‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royale, et des archives ou des bibliothèques des départementsChapitre 103 sur 139 · DOCUMENTS HIS1X)RIQUES INÉDITS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS HIS1X)RIQUES INÉDITS

par)eiD6filer. Quoy voyant lesdits sieurs amiral et Dandelot , et sachant Tarmëe des ennemys estre fort prest de là, s'acheminèrent à une aultre entreprise et laissèrent le sieur de Briquement à parlementer avec ceux qui estoient dans le chasteau, prindrent le lendemain toute la cavalerie de leur avant^arde, et allèrent recognoistre le camp et logis des ennemys, asçavoir monsieur l'amiral avec la moytié de la cavalerie, du costé de Bauvoir sur Mata, et monsieur Dandelot, avec l'autre moytié, à Mata, où le lendemain, du costé dudit sieur Dandelot, il y avoit eu quelque escarmouche et fut recogneu le lieu où estoient leurs reistres. Deux jours après, mondit sieur l'amiral eut certain advertissement qu'ils estoient déloges et prenoient le chemin de Chasteau-Neuf, où il y avoit seulement cinquante soldats pour la garde du chasteau et dn pont, qui n'est guères fort; lesquels voyant venir l'armée ne firent pas grande résistance , et ayant entendu messeigneurs les princes qu'ils avoyent gaigné le passage, vindrent loger leur bataille à Cognac et ses environs , et monsieur l'amiral l'avant-garde à Jarnac. Le mardy dixiesme du mois, de mars toute leur cavalerie avec cinq à six cent de leurs harquebusiers les mieux anjambés vindrent devant Cognac faisant mine de les recognoistre pour l'assiéger; où ne pensant trouver ceux qui y estoient, messeigneurs les princes, voyant ceste armée devant eux, envoièrent un gentilhomme de Taustre cbsté de la rivière advertir messieurs l'amiral et Dandelot qu'ils montassent à cheval et vinssent vers eux. Mais monsieur l'amiral, voyant qu'il estoit desjà tard et qu'il ne falloit laisser le pont de Jarnac sans bonne et forte garde , pria monsieur Dandelot d'aller vers messieurs les princes, et estant ledit sieur Dandelot à my-chemin , la plus grande part des troupes qui estoient allées devant Cognac vindrent pour surprendre le pont de Jarnac, là où monsieur l'amiral les fist retirer plus tost qu'ils n'estoient venus, et en y eut plusieurs de pris et de tués. Ce soir, pour ne perdre temps et donner bon ordre à toutes choses, messeigneurs les princes teindrent conseil avec monsieur Dandelot et les aultres capitaines qui estoient à Cognac, où il fut résolu que le samedy ensuivant toute l'armée deslogeroil prenant le chemin d^eulx Chasteau-Neuf et Angoulesme, et ce logea monsieur l'amiral l'avant-garde à Bassac et aux environs, et messeigneurs les princes à Jarnac. Ce jour,

quî estoit le douzîesme du moys, ledit sieur amiral avec toute Tavantgarde alla jusques devant Chasteau-Neuf pour recognoislre le logis de toutes les troupes, voir quelle seureté ils pouvoieut avoir^ adverlissant un chascuD de faire bonne garde, bien que ils e&toieut à demy-lieue de Tennemy: toutes lesquelles choses estant ainsi bien disposées , les princes et l'admirai furent advertis que les ennemis avoient faict un pont de bois joignant celui de pierre audit Chasteau-INeuf pour, le lendemain, passer de grand matin toute leur armée en grande diligence. Et pour ce que toute la bataille de messeigneurs les princes, à cause de l'incommodité du lieu, estoit fort escartée, et qu'ils ne la pouvoient assembler le lendemain qu'il ne fust haulle heure, n^andeut à monsieur l'amiral par le baron de Pardaillan qu'ils le prioient faire partir tout le bagage, artillerie et gens de pied, et pareillement advertir toute la cavalerie qu'ib fussent des la pointe du jour auprès de luy et qu'ils feroient le semblable à la bataille, ce que monsieur l'amiral fist en toute diligence, et envoia toute la nuit advertir tous les capitaines. Mays ou par faulte de ceux qui avoient la charge ou par tardiveté d'aulcuns, ils ne furent à cheval qu'il ne fust plus de neuf heures, et monsieur l'amiral ne voulant point perdre les gens, les attendit sur le bord d'un petit ruisseau qu'il faisoit garder par quelques harquebuziers, et voyant le prince de Condé que son avant-garde ne s'avançoit point, vint trouver ledit sieur amiral où ils parlèrent quelque peu ensembles et prindrent résolution de se retirer, pour ce que monsieur le prince n'avoit pas la moitié de sa cavalerie, et aussi que tous les gens de pied et artillerie estoient déjà à plus de quatre grandes lieues de là; et commanda monsieur l'amiral au sieur de la Noue de demourer avec quatre ou cinq cornettes sur le derrière, et faire la retraite et qu'il advertist souvent s'il estoyt chargé. Mais ayant faict environ une demie lieue de chemin , ledit sieur de la Noue fut chargé par une grosse troupe de cavalerie et fust soustenu par monsieur Dandelot, si bien que pour ceste foys n'y eust pas grand affaire, et commença-on à s'acheminer comme paravant. Mais une demie heure après ils revindrent avec beaucoup plus de force, et estant le sieur de la Noue près d'un petit village faisant teste à l'ennemy, eut çon cheval tué et fut pris pri^ sonnier; et poussèrent les troupes jusques sur les bras de monsieur

