AVIS AU LECTEUR
Vous devez sçavoir, mon cher Lecteur, que ce Récit de la Fin heureuse de Louis XIII, et des grands actes de Vertu Iqu il a prattiquez avant son heureux trépas, est tiré d'une ' Œuvre posthume, ou de quelques Mémoires du feu P. Jacques Dinet, qui est d'autant plus croyable en toutes les circonstances qu'il en rapporte, qu'alors il estoit présent à tout, comme celuy qui avoit l'honneur d'estre Confesseur de sa Majesté, et qui, après M. TEvesque de Meaux son premier Aumônier, a beaucoup servy à la gloire et à 'heureux succès d'une action si importante. C'est pourquoy il parle luy-mesme en tout ce Hecit, mais il ne parle que de plusieurs bons sentimens que ce grand Roy eut en sa dernière maladie et à sa mort, sans toucher aux autres belles actions de sa vie, ny à tant de rares vertus qu'il a tousjours si heureusement pratiquées; comme lors qu'avec une particulière confiance en Dieu, et une merveilleuse fermeté d'esprit, il fit mander à la feue Reyne sa Mère, durant la grande maladie qu'il eut à Lion, et dont il ne releva que par miracle, qu'elle pouvoit venir voir son Fils, qui estoit malade à la mort, et neantmoins qui n'avoit point peur de la mort. Comme encore lors que par une pieté et une dévotion extraordinaire envers le S. Sacrement de l'Autel, il dit une parole digne d'un Roy Tres- Chrestien ; car suivant un jour à pied le Dais sous lequel estoit le S. Sacrement, dans une Procession qu'on faisoità Chartres durant les plus grandes chaleurs de l'Esté, et M. de Chartres priant ce grand Prince de se mettre à Tom-
bre sous le Dais, où il luy môntroit de la place, il fit refus de s'y mettre, et en donna la raison, disant, que Dieu n'avoit point de compagnon. Comme aussi lors que par un grand zèle de Justice, il fit response à quelques personnes des plus considérables de la Cour, qui le sollicitoient puissamment de quelque faveur et de quelque grâce qui sembloit choquer cette divine Vertu, dont il portoit le nom de Juste, et et leur dit, qu'on luy pouvoit bien ester son Sceptre et sa Couronne, mais qu'on ne luy osteroit jamais le mérite ny le nom de Juste, qu'il preferoit à toutes choses. Comme enfin lors que par une entière victoire qu'il avoit acquise sur ses passions, il s'estoit rendu comme insensible en mille occasions d'appas et de charmes, où la pluspart du monde se perd. Voilà quelques traicts de sa Vie et de ses Vertus, qui luy ont fait mériter une mort si douce et si heureuse, qui est rapportée en cette Histoire, où j'avoue que je contribue seulement de ma plume et d'un peu d'ordre, la Reyne mesme m'ayant fait l'honneur de me témoigner qu'elle desiroit de moy ce service, et qu'il y a déjà long temps que cela devoit estre fait. C'est donc ce que je me suis elBforcé de faire pour obéïr à sa Majesté, mettant un peu plus au net les pensées du Père qui en est TAutheur, et ses Reflexions qui ont esté si puissantes sur l'esprit de quelques personnes, (lue, les lisant, elles n'ont pu tenir les larmes, à la veuë de tant de douleurs qu'a souffei-tes et de tant de Vertus qu'a pratiquées ce pieux Monarque. C'est de quoy j'ay bien voulu, mon cher Lecteur, vous donner avis, afin de vous exciter à faire, de bon cœur, lecture de ce Récit, qui n'est pas trop long pour vous ennuyer, et neantmoins qui sera capable de produire en vous un grand fruit, si vous la faites avec quelques-uns des bons sentimens qu'avoit en mourant ce bon. Prince.