‹ Documents inédits concernant la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 20 sur 23 · A L'ILLUSTRISSIME SEIGNEUR · texte numérisé non relu

A L'ILLUSTRISSIME SEIGNEUR

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^BOCUREUB ET PROTECTEUR GÉNÉRAL DBS AFFAIRES CONCERNANT LES PAUVRES DANS TOUTE LA FRANCE.

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Très-illustre Seigneur,

Votre piété envers Dieu et votre sollicitude envers les pauvres , deux vertus qui ont toujours brillé en Vous du plus vif éclat , me font croire aisément que Vous n'apprendrez pas sans plaisir les soins qu'on s'est donnés ici pour ouvrir aux pauvres un grand nombre d'asiles. La renommée a dû vous en porter déjà quelques nouvelles , mais incertaines encore et confuses.

J'entrerai d'autant plus volontiers dans ces détails, que j'ai tout lieu de croire que d'autres villes et d'autres provinces se laisseront entraîner à notre exemple , et entreprendront des œuvres semblables en faveur des malheureux. Je commencerai mon récit par l'homme sous les auspices duquel nous

avons traviûUé , dont le zèle et les soins incessants ont donné le commencement à notre œuvre et Font conduite à une heureuse fin : je veux dire Texcelleatissime seigneur François Nicolini , prolégat d'Avignon. Depuis qu'il est chargé , au nom du Saint- Siège , de Tadministration de cette ville et du Comtat-Venaissin, ce digne prélat s'est occupé tout entier de nos mendiants et des moyens de remédier à leur indigence.

Je ne parle pas de ses autres services qui regardent tous rhonneur de la religion , la gloire de l'Église romaine , l'édat de jsa légation , le bien de nos cités et le bonheur de toute la province. Il a délivré notre Code de ces lois captieuses qui éternisaient les procès , écarté du barreau cette troupe de sangsues qui vivent aux dépens des plaideurs , et prémuni la justice contre la corruption ; il s'est donné partout et s'est constitué, sans rien craindre, le protecteur de la pauvreté délaissée et de la faiblesse contre la violence et l'injustice des puissants ; il a établi des académies qui ont leurs réunions à peu près toutes les semaines , et dans lesquelles les hommes les plus savants viennent cultiver les lettres ou résoudre les difficultés les plus abstruses de la science ecclésiastique ; lui-même assiste toujours à ces conférences et y préside. Il a réparé les voies publiques pour faciliter le commerce et le transport

des denrées ; il a fait faire Tenceinte extérieure de la ville d'Avignon , et l'a embellie de portes magni** fiques et de belles promenades plantées d'arbres ; il a rebâti la façade du palais apostolique , et Ta en- Tichie d'nne belle entrée et d'un escalier en pierre large et commode. Mais je passe sur tous ces travaux et sur beaucoup d'autres semblables. Quelque multipliés qu'ils fussent , ils ne purent jamais empêcher le Prolégat de s'occuper des pauvres , des malheu-« reox et des délaissés ; aie voir prendre en main leurs intérêts, on eût dit qu'il n'avait aucune autre chose à Êdre et que toutes ses pensées se rapportaient à cet objet.

C'est le témoignage que rendent et tant de maisons fondées à Avignon pour accueillir et soigner les malheureux , maisons achetées sous son inspiration et son patronage^ et pourvues en abondance de tous les secours nécessaires dans les maladies particulières aux gens de cette classe, et les scrofuleux que l'horreur de leur mal avait exclus de la société des autres hommes , et qui ont trouvé un asile sûr où se réfiigier, et les pauvres insensés à qui ce charitable prélat a assigné une demeure, et qu'il a commis à la garde et aux soins de personnes dévouées. Avignon n'est pas seul dans ce concert de louanges ; les villes environnantes et toute la province y font en-f tendre leur voix. Les nouveaux convertis arrachés

au calvinisme sont logés dans un hôpital à Avignon ; là, non-seulement on leur donne renseignement spirituel qui éclaire leur âme et dissipe les ténèbm amoncelées au contact de l'erreur, mais on pourvoit à toutes les nécessités de leur corps , et ils restent autant qu'il en est besoin.

Depuis bien longtemps on avait commencé à Avignon un asile pour les pauvres ; cet asile avait des revenus assurés , mais en petite quantité. Il contenait un bon nombre de pauvres ; mais il en restait beaucoup encore , et ses revenus ne lui permettaient ni de les recevoir, ni de les entretenir. Ces malheureux s'en allaient par la ville, mendiant de porte en porte, à la grande incommodité des habitants, et an détriment de la religion et de la piété ; car il est trop ordinaire que cette vie de vagabondage et d'oisiveté entraîne tous les vices après elle. Le Prolégat pensait donc aux moyens de venir au secours de ces indigents , et de les arracher au vice et au désœuvrement, quand il apprit l'arrivée à Avignon du P. Honoré Chaurand, de la Compagnie de Jésus. Ce Père venait de Normandie , et s'était beaucoup occupé des asiles pour les pauvres. Le Prolégat le fait venir immédiatement au palais apostolique , et mande avec lui les principaux citoyens de la ville qu'il savait être plus dévoués aux intérêts des pauvres. Sur l'ordre du prélat, le P. Chaurand exphque

k manière dont il a établi en plusieurs villes du

^ Toyaume des maisons pour les pauvres, maisons qui

!. subsistent sans revenus annuels , grâce aux seuls

: secours de la charité volontaire. Il exposa de telle

-fiiçon son système , qu'il parut à tous de l'exécution

la plus simple et la plus facile.

On le pria de vouloir bien lui-même en faire un essai à Avignon, et de se charger du soin de cette affiedre. Il répondit qu'il le ferait volontiers , si le temps ne lui foisait défaut, mais qu'il était rappelé en Normandie parle gouverneur de la province, H. de Montausier, à qui il avait promis d'être bientôt de retour.

On jugea donc opportun de remettre à une autre époque Taffaire de l'asile des pauvres d'Avignon* Hais ce délai inattendu ne ralentit en rien le zèle du Prolégat. Il s'adressa à la cour de Rome , fit des démarches auprès de Son Eminence le cardinal Cybo , légat d'Avignon , et ne se donna point de repos que, moyennant cette double médiation , il n'eût obtenu du général de la Compagnie de Jésus la permission de faire venir, l'année suivante, le P. Chaurand à Avignon, et de l'employer en tout ce qu'il voudrait et autant qu'il voudrait.

A peine cette disposition eut été transmise au P. Chaurand que, de l'agrément du Roi, il laissa les fondations de maisons de pauvres commencées en

Normandie , et partit immédiatement pour Aiôgnoi. Il y arriva le 23 mai 1683. Il se mit aussitôt à l'œiivre, et convoqua, le jour même, les principaux de h ville chez le Prolégat pour s'entendre avec eux. Qt discuta longtemps pour savoir par quelle ville il serait plus opportun de commencer : enfin on s'arrèti à celle de Valréas. De graves et nombreuses raisons déterminèrent ce choix : d'abord Tévèque de Valréas, M^ François Suarez, paraissait devoir £Bivoriser grandement l'entreprise ; en second lieu , la fondation étant accomplie en peu de temps , comme on avait lieu de Tespérer dans une ville qui n'avait jamais posé les fondements d'aucune institution semblable , qui n'avait aucun revenu fixe pour l'entretien des pauvres , et dont les habitants , peu ^rtunés pour la plupart, ne pouvaient pas apporter à l'œuvre de grands secours d'argent, les autres villes plus riches ne manqueraient pas d'être excitées par cet exemple à introduire chez elles quelque chose de semblable.

En eflet , la maison de Valréas fut fondée , et un grand nombre d'autres après elle. La providence de Dieu éclata d'une manière merveilleuse dans ces fondations ; la charité et la libéralité des hommes pour les pauvres ne s'y montrèrent pas moins. Je veux ici faire l'histoire de chacune de ces fondations, après avoir exposé d'une manière générale le mode d'éta-

bUssement de ces asiles véritablement inspirés d'en haut, et donné la signification de certains termes que les lecteurs moins familiarisés avçc les langues grecque et latine auraient de la peine à comprendre (1).

Cette explication n*est point pour vous, illustriaime seigneur : vous pouvez remettre , et arriver d'abord au récit de ce que nous avons fait pour les pauvres , récit que vous avez si vivement désiré et demandé par tant de lettres et de prières. Souvenezvous de moi dans vos saintes prières. Adieu.

(1} L*au(eur consacre deux ou trois pages à cette explication. Les mots non latinisés dont il se sert^ comme Ptochoirophium, Nosoeomium, Orphanotrophium , etc., n'ayant pas cours dans notre langue ^ il est inutile de suivre l'auteur dans cette explication.

Narration brève et exacte des asiles de pauvres FONDÉS dans la VILLE D*AVIGN0N ET DA» TOUT LE COMTAT-VeNAISSIN PAR LES SOINS ET LE ZÈLE INFATIGABLE DU TRÈS-EXCELLENT SEIGNEUB ABBÉ NiCCOLINI , PROLÉGAT D' AviGNON.

But et forme de cette institution.

Le P. Honoré Ghaurandi prêtre et prédicateur de la Compagnie de Jésus , avait été envoyé par le Roi très - chrétien dans les différentes provinces da royaume pour établir des asiles de pauvres partout où ces fondations pourraient se faire commodément. Appelé pour le même objet dans le Comtat-Venaissin par Ms^ Niccolini, prolégat d'Avignon, il montra, par l'expérience et par les faits, que ces asiles pouvaient, même sans revenus assurés, se soutenir trèsfacilement , grâce aux seuls dons volontaires de la charité publique.

Le premier soin du P. Chaurand est de nommer les personnes qui doivent recueillir les aumônes. Ces aumônes sont ensuite remises à un questeur, puis distribuées aux pauvres selon les besoins de chacun. Douze hommes d'une piété reconnue sont choisis pour cet office : on les appelle directeurs. Ils

en portent la charge , de concert avec les autorités des villes , et chacun d'eux en prend une part égale.

Voici comment ils se remplacent. Après deux ans d'exercice, la moitié se retire, et les autres continuent leurs fonctions encore pendant une année. Six nouveaux membres prennent la place des anciens et viennent en aide aux restants , qui sont remplacés à leur tour comme les premiers, et ainsi de suite.

Ce mode d'élection et de remplacement une fois déterminé , le P. Chaurand s'occupe d'une œuvre plus difificUe : trouver en peu de temps ou, pour mieux dire , faire sortir dû néant une maison capable de recevoir immédiatement les pauvres , et la fournir en conséquence de toutes les choses nécessaires. C'est une affaire de deux ou trois jours : point de maison d'abord ; puis, tout à coup, vous en voyez une avec des cours spacieuses, salles à manger, cuisine, chambres, lits, tables, bancs, armoires, linge, et même une chapelle fort riche et fort élégante ; enfin rien n'y manque. Je ne sais , en vérité, si les siècles passés ont jamais vu de tels prodiges et de plus éclatants miracles de munificence envers les pauvres. Nous-mêmes qui en avons été les témoins et qui les avons vus de nos yeux, nous les avons trouvés si extraordinaires , que bon nombre d'entre nous se sont demandé s'ils n'étaient pas le jouet d'une illu-

— session, et que nous osons à peine nous en fier i notre propre vue.

L'administration générale de la maison est divisée en plusieurs administrations particulières , chacune desquelles a son directeur spécial, qui s'occupe des choses de son ressort. Il y a d'abord un secrétaire , dont l'office est de consigner dans un cahi^ les délibérations des administrateurs et les résolih tions prises par eux en conseil , et de porter sur le catalogue général le nom des mendiants , le lieu de leur naissance , leur âge , leurs forces et leurs ressources , s'ils en ont. Puis vient un trésorier questeur, homme sûr et religieux, qui a la garde de tout l'argent recueilli ou à recueillir dans la ville pour les pauvres ; c'est à lui qu'on remet tous les secours en espèces , et , tous les mois , il rend ses comptes. Après, vient un inspecteur chargé de veiller à la distribution de pain qui se fait chaque semaine aux indigents qu'il n'a pas été possible d'admettre à la maison commune. Cette distribution est réglée sur les besoins de chacun; le conseil des administrateurs, après une enquête préalable, en a lui-même fixé la quantité. Il y a encore d'autres fonctions : il y a un directeur , c'est le nom donné par le peuple, pour les mendiants qui viennent de loin ; il y en a un autre pour les malades qui ne sont pas à l'hôpital, \m autre pour les pauvres honteux , un autre pour

les troncs des églises , un antre, admirable invention de la charité chrétienne, pour les enÊuits pauvres Guioptés par des personnes riches. C'est ainsi que tous les membres ont un ministère spécial dans lequel ils peuvent exercer leur sollicitude et leur charité.

Le directeur des pauvres étrangers s'occupe de leur donner Taumône et de les faire sortir aussitôt de la ville ; s'ils sont vagabonils ou s'ils ont commis quelque méfait , il doit les reprendre ou les punir suivant la gravité de leur faute.

Le directeur des malades pauvres qui ne sont pas à l'hôpital est chargé de les aider dans leur maladie et de soulager leur pauvreté. Celui qui s'occupe des pauvres honteux doit accueillir avec bienveillance et bonté de cœur toutes les confidences qui lui seront faites ; il doit ensuite y selon la grandeur des besoins et la qualité des personnes , distribuer secrètement ses aumônes. Ordinairement, ce sont des fiimilles nobles qui sont réduites à ce triste état ; il doit les aider à soutenir leur vie et la dignité de leur rang. Celui qui est chargé des troncs s'occupe d'en Êûre mettre dans les églises ; aux époques déterminées , il va retirer l'argent que la charité des fidèles y a déposé, et le remet entre les mains du questeur pour être joint au trésor commun des pauvres.

La charge de beaucoup la plus importante pour l'entretien et la' bonne éducation de ces malheureux

est celle qui consiste à leur trouver des parents adoptiis. Celui qui a cette charge doit s'adresser aox familles les plus opulentes , et , mettant en œuvre toutes les ressources de son zèle et de sa piété , leur faire adopter un pauvre qu'elles s'engageront à noiu^ rir, comme si elles le recevaient de la main même de Dieu. Elles continueront de faire à l'œuvre commune les aumônes ordinaires , mais ce sera sans préjudice des secours particuliers qu'elles accorderont à celui dont elles se sont constituées les tuteurs, les patrons , ou plutôt les pères.