DaDdelot, lesquelles ralliées avec lui, chai^ea rennemy si furieusement qu'il le contraignit d'abandonner le villaige : or il y en eut à ce combat plusieurs des ennemys tués et blessés. Monsieur l'amiral qui d^aultre part voioit toutes leurs troupes se renforcer du costé de main gauche, manda à monsieur Dandelot qu'il se raproch&t de lui, et à monsieur le prince qu'il avançast ce qu'il avoyt de sa bataille. Sur ces enlrefoistes les ennemys envoyèrent quelque nombre d'arquebuziers gaigner le village; mais ils en furent aussi soudainement repoussés par quelques etifans perdus du capitaine Pluvians, qui estoyt lout ce qu'ils avoyent d'infanterie avec eux : et à l'instant vint un gentilhomme à monsieur l'amiral qui lui dict que l'ennemy le venoit charger avec grandes forces, et qu'il venoit entre monsieur le prince et luy ; ce qui lui fit tourner tête droit à ceux-là, et avec trois cents chevaux, lui marchant le premier, les chargea de telle. force qu'il les mit en route, quatorze cornettes jettées par terre. Mais estans soutenus par le reste de leur armée, fust contraint d'attendre monsieur le prince, lequel le voyant ainsi pressé donna avec quatre ou cinq cornettes à travers la mesiée si heureusement, que sans un gros bataillon de reistres qui lui vint donner en flanc, il méstoit toute leur armée en fuite, et à ceste chaire de reistres il eut son cheval tué qui tomba sur lui; et passant les ennemys plus oultre, fut recognu par un gentilhomme françois, nommé le sieur de Saint-Jehan, et au mesme instant par un aultre qui est le seigneur d'Argence, qui tous deux lui promirent qu'il leur costeroit la vie ou ils lui sauveroient la sienne. Mays le bruist estant par leur armée que ledit sieur prince estoit prisonnier, y accorurent plusieurs gentils-hommes entre lesquels un nommé Monteschiou , capitaine des gardes de Monsieur, frère du roy, qui par derrière luy donna un coup de pistolet dans la teste, à quelques uns de sa suite plusieurs aultres. L'indignité de ce fait a esté trouvé si estrange et de si mauvais exemple par ceux de leur armée, que resentant la générosité de la noblesse françoise, se sont débandés de leur camp et tous le jours s'en débandent, de façon qu'il semble que Dieu se soit voulu servir de ce moyen pour diminuer les forces de ses ennemys, accroissant celles de ses enfans, parce que plusieurs, depuis la mort dudit sieur prince » se iiont réunis à l'armée, lesquels auparavant en douste du dessein des

