nous faicles actuellement la guerre, et sans quelque cause ou raison, vous estes déclaré notre enneray mortel, contre le traitté de la paix que aviez juré et scellé, et contre vostre foy, serments, promesse et honneur, sous simulation et entreténement d'armes, et tenir journées en lieux certains et y envoyer notables ambassadeurs d'une part et d'autre ; à quoi nous avons toujours fourni de nostre part, et nou vous de la vostre, ainssy que nous aviez fait dire en présence de plusieurs des princes et seigneurs de nostre sang et gens de nostre conseil , par
Philippe d'Yolles, voslre échanson, que pour ce envoyastes derrienemeol devers nous, en nostre ville de Melun, que vostre intention estoit d'entretenir fermement ledit traité de paix, l'avez ainsi rompu et violé de sur nous, surpris et violé nos cités et villes de Thérouenne et de Mortaigiie, de cuider surprendre par emblé notre ville de Saint- Quentin , esquelles places n'avions laissé aucuns de nos gens de guerre, pour la confiance que nous avions de vous, voulez maintenant vous entremettre de uostrc conduit te de gouvernement, et que à vostre vouloir esloignions de nous nosdits frère et sœur qui sout ceux qui plus parfaitement et plus loyalement nous aiment, servent et obéissent, pour y en mettre d'autres qui peut-eslre pourroient pourchasser et consentir légèrement le danger de nostre personne et le mal de nos bons et loyaux sujets! Car au regard des injures et villaines parolles escritles eu vosdittes lettres, nous vous y respondrous en temps et lieux par manière que tous princes pourront cognoistre qu'il ne vous estoit ni est loisible de les dire , proférer ou faire escrire. Et touchant les princes de nostre royaume que diltes mal estre entretenus , à vous n'appartient d'en escrire ou vous entremettre avec les termes que vous tenez, car ils ne vous appartiennent à rien de lignage ou autrement, et les avons toujours entretenus et sommes délibérés de en ce faire, et ont plus de bien de nous que eux ni leurs prédécesseurs n'eurent jamais de nos feu seigneur et père et ayeul et autres nos prédécesseurs roys. Mais nous entendons bien que vous trouveriez volontiers moyens, par faiotes parolles et couvertures illicites, de mettre trouble et division entre nous et lesdils princes de nostre royaume et autres nos bons et loyaux sujets, pour plus facilement nous invader et faire la guerre et surprendre nos places comme avez commencé, et n'y sommes pas . délibérez, pour choses que vous ayez escrites ni que vous puissiez cy-aprés escrire, d'esloigner nosdits frère et sœur ni autres d'autour nostre personne ni du gouvernement de nostredit royaume et de nos grands et principaux officiers, mais sommes absolument rcsolus.de les tenir plus près de nous et de leur donner plus d'autorité et de crédit que jamais. Vous advertissant que nous n'avons fait cydevant, faisons, ni espérons faire aucunes délibérations ou conclu» sions que ce n'ait esté ou soit par l'advis et délibération des gens de
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nostre conseil, où il y a continuellement des seigneurs de notre sang, notables prélats et autres grands et vertueux personnages tant d'église et autres, en bon et suffisant nombre, lesquels et chacun d'eux en pleine liberté a accès à nostre personne, loutesfois qu'ils veuillent, pour nous advertir des choses qui sont à nostre honneur et à l'utililé de nost redit royaume et de nosdits sujets : et si eussiez eu autant de notables hommes autour de vous et ils vous eussent voulu loyallement conseiller, aussi que vous les eussiez voulu croire, vous n'eussiez pas violé ni enfraint la paix que vous avez jurée, en nous faisant la guerre comme fait Pavez, dont fort nous desplait. Toutesfois, pour ce que demandez que fassions assembler nos estats et que envoiez vos députés devers nous, toutes les fois que faire le voudrez et en le nous faisant savoir, nous cornmetterons de bons et grands personages pour les ouïr et faire response telles que par raison et honneur vous en deviez contenter, et que chacun cognoistra que nous avons mis Dieu et raison de nostre part et que à nous n'a tenu, tiens, ni tiendra que ledit traité de paix ne soit bien et loyalement entretenu en tous ses points et articles, comme l'avons (ait de nostre part et voulons toujours faire. Et sur ce que nous advertissez que néantmoins pendant le temps de ladite assemblée vous estes requis pourvoir à vostre indemnité par tous moyens à vous possibles, afin de bailler occasion à nous et à ceux de nostre royaume de faire autre amitié et assurance avec vous, nous entendons bien que c'est à dire, et que sans cause de raison voulez contre nous faire et continuer la guerre par vous injustement encommencées; et espérons à l'ayde de Dieu nostre créateur y résister tellement que vous, et tous ceux qui vous y serviront, favoriseront, et supporteront, n'y aurez ni auront en la fin honneur et proffit ou ad va nt âge; et est bien difficile à croire que vous, qui n'avez voulu entretenir un tel et si notable traitté de paix, si solennellement fait, juré et promis tenir, mais l'avez enfraint sans cause nulle et sans nous en advertir, en voulussiez tenir une nouveau si fait estoit, et ne sommes pas en si bas âge ni avons si petite expérience que ne cognoissions véritablement qui nots fait bien ou mal, et que ne soyons bien délibérés de tes rémunérer ou rendre quand l'opportunité se pourra trouver, ainsi que bon prince le peut et le doit faire de sa juste querelle.
47a DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
Donné à Beau vais, le dernier jour (l'a oust l'an de grâce m cccc lxxxvi et de nostre règne le quart.
Signé : Chaules. Et du secrétaire : J. Damont.
JV XXXI.