Toutes ces dispositions étant prises , on s'occupe d'organiser l'asile de la manière vraiment nouvelle et merveilleuse que j'ai racontée plus haut ; et en peu de temps, grâce à quelques autres industries que je vais décrire à présent , tout se trouve achevé , à la stupéfaction générale.

On commence par louer une vaste maison , facile à disposer en très-peu de temps, moyennant l'argent de la Providence, selon les exigences d'un asile ; puis , dans de fréquentes instructions au peuple , le P. Chaurand , aidé de quelques religieux de son ordre, parle de l'utilité que ce soin des pauvres doit apporter à toute la ville et à chaque famille en particulier : non-seulement ils seront enrichis des trésors célestes de la grâce que l'aumône ne manque jamais d'ouvrir, mais ils verront leurs villes et leui'S

ipagoes déliTrées de menjiints imporums oa de reors i-agaboods, et. de li scne. zkOQ-senleiDefit liminueront le nombre des sjeniîasts. mais, et i est an autre avantage, ils k^ r^Eodrc^tt meîU^irs >los religieux.

«e P. Cbaurand et s^ compagiM>n5 faisaient alors i peinture extrêmement nve des désordres de t genre qui accompagnent le vagabondage H la ndicité. En effet, les témoignages les plus oatains dontrent que , dans presque toutes les villes du aume où règne cette plaie , tous les vices s'étasent avec elle : plus de religion , plus de vertu ; sque dès Teniance, plus de pudeur ni de retenue ; ^ ignorance profonde de toutes choses sumatues, et la domination sans frein des vices que nous ns même horreur d'envisager par la pensée; in , si on examine leurs mœurs , ces malheureux Dt de chrétien que le nom.

Ljoutez à cette vie de corruption le désœuvrént , source assurée de tous les vices , auquel ne nquent pas de se li\Ter les mendiants de pro- >ion , et d'où il est impossible de les faire sortir. Iprès cette peinture des maux qu'entraîne à sa te la mendicité, les prédicateurs n'avaient pas de De à persuader à leurs auditeurs combien il imtait à l'autorité de l'État , à l'honneur de la relin , à la gloire de Dieu , de soustraire ces misé-

rables à leurs tristes habitudes et de les renfiermer dans Venceinte d'une demeure fixe , où ils troave* raient à la fois des occupations utiles selon leori diverses aptitudes , des leçons publiques et privées de piété chrétienne , et tous les charmes de la vie * domestique.

Après cela, les Pères venaient au détail des choses

nécessaires à chaque maison , et tout d'abord ils annonçaient une quête publique, en rappelant d'une part la puissance de Taumône pour nous rendre Dieu favorable ; de l'autre sa nécessité , à cause de la grande détresse des pauvres, et l'obligation où sont tous les chrétiens de secourir les malheureux selon leurs ressources.

Ds désignaient ensuite , pour recueillir ces aumônes, quelques hommes choisis parmi les plus recommandables par leur position et leur vertu ; ces personnages, accompagnés des administrateurs, se mettaient aussitôt à parcourir la ville , fi^ppaient à toutes les portes , môme à celles des plus modestes artisans , et disaient avec douceur qu'ils venaient au nom de Jésus -Christ , et qu'ils recevraient de grand cœur l'argent qu'on voudrait bien leur donner pour le soulagement de ce divin Maître , souffrant dans la personne de ses pauvres.

Les Pères emploient aussi à cet exercice de charité des femmes prises parmi les plus pieuses et les

-aéras respectables. Les femmes sont, en effet, portées us vivement à la compassion et à toos les minisres de la charité : c'est , chez elles • comme une clination de la nature. Ajoutez à cela une force 3 persuasion qui parait innée en elles. Ces qualités, limées encore par le souffle de T Esprit-Saint et par feu de la charité , donnent droit d'attendre de leur lie les plus beaux résultats.

Pendant qu'on fait ces quêtes d argent , on ne dit is un mot des autres choses qu il faudra bientôt ^mander ; les Blissionnaires attendent que l'argent ni ramassé pour faire un nouvel appel à la charité îs habitants. C'est alors qu'on s'occupe de pour* lir à l'ameublement de la maison des pauvres ; )ar cela, d'après la pratique du P. Chaurand, les lissionnaires ont quatre choses à faire : premièrelent^ avoir présente à la mémoire , et jusque dans s moindres détails, la liste de toutes les choses k^essaires à l'ameublement d'une maison compléiment vide : cuisine, réfectoire^ chambres, lits, sstiaire , lingerie , chapelle domestique ; Secondement, s'informer avec soin de ce qu'il 3ut y avoir dans les maisons particulières de su- 3rflu ou de peu utile pour elles , mais de nature à re utilisé dans l'asile des pauvres ; Troisièmement , donner avis, par un discours ap- [X>prié à la circonstance , de la quête qu'on se pré-

pare à faire ; montrer que cette qnète est absolument nécessaire, et que, du reste, elle n'a rien d'onéreni, puisqu'on ne demande que les choses superflues oa celles dont on peut se passer sans grande incommodité ;

Quatrièmement , dès qu'ils auront remarqué à h physionomie de leur auditoire qu'il ne verra point cette quête avec déplaisir, et qu'il sera même disposé à y contribuer du sien ^ dérouler la liste dont j'ai parlé plus haut ; promener l'imagination de leurs auditeurs dans toutes les parties de leurs msdsons , et, avec eux, jeter partout des regards scrutateurs, dans les cuisines , les chambres , les lits, les buffets, les armoires, les greniers, les coins les plus secrets, et ne rien laisser sans un examen attentif; demander, en voyant chaque objet , si cette chose est vr^ment si nécessaire ou si utile qu'on ne puisse , sans une privation notable, la donner à Jésus-Christ indigent qui la demande par les prières et les larmes des pauvres , et si l'on aime mieux voir mille choses moisir inutilement dans les coins ou se perdre dans les armoires, rongées par les mites, ou pourrir dans le fumier au milieu de toute sorte de rebuts, que de les faire servir aux pauvres , d'en couvrir leurs membres et d'en enrichir leur cuisine^ leurs dortoirs, leurs chambres, leurs lits et leur chapelle.

Pendant que les prédicateurs proposent ces ré-

cions au peuple avec toute Téloquence dont ils ni capables , et allument dans toutes les âmes le I de la charité , on prépare des chariots de transir! , et des hommes d'une probité à toute épreuve •Bt nommés pour recevoir les offrandes ; puis, sans icon retard , on fait annoncer dans toutes les rues, son de trompe , que les chars vont bientôt parai- ■e; par conséquent, chacun est prié d'apporter sur i me ce qu'il veut donner. Tous ces objets sont Qtassés sur les chars à mesure qu'ils passent , et ansportés sur-le-champ dans la maison des paures. La collecte est si fructueuse que cette maison , ide de toutes choses au lever du soleil , se trouve ï soir abondamment pourvue de tout ce qui est écessaire.

A mesure que ces offrandes arrivent , des administrateurs les reçoivent et les font porter chacune n son lieu. Après cela , on s'occupe de faire faire les habits aux pauvres inscrits sur le catalogue ; la oifiEure et la veste sont bleues , le reste du vêtement ist gris cendré.

Les habits terminés et la maison convenablement bumie du mobilier nécessaire, les pauvres sont conluits solennellement en procession à travers la ville , it conviés ensuite à un grand repas dressé dans un ieu découvert, en vue de tout le monde. Rien de >lus touchant que ces processions. Ces pauvres gens

de toat Âge , de tout sexe , marchent deol ^ *^| chacun à sa place , avec une modestie et ttn6 r ^ parfaites. On ne saurait croire Teffet produit sot C^ qui sont témoins de ce spectacle ; des larmei ^ compassion coulent de tous les yeux , et Vvsûl ilr bourses se délient pour verser d'abondantes anm^ nés. Le repas vient alors : c'est une nouvelle s6ba où la piété chrétienne et la charité se déploient aiee un éclat merveilleux. Les pauvres prennent plaœ aux tables qu'on leur a préparées; les premiers citoyens de la ville servent les hommes , les daines .servent les femmes. Tous rivalisent d'empressement à rendre leurs offices à Jésus-Christ, que leur fi» découvre sous cette vile et misérable enveloppe de la pauvreté.

Cependant on entend les joyeuses fanfares des Ironipeltes , les concerts des musiciens , les cris de joie de toute cette foule transportée. Le repas terminé , chacun reprend son rang, et la procession se met en marche vers la maison destinée à recevoir les pauvres. Une prédication les attend à leur arrivée. On leur rappelle en quelques mots qu'on ne les réunit pas seulement pour leur donner la vie du corps, ce serait s'en tenir au niveau de l'animal, mais pour les faire vivre d'une vie sainte , comme il convient à un chrétien. Ils trouveront dans cette maison tout ce qui est nécessaire à chacune de ces

^^s ; ils en sont redevables à la charité des rehabitants de cette cité , où le ciel leur a fait la ^ naître. Pour répondre à cette faveur d'en y à cette générosité de leurs concitoyens, ils ^veiit se montrer reconnaissants , donner Texempfed'onevie chrétienne, observer avec une exacti- ^ tilde diligente la discipline de la maison , se porter Avec joie et promptitude à toutes les choses qui MTont demandées à leur obéissance.

Après le sermon , on chante un Te Deum solennel; pois on fait le recensement de tous ces pauvres d'iq>rà8 le catalogue du recteur, pour s'assurer si personne ne s'est glissé au milieu d'eux par fraude on par ruse , à l'insu de ceux qui ont la charge des admissions.

Fondation de Vasile de Valréas.

Valréas parut la ville la plus proprcrà recevoir les premiers commencements de l'œuvre des asiles. Par ordre du vice-légat, le P. Chaurand s'y rendit, accompagné de deux prêtres de la Compagnie.

Aussitôt qu'ils furent arrivés, les Pères convoquèrent le conseil public de la ville , lui donnèrent lecture des lettres du vice -légat qui recommandaient vivement aux magistrats l'aiTaire dont ils étaient chargés, choisirent peu après douze recteurs,

et se mirent ù la recherche d'une maison pour lei pauvres. M. de Vinsobres offrit la sienne ; elle était grande et suffisamment appropriée à Tusage qu'oi voulait en faire. On s'occupa alors du mobilier : 1 vint de tous côtés , avec une abondance extraordinaire. Pendant deux jours , plusieurs chariots ne firent autre chose que de le transporter. On en eut assez pour meubler immédiatement les chambres , préparer une salle à manger assez vaste pour contenir aisément quatre-vingts personnes , et orner une chapelle. Quant aux aumônes en blé et en vêtements , elles étaient si nombreuses que non-sealement elles fournirent aux besoins de Theure présente , mais qu'on en fit de grosses réserves pour les nécessités à venir.

Les artisans rivalisèrent avec les riches dans cette œuvre de bienfaisance ; bon nombre d'entre eux tinrent offrir leurs services , et s'employèrent pendant plusieurs jouns à toute sorte d'ouvrages sans exiger aucun salaire. Il faut dire toutefois que, dans ce commun élan de générosité , la première place appartient aux plus grandes dames de Valréas , qui , pour secourir la misère des pauvres , n'épargnèrent pas même ce qu'elles avaient de plus cher. Leur charité porta le ravage au milieu de leurs parures et de leurs trésors ; les unes Uvraient leurs chaînes d'argent, les autres leurs bracelets, leurs colliers ou leurs

anneaux : c'étaient les trophées que leur piété consacrait à Jésus-Christ, honoré dans les pauvres.

M"^ d'Esparron était la plus illustre d'entre elles ; nais la noblesse de sa naissance le cédait à l'éclat de sa charité et de ses vertus. Avec plusieurs autres daines, elle se choisit un appartement dans la maison même des pauvres , et se chargea de tous les soins du ménage. Bientôt cet exemple fut suivi; un grand nombre de femmes, dans la mesure des loisirs que leur laissaient leurs propres afiaires, voulurent prendre leur part d'une si noble tâche. Elles se déterminèrent un certain temps pour venir chaque jour travailler auprès des pauvres, et apprendre aux jeunes filles et aux femmes plus âgées les divers ouvrages de leur sexe.

Un prêtre très-recommandable se renferma aussi dans cette maison , et se voua tout entier au bien spirituel de ses habitants. C'est ainsi que ^ dès les premiers jours , tout se trouva disposé dans un ordre parfiût. Rien de plus réglé que cette nombreuse famille : partout le silence et la modestie , partout l'amour du travail , et une régularité si belle qu'elle fait Tadmi ration de tout le monde.

Fondation de Vasile de BoUène.

La fondation de cet asile fut traversée par je ne sais combien de causes , dont une seule panûssttt suffisante pour Tempècher à jamais. Sans parler des mendiants , dont le nombre était considérable , il ; avait une multitude de pauvres dont la misère n'était pas moindre ; chez plusieurs même , elle étût plus profonde. Les riches et les nobles étaient en fcsrt petit nombre , et si peu favorables au dessein d'ouvrir un asile , qu'ils le combattirent de toutes tous forces. Du reste, à leurs yeux , c'était une entreprise non moins impossible que la découverte de la pierre philosophale. C'est dans ce sens qu'ils écrivirent au vice-légat. Après lui avoir fait un tableau de toutes les difficultés à surmonter, ils concluaient en disaut que c'était un projet tout à fiât inexécutable.

Un nouvel obstacle surgit bientôt. Le P. Chaurand tomba tout à coup malade ; c'était le créateur de ces œuvres et leur principal organisateur ; lui manquant, tout paraissait devoir languir et prêt à se dissiper. Mais le vice-légat écrivait lettres sur lettres aux magistrats de la cité. Ces exhortations multipliées portèrent leurs fruits ; elles remplirent d'une telle ardeur les habitants de BoUène , qu'à force de travail ils tournèrent ou franchirent toutes les difficultés qui

s'opposaient à leur miidie, et. arac Taide de Dîea « Ab ^assirent à finider dans leor Tille ODO inaîsoa des panrres.