CDDeoiys demouroient comme neutres. Mais ayant connu que leur but tendoit à l'extermination de tous ceux qui faisoient profession de la religion et par conséquent d'icelle, se sont déclarés et s'en déclare de jour à aultre. Monsieur l'amiral , comme sage et bien a^isé capitaine, le peu de nombre de gens qu'il avoist et qu'aulcuns sembloient branler par la prise de monsieur le prince, les rallia le mieux qu'il pust, et tenant toujours l'ennemy sur cul se retira peu à peu, de soiles que se joignant avec monsieur Dandelot et avec monsieur le comte de La Rochefoucault, se retira avec bonne troupe à Saint-'Jean-d'Angely sans que l'ennemy l'osât approcbier de trop près. L'austre partie se retira vers monsieur le prince de Navarre, non plus suivi de l'ennemy qu'a- Toit esté ledit sieur amiral. Et se trouva avoir esté tué de gentilshommes François du costé dudit sieur prince, en tout ce combat, plus de vingt ou vingt-cinq sans ceux qui ont esté prisonniers qui depuis ont eâté inhumainement tués et assassinés. De leur costé, par leur confession mesme et par lestres qui ont esté surprises, il en a esté que morts que blessés plus de deux cent, entre lesquels sont le comte de la Mirande, le sieur de Montsalet, les barons d'Ingrande et de Prunay, le sieur de Morettre et le sieur de Montranne, et le sieur de Linlère, tous capitaines de gendarmes et chevaliers de l'ordre, et plusieurs de leurs lieutenans d'enseignes et de guidons, comme est le lieutenant de monsieur de Brissac, l'enseigne de Montsalet, le fils du sieur de Lautrec blessé à mort.

Voilà en sonune tout ce qui s'est passé ce jour-là au rencontre des deux armées; mais l'ennemy pensant avoir beaucoup d'avantaige pour avoir si laschement tué ledit sieur prince de Gondé, le lendemain se présenta devant Cognac, sur lequel monsieur de Bandine fist une si belle saillie qui, faisant tomber plus de deux cent morts sur la place et plus de six cent blessés^ fit gagner le hault au sieuî* de Guise, de Brissac, de Martiguer, le reste les suivit si bien que plusieurs furent pris prisonniers; quatorze de leurs meilleurs capitaines tués, aussi furent pris trente chevaux de service qui estoient menés en main. Ce fait estonna tellement l'ennemy, que depuis il ne s'est présenté en lieu où il les ayst sentis, et moins devant place tenue par messieurs les princes, sinon à Mussidan, que le sieur de Montluc assiégea et fist bresche; où

il fut si bien batu qu'ayant perdu deux cent de ses meilleurs hommes se retira avec sa courte honte. Monsieur Tamiral s'estant aussi retire à Saint-Jean-d'Angely et ayant entendu que monsieur le prince de Navarre estoit à Xaintes, l'alla incontinent trouver et rallia le reste des corneltes, donna bon ordre à toutes les places, se montrant dès ce jour aux champs; et le cinquiesme après, pour faire veoir à un chacun ce qui avoit esté fait le jour de rencontre, fit avec messieurs les princes récence de la bataille, monsieur Dandelot et de la Rochefoucault de Tavant-igarde, où il se trouva trois mil gentilshommes françois armes et montés et mieux résolus que jamays.

N° XXXVIll.

RELATION DES CHOSES QUE j'aI NOTJÊES EN CE VOYAGE QUE j'aI FAIT EK FRANCE, AU CAMP DU DUC d'aNJOU, FRERE DU ROY.

(D'après roriginal aDODyme.)

MARS ET AVRIL I SÔg.

I^ bataille en laquelle mourut le prince de Condé advint le 1 3® jour de mars, et fut ainsi que, par délibération de l'admirai, lequel voulant le jour précédant faire bravade à l'armée dudit duc d'Anjou par une escarmouche qu'il fit à Chasteau-Neuf, ville assise sur la Charente^ du costé de Bordeaux, où il y avoit un pont, duquel ceux dudit sieur d'Anjou estoient maîtres, par lequel on pou voit venir à l'armée du prince de Condé, estant logé en deçà laditte riyière de Charente, là où elle demeura tout le reste de ce jour qu'ils avoient fait laditte escarmouche qu'estoit le la^, et se logeoit à une demy-lieue près de laditte rivière; et cognoissant l'admirai le désir que les catholiques avoient de combattre les huguenots, de quoy tous les jours ils en cherchoient les occasions, il vouloit le lendemain, qu'estoit le i3^, la leur donner par autre escardiouche qu'il avoit délibéré de donner, et faire que partie

