PAU LE P. TALON
POITIERS
HENRI OUDIN , HIPBIHBDR-UBRAIRB
Âvant la découverte des principes de 89 et l'invention de la guillotine , la justice humaine punissait certains crimes par des supplices propres à épouvaaler. De nos jours ^ on reproche au bon vieux temps ces moyens de répression, et les voyages à Cayenne sembleraient avoir des charmes pour qui se rappelle les /ourdies de Montfcaicon et les exécutions de la place de Grève.
Les juges d'autrefois disaient au condamné : <c Vous expierez votre crime dans le
feu ; ») ou bien : « Vous serez rompu vif sur la
roue, et vous y resterez attaché, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu vous retirer de ce monde. » De nos jours , on vous dit : m Vous irez au bagne ^ et là, si la honte et la souffrance n'abrègent votre supplice, vous y vivrez pendant un demi siècle! »
La sentence des anciens demandait plus de sang} celle des contemporains demande plus de larmes. L'amour de la vie^ l'espoir d'ëchapper au châtiment;» portera sans aucun doute le criminel à préférer la lente expiation des modernes à la prompte et terrible répression des anciens tribunaux.
Nous ne prétendons point examiner ici la question des délits et des peines; et si nous en avons dit un mot à l'occasion du supplice d'Aimé du Poucet, roué vif en place de Grève , c'est que nous tenons à rappeler ce double fait: que partout oii le catholicisme a joui 4^ quelque influence, il a fait diminuer
la rigueur des supplices ^ et que toujours , quand on lui en a laissé la liberté , il a rendu moins terribles les dernières heures de l'expiation. Celle dont on va lire le récit est une preuve , entre mille , de ce que peut la religion pour faire accepter et presque oublier des tortures dont la sensibilité de notre siècle peut à peine supporter le récit. ,
Un criminel endurci finissant comme le bon larron , et la place de Grève transformée pendant douze heures en lieu de prières ^ est un fait qui nous a para mériter la publicité.
Cette pièce conservée dans un recueil de Documents inédits du XVIP siècle , porte , malgré son défaut de date et de signature , un cachet d'irrécusable authenticité. Ijc début et le style de cette pièce indiquent assez la main de quelque personnage de la courj et
date soit à l'été de 1661 , soit à celui de 1666.
Louis XIV n'a fait qu'un seul voyage en
Bretagne, celui de 1661 ; et ce voyage, où
s'exécuta Farrestation de Fouquet, ne semble pas avoir été retardé^ comme celui douL parle notre narrateur. Ce voyage ne serait-il pas plutôt celui de Brest , (mnoncé par Louis XIY , pour amuser le monde , comme il le raconte lui-même dans ses Mémoires (année 1666), voyage annoncé, et non-seulement retardé, mais jamais exécute? ISous laissons à de plus habiles la iixation certaine d'une date qui ne saurait augmenter ni diminuer l'intérêt de notre récit.