Dès la première qoète, on recaeillit trois cent dnqoante écus. Pour le mobilier , on ramassa une si grande quantité d'objets de toute sorte, que toutes les espérances furent dépassées ; car la ^ille n'est ni riche ni étendue. Les femmes se dépouillèrent de leurs bijoux d*or et d'argent pour les consacrer à de plus saints usages, et ces riches offrandes rendront témoignage dans lavenir de leur générosité et de leur libéralité envers les pauvres.

Un prêtre d'une haute piété , M. Justamond , se chargea spontanément de tout le soin des choses spirituelles ; deux dames d'une condition honorable se dévouèrent pour toute leur vie , elles et leur fortune, au bien de la maison récemment fondée. Cette maison n'a point de revenus ; les aumônes des habitants , recueillies tous les jours , la font vivre abondamment.

Le P. Chaurand ne crut pas nécessaire de mettre lui-même la dernière main à cette œuvre ; mais , la laissant à un point où il était facile à ses compagnons de la terminer, il porta ailleurs son zèle et ses pensées : il voulait essayer la fondation d'un asile à Avignon.

C'était une entreprise difficile , nous l'avons vu.

Le P. Ghaurand ne s'effiraie point ; il part pour cette ville , emmenant avec lui deux jeunes enfants de l'asile de Valréas , et deux autres de celui de Bollène. Son intention était de les conduire au sanctuaire de Notre-Dame des Doms pour consacrer dans leurs personnes à la Mère de Dieu l'œuvre nouvelle tout entière , et de les présenter ensuite au vice-légat , véritable père des pauvres.

Le bon prélat les reçut en effet avec toutes les marques de la joie et de l'affection la plus vive ; il les embrassa et leur parla de la façon la plus cordiale. Sa charité ne se contenta pas encore de ces témoignages de paternelle tendresse , il voulut les faire asseoir à sa table , et , à l'exemple de Jésus- Christ , les servir de ses propres mains. Ce noble trait d'humilité toucha la comtesse d'Harcourt, de l'illustre famille des ducs de Lorraine, qui se trouvait alors à Avignon ; elle fit aussi venir chez elle ces pauvres enfants , et les servit à table avec respect et dévotion.

Cependant les compagnons du P. Chaurand laissés à Bollène s'occupaient avec ardeur à terminer la fondation. Le succès couronna leurs efforts, et cette entreprise, qui avait eu des commencements si difficiles, se conclut de la manière la plus prompte et la plus satisfaisante. C'est pourquoi une procession générale de tous les ordres fut décidée pour

rendre grâce au del d'une ferveur si remarquable. Jamais à BoUèue il ne s'en était fût pour une cause si extraordinaire, et qui fût plus en état d'exciter Tadmiration des habitants de la cité. On résolut donc de déployer dans cette procession plus de pompe et d'éclat que jamais. Les plus fameuses du temps passé , dont on gardait encore le souvenir, s'éclipsèrent devant celle-ci , qui les surpassa toutes et pour les témoignages de la piété publique et pour la magnificence des décorations. .

Le cortège sacré se rendit à un autel élevé au milieu de la ville sur un immense échafaud et orné avec la plus grande richesse. Les pauvres marchaient en tète , pleins de piété et radieux comme dans un triomphe. A leur suite , le dévouement au cœur, s'avançaient l'un et l'autre clergé , la magistrature, la noblesse , la bourgeoisie , le peuple, enfin la ville tout entière. La beauté de ce spectacle avait attiré non-seulement de la ville^ bien que ce fût un jour ouvrier, mais encore des campagnes et des bourgades environnantes, une incroyable multitude, et il n'y eut personne qui , devant cette grande et solennelle manifestation de la piété et de l'allégresse de tout un peuple , n'entr&t lui-même en communication de ces mêmes sentiments , et ne prît sa part de la joie commune.

Toutefois, au milieu de cet entraînement qui por-

tait les habitants de Bollène à multiplier tous les jours les ressources de leurs pauvres, il y ^t une exception. Une femme, soit fausse idée de l'œuvre, soit plutôt amour désordonné de l'argot, ne suivit pas l'exemple de ses compatriotes. Elle ne demeura pas sans punition. Elle élevait des moutons qu'elle vendait ensuite; avec le profit qu'elle £edsait, elle aurait pu certainement se montrer reconnaissante envers Dieu et donner quelque chose aux pauvres.

Une de ses amies , personne de -grande piété , va la trouver : exhortations, vives instances, prière^^ elle met tout en œuvre pour la décider à venir O^ aide à la maison des pauvres , et joindre libéral^^ ment son oITrande à celle des autres. Peine perdue * elle parlait à une sourde. Celle-ci, par préjugé (F ^ par avarice, affirma qu'elle n'en ferait rien ; elle petP sait sans doute qu'argent donné aux pauvres est ar — gent perdu.

Mais voici qu'un malheur inattendu , malheu considérable , envoyé par la main même d'un Dieij^ vengeur, fond sur elle tout à coup , et lui apprend à. mieux penser de la cause des pauvres , de la charité chrétienne et de la laideur de l'avarice. Au moment où son amie la quittait, elle s'était écriée avec indignation qu'elle aimerait mieux voir périr tout ce qu'elle possédait que de donner une seule obole

pour la maison qui se fondait à Boiiènc. Après cette folle imprécation , l'âme encore tout émue et toute bouillante de colère, elle s'était mise en route, selon sa coutume , pour aller visiter son troupeau , quand elle rencontre dix-neuf moutons , foudroyés par un mal subit, étendus à terre et privés de vie.

A ce spectacle , elle est frappée d'épouvante et tombe à demi morte. Revenue à elle - même , elle reconnaît la main vengeresse de Dieu, et s'écrie qu'elle a bien mérité ce châtiment. Aussitôt elle demande pardon au ciel avec un vif sentiment de douleur, et supplie le Seigneur avec larmes de ne pas étendre plus loin les eflets de sa colère , de se contenter des victimes sacrifiées et de faire gi*âce au reste du troupeau. Désormais elle sera plus juste envers les pauvres, et se montrera très-empressée, en toutes circonstances , à venip au secours de leur misère. Et aussitôt, persuadée qu'il est nécessaire, pour se rendre Dieu favorable , de joindre les actions aux larmes et aux prières , elle consacre aux pauvres l'agneau le plus gras et le plus grand de toute la bergerie, et, du même pas, elle le conduit à Tasile , racontant à tous ce qui venait de lui arriver, et répétant qu'on ne méprise pas impunément les pauvres.

Fondation de V asile d'Avignon.

Depuis longtemps on avait jeté les premiers fondements de cette bonne œuvre , mais on ne Tavait jamais terminée. La maison avait même été achetée, des fonds réguliers et annuels avaient été alloués , et une commission de quatre membres avait été chargée d'en faire la répartition.

Ces généreuses tentatives nous font voir quels moyens nos pères jugeaient les plus ef&caces pour renfermer les mendiants dans la ville et tout ensemble pour les empêcher de mendier. A leurs yeux , travailler à cette mission c'était bien mériter à la fois de Dieu, de leur pays et des pauvres ; aussi n'épargnèrent - ils ni sueurs ni fatigues pour le complet achèvement d'une entreprise qui leur tenait extrêmement à cœur.

Cependant , il faut le dire , ces efforts multipliés n'avaient abouti à rien ; ces peines , ces travaux n'avaient amené aucun résultat. Ils étaient découragés et désormais sans espoir de pouvoir réaliser leur dessein , tellement ces difficultés se dressaient insurmontables devant eux, et se succédaient les unes aux autres , toujoui^ plus grandes et plus redoutables à franchir.

» .«prodige était résené à notre sîède; cette

Qjpjdefait appartenir à Mr Nioodiini « le Tîoe-

dfAfignon, et, après loi, ans principaux kabî-

de la ville que le prélat se choisit pour associés

entreprise. Et cette ^ire est d'amant plos

que rétablissement de l'asile des parjrres

milieu des difiQcoltés les plos grandes et

iciroonstances les plus dé&vorables qoi forent

eSist, pour ne rien dire de plusieurs mona&de religieux mendiants, d*un h«*pital immen^^ leurs encombré , de congr^ratioLs satls nomles petites orphelines, les jeunes filles adulu^. '«utres encore , établies sous touteib le>. torxa^ , œuvres qui attirent et épuisent pour aini^i las aumônes des fidèles ; sans parler d': la di- ^'Vtion des fortunes , causée soit par la lan jraeur ^^mmerce, florissant autrefois et alors ré^Juit [ue à rien , soit par les malheurs pass^Wt, dont ^^rUle ne s'était pas encore entièrement remise , il .irait à Avignon une telle multitude de meiiitSi qu'il ne semblait pas pos^ble de trouver local assez vaste pour les contenir tous , ou des '^mds assez abondants pour subvenir à leur entre-

Un seul de ces obstacles aurait suffi fKjur arr^disr ^'œuvre dès son premier pas , si Avignon n'ebt pos-

sédé alors le vioe4égaL Ce caractère intr^ide ne connaissait point de difficultés contre leequdtes ime ftme noble et décidée ne dût entrer en lutte , point de situation si compliquée qu'elle n'éclaircit, point de barrières si fortes qu'elle ne brisât et qu'à force de constance elle ne franchit.

Il possédait au plus haut point toutes les qualités qui conviennent à un gouverneur de province , à nn prince de l'Eglise; il était de grande naissance, avait un caractère d'une merveilleuse douceur et une maturité de jugement tout à fiEût extraordinaii^.

Joignez à ces avantages une piété éminente, l'amour de la justice la plus intègre , la vigilance à surveiller l'observation des lois du gouvernement, le désintéressement le plus pur dans le maniement (les fonds publics , la connaissance la plus étendue des letti^s , de la politique et de la religion, science vraiment surprenante dans un homme sans cesse employé à tant d'affaires.

Il faut parler encore de son admirable douceur oiivei^s tout le monde : elle éclate partout , dans ses traits , dans le timbre de sa voix et dans tout son maintien ; il faut parler de son amour pour ses pauvres, de sa sollicitude toute paternelle à les secourir; jamais , disent ceux-ci, ils n'en ont éprouvé de plus gi^ande. C'est cette charité qui le porta à chercher

toiis les moyens de venir en aide à leur indigence ; c'est sous son inspiration qu'il appela le P. Chaurand et le fit venir du fond de la Normandie à Avignon ; qu'il s'occupa , de concert avec lui , de rassembler tous les pauvres de la province dans des maisons communes , de leur procurer la nourriture , le vêtement , les enseignements de la religion, et tous les secours nécessaires pour bien vivre ; qu'il l'envoya jeter à Yalréas et à Bollène comme les préliminaires de ce qu'il se proposait de faire dans sa ville capitale, et mit enfin la main à la fondation de l'asile d'Avignon, œuvre commencée depuis longtemps, reprise bien des fois dans la suite , mais jamais terminée, et que le prélat eut la gloire de conduire à son couronnement.

L'heureux établissement des asiles de Yalréas et de Bollène fit évanouir la plupart des difficultés qui avaient épouvanté jusqu'alors les Avignonais et les avaient même fait renoncer absolument à leur ancien projet.

Le P. Chaurand les y ramena , et, pendant trois semaines , il ne leur parla d'autre chose tous les jours. Ce fut une grande fatigue pour le prédicateur; mais elle porta ses fruits : les sentiments furent changés , et on se mit à regarder d'un autre œil l'œuvre proposée. Le Père commença par gagner la sympathie de ses auditeiu^ ; bientôt il releva

leur courage et leur confiance , finit par leur pe^ suader que TaiTaire en question était non-seulement irune exécution &cile , nuds d'une absolue nécessité. Ce fut un revirement complet : une flamme d'entliousiasme courut dans toute la ville; on ne pensa plus qu'à mettre la main à l'œuvre le plus tAt possible.

Les choses étant dans cet état, l'Assemblée générale de la ville Ait convoquée pour sanctionner enfin par un décret public une résolution qu'on avait agitée bitai des fois depuis cent ans , et qu'on avait toujoui^ i^ejetée. Admis à prendre sa place dans rassemblée I le P. Chaurand exposa son plan, et, dans un discours plein de véhémence , il exhorta vivement les personnes présentes à adopter sans hésitation une œuvre si digne de la piété chrétienne, et à tlêcrôtcr une mise à exécution prochaine. Quand il eut Uni de pai lor, on alla aux voix. Chose admirable ! dans une i^éunion d'hommes d'opinions si divoi'ses, de jugements si contraires , et jusque-là si opposés outre eux , il n'y eut qu'une voix , qu'un sentiment : c'est qu*il ne fallait pas mesurer sur des misons humaines la difliculté d'un projet tant de fois discuté , tant de fois abandonné ; que c'était l'affaire de la Providence, à laquelle c'est sagesse de s'abandonner ; qu^on a le droit de compter sur le secoui^ d'en haut , quand c'est Dieu même qui a donné Tins-

iration ; enfin qu'on jugeait bon à faire, facile à êaliser, tout ce que le P. Chaurand , ou plutôt Dieu ar la bouche de son ministre , jugerait opportun do ommander.

Sur-le-charnp, de l'avis du Père, on choisit dans i clergé, dans la noblesse et dans le tiers état, douze lommes des plus recommandables par leur piété , 3ur sagesse et leur désintéressement. Ces hommes , ,vec les quatre consuls de la ville , furent chargés de lire exécuter les conclusions adoptées et de s'ocuper, dans la suite, de tous les détails de l'œuvre. Plusieurs autres points furent encore arrêtés ; le oufile de l'Esprit-Saint inspirait véritablement ces sembres de l'assemblée ; beaucoup le reconnurent, ntre autres les députés de la noblesse , dont pluieurs , en donnant leur suffrage , dirent qu'ils penûent avec le Saint-Esprit , parce qu'ils avaient cru entendre s'exprimer lui-même par la bouche du '• Chaurand. En effet, jamais plan proposé ne fut coûté avec plus de bienveillance, décrété avec plus e concorde et d'ensemble, mis en œuvre avec plus 'ardeur et terminé avec plus de promptitude.

Le lendemain, les douze administrateurs dont j'ai

arlé se partagèrent les différentes fonctions de

oeuvre selon la forme indiquée plus haut.