de l'arinée des catholiques passassent ledit pont , et après donner dessus avec toutes les forces des huguenots, se promettant par ce moyen les deffaire sans qu'ils pussent estre secourus , pour ce que les catholiques ne pouvoient venir au secours en escadron sinon à la file : et de tout cecy l'on entend que ledit amiral en faisoit plusieurs discours la nuit avec les siens, en se gaudissant et disant que le lendemain ils verroyent de ses tours. Estant préveu tout cecy par le conseil dudit duc d'Anjou, mesme de monsieur de Tavannes, lequel a la superintendance et manyment des affaires de la guerre en ce costé-là, trouvèrent qu'il estoit nécessaire de n'attendre aultre occasion de combattre l'ennemy, car auparavant il se logeroit en lieux fort avantageux et là où ne leur pourroit beaucoup nuire, et que pouvant passer la rivière, l'advantage seroit égal pour les uns et les aultres. Pour quoi à toute diligence on feit dresser deux aultres ponts sur laditte rivière , lesquels furent faits deux ou trois heures avant le jour, et dès lors commencèrent les catholiques tellement .que, avant Faube du jour, toute l'armée fut passée et se trouva du mesme costé des huguenots ; n'estant Fadmiral averti des ponts qu'avoient esté faits , bien lui vint-on dire que les catholiques passoient , mais il entendoit que c'estoit seulement par sur ledit pont de Chasteau-Neuf, qu'estoit tout ce qu'il demandoit; et comme lui-même s^avança à l'aube du jour d'aller recognoistre les catholiques, lesquels ne se découvroient sinon bien près, et se tenoient au long de la rivière, qu'estune vallée fort peuplée d'arbres, et estant le* dit amiral sur un hault ^ il descouvroit le bagaige des catholiques environné de huit cent hommes qui estoient demeurés de l'autre costé de la rivière, et jugea ledit admirai que ce devoit estre l'arrière-garde desdits catholiques , dont il fut fort joyeux , et pour ce il manda incontinent au prince de Condé, qu'estoit logé à une demy-lieue en deçà, qu'il s'avanceast et qu'il fist marcher tous ses gens : à quoy le prince fut fort diligent, de manière que en peu d'heure il se trouva bien près des catholiques, et se commença l'escarmouche. Et dès lors se commença à descouvrir toute l'armée des catholiques en escadrons et bataille; ce que recognoissant l'admirai se trouva fort estonné et trompé, et vouloict obvier de ne combattre, mandant au prince qu'il se deust retirer, et de mesme feit le semblable à leur infanterie et artille- T. IV. 6a

rie siDS attendre la réponse dudh; prince, laquelle il fist envoyant dire audit admirai qu'il estoit si advant et près des catholiques, qu'il ne se pouvoit retirer sans grande perte et fuite , et que nëcessairement il falloit combattre ; ce qui desplut fort audit admirai , lequel ne Touloit rien hasarder. Toutesfois, voyant la nécessité, il fut contraint de le fiûre et chai^ea avec six cent chevaux le pi*emier, et fut sa charge fort froide sans enfoncer, sinon laisser au long l'escadron qu'il chargea : ce que voyant ledit Condé dit fort haut: aVoilà l'admirai qui a (ait un tour de clerc; mais je lui veux montrer comment il faut chaîner, y> et ayant fait quelque harangue à ses gens, il s'avança avec son escadron qu'estoit iMen de huit cent chevaux, et en s'approcfaant faisoit faire plusieurs courbettes à son cheval^ par réjouissance, et chargea avec grande force un esœdron de chevaux que menoit le sieur de la Hocette, lequel il enfonça, rompit et deffit entièrement, et passant ouhre, chargea celui de messire de Guise et de Martiguer, et l'enfonça encore; et lors monsieur de Tavannes, qui donnoU ordre partout, feit charger les reitres de Bassompierre au flanc dudit Condé, tellement quils le contraignirent de se retirer et rompirent grande partie dé son escadron, lequel ledit Condé pensoit ralier, ce qui lui futempesché, car il fust chargé une aultre fois par M. de Guise et les reistres, et en ceste charge se mirent en fuite ceux dudit Condé, le cheval duquel (ut blessé de plusieurs ooqps de pistolets et tomba par terre, d^meumtit dessoubs un bras et une jambe dudit Condé, lequel appercevant un gentilhomme nommé monsieur d'Argence, qui estoit au service du roi, l'appella disant : oc Ho Argence mon amy, sauve-moy la vie et je te donne cent mille escus. » Ce que lui promit faire ledit Ârgencè et le releva; et comme cecy se passoit devant, monsieur d'Anjou survint là auprès lui/ faysant suivre les ennemys qui fuyoyent, et reconnoissant ledit prince la cornette dudit d'Anjou, il dît :« Voyez la cornette de Monsieur, je sois mort; » et d'Ai^ence luy dit : « Non estes. Monsieur^ bouchei^vous le visite,» €ar il avoit osté auparavant son habillement de test^ ; mais Dieu vouloit qu'en arrivant ledit d'Anjou, plusieurs recognurent ledit Condé , et fut commandé que l'on le tu&t, ce ^ue fiit incontinent finit; et mi vecepvant le premier coup, ledit Condé dit : «c Et à cette heure serez^ous conlans? x> et ne dit jamais autre parolle. JL'admiral, Dtndeiot, La Ro-

chefoucaulty Montgoniery et plusieurs autres principaux se sauvèrent à Cognac et à Saint-Jehan d'Angely^ et quant à Tinfanterie , elle s'estok desfà auparavant retirée à Jarnac, romrpaiit le pont après eux afin qu'ils ne fussent suivis. Il ne mourut personne de nom que ledit Coudé, et le nombre des morts de son conseil fust de trois à quatre cens, la plus part gentilshommes, et environ cent de prisonniers, que quasi sont tous es mains des rayttes* Du costé du sieur d'Anjou, il en mourut de quatre-vingt à cent , entre lesquels fut blessé le comte de Lamirande , qui depuis mourut. Ceste deffaite estant passée en la sorte que dit est, l'amiral a esté deux tnois sans se laisser voir et parler à personne, au bout desquels il reprint quelque courage, et feit assembler toute la noblesse qui leur estoit restée, à laquelle il feit une longue harangue sur le désastre qui leur estoit advenu , lequel il attribuoit à la mauvaise vie qu'ils menoyent, et que Dieu les avoit voulu diastier ainsi qu'il faisoit par le passé. Les siens alléguant quelques passa^ du Vieux Testament, après il dit qu'il ne falloit point perdre courage et que si bien ils a voient perdu leur chef ^ qu'il ne leur en manquoit un autre, qui estoit le prince de Navarre, lequel estoit présenta laditte assemblée, en nommant lequel ledit amiral avoit la main au bont>et et. lui fit une grande révérence. Ce fait, il feit une reveue de leurs gens, desquels ils trouvèrent encore en nombre de deux mille et sept cent chevaux, dont les mil cinq cent sont gentils hommes, et de huit à neuf mille piétons, dont il est quatre mille bons arquebuziers gascons. Quelques jours après le conte de Larochefoucault alla en Angleterre, et ne sçait-on en quel effet.

Les ennemys ne se sont montrée en campeigne depuis laditte deffaite à jusques le mardy de la sainte sepmàine, que quatre cornettes des leurs se mirent aux champs pour recognoistre l'armée des caitholiques, lesquelles cornettes, furent rencontrées par les sire de Guyse et de Brisac, qui, semblablement, alloyent pour voir ce que faisoit l'ennemy avec six cent chevaux; et prindrent la fuyte lesdits ennemys, que ne peut estre si soudaine que lesdittes cornettes ne demeurassent prinses, et plusieurs que tués que prisonniers, lesquels ont demandé pardon audit seigneur d'Anjou , promettant de cy-après servir le roy fidellement, et dient que depuis la mort de Condé grand partie de gen-

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tils hommes qui sont avec Tamiral rabandonnoyent volontiers et po* seroyent les armes s'ils sçavoyent que le roy les receut en gr&ce : ce que les en a assuré ledit seigneur d'ànjou , tellement qu'il n'y a jour qu'il ne se en passe quelques uns de son costé, et les permet ledit sieur d'Anjou de servir le roy en son camp. L'on espère que plusieurs feront les mesmes, voyant la douceur et bon traitement que l'on leur fait. Plusieurs de ceux qui furent prisonniers et mis à rançon ont voulu demeurer au camp de mondit sieur d'Anjou, sauf environ dix ou douze que, par l'advis de quelques-uns du conseil, sont retournés trouver ledit amiral et ont promis de faire quelque service notable au roy.

La princesse de Condé estant visitée par l'admirai pour la consoler de la mort de son mary, dit audit amiral plusieurs injures en l'appelant méchant, traître, qu'il avoit mené son mary à la boucherie, et qu'il s'en estoit fuy.

Les vicontes de Lauguedre font tout leur possible pour eux venir joindre avec l'admirai ; mais jusqu'à présent ils ont esté empeschés par monsieur Monluc.