Sur l'invitation des curés de la ville , les pauvres

3 toutes les paroisses qui demandaient une place à

•ii^. îzLsiTrrir^nt intiîacâltiiffTTift tcos

snt lins i diaens. FesçÂT q>i*oii s*occvpenit de W h'jcsfij^ :ii aonît cocscxt^ son mfseBce.

Ce •iôTcier poûit «st aa de ceux anxqaels 1 al fbs essetitîfrl de tenir : arant de recevoir les puînés, il fasxi p€ii*liint pfaâeiBS joars prenbe da ^ infonnatî'^as sur lear compte, afin de s'asssrer ^'on ne donnerai ces secoars qa*à ceux qui les méritent.

Pour Êûre cette enquête , les recteurs despaorra se partagèrent les <fiSereiits quartiers de la Yille,et ^e mirent i les parcoarir, en prenant secrètement des LnfomLitioQS sur œax qui demandent des secours : qi elles sont leurs ressources • qaeile est leur profession . lear con ioite : sont-ils en état . par leur travail et leur iniustrie. de se procarer de quoi \ivre : sorit-ils de ces gens qui aiment mieux croupir •lans la paresse et une insouciante oisiveté , ^ manger un pain mendié, que de vivre de leur travail en exerçant quelque métier ; ont-ils des forces suffisantes pour soutenir d'une manière constante les fatigues d'un travail manuel ; et s'ils ne jouissent pas de ces forces, faut-il les admettre tout à fait dans

'asile, ou suflira-t-il de leur donner chaque semaine cme aumône déterminée ?

Toutes œs informations ayant été prises , et les décisions des recteurs déterminées par les lois de la charité et de l'équité , il se trouva une telle quantité de pauvres à recevoir dans l'asile ou à aider par des secours en argent , que le zèle des administrateurs, si vif peu de temps auparavant, commença à s'arrêter, puis à chanceler, et enfin parut tomber tout à fait.

Et véritablement , à ne consulter que les règles de la prudence humaine , il y avait les plus graves misons non-seulement de douter et de cmindre , mais même de perdre toute espérance. Quatre cents pauvres avaient été inscrits pour être reçus à l'asile et y être nourris ; cent soixante autres étaient placés chez des artisans pour y apprendre diiïérents métiers , et c'était l'œuvre qui payait les frais de • leur apprentissage. Le nombre des enfants trouvés croissait aussi chaque jour ; le soin de ces enfants regardait les administrateurs ; ils les confiaient à des nourrices auxquelles on donnait une rétribution convenable. Ajoutez à cela quatre cents familles réduites à la dernière misère , et qui avaient besoin de secours pour ne pas languir dans un dénùment absolu , ou même pour ne pas mourir île faim ; ajoutez des troupes de mendiants étrangers à qui on ne peut

pas refuser le passage par la vUle . et qo'oo ne pni p:ts laisser partir sans viatique ; ajoutez les ancieos hospices à réparer, les nouveaux à fonder, les ans et les autres à fournir de mobilier. Chacon peut ooniprendre combien de travaux « combien de dépenses étaient nécessaires pour parer à la fois à tant dlnfortunes.

Un nouveau motif vint bientôt prèti^ one force plus grande aux craintes de ceux qui auguraient nul (le Tentreprise , en leur donnant une base raisonotble. On fit avec soin le calcul des dépenses qo'il &odrait faire chaque année pour répondre a tant de nécessités que j'ai énumérées tout à Theure ; ooe seule d'entre elles absorbait quarante mille li?res tournois , et les autres demandaient au moins une somme égale. En présence de ces chiffres , les administrateurs étaient déconcertés.

Où trouver cet argent dans une ville en partie désertée par ses habitants , épuisée par des désastres anciens , pauvre en numéraire et presque sans commerce ? Que faire ? à quoi se résoudre? Trois mille livres d'or par an , c'était toute, leur ressource. Plusieurs leur disaient , il est vrai , de se confier en la Providence, d'espérer en son secours; mais combien d'autres taxaient leur entreprise de témérité et de folie, répétaient qu'ils n'en viendraient jamais à bout; qu'il faudrait que le ciel fit pleuvoir du pain et de

l'or ! Ces appréciations conti-adictoires partageaient tous les esprits : les uns se gouvernant par les lois de la prudence humaine , et les autres se dirigeant par la foi. Ceux-ci furent les mieux inspirés. Le vicelégat adressa ses encouragements et ses exhortations aux administrateurs ; le P. Chaurand, sur Tordre du prélat , s'entendit à son tour avec eux , et en peu de temps leur courage fut si parfaitement raffermi, leur confiance en le secours divin si fortement établie, que rien ne leur sembla plus insurmontable ou même difRcile.

Le vice- légat se hâta de mettre à profit ces bonnes dispositions : il craignait que le temps ne refroidit cette ardeur allumée par la parole du Père. C'est pourquoi, sans aucun retard^ il indiqua le lendemain pour jour de la quête, et , afin d'en mieux assurer le succès , il chargea du soin de la faire les hommes les plus recommandables des diiTérents ordres , et les femmes les plus distinguées et les plus vertueuses de la ville.

Les quêteurs se partagèrent selon les différents ordres , et à chaque ordre on assigna son quartier. On devait parcourir toutes les familles aisées en demandant l'aumône pour les pauvres de Jésus- Christ, et recevoir ce qui serait donné. C'était certainement un ministère plein de difficultés ; tous s'y mh'eut de grand cœur, et le résultat surpassa leur

attente. Avignon tout entier est là pour attestera zèle , la générosité des habitants et les avantage immenses qu'en recueillirent les pauvres.

Grands et petits , nobles et bourgeois , tout le monde ouvrit sa bourse ; il n'est pas un artisan, pis un homme du peuple , de si humble condition qu'il itit , qui ne tint à honneur de prélever un tribut sur ses épargnes pour contribuer à une œuvre si belle et si chrétienne.

Je ne veux rien dire ici des riches qui ont donné les uns cent , les autres deux cents écus, ou même davantage ; c'est une chose connue , et leur main se plaisait à s'ouvrir pom* Jésus*Ghrist et pour ses pauvres. Je ne veux rien dire non plus de la générosité dos classes moyennes.

Cette libéralité est digne d'éloges, et dépasse pres^ quo toute croyance ; mais, à mon jugement , elle est clï'iicée par une autre , celle des artisans et des hommes de la plus basse classe qui , à force de soins et de patience, recueilUrent une somme de près de cinq cents ùcus.

Mais le fait le plus merveilleux est encore celui d'uue pauvre lîUe qui , voyaut l'ardeur générale , et n'ayant rien a donner, alla trouver son maître , au service duquel elle se trouvait depuis un an ou deux, et le pria de lui compter, par avance , le prix de ses gages. Étonné de cette demande imprévue, le maître

répond qu'il n'est pas avantageux pour lui de la payer ainsi, que le jour du paiement n*est pas encore ▼enu , qu'il ne comprend pas pourquoi elle veut devancer le temps. La servante insiste, supplie, conjuie, â bien que le maître cède à l'importunité de ses prières , et lui donne son argent. Elle ne Ta pas plutôt reçu qu'elle court le porter aux pauvres , se félicitant mille fois de voir que Notre-Seigneur avait bien voulu accepter ce faible don de son indigne servante.

Un très-grand nombre de dames se dépouillèrent de leurs anneaux d'or et de leurs ceintures d'argent. Une pauvre vieille femme , couverte comme une mendiante de vêtements en lambeaux, s'approche d'un groupe nombreux dliommes, au milieu desquels se trouvaient quelques recteurs des pauvies ; elle prend à part l'un d'entre eux , afm de lui paiicr plus à son aise sans témoin : « Je suis une pauvre femme, lui dit-elle ; tout ce que j'ai d'argent, je l'appoile ici avec moi; aux pauvres tout mon avoir, toutes mes richesses. Plût au ciel que j'eusse davantage à leur donner ! ]> Disant cela , elle glissa un écu dans la main du recteur, et se retira sans dire un

mot.

Ce ne furent pas seulement les femmes qui donnèrent ces beaux exemples : on vit des ouvriers , et même en grand nombre , jeter dans le tronc des

pauvres tout l'argent qu'ils avaient gagné par k travail de plusieurs mois.

Cette quôte n'était qu'un prélude à une autre plos grande que méditait déjà le vice-légat sous l'inspîration du P. Chaurand , la quête du mobilier. Ôr résolut de la faire un autre jour : c'était une entreprise ardue , laboiîeuse , difficile , et qui demandait pour réussir d'être conduite avec une grande dextérité. Il était à craindre , en effet, que la population qui venait de se montrer si généreuse et si prodigue ne se lassât et ne se rebutât en voyant qu'on la poursuivait de demandes nouvelles et de plus en plus considérables.

Le P. Chaurand se hâta de prévenir les plaintes. Dans toutes les églises de la ville , les Pères de notre Compagnie dirent en son nom , au peuple , qu'on ne demandait rien de troj) pénible ; qu'il suffisait à chacun de donner aux pauvres ce dont il pouvait se débarrasser sans trop d'inconvénients : comme lits, tables, commodes, chaises et autres meubles semblables nécessaires à constituer une maison dépourvue de tout ; que dans les familles il ne manque pas (le meubles inutiles , usés par le temps ou rongés par les vers , meubles qu^on pourrait , avec grand avantage, placer dans la maison des pauvres. Ils invitaient donc leurs auditeurs à voir s'il n'y aurait pas chez eux quelque objet semblable, vieux, usé ou peu

lécessaire, et, dans le cas où ils en trouveraient et :|u*il ne leur fût pas trop incommode de s'en priver, ils les invitaient à les destiner aux pauvres ; ils leur donnaient ensuite un long catalogue de tout ce qu'il fiiudrait pour fournir convenablement la maison des pauvres. En terminant , ils les conjuraient de ne pas avmr honte de donner des choses de nulle valeur, des vases de terre , des escabeaux : que ces choses, qui paraissent inutiles, sont d'un grand prix chez les pauvres, c Allez donc, et, de retour dans vos demeures, portez partout un regard diligent, cherchez dans les moindres recoins; et si vous découvrez quelqu'une des richesses que nous venons de nommer, tenez-la prête demain pour être portée à Tasile. »

Le lendemain , dès le point du jour, les chars roulent dans les rues ; on entend le bruit des chevaux , le son des clochettes, la voix des enfants qui, debout sur les chars, Tair suppliant, sollicitent dans une formule qu'on leur a fait apprendre la chanté des habitants. En avant de la voiture , marchent quelques pauvres ; derrière s'avancent, avec les recteurs, des membres de la noblesse , des prêtres et même quelques Pères de notre Compagnie.

On annonce l'arrivée des chars. Aussitôt, de chaque cêté de la rue, des belles maisons et des échoppes d'artisan , on voit sortir une quantité incroyable d'objets de toute sorte ; tous s'animent mutuelle-

ment par Texemple et par la parole. Pendant que lei ons apportent les objets , d'antres les chargent sur les voitures. Cest on mouvement général , la drailation est interdite parla multitude de œnz qui vont et viennent avec leurs offrandes ; ceux qui les ont déposées rencontrent en chemin ceux qui arriveol chargés des leurs. Cest un tumulte , une confaâon an milieu de laquelle s'allume une incroyable émulation. On donne tout à la fois obj^s de vil ipiii et objets précieux, et, quand les chars sont remplis, od bat des mains et on les accompagne en triomphe à la maison des pauvres.

L'élan fut si général , les largesses si abondantes , que les témoins de cette grande scène n'hésitent pas à dire que Fantiquité n'en vit jamais de semblable , et que Favenir ne doit pas espérer de voir jamais rien de plus beau. Â mesure que les chars passsdent, on jetait par les fenêtres des étages supérieurs du linge, des vêtements , des chapeaux , des chemises , des couvertures : on aumit dit une pluie du ciel. Un jeune homme de bonne famille considérant à sa fenêtre cet étrange spectacle , l'exemple l'entraîne : il jette aux pauvres son chapeau, son col de chemise, ses gants, sa cravate, heureux de se dépouiller pour revêtir les pauvres.

Une femme pauvre fut encore plus généreuse : elle avait un Ut auquel il ne manquait absolument

rien de ce qui est i«éces5siire ou convenable . ollo lo bouleverse en entier, donne aux (lauvres le bois do lit lui-même . les riJeiox . les couvertures , uu matelas en hine.ne se réservant qu*une misérablo pûIUisse.

A ces deux fiûts j'en ajouterai un troisième , qui paraîtra d'aotant plus merveilleux qu*il est plus inattendu. Qudques jeunes gentilshommes se trouvaient à table dans un jardin, quand ils entendirent le roulement des chars et le bruit des sonnettes. Surpris de cette agitation inaccoutumée, ils envoient un serviteur en apprendre la cause. Celui-ci revient bientôt , leur dit que ce sont des chariots qu*on pronu^no dans toute la ville pour recueillir les objets nêressûres à Tameublement de la maison des pauvres : « Qu'à cela ne tienne, s'écria Tun de ces joune.N gens. je veux donner aussi ma part de mobilier, » et aussitôt , soit envie de se divertir, soit véritable compassion, il saisit des plats, des verres, et les porto an chariot. Ses compagnons l'imitent , et on peu d'instants toute la vaisselle eut dispaiu et pris place siu' la voiture des pauvres.

Je serais infini si je voulais raconter en iléUùl tous les tnûts de générosité qui eurent lieu en cotte occasion ; je laisse de côté les moins remai*quables ; je ne puis pas omettre cependant la belle conduite des écoliers : à peine s'en trouva-t-il uu seul qui

n'obtint de ses parents quelque don à faire aux pan* vres. Entre autres choses dont ils furent prodigues , il y eut une telle quantité de linge et de vêtements , qu'ils en remplirent un chariot entier ; puis, accompagnés du P. préfet des études, ils conduisirent eux-mêmes leur offrande à la maison des pauvres.

Mais cette libéralité des Avignonais n'a plus riei qui me surprenne : n'avaient-ils pas sous les yeux l'exemple de leur premier pasteur qui, élevé au-dessus de tous par sa dignité , est encore plus jaloux d'offrir le modèle de la charité et du devoir accompli ? C'est lui qui se chargea de pourvoir de ses deniers au vestiaire de la maison , et il n'épargna aucune dépense pour que tout s'y trouvât abondamment et dans de bonnes conditions.