Ledit admii*al avec environ huit cent chevaux s'estoit parti d'avec les siens en prétention d'aller rencontrer le duc de Deux-Ponts et avoit desjà cheminé douze lieues, mais estant adverti ledit sire d'Anjou, le feit devancer par quinze cens chevaux qui lui avoit gagné le devant, et ainsi fut contraint de retourner d'où il venoit.

Les huguenots fuyent toutes les occasions de venir aux mains avec les catholiques et n'attendent jamais. Il est vray qu'ils se peuvent maintenir quelque temps où ils sont , et jusqu'à ce que en ce quartier il y ayt deux champs pour le roy, car pendant qu'ils tiendront les places deçà et delà de la Charente, l'on ne leur pourra faire grand mal, à cause que quand ils sont d'ung costé et que l'on les y va chercher, ils repassent de l'autre^ ayant les passages à commandement , ce que n'ont les catholiques; et faut nécessairement prendre les villes qu'ils tiennent sur la rivière, ce que ne s'est peu faire jusques à présent , pour ce que ledit sire d'Anjou n'a voit nulle artillerie pour battre, laquelle lui est arrivée jusqu'à vingt canons, et délibéré aussi de partir son camp en deux, et n'y aura partie qui ne soit autant et plus forte que toute la

troupe des enuemys, lesquels, selon mon jugement, se perdront tous avant qu'il passe trois moys, ou bien seront contraints de fuyr en Angleterre.

L'on entend par les prisonniers qu'il y a près d'un millon d'or à la Rochelle, lequel s'est ramasse de longue main, tant du domaine de Guienne qu'ils ont'Ievé un an devant, et une taille qu'ils firent de cinq cent mille francs, de quoi ils ont esté payés, et le reste est venu d'Angleterre, et cest argent se gardoit pour le payement des gens dudit duc des Deux*Ponts, sur lequel les huguenots ont tout leur espoir. Mais ayant vus en quel estât estoit la France et les villes de passages gardées , se trouve qu'il est impossible que ledit de Deux-Ponts puisse passer^ car pour arriver jusques-là où est l'admirai, il y. a cinq ou six grandes rivières à passer, tous les ponts desquelles sont rompus de tous costés, et tous les bateaux retit*es aux villes; es quelles villes il est incroyable la garde que l'on y fait, car les portes y demeurent fermées nuict et jour, et ne peut y entrer et sortir personne qu'il n'ait bons passeports et certifications ; et davantage , ils se sont tellement asseurés des huguenots, que, s'estant fait quelque massacre d'aucungs, tous les autres s'en sont fuys et n'y en est demeuré nuls es villes; joint aussi que par édit du roy il est commandé à un chascun d'aller à la messe. Le peuple est tant animé contre lesdits huguenots, considérant le dommage qu'ils ont souffert et souffrent pour eux, que la pluspart des paysans menacent les seigneurs qui sont huguenots de les brusler dans le chasteau ; et quand il passoit par le pays de la Beausse, il y eut des payssans qui sachant que le seigneur faisoit faire un pi*esche en un boys, ils attendirent qu'il retournât et le tuèrent.

C'est belle chose que de voir en quelle dévotion le peuple va au service divin et le désir qu'il a de l'extirpation de ces héréâes, dont il est tout apparent qu'elles ne régneront plus en France, pour le bon ordre que l'on y tient.

Ledit duc d'Anjou promet beaucoup de sa personne; il est de nature mélancolique, homme qui ne s'ayme sinon à la gueiTe ; il tient assez sa réputation avec un chascun, il est fort crains, cruel, libéral, il méprise beaux vêtements, il s'abille tout simplement, il parle autant bien qu'homme qui se trouve, et ne. parle sans propos; il rit peu

sou^ent^ il est voilant et diligent au possible , au reste il est fort dévot. Et quand il est à la messe , il ne cesse d'être en oraison, et mesme après la messe finie il demeure un quart d'heure à genoux perfaisant ses oraysons. Tous ceux qui sont de son conseil, je n'ai entendu aucun soubçon sur eux, sinon ont esté toujours tenus pour grands catholiques et gens de bien. Ce sont mesâeurs de Montpensier, de Sansal, de Tavannesy de Martiguer et président Byrago, et quelquesfois on y appelle Carnavalet en choses que l'on veut bien qu'il sache.