La cité se montra digne de son évêque ; elle donna tout avec une sorte de profusion, et c'est à peine si dix chariots continuellement employés pendant deux jours suffirent à transporter à la maison des pauvres toutes ces largesses de la charité.

L'argent et le mobilier étaient, donc trouvés ; il ne restait plus qu'une chose à faire : réunir les pauvres dans la maison qui leur était destinée. C'est de ce côté que le vice-légat tourna sa plus vive sollicitude. Impatient de tout retard , il ne laissa que le temps strictement nécessaire pour faire les habits , et fixa au troisième jour l'entrée solennelle dans l'asile.

Le jour venu, des hérauts publièrent dans toute la iriUe , au nom du >îce4égat , que tous les mendiants , nécessiteux et pauvres quelconques dont les noms avaient été inscrits sur le catalogue des recteurs eussent à se réunir en un même lieu. Cette réunion eut lieu à deux heures de l'après-midi ; on sépara les hommes et les femmes, et on commença une longue procession qui se fît dans Tordre suivant :

En tète s'avançaient les enfants vêtus de leurs habits de couleur ; les hommes venaient ensuite , marchant deux à deux , puis les petites filles, et enfin les femmes en récitant leur chapelet. Derrière elh^s, des chars traînaient ceux qui étaient trop âgés ou infîrmes ; puis on voyait une longue tilo de douze cents pauvres des deux sexes : c'étaient ceux qui, n'étant pas recueillis à la maison commune, devaient recevoir chaque semaine une allocation. I.e clergé fermait la marche avec les recteurs des pauvres et une multitude extraordinaire de peuple à qui ce spectacle faisait verser des larmes d'attendrissement.

A la fin de la procession , on distribua du pain à ces douze cents pauvres dont je viens de parler; les autres furent conduits dans la coui* du collège de la Compagnie , pour prendre part à un grand festin que leur avait préparé la pieuse libéralité des habitants.

I^ vice^légat voulut honorer ce repas de sa présence ; bien plus , il voulut servir les pauvres de ses propres mains. L'affluence du peuple était considérable, la noblesse surtout était accourue en foule ; c*est au point que la cour du collège , toute vaste qu elle est , ne pouvait contenir la multitude des curieux. Il fallut donc permettre à un certain nombre d'entre eux d'entrer dans les appartements intérieiu^ et de se placer aux endroits d'où Ton pouvait apercevoir la table du festin. Et véritablement c'était un spectacle bien digne d'attirer les regards que ces pauvres assis à ces tables dressées dans toute la longueur de la cour, et, debout auprès d'eux, empressés à les servir, ces hauts dignitaires^ ces membres illustres de la noblesse , et ces grandes dames également recomniandables par leur naissance et par leurs vertus.

Cependant on entendait le bruit des instruments de fôte, réclat bruyant des trompettes et les accords plus doux de la ilùte et du violon. Après le repas, les pauvivs sont conduits en triomphe à leur demeure. A partir de ce jour, on défendit à qui que ce fïlt de mendier dans la ville.

Sans doute il eût été difficile de maintenir la discipline d*une manière durable dans une maison aussi vaste , et qui comprenait tant de classes différentes : des petits enfants, dos orphelins , des malades et des

vieillards. Il fiillait pour cela mettre à sa tête des hommes de volonté et de devoir. La Providence , comme je le pense , en offrit de semblables , et qui sont des modèles achevés de toutes les vertus.

FùndaAion de V asile de Caromb.

Cette petite ville est située sur le penchant d'une colline; elle est dominée par un château fort de construction antique, environné d'épaisses murailles. La nature a doté ce lieu de tous les avantages : les campagnes sont fertiles , les prairies riches en pâturages; de nombreuses sources font jaillir de tous côtés des eaux qui répandent la salubrité et guérissent une foule de maladies. Cependant les Pères envoyés pour y établii* un asile trouvèrent , au premier abord , les esprits entièrement opposés â leur projet : rien n'annonçait un dénouement heureux.

Jamais aucune maison de pauvres n'eut des commencements plus laborieux, une issue plus heureuse. On dirait que tous les habitants s'étaient entendus ensemble et ligués pour rejeter à tout prix la nouvelle œuvre. On répétait partout que non-seulement c'était une œuvre difficile , mais que ce serait un fardeau, un dommage pour la ville ; d'autres ajoutaient qu'on n'en avait pas besoin , ou même que ce serait une chose pernicieuse.

On ne saurait croire combien de telles appréciations , colportées partout ^ aliénèrent les esprits. Les Pères ne laissaient pas de prêcher tous les jours, mais personne pour ainsi dire n'assistait à leurs sermons. Si quelqu'un se hasardait à parler publiquement des avantages de la fondation proposée , il ne recueillait que des sifflets. L'obstination des habitants en vint à ce point que , le jour de l'assemblée générale des comices étant venu , jour auquel on devait mettre toute l'affaire en déUbération, il fut nécessaire de fermer dès le matin les portes de la ville , dans la crainte qu'aucun de ceux qui devaient prendre part à l'assemblée ne s'échappât secrètement, et n'allât dans les villages environnants répandre le bruit de la sédition excitée à Caromb.

La délibération fut longue , et la discussion animée ; mais on ne pouvait rien conclure , parce qu'on avait admis au conseil environ trois cents membres du tiers état , lesquels se partageaient en une multitude d'avis différents. Il ne manqua pas de voix pour affirmer que le projet en question était nuisible au bien commun , et qu'il devait être rejeté ; d'autres , en très-petit nombre, prirent sa défense. La victoire couronna leurs efforts. La résistance acharnée des autres dut céder devant l'autorité du vice -légat. Le vice-légat avait donné des ordres : ils n'osèrent pas les enfreindre ni leur résister ; ils se rendirent donc.

par conviction , mais poui* ne pas désobéir à celui qui avait droit de leur commander.

Lear mauvais vouloir parut bien dans la quête qu'on fit , peu de temps après » pour ramasser quelqoe argent. Un certain nombre d*homnies honorables avaient bien voulu se charger de la tâche diflicile de faire eux-mêmes cette quête ; ils y employèrent bien de la peine, mais ne recueillirent ù peu près aucun fruit. Les riches étaient absents ou feignaient de Têtre ; d'autres fermaient brusquement leur porte aux quêteurs, et se tenaient cachés au

fond de leur maison ; les moins aisés s'excusaient sur leur pauvreté et leur indigence ; en sorte que lu somme recueillie fut nulle , ou à peu près nulle.

On fit ensuite la quête du mobilier : le résultat ne fut pas plus satisfaisant ; les chariots purcciu- Furent toute la journée les rues de la ville : ils rentrèrent vides, comme ils étaient partis.

Les Pères ne voyaient aucun espoir de rn<;iii!r ù bien une entreprise qui avait si tristement débuté. Ils déclarèrent donc pubUquement dans un sermon que, n'ayant rien négligé, pour leur part, de ce qu'il» avaient cru utile à la fondation d'un asile, leur d<ïssein étaitde les quitter au plus tôt, sans avoir miH lu dernière main à l'œuvre, si les habitants ne voulaioul pas les seconder de leur argent et de leui*s auinAum.

Le lendemain, M. Camaret, personnage trou

considéré à Caromb, apporta une forte somme d'argent. Cet eionple eut mie inflneoce prodigieuse. Les coBQTS foreal SDbîtement changés ; rindiffiereoce de toot à llieare fit plaoe à nne sorte de passioa: chaom nmlait aller quêter poor les paoTres; on fusait porter à Tasile ou on portait soi-même tout œqui se présentait soos la main, dans les maisons; des portes, des fenêtres on jetait mille obj^ dans les chars : il n'y eot po'sonne qui ne s*em[Nressit d j déposer quelque chose.

)lais an milieu de cet élan extraordinaire , rien ne parut plus digne d'admiration que l'exemple de générosité offert par un homme de la plus basse condition : la postérité doit en consenrer le souvmir. La veille de ce jour, et quelque temps auparavant, lors de la tenue des États, cet homme s'était emporté plus violemment que personne contre la fondation •le Tasile ; mais à présent, ramené à de meilleures pensées et considérant d'un autre œil les avantages d*une œuvre si belle , il résolut de faire en sa &veur le sacrifice de tout ce qu'il avait de plus précieux. On le \ît donc consacrer aux pauvres un tonneau d'un \\n excellent qu'il avait respecté jusqu'aloi^ comme une chose sainte, et le leur faire porter sans aucun retard. Ce n'est pas tout : il commanda aussi des habits pour ces pauvres , et les paya en vendant Tanneau de sa femme.

Cet anneau était d'or, et sa femme y tenait beaucoup, mais les pauvres eurent la préférence. A force de prières, il obtint l'auneau; mais rofTrande de ce gage d'un mutuel amour ne fit qu unir plus étroitement à Jésus-Christ les deux époux.

Après qu'on eut tout disposé dans la maison des pamTes , la procession ordinaire fut annoncée ; elle devait se faire dans la principale église de la ville. Il se passa alors un fait assez étonnant que je ne dois pas omettre.

Avant la procession, la pluie tombait à ilôts ; elle reprit avec plus d'abondance encore après la procession. Or, pendant la cérémonie , pendant que les pauvres et toutes les classes de la cité développaient leurs longues fdes , il n'y eut pas une goutte d'eau , bien que le ciel ftit chargé de nuages : tout le monde vit dans ce fait une sorte de prodige.

Je ne dois pas omettre encore que, sur le conseil des Pères , un ceiiain nombre de femmes aussi dis • tinguées par leur piété que par leur noblesse se consacrèrent, elles et leur fortune, au service de Dieu. Un autre bien fut encore réalisé pai* cotte mission des Pères , bien qui ne se fit pas seulement sentir aux pauvres , mais étendit son influence à toute la religion. Sous l'impulsion des missionnaires, les prêtres chargés de l'administration spirituelle de l'asile convinrent entre eux de se réunir

non - seulement pour s'occuper des intérêts des pauvres, mais pour conférer entre eux des obligations du ministère ecclésiastique , agiter les moyens de promouvoir la piété des fidèles, d'exhorter à bien faire les cérémonies de TEglise, et résoudre des cas de conscience.

La nouvelle de ces succès remplit le \îce-légat d'une joie qu'il pouvait à peine contenir ; car il voyait sa sollicitude et ses dépenses récompensées par un double fruit : le soulagement de la misère des pauvres et l'agrandissement de la religion.

Fondation de VasUe de Malaxicène.

Malaucène est une ville du Comtat-Venaissin ; la limpidité de ses eaux et le charme de sa situation en font un séjour délicieux. Dans sa sollicitude pour tous les intérêts de sa province et surtout pour les pauvres , le vice-légat résolut d'y fonder un asile. H écrivit donc aux consuls de la ville qu'il allait leur envoyer, au premier jour, des Pères de la Compagnie (le Jésus , et que ces Pères s'occuperaient d'ouvrir à Malaucéne une maison des pauvres. Cette nouvelle remplit de joie les consuls ; ils partirent immédiatement pour Avignon afin de témoigner leur reconnaissance au prélat pour une si grande faveur.

Cependant le bruit se réi>and à MaUuoèiit' (|ue dos >res de la Compagnie de Jésu:^ vont bientôt arriver mettre la main à l'œuvre. Toute li ville se paitage L sentiments contraires ; les uns blâment ouverteent l'entreprise, d'autres plus modérés se conntent de dire qu'elle est impossible à réaliser. Les msuls, à leur retour, voyant les esprits si défavoraement disposés, écrivent aux Pères de ne pas venir. 1 du moins de remettre à des temps meilleurs Texéition de leur dessein: mais ceux-ci ne tiennent jcun compte de cet avis. Instruits par une longue (périence , encoui*agés d'ailleurs par le vice-légat , )utenus de son autorité , ils se mettent en route leins d'espérance et arrivent à Malaucène. Ils se lettent aussitôt à prêcher, exposent le but et le plan e l'œuvre, montrent combien cette œuvre doit être iorieuse à Dieu, utile a tout le pays, et eflicace pour siloir à la cité la bienveillance toujours plus grande u vice-légat. Les missionnaires ne se trompèrent as ; leurs raisons convainquirent tous les esprits , t, dans la réunion générale convoquée par eux au om du vice-légat , il n'y eut qu'un avis en faveur e l'œuvre. Après de longues délibérations , on déida que, malgré les difficultés de l'entreprise, il faltit sans retard se conformer aux intentions du viceîgat et en presser l'exécution de toutes ses forces, ans désemparer, les Pères font nommer douze rec-

teurs des pauvres ; mais, le lendemain^ je ne saisquel accident impréva faillit réduire à néant ces brillantes espérances.

Un bruit confus circule dans la foule : à Garpentras , ville bien plus grande et bien plus riche que Malaucène , il a été absolument impossible de recueillir une somme d'argent suffisante pour ouvrit une maison des pauvres. Cette nouvelle fait perdre cœur à tout le monde, et on allait renoncer à faire la moindre chose pour le projet si chaudement accueîlU tout à l'heure, lorsque des pauvres appelés de l'asile de Carpentras vinrent, par leur présence , donner un démenti à toutes ces fausses rumeurs répandues par des malintentionnés.

Le calme s' étant rétabli , on s'occupa du mobilier, et on fixa au lendemain la quête ordinaire. Le jour avait à peine paru, que déjà on pouvait voir dans les rues une multitude de gens qui portaient toute sorte d'objets sur des chars , sur des mulets , ou même sur leurs épaules. La quantité de linge et de vêtements ainsi ramassée fut énorme ; outre cela . on recueillit un nombre considérable d'anneaux d'or, de chaînettes d'argent; il y en eut assez pour remplir deux boîtes , dont l'une était assez grande. Une femme pauvre, n'ayant point d'argent à donner, se défit de sa ceinture d'argent ; elle l'enveloppa dans une mauvaise étoffe, et la remit à un des recteurs.

Celui-ci , croyant que c'était une chose de peu de valeur, la jeta dans la poussière au milieu des menus (4>jet8. Un peu plus tard, comme il furetait au milieu de ce tas inutile, il ne fut pas médiocrement surpris de mettre la main sur une ceinture d'argent. Recueillant alors ses souvenirs et repassant les temps et les personnes , il se rappela la pauvre femme dont nous avons parlé, et dont le pieux artifice avait dissimulé la générosité.

Mais voîci de nouveaux obstacles : on ne trouve aucune maison à acheter ou à louer ; il faut donc, de toute nécessité, renoncer à l'entreprise, ou du moins la remettre jusqu'à ce qu'on ait bâti un asile pour les pauvres. Heureusement , le ciel envoya une bonne inspiration aux Pères , celle de prendre pour leur œuvre la moitié de l'hôpital en laissant l'autre moitié aux malades. L'hôpital était assez gi^nd pour cela. Mais comme il est défendu d'introduire aucune modification dans les hôpitaux sans le consentement de l'évèque du diocèse desquels ils font partie i on envoya une députation à l'évèque de Vaison. Celuici, informé de l'aflaire^ non -seulement permit aux pauvres de partager l'hôpital avec les malades , mais il voulut encore que les revenus de la maison fussent affectés indifféremment, désormais, à soutenir à la fois les deux œuvres. Il y avait beaucoup à faire pour approprier la partie concédée aux usages

dM pauvres. I/évN)ue donna toutes les autorisitîoK u^'^^ssaires , et permit même aux ouvriers de Invaill^r les jours de fl^te, s'il en était besoin. Cette bienveillance du prélat servit admirablement les IVivs : une (bulo d*ouvriers vinrent leur oflfrîr gratuiteuK^nt leurs bras ; en peu de jours , le local fat piv)varê ; on eût dit qu*il avait été bâti à neuf, et non )vas seulement approprié à une nouvelle destin;ituuK

i>n s^' di$)M>$ait à y faire entrer incessamment les {viuvivs , quand des diflicultés imprévues surgirent tout à coup et> de nouveau, remirent tout en question. Les aunuNnes en argent étaient épuisées; Vachat des vtMements nécessaires, chaussures , coift\uvs, avait tout emporté : il ne restait pas une obi^le jH^ur acheter du pahi. Cette détresse jeta le dtwmra^Muont dans Tànie des habitants et des rectoni^s dos pauvivs eux-mêmes ; on fut sur le point de ivuiMKvr tout à fait à Tœuvre commencée, jvuve que la ihrticultê présente paraissait être de celles qu'il est impossible de surmonter. L'activité des Poivs eu triompha cependant. Ils se mirent à mendier île porte ou porte , et en peu de jours ik ivcueilliivnt phis de cent écus. Des lors, tout suivit la marche la plus heureuse. Je me tais sur les détails , pour ne pas ivpéter cent fois la même chose : je no dis rien ni de la procession à tnwers toute la

ville, ni du splendide festin oITert aux pauvres par la munificence du vice-légat. Je me contente de remarquer, en terminant, que ce fut un trait de la providence de Dieu envers l'asile de Malaucène d'avoii* inspiré à M. Thomas, prêtre rempli de sagesse , de modestie et de piété , la généreuse ambition de se dévouer au soin spirituel des pauvres. C'est à ses soins , à sa vigilance qu'il faut rapporter le bon ordre et le bon gouvernement de la maison.

Fondation de Vasile de Carpenlras.

Au pied du mont Ventoux, ainsi appelé par les habitants , se trouve Carpentras, la première ville de la province après Avignon. Carpentras a un évêque, uae magistrature nombreuse , un collège de Jésuites, et est le siège ordinaire des Etats du Comtat. Depuis de longues années déjà, on y avait ouvert Une foule d'asiles à l'isolement et à la pauvreté : les nialades avaient un hôpital ; les débiteurs insolvables, un mont-de- piété ^ les pestiférés et les autres t^ialheureux que des mesures de prudence éloil^naient des hôpitaux, une association appelée l'association de la Miséricorde. En outre , des dames riobles avaient fondé des œuvres pour venir en aide À tous les genres de misère ; les Pénitents-Noirs fai-

saient des aumônes aux prisonniers , et un bon nombre d'hommes d*one vertu éminente n'avaient d*autre souci que de rechercher les pauvres honteux et de leur porter les secouss nécessaires.

Malgré tant d'institutions charitaUes , la mendicité n'avait pas disparu de Carpentras. En 1609, un homme riche , du nom de Bernard , avait légué par testament tous ses biens aux pauvres, et avait chargé les autorités de la ville de préparer une maison qui leur servit de refoge. L'œuvre fut entreprise quelques années plus tard , et reçut un grand développement par les secours de H** de Banvois , épouse de M. Emeric , un des hommes les plus considérés de Carpentras ; déjà même on nourrissait un certain nombre de pauvres • mais ce nombre était limité par la modicité des l'essources de la maison et par la difiiculté des temps , et l'on pouvait dire comme les apôtres : « Quid hœc intcr tanto8?% Les mendiants erraient par troupes dans la ville ; à peine quelques-uns parmi eux avaient-ils trouvé place dans la maison ouverte récemment.

La gloire de mettre un terme à ce triste état de choses était réservée à Mp* Niccolini , le vice-légat qui semble né pour le bonheur de cette province. Encouragé par les succès déjà obtenus dans d'autres villes, à Valréas et Bollène, animé parle tour lieureux que semblait pi*endre, à l'heure même, une

entreprise semblable à Avignon, et désireux de donner à Tœuvre projetée la forme la plus avantageuse pour aider les pauvres et tout ensemble exciter la verta des fidèles , il envoya le P. Ghaui^and, son fidèle compagnon , à Carpentras avec des lettres de recommandation pour l'évèque , le gouverneur de la ville , les magistrats et les directeurs des hospices. Partout le P. Chaurand rencontra le plus bienveillant accueil ; tous lui promirent de seconder les pro • jets du vice-légat de tous leurs moyens et de toute leur autorité ; mais, à cause de l'importance de l'affaire, ils jugèrent utile de réunir le conseil général de la ville. La réunion eut lieu quelques jours après, et le P. Vitte, compagnon du P. Chaurand , y prit la parole. Il fit connaître le caractère particulier de l'œuvre^ énuméra ses avantages, les services qu'elle était appelée à rendre, les moyens les plus propres à en assurer l'exécution , et conclut en disant que si Ton adoptait un moyen si utile de secourir les pauvres , il fallait , aux six administrateurs anciens , en ajouter six autres , et que cela paraissait absolument nécessaire.

Lorsqu'il eut fini de parler, le P. Vitte se retira, afin de laisser à l'assemblée toute sa liberté : on va au vote. Le projet du vice-légat est approuvé ; surle-champ , six hommes d'une vertu reconnue , d'une prudence parfaite, sont élus et ajoutés aux six admi-

nistrateurs déjà existants. Des le lendemain tous se réunissent à la maison des pauvres ; ils y trouvent le P. Vitte qui leur adresse la parole. Animés par ses exhortations, ils se partagent les différents offices à remplir. Celui-ci se charge de tenir les livres, celui-là de rechercher les pauvres , un troisième de veiller au bon état matériel de la maison , un quatrième de s'occuper des pauvres qui passeront par la ville , et de leur faire quelque aumône , un dnquième de prendre soin des malades.

On nomme ensuite un trésorier : c'est à lui qu'il appartient de placer les troncs aux endroits convenables , de distribuer du pain aux pauvres que Texiguïté du local et la modicité des ressources ne permettent pas de recevoir dans l'asile. Les pauvres honteux ne sont pas oubliés non plus ; les autres administrateurs se chargent du soin de les découvrir t't de kuir foire parvenir des secours qui soulagent leur indigence sans offenser leur amour-propre. Avant de se séparer, les administrateurs décident ensemble qu'on invitera par la voix du crieur public tous les pauvres de la ville à se réunir dans l'aprèsmidi à la maison des pauvres, et qu'on leur fera une distribution d'aumônes. L'intention du conseil était (le profiter de cette occasion pour prendre les noms <le tous les nécessiteux : on verrait ensuite ceux qu'on pourrait admettre à Tasile et ceux qu'il faudrait

rejeter. Tous ces préliminaires ne prirent que deux joui*s , je le signale ici à lu gloire de Carpentras ; car partout ailleurs ils demandèrent bien du temps et bien des discours.

Le P. Vîtte , plein de joie à la vue d'un tel succès , se hâta d'en porter lui-même la nouvelle à Avignon. Le vice-légat le reçut avec tous les témoignages du contentement le plus vif et de l'alTection la plus tendre. Persuadé qu'il faut mettre à profit cette bonne volonté des habitants de Carpentras, et ne pas laisser passer une occasion si favorable qu'on ne retrouverait peut-être plus, il envoie le P. Chaurand continuer l'œuvre si bien commencée. Le P. Chaurand arrive et se met à parler au peuple tous les jours de la semaine , deux fois par jour ; il prêchait même plus souvent quand il n'y avait pas de marché. Sa merveilleuse éloquence, son talent extraordinaire de manier les esprits, ébranlèrent en peu de temps toute la ville , et on résolut de mettre sans tarder la main à l'œuvre.

La première chose dont on s'occupa fut de recueillir les aumônes en argent; deux jours suflirent pour ramasser une somme assez -considérable. La charité fut prodigue , et l'avarice elle - même ouvrit ses mains ; surprise dans les pièges innocents qu'on lui tendit, elle donna par respect humain ce qu'elle aurait refusé par compassion^ et se monti^a bien-

veillante pour les autres en restant dure pour ellemême.

Mais le plus beau triomphe de la charité, ce fut la quête du mobilier. On peut dire qu'elle parcourait elle-même les rues de la ville , arrachant les dépouilles et exerçant partout une douce violence. Les chars marchaient à la suite, au milieu des cris de joie de tous les habitants. Derrière ces chars , une multitude d^hommes de la noblesse et du peuple se disputaient le glorieux honneur de recevoir les innombrables ofirandes qu'on leur apportait de toutes paits et de les mettre sur ces voitures. Mais ils ne pouvaient suffire au travail : les dons de toute soite encombraient les rues, les chariots étaient surchargés ; dans cet embarras , la foule prend un parti décisif : tous , prêtres ou hommes du peuple , chargent sur leurs épaules ce qui n'a pu trouver place dans les chariots , et le transportent ainsi à la maison des pauvres. Au milieu de cet élan universel, la charité de plusieurs trouva encore moyen de se signaler. Un habitant avait vu un char vide s'arrêter devant sa maison ; il se met aussitôt à l'œuvre , enlève matelas , lits , tables , chaises , plats , assiettes , et ne s'arrête point que le char ne soit entièrement rempli ; enfm, quand il eut mis un terme à ce pillage domestique , les chevaux emmenèrent leur butin , mais ce ne fut pas sans peine , malgré leur vigueur.

La valeur totale de ce don dépassa la somme de cin^ quante écus*

La pauvreté elle-même donna son obole , et on la vit se dépouiller, en faveur des indigents, des choses les plus nécessaires dont il faudrait bientôt la gratifier elle-même. Mais le spectacle le plus doux et le plus touchant , ce fut de voir de tout petits enfants , garçons et filles , trop jeunes encore pour bien comprendre ce que c'est que misère et pauvreté, plaider assidûment la cause des pauvres auprès de leur père et de leur mère, presser, importuner, mettre en œuvre les prières et les caresses, et ne point se lasser qu'ils n'aient obtenu l'objet de* leurs demandes , puis se charger eux-mêmes de ce glorieux trophée plutôt que de le mettre sur les chariots, et le porter d'un air triomphant à la maison des pauvres. Le clergé prit la part qui lui revenait dans cette grande manifestation publique de la charité ; les membres de ce corps les plus recommandables par leur rang et leur piété donnèrent à tous , par leur exemple et leurs exhortations, les leçons du dévouement et de la générosité. Ils assistèrent à l'une et l'autre quête ; les uns accompagnaient les dames quêteuses et les recteurs des pauvres , les autres suivaient les chariots, aidaient les conducteurs à faire les chargements, et revenaient avec eux à la maison des pauvres.

La quête terminée et tous les objets recueillis disposés en bon oixlre, il fallut penser aux réparations indispensables. Beaucoup de ces objets étaient usés ou incomplets ; il fallait les remettre en bon état , et de plus les approprier aux usages des pauvres. La charité voulut y pourvoir elle-même.

Des dames nobles se chargèrent du vestiaire; un bon nombre d'autres femmes demandèrent leur part dans cette bonne œuvre , mais elles furent refusées , et durent se contenter du mérite de leur bonne volonté. Les autres , plus heureuses , renon* cèrent donc pour un temps au soin de leurs propres affaires , et ^ d'un commun accord , elles décidèrent qu un certain nombre d'entre elles se rendraient tous les jours à l'asile. Elles y allèrent en effet , et pendant quinze jours elles s'employèrent avec une activité sans pareille à préparer le linge nécessaire pour la table et pour les lits, raccommodant celui qui provenait de la quête, ou en confectionnant d'autre avec de la toile neuve. Ce fut pour éviter la confusion que les administrateurs n'acceptèrent pas les offres de service des femmes du peuple ; ils crurent plus utile de les appliquer à d'auti^es emplois, et de n'admettre aux travaux de l'asile que les dames nobles. Du reste , la piété de ces dames et leurs qualités paraissaient des titres tout particuliers à cette préférence.

Deux d'entre elles , d'une naissance plus illustre , d'une charité plus empressée , voyant la maison des pauvres suffisamment pourvue de linge et bien meublée, conçurent le dessein de la fournir de vêtements en allant mendier de porte en porte. Lu-dessus , elles s'en vont trouver secrètement le P. Chaurand , lui font paît de leur dessein, et le prient de rappeler u son auditoire , dans un de ses sermons , combien c'est une chose méritoire aux yeux de Jésus-Christ de vêtir ceux qui sont nus , et de les défendre contre le froid et les intempéries des saisons. Le succès répondit à leur attente : elles se mirent à parcourir les rues de la cité , recueillant tout ce que la charité des fidèles voulait bien leur offrir ; malgré les quêtes précédentes , elles firent une abondante collecte , et s'en revinrent les mains chargées de toute sorte de vêtements et de haillons. Des hommes de service apportèrent le reste sur leurs épaules.