Pendant que j'estoys là vindrent les nouvelles comment le duc de Deux-Ponts estoit entré en Bourgoigne, et ce jour-là je disnay eu la compagnie desdits du conseil , et n'y failloit sinon monsieur de Montpensier. Se venant à parler de laditte entrée en Bourgoigne, ils murrauroient fort de ce que le duc d'Alve n'avoit fait empescher ce passage , et mesmes d'avoir refusé l'entrée à monsieur de Nemours, qui s'estoit offert d'y entrer; et sur ce monsieur de Martiguer dit que c'estoit à sa descharge pour charger son compagnon , et que monsieur le duc deust considérer que tel chemin que prendroient les affaires de France, le suy vront les Estats du roy son maistre , et qu'ils nous avoyent osté le plus grand ennemy que nous eussions. Car tout le desseing que ledit prince de Condé avoit, estoif de mener la guerre es Pays-Bas. Quant à monsieur de Tavannes, il dit que s'il eût esté en la place de monsieur de Nemours, qu'il n'eust demandé congé, mais qu'il fust entré dedans, et dit encore que qui l'eût creu , il y a longtemps que le comte de Bourgoigne, etc., et ne dit davantage. Enfin tous unanimement louèrent beaucoup la conduite et les, etc., etc., qu'avoit fait faire es pays de par deçà ^ dont ils avoient donné le mesme conseil au roy de France quand il fut à Bayonne , lequel le conestable répugne fort. Mais tous recognoissent que ce conseil estoit bon, puisque de celuy ledit duc en avoit usé et bien conduit les affaires de son maistre, et qu'il leur falloit confesser que c'estoit le plus grand capitaine qui se trouva au monde , et le prioyent de prendre leur querelle en protection et s'ayder les uns les autres puisque c'estoit pour un mesme fait, et quant à eux ils ne craignoient les armées qui sont pour le jourd'huy dressées contre eux , sinon que d'icy à deux ou trois moys il ne s'en mette sus quelque autre nouvelle, que Casymire ou autre prince d'Almaigne

amène. En ce cas ils disoyent qu'il faudroit que monsieur le duc y fist fasce, car autrement ils seroient contraints de venir à quelque parti qui seroit dommageable aux deux royaumes , et y procédant monsieur le duc en ceste sorte ils s'assuroient de finir toutes les guerres dedans troys mois, avec l'entière ruyne de leurs ennemys.

Je parlay à un hérault du roy de France qui avoit esté envoyé vers ledit duc des Deux-Ponts , pour savoir son intention , ce qu'est ce qu'il vouloit dire , et lui notifier la mort de Condé ; ledit hérault dit que le prince d'Orange lui dit qu'il faisoit tout son effort pour divertir ledit duc de Deux-Ponts à ce qu'il n'allast en France, et que volontiers il faisoit cet ofBce parce qu'il esioit très-humble serviteur du roy de France; mais quant à dire queOondé estoit mort, que c^eatoît men^ soi^e , et qu« le jour le duc de Deïix-Ponts avok heu lettres de luy.

Les deux mareschaulx enfaoa du cenuestoble sont à leur maisûu à Gentilly, et auparavant la mort de Condé celui de Montmorency avoit fait faire levée de souldats sans commandement du roy, et jdisoit que ^c'estoit par son plaisir et feignoit d'aller visiter avec lesdfts soudard son gouvernement, es villes duquel , mesBtie à Gompiègne^ l'on ne viouloit laisi&er entrer. Le roy en estaat adverty lui manda que ses gens n'ies* toy^ent nécessaires et qu'il les liœntiast, ce qu'il délaya de faire jusques au second comiBandemieat que vint après la mort de Condé , entendant lequel il le licentia. L'on a mauvaise opimon de Luy et tient-on pour cei'tain qu'il vouloit faire quelque chose s'il eust heu les moyens. 11 xie va point à Pans, car il sçait qu'il y 'est fort mal voulu. Et quant au mareschal d'Anville, il demeure quoy en sa maison, doat l'on est fort efhàbjj car il a toujours bien fait pour le pasaé.

II se dit tout puUiquemeet au camp dudit duc xl'Anjoii que, ayant mis fin à leurs giuscrcs , as scmt délibéras de la faine en AUemaîgne , et se vanger de leurs ennemys, car ils cog^çk^eat que la condition idu François est qu'il ne peut demeurer sans guerre , et par ainsi qu'ils la veukxxt entretenir hors du pays.

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