Je ne dois pas omettre de faire connaître ici un expédient tout à fait ingénieux , et qu'on n'avait pas encore mis en usage , de pourvoir au vestiaire des pauvres et d'en assurer le bon état dans l'avenir. Un des administrateurs fit remarquer à ses collègues qu'il y avait dans le pays un grand nombre de troupeaux de moutons, qu'il serait facile de prélever sur la laine de ces animaux un léger tribut en faveur des pauvres : il suffisait, pour cela , que les propriétaires

riches fissent à Fœavre l'abandon d'une brebis par troupeau. Cette brebis serait conduite avec les autres aux pâturages de propriété publique ou privée , mais la laine qu'on en retirerait , les petits qui naîtraient d'elle , seraient dévolus aux pauvres. Cette idée plut vivement j et fut immédiatement approuvée de tous les administrateurs.

Au dehors , elle ne rencontra pas une moindre sympathie ; et désormais , dans les campagnes qui environnaient Carpentras, il n'y eut plus de troupeau où on ne trouvât une brebis au moins marquée d'un signe spécial et consacrée , elle et sa progéniture , aux pauvres de Jésus-Christ.

Tout paraissait enfm terminé : l'asile était prêt et fourni de tout son mobilier, quand un incident imprévu vint arrôter le progrès de l'œuvre et la mettre en péril d'une ruine complète. Déjà, dans un sermon, le P. Chaurand avait indiqué le jour de la clôture définitive ; il avait annoncé la procession accoutumée qui précède l'installation des pauvres dans leur asile. Mais quelques habitants jugèrent utile de différer encore quelque temps : ils voulaient qu'avant de conclure , on fit un rapport des dépenses occasionnées par les réparations de la maison , qu'on donnât connaissance à tous de ce rapport , et que la ville se réunît dans des comices généraux pour aviser aux moyens de conduire à bon terme l'entreprise corn-

mencée , et d'en assurer pour l'avenir la durée et la prospérité.

Les comices furent donc rassemblés ; comme on devait s'y attendre , les avis furent partagés. Les uns disaient que l'entreprise n'était pas encore mûre , qu'il ne fallait rien précipiter , qu'avant de fiûre entrer les pauvres il était opportun que les administrateurs eussent sous la main les ressources nécessaires pour les entretenir dans la suite.

Heureusement cet avis fut combattu par un autre plus décisif et plus chrétien. Tout ce qu'on avait fidt jusque-là périrait indubitablement et tomberait en ruines, si le P. Chaui*and partait de Carpentras avant qu'on eût mis le dernier couronnement à l'oeuvre, et que les pauvres eussent pris possession de leur demeure avec les cérémonies d'usage ; c'était une œuvre de Dieu ; il ne fallait pas la juger par les règles de la prudence humaine , mais par celles de la foi, par les principes de l'Evangile ; c'est une inspiration du ciel qui en avait donné l'idée, et les heureux résultats obtenus jusqu'à ce jour ne devaient évidemment se rapporter qu'à une intervention supérieure ; les moyens humains n'y avaient aucune part ; il était donc juste d'espérer que ce même secours divin ne ferait pas défaut quand il s'agirait de consommer l'œuvre , et qu'il saurait en garantir la stabilité. Assurément la sagesse divine

ne manquait pas de moy^is pour soutenir une entreprise qu^eUe avait elle-même inspirée , et la transmettre à la postérité la plus reculée comme un monument de la charité chrétienne. La plus grande partie des membres de l'assemblée se rangea à cet avis , et la résolution de fiEÛre entrer les pauvres à Tasile fut prise sur-le-champ. Le jour de la procesàon d'usage fut aussi désigné. On peut dire que les vœux unanimes de toute la ville i^pelaient cette cérémonie. Le cortège partit de la principale ^lise , se déploya dans les rues au milieu des transports de la joie universelle , et vint -s'arrêter à la maison des pauvres.

La croix s'avançait en tête de la procession ; der^ rière elle, venaient les hommes suivis des petits garçons, tous en habits d'étoffe bleue*, puis les femmes et les jeunes filles, vêtues de robes grises. Chacun de ces pauvres était accompagné, par honneur, d'une personne appartenant aux meilleures familles de la ville. Trois confréries de Pénitents marchaient ensuite : les Pénitents blancs , les Pénitents noirs et les Pénitents gris ; puis les membres de plusieurs ordres religieux, et enfin tout le chapitre de l'égUse cathédrale. Jamais plus grandiose procession ne s'était vue à Carpentras.

Un repas somptueux attendait les pauvres à l'asile ; les plus grandes dames les servirent de leurs propres

mains , sous les yeux d'une immense multitude de peuple accourue de la ville et des campagnes enviromiantes pour jouir d'un spectacle si nouveau ; en même temps , Tair retentissait du bruit des trompettes et des autres instruments.

A la fin du repas , les tables étant déjà desservies, les dames, voulant que rien ne manquât à la fête , apportèrent dans la grande cour où venait d'avoir lieu le festin des boites pleines de dragées et d'autres douceurs semblables. La première part fut pour les pauvres ; quand ils furent rassasiés , on jeta le reste à la foule qui se pressait autour des tables. Le ciel parut témoigner qu'il prenait plaisir à ces manifestations de la charité. Depuis longtemps, une sécheresse obstinée désolait les vignes ; tout le monde demandait de la pluie. Elle ne se fit pas attendre : elle tomba d'abord par petites gouttelettes , plutôt pour rafi^chir la température que pour troubler le festin ; puis, la fête étant terminée , de gros nuages couvrirent le ciel et versèrent sur la ville et les champs d'alentour des eaux abondantes qui furent saluées de tous comme une bénédiction d'en haut et une récompense accordée aux prières des pauvres et à la charité des habitants.

La présence du P. Chaurand n'était plus nécessaire à Garpentras , il avait achevé son œuvre ; les pauvres étaient installés; il leur avait tracé un

règlement de vie ; il fut donc appelé à l'Isle, afin d'échauffer par ses discours le zèle des halHtants de cette viUe à fonder au milieu d'eux un établissement semblable. Il partit, laissant a sa place, pour donner le dernier perfectionnement à l'œuvre, le P. Vitte , homme plein de zèle et de piété. Le P. Vitte s'occupa de la discipline intérieure -de la maison ; il donna par écrit aux recteurs des pauvres un grand nombre d'industries pour les aider à maintenir et à perfectionner l'œuvre établie , et pensa avant tout à ériger une association de dames dont il attendait les meilleurs résultats. Ces dames devaient se partager les différents jours du mois, de manière qu'il y en eût toujours un certain nombre à l'asile ; se charger des dépenses de la table pour le jour qui leur serait échu, et servir elles-mêmes les pauvres. Le vice-légat donna le premier l'exemple en envoyant un repas abondant. L'association fut aussitôt formée ; une foule de dames nobles donnèrent leurs noms et excitèrent la jalousie des femmes de moindre condition qu'on n'admettait pas à partager l'honneur de ce pieux ministère.

Enfin Tordre établi fut si parfait , qu'on accourait de tous côtés pour en être témoin; on en parlait avec admiration, et on ne se lassait pas de voir dans un état si prospère une œuvre qui paraissait surpasser les forces de l'homme; à peine en pouvait-on

croire ses yeux. La gloire doit en revenir à deux ecclésiastiques, MM. Mistarlet et Ferre, qui s'étaient chargés, le premier des intérêts spirituels, et le second des intérêts temporels de la maison. On ne peut rien ajouter au zèle de ces dignes prêtres ; jour et nuit ils étaient à Tasile , veillant à ce qu'il itlt pourvu à toutes les nécessités des pauvres, attentifs à ce quç chacun des administrateurs s'acquittât avec soin de l'ofiice qui lui a été confié. Soutenus par de tels auxiliaires , ceux-ci continuèrent à prêter leur concours à cette belle œuvre si vaillamment commencée par eux.

Quelque temps après les événements que nous venons de raconter, il y eut un jubilé. Les pauvres de l'asile se rendirent processionnellement, et croix en tète, aux différentes églises désignées par l'Ordinaire pom* servir de stations , et terminèrent leur jubilé par une communion générale dans une de ces églises , choisie par les administrateurs. Ils firent pandtre en ces deux circonstances tant de modestie, tant de piété, que tous les habitants en furent profondément touchés et se sentirent de plus en plus disposés à favoriser une institution si pieuse et à la soutenir de leurs aumônes.

Fondation de TatiU de TIste.

Je ne sais s'il y a dans tout le Comtat-Venaissîn une seule ville qu'on puisse comparer à celle-ci pour la beauté du paysage , l'abondance des eaux , la fertilité du sol et la salubrité du climat. Depuis longtemps déjà, la générosité d'un homme de bien. M. Favier, avait ouvert à Tlsle une maison pour recevoir les enfants imuvres, et, présentement encore, il ne manquait point d'hommes qui, à son exemple, consacraient aux nécessiteux de larges aumônes ; mais toutefois ces secours étaient loin de répondre à tous les besoins.

Il était réservé à la piété du vice -légat, à sa tendresse sans bornes pour les pauvres , de créer dans toute son étendue l'œuvre nécessaire. Les habitants de risle le secondèrent de tout leur pouvoir ; ils bâtirent un nouvel asile à leurs frais, et voulurent qu'il surpassât toutes les maisons de la cité par sa magnificence et la disposition commode de toutes ses parties ; de son côté , le vice-légat suivait ces travaux avec une sollicitude extraordinaire. Non content d'avoir fait les recommandations les plus vives aux autorités de la ville , il se faisait rendre compte fréquemment du point où en étaient les constructions, et, sans empressement pour tout le reste,

il semblait ici avoir peine à se contenir. Ce ne fut pas assez pour lui de surveiller de loin son œuvre de prédilection : il voulut la voir de ses yeux, et plus d'une fois il vint à Tlsle examiner et activer les travaux.

Sa présence communiquait aux ouvriers une ardeur sans pareille : les murailles s'élevaient à vue d'œil. Mais les dépenses menaçaient d'aller bien audelà des fonds attribués aux pauvi'es. Cette considération n'arrêta pas le prélat ; il suppléa de ses deniers tout ce qui était nécessaire pour continuer le plan commencé et donner au nouvel asile toute la perfection qu'il semblait promettre.

Aujourd'hui cette maison est à peu près terminée ; en attendant on en loua une autre, et on la pom-vut de toutes les choses nécessaires à l'entretien d'un petit nombre de pauvres. Le P. Chaurand fut appelé de Carpentras ; il vint à l'Isle avec un compagnon. Avant de mettre la main à l'œuvre , il voulut exposer au peuple le but , l'importance et les difficultés de l'institution qu'on leur proposait ; il le fit avec son éloquence accoutumée* Il ne prêchait pas moins de deux et trois fois par jour. Dès les premiers temps, il y eut foule autour de sa chaire et autour de celle (le son compagnon. C'était l'époque des vendanges, et les habitants se trouvaient dispersés çà et là au milieu de leurs vignes ; mais ils s'arrangeaient entre

eux de manière qu'il y en eût toujours un gnnd nombre à assister aux instructions. A voir cet empressement , il était fisicile de deviner que le succès allait couronner le zèle des missionnaires et qiie U suite répondrait à de si beaux débuts. En effet, bin de diminuer ou de s'éteindre, Tardeur des habitants de risle ne fit que s'accroître et s'enflammer chaque jour davantage, et, quelques-uns d'entre eilx ayant été désignés pour aller de porte en porte demander l 'aumône au nom de Jésus-Christ , ils recueillirent une somme bien supérieure à celle qu'on devait attendre d'une ville qui n'est ni riche ni grande. Qu'on juge de la générosité de tous par celle d'un homme cjui donna plus de cent écus d'or. Faut^il s'en étonner ? Tous voulaient suivre les exemples de leur prélat , lequel^ comme nous l'avons vu, n'avait épargné ni fatigues ni argent.

Je ne parle point de la quête du mobilier ; c*est une description qui a été faite bien des fois. Pour en ilonner une idée, il suffira de dire qu'au témoignage •le ceux qui en furent les témoins , il n'y en eut nulle pai*t aiUeui*s de plus fructueuse. Les chars qu'on promenait en assez gi*and nombre dans les rues ne 5^uflisaient pas à porter les oOrandes : on aurait dit (jue la ville venait d'être envahie, que les raaisoni? étaient livrées au pillage.

On ne s'attaquait pas seulement aux choses inu-

et de peu de valeur : les objets de prix euinénies étaient dilapidés et sacrifiés aux pauvres..

Pendant que des mains empressées mettaient ces dépouilles en ordre dans la maison des pauvres , d'autres mains s'occupaient de faire les vêtements ; car la procession devait avoir lieu le lendemain, fête de saint Michel.

Le vice-légat vint tout exprès d'Avignon pour assister à cette cérémonie et pour en rehausser l'éclat par sa présence.

On observa Tordre suivant : eu tète marchaient les petits garçons, les jeunes gens , les vieillards , vêtus d'habits de laine bleue ; puis les petites filles, les jeunes filles et les femmes plus âgées, en robe de couleur gris cendré. A une petite distance derrière elles s'avançaient les religieux des différents ordres ; le clergé venait ensuite. La marche était fermée par une multitude de peuple accouru pour jouir de ce spectacle, non-seulement de la ville , mais de toutes les campagnes environnantes. La procession étant revenue à son point de départ, un des Pères adressa aux pauvres une vive et courte exhortation , puis le clergé et les religieux se retirèrent.

On n'avait point trouvé dans la ville d'emplacement assez vaste pour le i*epas auquel , suivant l'usage y. on se proposait de convier les pauvres ; il fallut donc les conduire hors de la ville , dans une

plaine où l'on avait dressé les tables , et où les attendait un festin véritablement somptueux servi an frais dû vice-légat

Pendant qu'ils fiiisaient honneur à la charité du prélat , le peuple les entourait en poussant des cris de joie , les instruments de musique fieûsaient cttendre leurs plus doux accords, et les grandes dames de la ville s'empressaient autour d'eux pour les servir. Le repas terminé , ils dirent les grâces , et reprirent le chemin de la ville dans le même ordre qu'auparavant. De la viUe ils furent conduits à leur maison , et le règlement commença immédiatemoit d'être mis en vigueur. Le silence fut imposé dans toute la maison. M. Moret, prêtre d'une grande sagesse, se chargea du soin des choses spirituelles; il serait difficile de trouver un homme plus zélé pour riiistruction des enfants et des ignorants.

Quant aux moyens mis en usage pour nourrir et entretenir une si grande multitude de pauvres , ils sont les mêmes que partout ailleurs ; j'en supprime le détail , pour ne pas me répéter. Je ne veux mentionner qu'un seul trait, parce qu'il est rare et digne de tous éloges. M™« Claire de Maurel se consacra tout entière, elle et ses biens, au service des pauvres. C'est une femme d'une prudence peu commune; aussi toute l'administration ne tarda-t-elle pas à lui être confiée. Elle s'acquitta de cette charge à la

tatisfiiction générale. Un usage particulier de la ndson de Flsle , c'est que les pauvres assistent à Penterrement des personnes qui viennent à décéder dans la ville ; il en résulte que les héritiers leur font de temps i autre quelques aumônes en retour de lears prières.

Essai d^une fondation au village de Sarrians.

fondations précédentes avaient banni la mendicité des vUles , mais il était à craindre qu'elle ne se réfugiât dans les bourgades et les campagnes. Cest pour obvier à cet inconvénient que le vice-légat confia à nos Pères la mission de parcouiîr le pays et de mettre tout en œuvre pour faire disparaître la mendicité oisive et le vagabondage.

Les missionnaires commencèrent par Sarrians ; mais comme il y avait peu de pauvres dans ce village, ils ne jugèrent pas nécessaire d'établir un asile. Us nommèrent cependant douze administrateurs et leur donnèrent à chacun leur fonction. Celui-ci devait, à la première nouvelle qu'un pauvre était malade , le &ire porter à l'hôpital si la chose pouvait se fidre sans trop de danger, ou du moins l'entourer de tous les soins possibles et prendre bien garde que le manque de remèdes ne fit traîner la maladie eu longueur.

Que si quelqu'un venait à tomber en dangePi l' devait, dès les commencements et avant toute aotif chose , faire en sorte qu'il reçût les sacrements de l'Eglise , dans la crainte que , la maladie venant â empirer, il ne fbt emporté sans s'être réconcilié avec Dieu.

Un autre administrateur était chargé des pauvres bien portants. Son devoir était de tes réunir tons les huit jours , de leur expliquer quelques points de la doctrine chrétienne et de leur distribuer qudques pains, dont le nombre a été calculé par les administrateurs sur la nature des besoins de chacun. Ce nombre est marqué, sur le catalogue, à côté du non^ de chaque pauvre.

Voici comment se fait cette distribution. Quel^ qu'un lit a haute voix les noms des pauvres -, au fur et à mesure qu'ils s'entendent nommer, ceux-ci approchent , reçoivent leurs pains de la main de l'administrateur et se retirent.

Pour fournir aux frais de cette distribution , les administrateurs font une quête tous les mois; de plus , trois ou quatre fois par mois , ou même plus souvent si c'est nécessaire , ils vont mendier du pain. D'autres fonctions furent dévolues aux autres administrateurs.

Tout cela fut accompli dans l'espace de six ou sept jours. Le succès dépassa toute attente. Un bon

ibt« des pniiri|mix habitants s'offrirent d*euxponr aToir soin des malades , et, si les tonds e rœuvre ne suffisaient pas aux exigences du traiement, ik s'engagèrent à compléter par eux-mêmes :e qui pourrait manquer.

Cet exemple fut salutaire : dès la première qu^te« m recueillit assez d'argent pour fournir aux dt''penses d*un mois. Ces résultats permettent d'espérer que roravre des pauvres sera favorableiiient acxmeillie sous cette nouvelle forme, moins dispondieose que la première, et s'étendra rapideiuiMit dans toutes les bourgades de la province. C'est du moins le but que poursuivront de tous leurs (îiVorts oi los administrateurs et les femmes de qualité qui luii voulu avoir leur part dans cette belle («ntn'pi is«« Entre ces dernières on remarquait M"" «U* \*yn\ . choisie pour être présidente et pour indiiiuor à rlui* cnne de ses compagnes Toffiro qu'tsilo auniit ù remplir.

Voici quels étaient ces offices : visiter IVéqueiument les malades, les consoler par de pieux discours, soulager leur indigence par des aumônes, leur procurer les remèdes convenables , en un mot se cousacrer sans réserve à la double guérison de leur âme et de leur corps ; de plus , mendier du pain et de l'argent , et remettre l'un et l'autre aux administrateurs qui en feront eux-mêmes lu distribution.

Pour agir avec plus d'ensemble , elles devûent se réunir tous les quinze jours chez leur présidente, et conférer avec die des moyens à mettre en œuvre pour venir plus efficacement au secours de la misère des pauvres. Enfin , elles devaient se confissser tons les mois et s'approcher toutes ensemble de la sainte table. Ce rè^ment commence déjà à s'observer, éi fait Tobjet de Tadmiration générale.

Œuvre des pauvres établie dans la petite ville

de Bédarrides.

Si rœuvre des pau\Tes avait paru utile ailleurs . ici elle était absolument nécessaire. Sans parler des misères, suites communes de la pauvreté , Bédarrides se trouvait exposé aux insultes incessantes de véritables brigands qui mettaient le pays à contribution • en sorte que cette malheureuse petite ville avait à souffrir toutes les privations du dénûment.

Un habitant d'Avignon , M. de Monréal, qui avait rhabitude de passer une partie de Tannée à Bédarrides, loin du bruit et du tumulte des hommes, résolut de porter un remède à un état si déplorable. Sans doute il ne pouvait pas songer à établir un asile complet : c'eût été une entreprise trop considérable; mais il voulut au moins se rapprocher autant que

ossible de ce qu on araût bh lîEeors. E K'^eli !::>: i P. Chaorand: par malhear. cscîx-ô étiii sor le DÎnt de se mettre en note f*:ur L* Nrrc-iiiiie. Il e put donner qa*iui ']our à M. de >[ : nririL : c:^ ce it assez pour parier deax fins la p^ar-Ie ie Li gnnie tilité de TœoTre qu'on leur prc-p-r-sait et p-our •rendre les noms des paorres. Il p>irtit bissant an ^ Etienne Vitte le soin d'acberer.

Sur ces entrefaites, an jubilé fut accorié à toute Eglise : c'est le temps où les fiièles ont coutume le vaquer avec plus d*ardeur aux œuvres de b piété, (édarrides se fit remarquer entre tous les nllages Talentour. Nulle part, l'afiDuence ne fut plus consilérable autour de b chaire de vérité, même peulant les jours de b semaine ; jamais les aumônes ne arent plus abondantes. CéXàxt une occasion bvoable. On ne b laissa pas échapper. Douze adminisrateurs furent aussitôt choisis parmi les personlages les plus recommandables par leur sagesse et eur probité ; une partie de la ville fut assignée à bacon d'eux comme théâtre de leur industrie et do sur charité ; ib devaient se charger de recueillir des lumônes, et avec ces aumônes de nourrir les lauvres de leur quartier. Les habitants se monrèrent généreux ; ils n'épargnèrent ni leur bourse il leur mobilier. Il est vrai de dire cependant que es secours étaient précaires ; pour suppléer à cette

absence de revenus assurés , on adjoignit aux adnûnistrateurs un certain nombre de femmes qni devaient , à tour de rôle , faire la quête à Té^. M"^ de Monréal se réserva Thonneur de commencer. Beaucoup la suivirent ; bientôt, leur ambition grandissant , elles ne se contentèrent plus de cette première quête et se mirent à mendier de tous côtés du linge et des vêtements pour tous les paavres sains ou infirmes. Il fut convenu en outre que tous les dimanches, dans la matinée, on irait quêter do pain , et qu'on en ferait la distribution à une heure après midi, selon les besoins reconnus de chacun.

Une industrie déjà pratiquée ailleurs fut introduite à Bédarrides au gran*! avantage des pauvres. D'immenses troupeaux de moutons paissent dans les plaines environnantes ; chaque propriétaire fit don d'une , de deux , de trois brebis ou môme d'un plus grand nombre , en sorte qu'on ne tarda pas à avoir un véritable troupeau. Une difficulté surgit alors: il fallait un berger ; mais pour avoir un berger il fallait le payer. Le plus simple parut donc de prier les donateurs de reprendre leur brebis après l'avoir marquée d'un signe particulier, et de la laisser brouter avec les autres : ce qu'ils accordèrent sans peine.

C'est ainsi qu'à peu de frais on eut de quoi habiller les pauvres.

Tout ce que nous venons de 'lire ze^iri-i les s^ cours matériels donnés aux néoessiicax* Les bescins d'un ordre supérieur ne furent p^s cnlL^ : ce n'était pas assez de soutenir la vie eu o:r^^. il ûilait ofinr à l'âme la nourriture qui lui es: Ltcessairë. Les Pères de la doctrine chrétienne se cLarg-.rent de cette mission, digne à la fois de leur pi-^ic envers Dieu et de leur charité pour ]es piUTres . et aujourd'hui encore ils exercent ce ministère au grand profit de la petite ville de Bé>jarrides et au ^'rand accroissement de la religion.

Fondation inachevée d'un asile à Pernes.

De toutes les villes qui ont eu des asiles , il n'en est pas une peut- être qui Tait désiré avec plus d'ardeur que Pemes.

Les habitants députèrent un des leurs au vicelégat, et le prièrent de leur envoyer un Père de la Compagnie pour le temps du jubilé qui était proche. Ils espéraient que la ferveur extraordinaire qui animerait alors les fidèles ferait réussir plus sûrement leur dessein. Le prélat accueillit avec empressement une demande si juste et qui répondait si bien à ses propres désirs, et il fit prévenir quelques-uns de nos Pères de se rendre à Pemes tel jour qu'il leur

désigna. Au jour fixé , les missionnaires se mettent en route ; à peine arrivés , leur premier soin est de convoquer le conseil de la ville et de nommer douze administrateurs, dont le concours doit les aider à terminer plus promptement TaSaire. Ces administrateurs appartenaient à toutes les classes de la société ; on remarquait en eux à un égal degré la sagesse , le savoir-faire et la piété.

Ils ne furent pas tous du même avis ; quelques-uns ne jugèrent pas utile d'enfermer les pauvres dans une maison commune. En effet, le nombre des indigents est peu considérable à Pernes , et Ton dépenserait plus d'argent à leur préparer une maison , à l'agrandir et à la meubler qu'il n'en faudrait pour les nourrir pendant un grand nombre d'années. Ces raisons parurent convaincantes ; toutefois l'idée d'un asile ne fut pas entièrement abandonnée ; il fut décidé d'un commun accord qu'on profiterait de la première occasion favorable. En attendant, les missionnaires se mirent à prêcher sur le mérite de Taumône et de la charité chrétienne, et invitèrent les pauvres à se rassembler tel jour en tel lieu désigné. Ils furent fidèles au rendez-vous. On inscrivit sur un catalogue leurs noms, leur âge , leur état de santé , leur manière de vivre, leurs ressources ; aucun ne fut omis. Mais on procéda ensuite à la discussion des listes ; ceux qui avaient de la santé , des forces ,

profession quelconque pour vivre, furent immément rayés ; les autres, ou trop &gés ou trop 3s pour se procurer par eux-mêmes des résides suffisantes, furent gratifiés d'une aumône tpport avec leurs besoins. Après cela, on fit une le quête destinée à recueillir du pain et de Far- ; il fut convenu qu'à l'avenir les administra- ; renouvelleraient cette quête tous les huit

acun devait à son tour prélever sur la charité que le tribut nécessaire pour donner aux res, chaque dimanche, l'aumône en pain ou en it qu'ils venaient chercher après l'exhortation

ge-

s premiers essais furent plus heureux qu'on

it osé l'espérer, et n'entraînèrent point les

ises redoutées. Cela parut d'un bon augure à

[ues administrateurs et leur inspira l'idée d'a-

r leurs collègues à seconder leur premier dessein

êparer une maison pour les pauvres^ Déjà la

m était toute trouvée; il ne fallut plus que

ndir et la disposer suivant les nouvelles exi-

s. Ils s'ouvrirent aux Pères de leur projet;

d, pleins de joie, convoquent immédiatement

B conseil des administrateurs , leur exposent

ute sincérité la situation, les encouragent à

nner leur œuvre : c'est facile, pourvu qu'ils s'y

mettent avec résolution. Les administrateurs se laissent persuader et se retirent.

Dès le lendemain eut lieu la quête du mobilier : la collecte fut abondante ; les objets furent transportés dans une maison particulière en attendant que eelle des pauvres fût réparée.

Les Pères avaient achevé leur mission ; ils se retirèrent, en promettant de revenir pour la cérémonie de l'installation des pauvres.

Les choses en étdent à ce point lorsque le bruit se répandit qu'un asile pouvant contenir quarante pauvres, et en tout semblable aux autres asiles pour le règlement et l'administration, venait d'être fondé à Bonnieux par les soins et le zèle infatigable du P. Vitte, connu déjà par plusieurs institutions de ce genre. Le bruit était conforme à la vérité. Mais ce n'est pas à Bonnieux seulement que parut l'immense charité du P. Vitte pour les pauvres : elle éclata bientôt sur un plus vaste théâtre. L'évêque de Vaison le manda dans sa ville épiscopale pour présider à la fondation d'un nouvel asile. Le missionnaire n'avait pas d'autre désir : il avait voué à ce ministère toutes ses affections et toute sa vie.

C'est ainsi que la soUicitude du vice-légat trouvait de tous côtés de fidèles échos ; il est permis de croire que peu à peu toutes les villes et bourgades du Comtat-Venaissin accueilleront ces pieuses institutions,

it que si la mendîdté ne <fispan!t pa» tc-ot i iûL, elle era du moins grandement sccLi^ée.

La divine ProTÎd^iœ araît réserré cette iSfiTre K)ur notre temps « afin de b ccofier i Li sagesse et J*inébranlable constance da Tîce-lé^XL Ce grand lomme est né pour goorenier. Point d'entreprise , K>ur ardue qu'elle soit, qull niit menée à bon enne. U ne fiiut pas s'étonner à , célèbre par tant le grandes actions , protégé par la ProTi*ience , par es prières des pauvres , soutenu des vœux de tout (on peuple , il se soit élevé à une gloire que beau- »up ont ambitionnée, mais qu'un bien petit nombre ivant lui ont pu acquérir.

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